I. — Art de la gravure
La dénomination de gravure a été appliquée à des ouvrages si différents et si multiples, qu’il est difficile d’en donner une définition bien exacte. On appelle généralement gravure les dessins faits, avec des outüfe, sur des matières qui offrent quelque résistance. On dit, en effet, la gravure sur pierre, pour indiquer le tracé en creux de figures ou d’inscriptions sur des matières calcaires ou d’autres roches ; la gravure sur pierres dures ou fines, pour désigner une sorte de sculpture en creux, en bas-relief et en ronde-bosse; la gravure en médailles , qui doit plutôt se rattacher à l’art du sculpteur qu’à, celui du graveur; la gravure sur bois, sur des planches ou sur des cylindres pour l’impression des étoffes et des papiers de tenture ; la gravure sur métaux, pour les cachets, les armoiries, les ornements des bijoux et des pièces d’orfèvrerie ; la gravure sur cristaux, etc.
Graveur. — I. 1
INTRODUCTION
Mais tous ces genres de travaux, dont plusieurs l'ont plutôt partie des arts mécaniques que des beauxarts, sont étrangers à l’art du graveur, tel que nous devons l’envisager dans ce traité, dans lequel nous ne parlerons que des opérations qui produisent la représentation des objets tirés de la nature, les compositions des peintres et des sculpteurs, et enlin, tout ce qui tend à la production des estampes, par le secours du dessin, et à l’aide de traits faits et creusés sur des matières dures, et multipliés par le moyen de l’impression.
Cette impression a été longtemps exécutée par la taille douce et par la lithographie, soit que la gravure ait été faite en creux par l’artiste sur des planches de cuivre ou d’acier, soit que le dessin ait été fait par lui sur des pierres lithographiques. Mais, par suite du besoin d’illustrer les ouvrages tirés en typographie, qui s’est développé dè plus en plus chez nous depuis une soixantaine d’années, on a été conduit à exécuter des gravures en relief, qui pussent être tirées typographiquement. De là, l’extension prise par la gravure sur bois et, plus récemment, sur cuivre et surtout sur zinc, au moyen des nouveaux procédés chimiques et héliographiques.
On peut assurer que, de tous les arts d’imitation, il n’en est aucun qui soit d’une utilité plus générale que celui de la gravure. Dès scs commencements, on s’en est servi pour étendre les diverses branches de nos connaissances. C’est à cet art que nous devons les plus sûrs moyens de communiquer la représentation des objets visibles ; c’est lui qui nous -a dispensés d’avoir recours à ces descriptions embarrassées, et presque toujours fautives, dont on était obligé de se
ART DE LA GRAVURE
servir pour faire connaître ce que l’on peut aujourd’hui mettre sous les yeux, et indiquer clairement les scènes décrites, à l’aide d’une estampe accompagnée d’une courte explication.
La description d’un tableau ne peut jamais le dessiner dans l’imagination de celui qui ne l’a pas vu ; cet avantage est procuré par la gravure. Lucien nous a laissé la description très circonstanciée d’un tableau célèbre d’Apelles, où le peintre a représenté, sous le symbole d’une allégorie ingénieuse, le mariage de Roxane avec Alexandre. Raphaël et plusieurs autres peintres ont entrepris de le faire revivre, mais aucun d’eux ne s’est rencontré avec l’autre, ce qui prouve assez que la notion d’un tableau, produite par une description, est toujours très vague.
Sans la gravure, comment aurait-on pu propager les connaissances mathématiques, les découvertes en mécanique, les modèles de machines, les règles de l’architecture, les procédés de construction, les figures d’histoire naturelle et les compositions musicales? Eût-il été possible de faire suivre tous les pas d’un voyageur, et de fixer dans la mémoire la configuration physique et politique des états et de toutes les parties connues de la terre, ainsi que l’aspect que présente le firmament?
Il y a, dans tous ces genres de gravure, deux parties bien différentes : la première-, comprend le travail purement mécanique et manuel, la seconde, dépend entièrement du génie des graveurs. Cette distinction n’a pas toujours été faite par ceux qui ont écrit sur les arts, ils n’ont souvent comparé une estampe à un tableau que sous le rapport de l’effet général, et ils ont pris une opinion défavorable de la