‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 26 sur 122 · OUTILS DU GRAVEUR A L’EAU-FORTE · texte numérisé non relu

OUTILS DU GRAVEUR A L’EAU-FORTE

près le volume de la grosseur du poing (fîg. 21). n faut avoir soin que le taffetas soit bien propre, sans aucune partie grasse et qu’il ne contienne aucun corps dur qui pendant l’opération du vernissage, marquerait sur le cuivre et empêcherait d’obtenir une surface bien unie. On peut, surtout quand il s’agit de faire remordre à plusieurs reprises une planche, remplacer avec beaucoup d avantage le taffetas par de la baudruche, qui donne au vernis un grain plus fin et bien plus uni.

On aura le soin de ne jamais laisser traîner le tampon sur les tables, où il se trouve souvent de petits copeaux de cuivre, qui pourraient s’y attacher ou s’y introduire, et de l’huile qui pourrait le salir. Quand la partie qui est ordinairement en contact avec la planche est devenue trop dure et contient une trop grande quantité de vernis, il faut remplacer le tampon.

2° Pointes pour Veau-forte.

1° Les pointes propres à graver l’eau-forte se font avec toute espèce de morceau d’acier bien trempé, rond ou carré : des bouts de burin, par exemple, usés et arrondis sur une meule de rémouleur, et polis et aiguisés sur une pierre à l’huile. Elles doivent avoir 4 à 5 centimètres de longueur, être fixées dans des manches tournés, de 15 centimètres de longueur, et garnis par de longues viroles creuses, en cuivre ou en argent, qu’on emplit de cire d’Espagne fondue, et dans lesquelles on fait entrer les pointes pendant que la cire est encore chaude.

GRAVURE A L’EAU-FORTE

Les manches les plus vulgairement employés sont de simples morceaux de jonc, dans lesquels on fait entrer les pointes.

On peut se servir d’aiguilles à coudre, cassées et emmanchées, auxquelles on donne une nouvelle pointe, en la frottant sur la pierre à l’huile.

Les grosseurs des pointes doivent être graduées de manière à recevoir des numéros, depuis la plus fine jusqu’à la plus grosse. L’arrangement de ces outils est très difficile : il faut que, sans couper le cuivre, la pointe, employée dans tous les sens, produise un trait bien égal.

Pour faire une bonne pointe, après avoir dégrossi le morceau d'acier, emmanché, sur une meule, on le passe sur une pierre du Levant pour en affiler et polir la pointe, puis dans une goulotte, ou légère entaille longue faite dans une pierre douce; on la frotte ensuite en tournant la pointe sur une ardoise pour les pointes fines, sur un marbre pour les moyennes et les grosses. Il faut alors tenir la pointe presque perpendiculairement et la tourner continuellement dans les doigts, afin qu’elle s’arrondisse bien régulièrement; il faut éviter de les faire camardes, parce qu’alors on n’aperçoit que difficilement le trait tracé avec la pointe, ce qui nuit pour l'arrangement régulier des tailles. Les plus grosses ont aussi la pointe moins affilée.

Pour les travaux qui doivent être traités largement, on a quelquefois employé des pointes d'ivoire qui enlèvent le vernis sans attaquer ni entamer le cuivre ; il en résulte ordinairement des travaux mous et qui ont bieri moins de netteté que ceux qu’on obtient avec l’acier ; mais cependant ces sortes de pointes

OUTILS DU GRAVEUR A l’EAU-FORTE

peuvent offrir quelquefois aux artistes des avantages marqués pour certaines parties, et il est bon qu’ils sachent s’en servir au besoin.

Si une pointe d’acier s’émousse trop facilement sur le cuivre, il faut la rejeter et en prendre une autre qui trace avec pureté et enlève nettement le vernis, sans occasionner de bavures ni d’égratignures. Il ne faut pas qu’elle soit tranchante ; on peut lui donner une pointe très fine et polie, de telle sorte qu’en la passant sur un morceau de papier, en appuyant avec une certaine force, on puisse la diriger dans tous les sens, avec facilité et sans écorcher ce papier.

Il faut cependant remarquer que, dans l’emploi de la pointe à l’eau-forte, chaque graveur a son habitude : les uns ne font qu’effleurer la planche en enlevant seulement le vernis; d’autres, au contraire, coupent plus ou moins de cuivre. Pour avoir un bon travail, il faut que presque toute la partie qui fait l’aigu de la pointe soit engagée dans le cuivre : autrement une grosse pointe et une petite feraient à peu près un trait aussi délié l’une que l’autre.

Mais, comme nous l’avons dit un peu plus haut, la manière de travailler de l’artiste a bien plus d’influence sur les diverses qualités de sa gravure, que les outils qu’il emploie : s’il a du génie, il fera des travaux spirituels avec toutes les pointes.

Il est donc impossible d’établir des règles générales sur l’emploi des pointes : toutes les manières sont bonnes quand elles ont des résultats satisfaisants.

2° Échoppes. — Les pointes-échoppes doivent être aiguisées en biseau, et se terminer carrément. Elles servent à faire des traits plus larges que ceux que l’on obtient au moyen des pointes rondes.

GRAVURE A L’EAU-FORTE

On emploie principalement les échoppes pour les choses qui doivent être gravées d'une manière brute, comme les terrains, les rochers, les troncs d’arbres, les murailles et autres objets qui demandent de la force et un travail irrégulier et trembloté.

Avec de l’habitude, on parvient à donner de la variété au travail produit par cet instrument; en le faisant tourner dans les doigts, et le tenant, ainsi, tantôt par son côté le plus large, et tantôt parla partie tranchante du biseau, on obtient, pour ainsi dire, des pleins et des déliés, comme on pourrait le faire avec une plume.

3° Pointes à calquer et à décalquer. — On prend le plus ordinairement, pour calquer, la plus line des pointes à l’eau-forte ; elle doit couper un peu, mais être bien ronde. Il faut, en traçant sur du papier, qu’elle coule facilement de tous côtés et dans tous les sens, en n’occasionnant ni écorchures ni coupures.

La pointe à décalquer doit être ronde, non coupante, et moyennement grosse, afin qu’elle ne pénètre pas à travers le papier verni, et n’attaque pas le vernis de la planche.

3° Papier à décalquer.

On se sort, pour calquer, de différent papiers, qui doivent être employés de préférence, suivant la nature du travail que l’on exécute.

Le papier huilé , qui est du papier serpente enduit d’huile, est peu transparent; on peut tracer dessus avec une plume et de l’encre, mais il a l’inconvénient de noircir au bout de peu de temps et de tacher les dessins sur lesquels on le laisse poser.

Le papier à la gélatine est plus clair, moins salissant, et doit être préféré dans tous les cas possibles.

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