‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 22 sur 122 · I. — Vernis · texte numérisé non relu

I. — Vernis

La dénomination du vernis, qui s’applique ordinairement à des liqueurs ou matières très molles, composées de différents ingrédients, et dont on couvre la surface de différents corps pour les préserver de l’influence de l’humidité, leur donner du lustre, ou vivifier l’éclat de leurs couleurs, est employée en gravure pour désigner les enduits qu’on applique sur les planches de cuivre, pour y tracer ensuite, à la pointe, ce que l’on veut graver.

Il y a plusieurs sortes de vernis à graver : on doit, dans certains cas, préférer les uns aux autres ; le même vernis 'peut aussi être composé de manières différentes. Nous avons cru utile de décrire ici ces diverses compositions, afin de mettre les artistes à Graveur. — I. 5

GRAVURE A L EAU-FORTE

même d.e se procurer, dans tous les cas et dans tous les lieux, les ingrédients nécessaires, et pour leur faire connaître les quantités qu’il faut employer dans chaque mélange.

1° Vernis dur.

Le vernis connu sous cette désignation de dur, n’pst plus en usage aujourd’hui, mais il a très longtemps servj aux graveurs d’eaux-fortes, et peut trouver encore, dans plusieurs cas, une utile application : c’est ce qui nous engage à en parler ici et à donner sa composition. Ce vernis est froid ; il conserve une consistance comme l’huile grasse ou un sirop ; il est transparent et de couleur roussâtre ; on l’obtient par l’opération suivante :

On fait fondre ensemble sur un feu modéré, et dans un pot de terre neuf bien plombé et vernissé, 150 grammes de poix grecque et 150 grammes de résine de Tyr. Lorsque la fusion est opérée, il faut mêler les deux substances et y ajouter 120 grammes de bonne huile de noix ; on triture le tout sur le feu pendant une bonne demi-heure, puis on laisse cuire doucement ce mélange jusqu’à ce qu'en le touchant avec le doigt ou avec une spatule, il file comme un sirop.; il faut alors le retirer du feu, et, après l’avoir laissé refroidir, le passer à travers un linge pour le déposer enfin dans un autre vase de terre vernissé ou dans une bouteille de verre épais, et susceptible d’être bien bouchée.

On peut faire un vernis aussi bon en employant la poix de Bourgogne (1) et la résine commune.

(1) La poix est une substance résineuse dont il existe diverses espèces dues au mode d’extraction, aux arbres qui les fournissent,

VERNIS

Le vernis dur, étant dans un vase bien fermé et entièrement préservé du contact de l’air, peut se conserver un grand nombre d’années ; nous nous empressons d’engager les artistes à ne l’employer qu’avec beaucoup de défiance, car il est sujet à s écailler ou à se détacher du cuivre, surtout pendant Faction de l’eau-forte.

Nous donnerons plus loin les moyens à employer pour enduire les cuivres avec le vernis dur. [Voyez

Procédés pour vernir les planches).

2° Vernis de Florence.

Ce vernis, semblable pour l’emploi au vernis dur, dont nous venons de parler, lui est préférable, et offre moins de chances fâcheuses au moment de la morsure. Les graveurs le tiraient autrefois de l’Italie ; on l’obtient par le procédé suivant :

Faites chauffer doucement, dans un vase de terre neuf et bien vernissé, 120 grammes de belle huile grasse (1) bien claire, faite avec de l’huile de lin de

a la couleur et a la composition. La poix blanche est une matière Blanchâtre ou jaunâtre, dure, tenace, très fusible à la chaleur ?Une °deur forte le térébenthine qui est produite princi- . “ ent pa.r *e pin / le saPin- On recueille ce produit pendant

I hiver sur le tronc des arbres, où il a coulé et s’est solidifié par 1 uaporatmn de 1 essence de térébenthine qu’il contient, et sous cet état est appelé gahpot. On purifie ce galipot en le faisant fondre et le passant a travers un filtre de paille, et ainsi épuré, il prend les

e"tcmL nP01 ChC’ P01ï jaUne’ poix Srecque, poix de Bourgogne, etc. La poix noire est le résultat de la combustion directe du bois

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1 fi U ’ londs de cortmes de distillation, etc.

de couleursf 8 ^ ^ tTOUve chez les ma«hands

GRAVURE A L’EAU-FORTE

bonne qualité, semblable à celle dont se servent les peintres ; mettez-y ensuite 120 grammes de mastic en larmes pulvérisé (1), et remuez jusqu’à parlait mélange et complète fusion. Alors passez toute la masse à travers un linge fin et propre, et versez dans une bouteille de verre à large col, qui doit être bouchée exactement. Cette composition peut se garder longtemps, et s’emploie de la même manière que le vernis dur.

3° Vernis mou.

Ce vernis est celui que les graveurs emploient aujourd’hui ; on peut l’obtenir par divers mélanges que je vais indiquer.

4° Vernis de Bosse.

Cire vierge bien blanche . 50 grara.

Mastic en larmes bien pur . 30 —

Asphalte (2) . 15 —

(1) Le mastic est le produit du Pistacia lenliscus , arbre qui végète dans les iles de la Grèce, le nord de l'Afrique et le midi de l'Europe.

On le recueille sur le tronc et les tiges des lentisqnes auxquels ou l'ait, en juillet, de légères incisions; la résine coule en gouttelettes qui se concrètent à l’air et qu'on récolte en août. La plus belle sorte constitue le mastic de choix ou le mastic en larmes. Le mastic 1

en larmes est sous la forme de grains oblongs, arrondis, translu- j

cides, d’une couleur blanc jaunâtre, se ramollissant et, se laissant pétrir sons la dent, et possédant une saveur résineuse aromatique.

On trouve, dans le commerce, sous le nom de mastic en sorte , un mastic de qualité inférieure à grains jaunâtres et mélangés de bois 16: et d'écorces. ; j

(2) L'asphalte est une substance minérale qu'on trouve en morceaux de couleur brun-noir, sans transparence, d'un éclat gras, L éminemment combustibles. On le tirait autrefois du Levant, d’Alep, |, de Smyrne et de Marseille; maintenant on l’extrait en France des f(|

VERNIS

On broiera bien menu le mastic et l’asphalte ; on fera fondre au feu doux, dans un vase vernissé, la cire vierge, et lorsqu’elle sera bien chaude, on saupoudrera peu à peu le mastic, afin qu’il se fonde et se lie mieux avec elle, en le remuant de temps en temps avec une spatule.

Ensuite on introduira, de la même manière, l’asphalte dans ce mélange, en remuant encore le tout sur le feu, jusqu’à ce qu'on ait obtenu une parfaite fusion, ce qui demande ordinairement un demi-quart d’heure ; alors, éloignant le vase du feu, on laissera refroidir et l’on versera ensuite le tout dans un vase peu profond ayant la forme de rouleaux de 27 millimètres environ de diamètre ou en en formant des boules.

On y met plus ou moins de cire pour le rendre plus ou moins dur.

5° Vernis blanc dit de Rembrandt.

Cire vierge .

Mastic .

Asphalte ou ambre,

30 gram.

Il faut broyer séparément le mastic et l’asphalte dans un mortier ; faire fondre la cire dans un vase de terre neuf et vernissé, y verser petit à petit le mastic et l’asphalte, remuant jusqu’à ce que le tout soit bien mêlé ; ensuite on versera dans l’eau claire, et on en formera des boules d’environ 27 millimètres de diamètre.

mines de Seyssel (Ain), et de Pont-dü-Cliâteau (Puy-de-Dôme). Dans a plupart des ouvrages sur la gravure, on trouve encore, dans les lormules pour les vernis, le mot spalt, mot corrompu et dérivé a asphalte.

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Il faut, avoir soin, lorsque l’on emploie ce vernis, de ne point trop chauffer la planche, de l’étendre de manière à lui donner le moins d’épaisseur possible, afin de pouvoir ensuite y passer le vernis blanc pardessus, sans qu’il fasse un volume trop considérable; on ne noircit pas ce vernis à la fumée comme on le fait au vernis ordinaire ; mais quand il est tout à fait refroidi, il faut couvrir la planche avec une couche de blanc de céruse broyé bien fin à l’eau gommée et l’étendre avec un pinceau.

6° Autre vernis blanc.

Je crois devoir donner ici, comme renseignement, un procédé pour blanchir le vernis dur ; il n’est pas en usage ; mais cependant on peut dans certains cas, trouver occasion de l’employer avantageusement, et dans ces derniers temps il a été utilisé pour éviter l’opération du calque et du décalque dans la gravure des cartes géographiques ; on peut, en effet, avec ce vernis, dessiner directement sur le cuivre.

Le vernis dur ayant été appliqué sur la planche, et la planche refroidie, on y passera une couche de blanc de céruse bien broyé à l’eau dans lequel on aura fait fondre un peu de colle de Flandre et versé quelques gouttes de fiel de bœuf. Cette couleur doit être étendue bien également avec une grosse brosse bien douce et en lui donnant le moins d’épaisseur possible.

Lorsque ce blanc sera sec, on décalquera, en employant de la poudre fine de pierre noire au lieu de sanguine, et quand le travail de la gravure sera fait avec les pointes, on lavera la planche avec une éponge fine et de l’eau chaude, ou bien avec.de

VERNIS

l’eau-forte étendue d’eau ; le blanc étant totalement enlevé et la planche bien nette et bien séchée, on pourra la faire mordre.

7° Vernis de Callot.

Cire vierge . 60 gram.

Ambre fondu (1) ou asphalte de la

meilleure qualité . 60 —

Mastic. , . 60 —

Si le vernis doit être employé dans une saison chaude, on emploie 60 grammes de mastic, et 30 grammes seulement si c’est pendant l’hiver, parce que la propriété du mastic est de durcir le vernis et de le préserver d’accident quand on s’appuie dessus

en gravant.

Résine . 30 gram.

Poix noire ou commune . 30 —

Térébenthine . 15 —

Faire fondre la cire vierge dans un vase neuf de terre vernissé, et sur un feu qui ne soit pas trop ardent ; y jeter la poix, puis la résine en poudre, remuer le tout avec une spatule, et lorsque la fusion est parfaite, verser dans de l’eau claire, et former des rouleaux ou des boules comme nous l’avons indiqué ci-dessus.

(1) L’ambre jaune, karabé ou succin , est une substance minérale d'origine organique que la mer rejette sur les côtes du Danemark, du Jutland, de la Livonie, de la Courlande, de la Sicile, de Madagascar, etc., ou qu’on trouve dans le sol, à une certaine profondeur, sur les côtes de la Baltique, en Bohême, en Autriche, en Pologne, en France, etc. On le rencontre en morceaux arrondis, anguleux, obtus, à surface inégale et rugueuse, un peu friables, de couleur jaune variée, brûlant avec une ilamme jaunâtre en développant une odeur balsamique et agréable.

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On peut encore faire ce vernis en employant les proportions suivantes :

Cire vierge . 120 gram.

Asphalte . 60 —

Ambre fondu . 30

Mastic . . 30 —

et agir comme pour le précédent. Ce dernier vernis a le défaut d'être trop dur.

8° Vernis de Lawrence.

La composition suivante donne de très bons résultats :

Cire vierge . 30 gram.

Asphalte . 30 —

Poix noire . 15 —

Poix do Bourgogne . 7.5 —

Il faut broyer l’asphalte dans un mortier, faire fondre la cire et procéder en tout comme il est dit ci-dessus.

Autre formule.

Cire vierge . 75 gram.

Poix de Bourgogne . 90 —

Résine . 15 —

Asphalte . 60 —

Térébenthine . une petite quantité.

Autre formule.

Cire vierge . 60 gram.

Asphalte ou ambre fondu . 60 —

Poix noire . 30 —

Poix de Bourgogne . 15 —

VERNIS

On peut, pour donner plus de dureté, ajouter un peu de colophane, poix-résine ou arcanson (1).

On fait fondre ensemble la cire et les poix, on ajoute peu à peu, et en remuant, l’asphalte broyé ; après un quart d’heure environ de cuisson, on ajoute la colophane ou arcanson, et l’on remue de nouveau, jusqu’à ce que ce vernis file bien ; alors on le jette dans de l’eau tiède, et on le pétrit pour en former des masses.

Le procédé suivant a été employé avec succès par d’habiles graveurs.

On fait fondre :

Cire vierge . 60 gram

Poix noire . 15

Poix de Bourgogne . 15

y ajouter un peu d asphalte réduit en poudre très fine.

On laisse cuire le Iput sur un feu doux, en remuant continuellement, jusqu’à ce qu’en laissant tomber une goutte de ce mélange sur un corps dur et froid, elle forme une plaque qui ne se casse qu’après avoir été pliée trois ou quatre fois entre les doigts ; alors on verse dans de 1 eau qui a le même degré de chaleur que le mélange au moment où il y sera jeté.

9° Vernis du Dépôt des cartes et plans.

Le vernis employé au dépôt général de la guerre, pour la gravure des cartes et plans, et dont la composition se trouve dans le n° 5 du Mémorial topographique et militaire , est un mélange de :

(1) L arcanson ou arcnckon , autrement brai sec , n’est autre chose que le résidu des alambics après qu'on en a tiré l'huile ou essence de térébenthine ; il doit être sec, cassant, luisant, transparent et lonce en couleur.

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Cire blanche . 4 parties.

Colophane . 5 —

Poix noire . 2 —

Résine . 1 —

fondues, mêlées et préparées comme pour tous les autres vernis que nous venons d'indiquer.

10° V ernis de Sharpe.

Cire . 90 grara.

Asphalte . 60 —

Poix grecque . 90 —

11° Vernis Deleschamps.

Cire . 120 gram.

Mastic en larmes . 8 —

Poix de Bourgogne . 60 —

Asphalte . 120 —

Solution concentrée de caoutchouc dans l’essence . '. . . . 4 —

12° Vernis moderne.

Cire . 100 gram.

Paraffine . 75 —

Poix de Bourgogne . 75 —

13° Vernis Villon.

Cire . 100 gram.

Cérésine . 100 —

Vaseline . 75 —

Résine ordinaire . 100 —

Poix de Bourgogne . 75 —

14° Vernis au pinceau.

Essence . 150 gram.

Asphalte . 30 —

Cire . 15 —

VERNIS

On prépare, en Angleterre, un vernis transparent où 1 on ne fait entrer que de l’arcanson et de la cire, et qu’on n’enfume pas ; on emploie aussi à cet usage la térébenthine à laquelle on ajoute une petite quantité d’oxyde de bismuth. Ce vernis s’étend avec un pinceau de poil de chameau. Il faut avoir soin de bien proportionner la quantité d’oxyde de bismuth : s il y en a trop, le vernis n’est plus transparent ; s’il n y en a pas assez, la planche acquiert un éclat qui blesse les yeux , ce vernis est sujet, en peu de jours, à devenir cassant ; mais on lui rend son élasticité en le chauffant légèrement.

La vaseline et la cérésine donnent aussi de très beaux vernis transparents et très résistants.

lu0 Vernis solide à toutes les températures .

L’inconvénient de quelques-uns des vernis cidessus, d’empâter la pointe pendant l’été, et de s’éclater pendant l’hiver, a suggéré à M. Roquillon l’idée de rechercher un vernis dont la solidité fût la même à toutes les températures. Ce vernis dont il donne la composition, selon lui, a la propriété, lors-' qu on grave sur acier, de ne laisser aucun accès aux acides qui ont une si grande action sur le métal.

Copal .

Asphalte. . .

Gomme animé.

Cire .

40 gram.

Observations sur les vernis.

U est important que le feu ne soit pas trop ardent, de crainte que les ingrédients dont on se sert ne

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brûlent ; pendant qu’on emploie l’asphalte ou les résines, il faut remuer le mélange continuellement avec la spatule.

L’eau dans laquelle on peut verser le vernis mou, doit être à peu près au même degré de chaleur que les drogues qu’on y jette.

Parmi les différentes formules de vernis, on peut choisir celles qui conviennent le mieux à l’objet qu’on se propose ; mais, pour réussir, il convient aussi de tenir compte de la pureté et de l’identité des substances qu’on emploie.

L’asphalte, qu’on rencontre généralement dans le commerce, comme le plus pur, contient du carbonate de chaux, de la silice, de l’alumine, de l’oxyde de fer, des substances organiques et quelques traces d'oxyde de manganèse ; plusieurs de ces substances étant solubles dans les mordants, laissent à découvert les parties des planches, avec lesquelles elles sont en contact, et leur permettent de picoter la planche.

Les matières siliceuses et organiques s'opposent à une liaison parfaite de molécules résineuses entre elles, et sont difficilement séparées du vernis, lors même que l’on passe celui-ci, après sa fusion, à travers un linge très serré.

Pour purifier l’asphalte et en séparer les matières étrangères, M. Deleschamps a proposé de le concasser et le laver dans de l’eau acidulée avec l’acide chlorhydrique, et de décanter ; cet acide dissout le carbonate de chaux et autres sels calcaires, l’oxyde de fer, l’alumine et l’oxyde de manganèse ; les substances organiques qui viennent nager sur ce liquide peuvent être séparées facilement par décantation.

VERNIS

Pour séparer la silice, on fait sécher l’asphalte, que l’on a réduit en poudre fine, et on le passe à travers un tamis de soie ; la silice reste sur ce tamis : à l’aide de ce moyen, on parvient à obtenir l’asphalte à un état de pureté parfaite. t

On peut encore obtenir 1 asphalte à 1 état de pureté, en le dissolvant à chaud dans une quantité suffisante d’essence de térébenthine, et, après avoir filtré cette dissolution à travers un filtre de papiei non collé, soumettre à la distillation pour en retirer l’essence employée. Les matières hétérogènes restent sur le filtre, et l’essence, que l’on obtient par la distillation, étant incolore et très pure, peut compenser les dépenses de l’opération.

La cire est parfois falsifiée avec de la fécule et du suif. De ces deux substances, c’est la fécule qui est la plus nuisible à la préparation des vernis. La fécule, par son contact avec l’acide nitrique qui entre le plus souvent dans la composition des mordants, est transformée en acide oxalique qui attaque d’une manière sensible la planche avec laquelle elle sa trouve en contact, et permet au mordant luimême de pénétrer a travers le vernis.

Le suif a l’inconvénient de rendre les vernis trop mous, inconvénient auquel on peut apporter remède en augmentant convenablement la proportion des substances friables et siccatives, telles que 1 asphalte, par exemple, ou en y substituant l’acide stéarique ou ,1a stéarine.

Les résines se trouvent plus ou moins pures dans le commerce, et pour les avoir à 1 état convenable pour former les vernis, il faut en séparer les impuretés par le triage et les choisir de première qualité.

86 GRAVURE A L’EAU-FORTE

Le mastic, ainsi qu’il a été dit, doit être en larmes très transparentes, et on peut lui appliquer, ainsi qu’aux autres résines qu’on voudrait employer, les moyens de purification qui viennent d’être indiqués pour l’asphalte.

La colophane, la poix de Bourgogne, la poix noire, peuvent être traitées avec l'essence de térébenthine comme étant leur dissolvant le plus naturel et le moins coûteux.

16° Vernis à couvrir ou Petit Vernis.

Il était important d’avoir une substance propre à couvrir et à cacher les parties d’une planche de cuivre qui pourraient présenter un travail défectueux de la pointe, ou bien un endroit mal verni, ou enfin un accident ou écorchure arrivée au vernis : c’est ce qui a fait introduire dans l’art du graveur le vernis à couvrir, qui est constamment liquide et qui peut être appliqué, avec un pinceau, sur les parties que l’on veut préserver de l’action de l’eau-forte.

Dans le principe, la composition de cette mixtion était très simple. On faisait chauffer dans un vase de terre vernissé et sur un feu très doux, une certaine quantité d’huile d’olive ; lorsqu’elle était bien chaude, on y jetait du suif qu’on y faisait fondre entièrement en agitant avec une spatule, de manière à former un liquide gras d’une consistance telle qu’en en laissant tomber une goutte sur un corps uni et froid, une planche de cuivre par exemple, elle se figeât moyennement, sans devenir trop dure ni sans se fendre ou se gercer ; si elle était trop compacte, on ajoutait de l’huile; après avoir obtenu le degré de consistance nécessaire, on laissait houil-

VERNIS

lir le tout pendant une heure, en continuant à bien mêler ensemble l’huile et le suif jusqu’à ce que la mixtion prît une teinte rousse. La présence de l’huile n’était utile ici que pour rendre le suif plus liquide, l’empêcher de se figer trop promptement, et donner la facilité de l’étendre, avec un pinceau, sur les parties que l’on veut couvrir.

On distingue plusieurs espèces de vernis à recouvrir : celui qui s’étend au pinceau pour recouvrir la surface de la planche et qui doit servir à recevoir le calque et tout le dessin ; l’autre qui ne sert qu’à 5 recouvrir certaines parties de la planche. Voici quelques formules de ces espèces de vernis :

Vernis au pinceau pour recouvrir toute

la planch

Asphalte .

30 g ram.

Essence de térébenthine rectifiée. .

Cire blanche . 1<>

Faites fondre à feux doux.

Autre formule.

Essence de térébenthine .

240 gram.

Cire vierge . t

Asphalte .

Mastic .

Copal fondu .

Faites le mélange à feu doux.

Vernis à recouvrir certaines parties d'une planche, ou petit Vernis.

Cire vierge . go gram

Asphalte . 0O

Mastic. . . gO

Essence de térébenthine . 500

GRAVURE A L’EAU-FORTE

Autre formule.

Essence . 240 gram.

Asphalte . . 45 —

Cire vierge . 30 —

Autre formule.

Asphalte . 30 gram.

Essence de térébenthine . 240 - —

Cire blanche . 8 —

Mastic . 4 —

On fait fondre les trois premières substances dans un pot, sur un feu doux, et on y ajoute les deux autres réduits en poudre fine en agitant constamment. Quand le tout est bien fondu, on verse dans l'eau froide, et pendant que la matière est encore chaude, on en fait des boules. Si on la trouve trop molle, on réduit la proportion de la cire. Il faut avoir le plus grand soin qu’elle ne brûle pas pendant qu’elle est sur le feu.

17° Vernis de Venise.

Aujourd’hui les graveurs se servent, pour couvrir les parties qui ne doivent pas mordre, de vernis de Venise, épaissi par un peu de noir de fumée ; ils l’appliquent avec un instrument.

Le vernis de Venise est une dissolution de térébenthine de Venise dans l’essence de térébenthine. On le vend tout fait chez les marchands de couleurs. Il faut en avoir dans une petite bouteille, fermée d’un bouchon, au travers duquel on fait passer la plume ou tuyau d’un pinceau dont on fait usage, de façon que le poil soit suspendu dans le liquide.

TERNIS

Dans un travail remarquable, présenté à la Société d’encouragement en 1832, M. Deleschamps a publié la préparation d’un petit vernis dont un grand nombre de graveurs se sont servis, depuis, avec succès ; en voici la formule :

Asphalte .

Succin l'ondu et non décomposé. . .

Cire vierge pure .

Mastic en larmes .

Essence de térébenthine rectifiée. . .

Solution concentrée de caoutchouc dans l’essence de térébenthine. . .

100 gram

Préparation. — Après avoir réduit en poudre les différentes substances et avoir coupé la cire blanche par petits morceaux, on les laisse en contact avec l’essence de térébenthine pendant 12 heures , apiès ce temps, on chauffe le ballon de verre qui les contient, à une température convenable pour en opérer la fusion ; lorsque le vernis commence à se refroidir, on y ajoute la dissolution du caoutchouc, on filtie et on le conserve dans un vase bien bouché.

L’avantage de ce vernis est de n’être pas friable, de ne pas s’écailler, et enfin de résister plus longtemps à l’action des mordants.

Ce même chimiste a proposé un vernis en boule qui a également réussi à tous les artistes qui en ont fait usage. Voici sa composition :

Cire blanche pure .

Mastic en larmes .

Poix de Bourgogne .

Asphalte première qualité .

Solution concentrée de caoutchouc. .

120 gram

90 GRAVURE A L’EAU-FORTE

Après avoir réduit en poudre le mastic et la poix de Bourgogne, on les fait fondre dans un poêlon de terre vernissé, en ne les exposant qu’à la température nécessaire pour les liquéfier. On y ajoute ensuite la cire par petits morceaux, en ayant soin de remuer avec une spatule de fer ; lorsqu’on ajoute les premières portions de cire, il faut diminuer la chaleur pour ne conserver le mélange qu'à la température de l'eau bouillante. Dans un autre poêlon et en même temps, on chauffe suffisamment l’asphalte pour le fondre, et aussitôt après on y incorpore le mélange de cire et de résine ; pour cela, on ajoute ce mélange par portions et l'on agite avec soin ; lorsque le tout est parfaitement fondu, on y incorpore le caoutchouc et l’on fait cuire le vernis à une chaleur moindre que celle nécessaire pour fondre l’asphalte; enfin on coule dans des moules ou dans l’eau tiède, pour en former des boules de SO à 60 grammes en le passant à travers un linge serré.

Un autre moyen de préparer ce vernis, et qui réussit également bien, consiste à soumettre à la distillation les substances dissoutes dans l’essence de térébenthine qui a servi à les purifier ; lorsqu’on a retiré l’essence employée, on fait cuire la masse pendant un quart d’heure, et l’on coule dans l’eau chaude pour en former des boules.

Le vernis en boule, préparé de l’une ou l’autre manière, est extrêmement liant, lisse, exempt de toute impureté et d’une consistance ferme et grasse en môme temps, se raie facilement ; son grain est fin, homogène, et sa force de cohésion, sur les planches, lui donne de la supériorité sur tous les autres.

VERNIS

Avant de terminer ce que nous avions à dire sur la préparation des vernis, nous nous permettrons de signaler aux graveurs une substance qu’ils n’ont point encore employée dans cette préparation et qui nous paraît propre à leur rendre des services signalés.

L’objet qu’on se propose dans la composition d’un bon vernis est d’obtenir une bonne combinaison qui puisse se couper avec facilité en laissant le métal à nu et sans s’égrener, s’écailler, et sans permettre à l’air de s’insérer entre elle et le métal, et de faire des ravages irréparables.

Nous avons vu que les vernis les plus usités se composent principalement de deux éléments, à savoir, de cire, de poix, d’asphalte, de térébenthine, etc., substances la plupart douces, molles et fondant à une basse température ; puis de mastic, d’ambre, de copal, de gommes-résines, etc., qui sont plus résistants, qui fondent plus difficilement et dont quelques-uns ne fondent même qu’à une température élevée, l’ambre par exemple qui n’entre en fusion qu’entre 270 et 275° C.

Il n’est pas démontré qu’au degré de chaleur où s’opère la préparation du vernis, il y ait incorporation parfaite des corps doux et des corps résineux, et l’on ignore aussi quelle est la nature de la combinaison qui s’opère entre ces substances, dont quelques-unes, par exemple la térébenthine, et même quelques résines qui sont un peu solubles dans l’eau, peuvent, dans le mordançage, présenter des inconvénients.

C’est d’après ces considérations que nous conseillons aux graveurs d’essayer de faire entrer dans la composition de leurs vernis une substance à laquelle

GRAVURE A L’EAU-FORTE

on n’a pas encore songé et qui nous paraît éminemment apte à cet usage : nous voulons parler de la paraffine.

La paraffine est une substance d’une densité de i 870, celle de l’eau étant '1000, qu’on extrait des | schistes, des naphtes et principalement du goudron des combustibles minéraux. Sa propriété la plus remarquable, celle à laquelle elle a emprunté son nom, est que la plupart des agents chimiques acides ou alcalins sont sans action sur elle. C’est ainsi qu’elle résiste à l’action des acides concentrés et des alcalis caustiques.

La paraffine, suivant son état de pureté, a un point' de fusion qui varie entre 45° et 60°. La plus pure ne fond qu’à 58°. Elle est absolument insoluble dans l’eau, mais se dissout en partie dans l’alcool et complètement dans les hydrocarbures bouillants, le benzol, le chloroforme et le sulfure de carbone.

Une paraffine de bonne qualité a une structure cristalline ; elle rend un son clair quand on la frappe; elle est translucide, sans odeur, sans saveur; blanche, légèrement élastique, avec un toucher sec et onctueux, et ne tache pas comme les graisses.

Avec les huiles légères de houille et à chaud avec l’éther elle forme une masse gonflée et gélatineuse.

Elle entre en fusion avec le blanc de baleine, la cire, la stéarine, les résines, les graisses animales et végétales, ce qui ouvre un vaste champ aux combinaisons pour en faire des vèrnis de graveur.

Elle résiste à l’action de l’acide fluorique, propriété qui la recommande dans la préparation d’un vernis pour la gravure sur verre.

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