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VII. — Bordage de la planche

La cire à modeler sera d’abord amollie : si elle est très dure, on la déposera quelques minutes dans de l’eau un peu chaude; si, au contraire, elle est molle,

Fig. 27.

on la pétrira avec les mains mouillées, pour lui donner la forme d’un bâton de 3 à l centimètres de diamètre, avec lequel on fera, autour de la planche, ou seulement autour des parties gravées, un bord de 2 â 3 centimètres de haut, comme une petite muraille de sorte que, posant le cuivre bien de niveau, et versant l’eau-forte dessus, celle-ci soit retenue par le bord de cire, sans qu’elle puisse couler ni se répandre par aucun endroit.

Il n’est pas besoin d’entourer entièrement la planche ' avec cette bordure, on peut ne la placer qu’autour de la partie gravée, comme je l’ai indiqué sur la figure 27. Cependant il est mieux de border autour de la planche, et le plus près possible de la marge, afin d’éviter les dégâts que l’acide fait quelquefois sous la cire.

Par un temps très froid, il est bon de faire légèrement chauffer la planche avant de la border avec la cire, qui, sans cette précaution, aurait de la peine à s’y attacher.

On pratique à l’un des coins du hordage une petite goulotte, qui sert a verser plus commodément l’eauforte de la planche dans le vase qui doit la contenir. Il faut que les côtés de cette gouttière soient plus hauts que le reste du hordage, afin qu’en penchant la planche, pour donner de l’écoulement à l’eau-forte, elle ne puisse se répandre en passant par-dessus la cire.

Le cuivre étant bien préparé et bordé de cire, on doit le placer sur une table bien horizontale, et y verser l’eau-forte qui doit le couvrir bien également, et avoir une profondeur de 2 à 2 centimètres et demi.

Ici commence une opération aussi importante dans ses résultats, qu’elle est parfois incertaine dans son exécution. Aucune règle ne peut être assignée; la pratique seule, une grande habitude, donnent à l’artiste une sorte d’instinct qui le guide, mais le plus souvent il n’opère qu’en tâtonnant et en sondant, pour ainsi dire, continuellement l’état de son travail.

GRAVURE A VEAU-FORTE

Le graveur doit bien étudier la dureté du métal qu'il va soumettre à Faction de l’eau-forte : un cuivre très dur est entamé plus difficilement, et se creuse plus lentement qu'un cuivre mou, qui, au contraire, étant plus poreux, présente plus de prise à l'acide et se décompose avec une plus grande rapidité. Dans le premier cas, on doit donc employer de l’eau-forte plus vive que dans le dernier, et, pour cela, il est bon que le graveur soit muni d’eau-forte de trois degrés différents, qu’il vérifiera avec un pèse-acide (1).

Eau-forte de 15 degrés, de 20 degrés et de 25 degrés. (L’ac.ide nitrique du commerce marque toujours de 36 à 40 degrés, il faut le couder avec de l’eau.)

Une autre observation encore des plus importantes, c’est de tenir compte de l’état de l’atmosphère, qui intervient très puissamment dans cette opération.

Par un femps sec et chaud, l’acide agit avec infiniment plus de force que par un temps froid et humide, et il a une action graduée poùr tous les états intermédiaires de la température.

On doit aussi établir un rapport entre la force de l’acide et le genre de travail auquel on l’applique : on peut, dans un temps moyen, qui ne soit ni chaud ni humide, employer de l’eau-forte de 25 degrés pour faire mordre un simple trait; celle de 20 degrés pour agir sur un travail plus compliqué, et cependant traité assez largement; mais il est prudent de n’employer que de l’acide de 15 degrés pour faire mordre une gravure chargée de travaux fins et serrés.

(1) C’est bien à tort que la plupart des graveurs négligent le secours de cet instrument qui peut donner plus de certitude à leur travail.

Il ne faut pas laisser l’eau-forte dormir sur le cuivre, car alors elle mordrait inégalement, et ferait crever ou élargir les tailles ; pour éviter cet inconvénient, on aura soin d’enlever continuellement, avec la barbe d’une plume de pigeon, les petits bouillons qui se forment sur le trait, à mesure que l’acide entame le cuivre.

On peut, pour voir dans quel état est son travail, et s’assurer si le trait n’est pas assez mordu, enlever l’acide, et frotter avec un morceau de charbon une très petite partie de la gravure, le vernis est usé par ce moyen, le cuivre se montre à nu, et l’on connaît ainsi la force et la profondeur des tailles ; on cache ensuite cette partie avec du vernis à recouvrir, qu’on laisse bien sécher, et l’on verse de nouveau l’eau-forte si l’on juge que le cuivre n’est pas suffisamment creusé.

Gomme sur une planche d’un travail un peu compliqué, toutes les parties ne doivent pas mordre également, et qu’il doit y avoir des tons différents, qui ne sont pas seulement le résultat de la largeur des tailles ou de leur distance, mais bien aussi de leur profondeur, on ôte l’acide de dessus le cuivre, qu’on lave avec de l’eau, et après l’avoir fait sécher, on cache avec le vernis à recouvrir ou la mixtion, toutes les parties qu’on juge assez fortement attaquées, et l’on verse de nouveau l’eau-forte sur son travail. Cette opération peut être répétée jusqu’à quatre ou cinq fois de suite.

On peut couvrir les parties de la planche qui sont suffisamment mordues, sans être obligé de la laver et de la faire sécher au feu. Pour cela on composera une mixtion avec une partie de cire, une partie égale

GRAVURE A L’EAU-FORTE

de térébenthine et autant de saindoux, qui seront mêlées et bouillies jusqu’à ce qu’elles soient bien incorporées l’une avec l’autre.

Pendant le travail de l’eau-forte, on fait fondre un peu de cette mixtion sur un feu doux, et on en couvre, avec un pinceau, les endroits de la gravure qui sont jugés assez creux. Alors cette matière s’attache au vernis, et empêche l’eau-forte de mordre davantage sur le cuivre. Cette manière de couvrir est prompte et expéditive, et peut être employée avec avantage pour des ouvrages dont l’exécution est pressée.

On peut, dans certains cas, placer le cuivre sur un plan incliné, et verser l’eau-forte dessus à plusieurs reprises (1), ou bien ne verser sur ce cuivre qu’une petite quantité d’eau-forte, dite à couler (page 93), et imprimer à la planche un mouvement continu de bascule, qui fait passer cet acide successivement sur toutes les parties de sa surface.

Le graveur Leclerc coulait son eau-forte d’une manière très simple : il avait un baquet ou caisse d’une grandeur convenable, dont les bords étaient d’environ

(1) Pour faire mordre par ce procédé, le graveur Bosse se servait d'un appareil ainsi construit :

Une auge de bois d’une seule pièce, de 108 millimètres de profondeur, et 162 millimètres de largeur, la longueur devant être proportionnée à la dimension des cuivres que l’on emploie le plus ordinairement. Cette ange est percée au milieu de son fond, et sous cette ouverture, on place un vase de terre plombé ou une jatte de verre d’une assez grande dimension. On pose, dans cette auge, une planche dont les côtés sont garnis d’un rebord de 27 à 54 millimètres de saillie, et sur cette planche on fixe le cuivre : on peut donc prendre facilement, avec une espèce de gobelet en verre, l’eauforte dans le vase placé sous l’auge, la verser sur la planche et la reprendre dans ledit vase où elle s’écoule aussitôt, pour la reverser de nouveau sur le cuivre.

morsure de la planche î 2;';

8 à 10 centimètres de hauteur, et d’un bois très mmce, bien assemblé et calfeutré en dehors; cette caisse était peinte à l’huile tant dehors que dedans en sorte qu’elle contenait l’eau-forte sans en être

imbibée.

Quand on veut faire mordre, avec une machine semblable, on graisse le dessous de sa planche, avec grand soin et partout, et, l’ayant posée dans le fond de la boite on verse l’eau-forte dessus jusqu’à la hauteur de 2 ou 4 millimètres, puis on fait ballotter cette caisse d’un mouvement assez doux et lent, en taisant passer et repasser l’eau-forte par-dessus la planche.

Quelquefois, en hiver, par un temps froid et mou, il se forme une humidité assez forte entre la planche et le vernis, et lorsque l’on verse l’eau-forte, ce verms se détaché par partie, et détruit tout le travail de 1 artiste il est donc prudent, dans cette saison, de aire legerement chauffer le cuivre avant de le faire mordre.

Il arrive aussi quelquefois que le cuivre a des par- ' ies grasses sur lesquelles le vernis ne tient pas, ce qui ne peut être aperçu que quand l’eau-forte coin inepce a agir; dans ce cas, qui est assez rare, il faut se hâter de retirer l’acide, de laver la planche, de la taire sécher,, et de cacher les parties défectueuses avec le vernis à recouvrir, se réservant de les reprendre plus, tard et par d’autres moyens.

On doit, d’après ce que nous venons de dire, ne pas trouver étonnant qu’un cuivre puisse être mordu ans un espace de temps moitié moins long qu’un

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andent plusieurs jours de morsure, surtout quand

GRAVURE A L’EAU-FORTE

on emploie de l’acide très doux, et qu’on veut obtenir de l’effet et des tons gradués. Les paysages surtout sont très longs à faire mordre.

Il faut avoir, à sa proximité, une bouteille ou flacon de verre blanc, portant un entonnoir aussi en verre, et lorsque la planche est suffisamment mordue, on verse, par la goulotte de cire dont j’ai parlé plus haut, l’acide dans le flacon; on couvre aussitôt le cuivre avec de i’eau pure, que l’on agite avec la barlie d’une plume. Après avoir fait sécher la planche, on la couvre d’une légère couche d’huile d’olive, et on la fait chauffer, ce qui dissout le vernis, que l’on enlève alors très facilement avec des chiffons. On peut encore enlever le vernis avec de l’essence de térébenthine, et alors il est inutile de faire chauffer la planche.

Il ne reste plus à l'artiste qu’à reprendre les parties qui auraient mal mordu, ou à faire quelques raccords ou retouches, à l’aide de la pointe sèche ou du burin.

Si l’on voulait faire, sur une planche déjà gravée, quelques changements ou additions, il faudrait la bien nettoyer avec quelques gouttes d’huile d’olive et un tampon de drap (1), en frottant sur toutes les tailles jusqu’à ce qu’elles soient bien ouvertes et dégagées de tout corps étranger au cuivre, ensuite on la dégraisserait avec du blanc d’Espagne ou de la mie de pain, et on la vernirait de nouveau, en ayant bien soin que toute la gravure déjà faite soit entière-

(1) Ce tampon est fait avec un morceau de vieux chapeau, un peu dégommé et roulé en spirale, ou mieux encore avec une bande de drap. En le frottant sur le cuivre avec un peu d’huile, ses aspérités pénètrent dans les tailles de la gravure et les nettoient parfaitement.

morsure de la planche 127

ment bouchée par le vernis ; alors on graverait les nouvelles parties et on les ferait mordre ; mais il est prudent, avant de verser l’eau-forte sur une planche dans cet état, de couvrir de nouveau avec un pinseau et du vernis de Venise, tout le trait de la première gravure, car la moindre ouverture que trouverait l’eau-forte pour l’attaquer, suffirait pour I élargir et gâter entièrement le travail.

pour enlever le vernis dur d’une planche qui est mordue, il faut prendre un charbon de bois de saule le tremper dans l’eau commune et frotter le vernis' toujours du même sens, comme quand on polit le cuivre ; cela emporte le vernis. Il faut avoir bien soin qu il ne tombe sur la planche, pendant cette operation, aucun corps étranger, surtout quelques

STt de/pèaVîer °U de poussière> qui feraient des laies très difficiles a enlever, principalement sur les

choses tendres et douces. Quand le vernis est totale-

“r\°n frotte le cuivre avec un linge fin, imbibé d eau-forte coupée de deux tiers d’eau, et ce cuivre devient ainsi propre et net.

Dévernir une planche est donc la dernière opération manuelle du graveur à l’eau-forte ; nous avons décrit la pratique de cet art avec tous les détails possiblesnous allons essayer maintenant de donner quelques instructions sur sa théorie ; mais on conçoit combien eetie partie est difficile à traiter, elle a bien peu de réglés fixes, et dépend presque entièrement du génie de 1 artiste : cependant il y a des observations générales qui peuvent être d’une grande utilité pour ceux

mVilCTTnCef f6tte carrière’ n Y a des écueils qu il est bon de leur signaler, des modèles qu’ils doivent connaître et étudier.

GRAVURE A L’EAU-FORTE

« La gravure diffère du dessin, en ce que dans celui-ci on commence par préparer des ombres douces, et frapper ensuite les touches par-dessus ; au lieu que, dans la gravure, on met les touches d’abord, après quoi on les accompagne d’ombres, parce qu'on ne rentre point les tailles sur le vernis, qui n’a pas assez de résistance pour assurer la pointe, et faire qu’elle ne sorte des traits déjà faits. Il n’est I; pas nécessaire de dessiner partout à la pointe le trait de ce qu’on veut graver, avant de l’ombrer, parce i; qu’il pourrait se trouver dans la suite de l’ouvrage qu’on aurait tracé, des endroits où il n’était pas à propos de le faire ; on peut donc tracer par petites parties, à mesure qu’il en est besoin, pour y placer les ombres, en marquant les principales touches, et ensuite dessiner le côté du jour avec une pointe très fine, ou même avec de petits points, si ce .sont des chairs, ne formant de traits que dans les endroits qui doivent être un peu plus ressentis ; il faut accompagner ces traits soit de quelques points, si c’est de la chair, soit de quelques tailles ou hachures, si ce sont des draperies, afin qu’ils ne ■ soient point maigres et secs étant tout seuls. La gravure n’est déjà que trop sèche par elle-même, à cause de la nécessité où l’on est de laisser du blanc entre les tailles : c’est pourquoi il faut avoir toujours dans l’esprit de chercher la manière la plus grasse qu’il est possible. Comme on ne peut pas faire un trait gras et épais: qui ne soit en même temps très noir, pour imiter le moelleux du pinceau, ou du crayon qui les fait larges et néanmoins tendres, on est obligé de se servir de plusieurs traits légers l’un à côté de l’autre, ou de points tendres pour accompagner ce

qui est tracé d’une petite épaisseur d'ombre qui l’adoucisse. Il faut observer la même chose dans les touches des ombres, et avoir soin que les tailles du milieu d’une touche soient plus appuyées que celles des extrémités ; on gravera ensuite les ombres par des hachures rangées avec égalité.

« On peut, dans la gravure à l’eau-forte, tirer un grand parti de la morsure : ainsi une planche gravée d’un ton égal et uniforme, pourrait être amenée à l’effet, par le seul fait de la manière dont la morsure aurait été dirigée.

« La gravure pouvant être regardée comme une façon de peindre, ou de dessiner avec des hachures, la meilleure manière et la plus naturelle de diriger les tailles, est d’imiter la touche du pinceau, si c’est dans un tableau que l’on copie. Si c’est un dessin, il faut les diriger du sens dont on hacherait si on le copiait au crayon. Ceci est seulement pour la première taille : à l’égard de la seconde, il faut la passer par-dessus, de manière qu’elle assure bien les formes conjointement avec la première, et par son secours, fortifier les ombres, et en arrêter les bords d’une manière un peu méplate, c’est-à-dire un peu tranchée et sans adoucissement. Il ne faut point la continuer dans les reflets, lorsqu’ils sont tendres, mais les laisser un peu plus clairs qu’ils ne doivent être lorsque la planche sera finie, réservant au burin, qui doit terminer l’ouvrage, le soin d’allonger cette taille pour assourdir les reflets, et leur ôter le transparent qui les rendrait trop semblables aux ouvrages qui sont dans les lumières. Si l’ombre était très forte et le reflet aussi, alors il faudrait la graver à deux tailles, mais avec une grosse pointe, et le reflet de

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même à deux tailles, mais avec une pointe plus line » (Cochin).

Les premières tailles doivent être généralement fortes, serrées et nourries, les secondes un peu plus déliées et plus écartées, ce qui souvent peut se faire avec la même pointe, en appuyant plus ou moins, ou bien en changeant de pointes de différentes grosseurs ; méthode préférable pour obtenir plus de pureté et une plus belle couleur.

Les tailles doubles ou triples d'une même grosseur produisent une couleur mate et pesante qui n’attire point l’œil ; au contraire, lorsqu'elles sont inégales entre elles, elles font un plus beau travail, et convenable dans les parties qui reçoivent la lumière, dans les linges, étoffes précieuses, etc. La première taille ne doit point être raide, elle est destinée à donner la forme ; la seconde est en quelque sorte la peinture, et la troisième pour finir, glacer et éteindre certaines parties, afin de donner de l’harmonie à l’ensemble du travail; elle sert aussi pour donner du corps aux ombres fortes, qui, sans cela, pourraient être d’une régularité trop sèche ; mais il est bon d’en user modérément.

Si la première et la seconde tailles forment des carrés, il faut que la troisième forme des losanges sur l'une des deux (fig. 28), elle doit au contraire former des carrés sur l’une des deux, si elles sont croisées en losanges (fig. 29), afin qu’elle soit toujours en losanges sur l’une et en carrés sur l’autre, c’est le meilleur moyen d'obtenir un grain très moelleux et de bon effet.

On ne met guère, ou même point du tout, de troisième taille à l’eau-forte, c’est ordinairement le tra-

vail du burin, et cela donne une plus belle couleur à l’estampe.

On doit passer la seconde taille plus ou moins en losange sur la première, selon la nature et le caractère des choses que l’on grave ; les chairs, par exemple, doivent être demi-losange (fig. 30), afin que la troisième taille venant à les terminer, y fasse un heureux effet, qu on n’obtiendrait pas en commençant par un croisement carré. Il faut éviter cependant les losanges trop aigus, parce que les endroits où les lignes se coupent deviennent alors trop noirs (fig. 31).

Fig. 31.

Il faut que les secondes tailles forment, avec les premières, des angles plus ou moins aigus selon la nature des objets que l’on représente ; une étude suivie, l’observation et une grande habitude, voilà ce qui doit former un artiste dans ce' genre ; il est presque impossible de lui tracer une règle fixe pour ce travail ; cependant je vais, autant que possible, indiquer ce qui a été fait par les graveurs les plus habiles, et ce que 1 on remarque dans les ouvrages les plus célèbres.

Les chairs sont teintées en demi-losange, afin que les troisièmes tailles venant à les terminer, y fassent un heureux effet, ce qui ne pourrait pas s’obtenir sur une préparation en carrés : il ne faut pas d’an-

GRAVURE A L’EAU-FORTE

gles trop aigus, car les sommets font alors tache et l’on doit toujours penser, en exécutant le travail de ! la pointe, à celui qui doit être fait par le burin.

Pour des chairs d'homme, sur des muscles bien prononcés, on ébauche, par couches méplates, un peu losanges ; au lieu que les chairs de femme demandent un travail plus uni qui puisse représenter la douceur de la peau, ce qu’un trop grand losange interromprait. On peut voir comme exemple d'un admirable arrangement de tailles, les gravures de Corneille Vischer.

Les draperies sont ordinairement gravées d’après le principe que nous venons de tracer pour les chairs. « Il faut prendre les tailles de manière qu’elles en dessinent bien les plis, et, pour cet effet, ne point se gêner pour continuer une taille qui avait servi à bien former une chose, lorsqu’elle n'est pas si propre à bien rendre la suivante : il vaut beaucoup mieux la quitter et en prendre une autre plus convenable, observant néanmoins qu’elles puissent se servir de seconde l’une à l’autre, ou moins de troisième ; si elle peut produire heureusement une seconde, on peut la passer par-dessus l'auti'e avec une pointe plus fine ; si elle n’est propre qu’à une troisième, alors il faut laisser au burin le soin de l’allonger et de la perdre doucement parmi les autres. Cette continuation de la même taille n’est d’usage que dans les ouvrages purement au burin ; encore n’y est-elle pas fort nécessaire.

« Il ne serait cependant pas à propos de se servir du sens de tailles diamétralement opposées dans le même morceau de draperie, lorsque les séparations causées par le jeu des plis ne sont pas extrêmement

sensibles ; car cela pourrait faire une draperie qui paraîtrait composée de différentes pièces qui n’auraient aucune liaison l’une avec l’autre ; c’est même cette opposition de travail, jointe aux différents degrés de couleur, qu’inspire le tableau ou dessin original, qui sert à détacher deux différentes draperies, et à reconnaître qu’elles ne dépendent point l’une de 1 autre. G est pourquoi l’on prendra à peu près de la même manière les différents sens de tailles, qui servent à former les plis d’une même draperie, réservant à les prendre dans un sens contraire, lorsque le jeu des draperies fera découvrir la doublure de l’étoffe ; car alors cette différence de tailles servira à faire distinguer plus facilement le dessus ou le dessous de ces draperies.

« Les tailles doivent serpenter d’une façon souple suivant les saillies et la profondeur des plis ; ce serait une mauvaise méthode que de former avec une seule taille, et en passer ensuite une raide et sans flexibilité par-dessus tout, seulement pour faire un ton plus noir : il faut, au contraire, que tout le travail qu'on y met ait son intention et serve à assurer les formes de ce qu’on veut représenter, à moins que ce ne soit de certaines choses qu’on voudrait laisser indéterminées ou indécises, pour faire du repos à côté de quelques autres, comme ne devant point attirer l’attention du spectateur.

« On doit éviter que les tailles qui vont se terminer au contour soit des plis, soit des membres, y finissent en faisant avec lui un angle droit, ni même rien d approchant ; mais il faut qu’elles s’y perdent en losange, et d une manière qui serve à le rendre moins sensible et plus moelleux. A l’égard des tailles Graveur. — I. g

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qui forment les raccourcis, à moins que de savoir la perspective pour les bien ressentir, on court grand risque de les prendre souvent à contre-sens » (Cochin).

Nous conseillons d’examiner les gravures de Bolswert.

Quand la lin des ombres est arrêtée d’une manière un peu tranchée, on procède à l’arrangement des tailles qui doivent faire les demi-teintes, et l’on emploie pour cela une pointe plus line, observant de tracer un travail très léger ; ces tailles doivent être prises de façon à se lier avec une de celles des ombres, et si c’est une demi-teinte fort colorée qui demande deux hachures, quand on ne peut joindre la seconde avec aucune de celles de l’ombre, il est bon qu’elle puisse du moins s’y perdre ou y servir de troisième. Au reste, il n'est pas nécessaire de gêner dès l'eau-forte celles qui sont susceptibles de liaison ; on risquerait de ne pas le faire avec assez de régularité et de pureté, car les (ailles, ne se trouvant pas rapportées parfaitement justes, feraient un sillon plus noir qu’il ne faudrait : le burin sera employé avec plus d’avantage que la pointe des tailles Unes et voisines des parties éclairées, mais il faut qu’elles soient plus larges, c’est-à-dire plus écartées les unes des autres, que celles des ombres.

Les étoffes lines et transparentes, le linge fin se préparent avec une seule taille, afin de pouvoir y passer, dans certains endroits, avec le burin, des secondes très légères et très déliées.

Pour rendre la teinte plus ferme et plus unie, on emploie des points qui se placent de différentes façons, et qui produisent, quand ils sont placés avec goût, un effet assez heureux. Pour les chairs d’hom-

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mes, on met des points longs au bout ou entre les tailles (flg. 32), ou de ronds que l’on allonge ensuite au burin, ou bien l’on se contente, quand on retouche, de les entremêler avec des points longs. Les chairs de femme ïæ§S| n’en comportent que de ronds : les autres offriraient un travail trop brut ; mais afin qu’ils ne soient pas parfaitement ronds, ce qui don- 's' 32-

nerait, à la gravure une régularité froide et sans goût, on tient la pointe un peu couchée en les piquant. Si l’on grave de grandes figures, on se servira d’une grosse pointe qui rendra les points plus nourris. Au reste, les points ronds doivent être mis dès l’eau-forte, cela leur donne un certain brut pittoresque qui, mêlé avec la propreté des points longs que l’on ajoute au burin, fait un meilleur effet que ne pourraient le faire ces mêmes points ronds mis simplement à la pointe sèche. Aussi, dans les belles têtes gravées purement au burin, l’on ne voit pas des points ronds bien faits qui n’aient été préparés à l’eau forte.

On arrange les points à peu près comme les briques d’un mur, plein sur joint; il faut surtout les placer avec beaucoup d’ordre, et ne pas les approcher de la lumière, laissant de la place pour en faire de ce côté, avec le burin ou la pointe sèche, de plus tendres et de plus fins, qui conduisent insensiblement jusqu’au blanc.

Quand on veut représenter des étoffes très grossières, on place, entre les tailles, des points extrêmement allongés, ou plutôt des bouts de traits un peu tremblotés (fig. 33).

Fig. 33.

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Une règle générale, fondée sur le bon sens et la perspective, c’est de resserrer les tailles de plus en plus suivant la dégradation des objets, c’est-à-dire, qu’ayant gravé les figures qui sont sur le devant du tableau, avec une grosse pointe et des tailles nourries et peu serrées, on gravera celles qui sont sur un plan plus éloigné et plus enfoncées dans le tableau, avec une pointe moins grosse et des tailles moins écartées les unes des autres ; et dégradant ainsi, par un procédé semblable, la teinte de tous les objets jusqu’aux points les plus éloignés.

« C’est ce qui fait qu’on couvre ordinairement les fonds de troisième, et même de quatrième, parce que cela salit le travail et le rend pai* conséquent moins apparent à la vue ; de plus, en ôtant les petits blancs qui restaient entre les tailles, cela en resserre davantage le travail, et fait qu'il se tient mieux derrière. Cette façon de graver produit aussi des tons gris et sourds d’un grand repos, qui laissent mieux sortir les ouvrages larges et nourris des devants, et servent à les faire valoir; mais c’est l’affaire du burin plutôt que de l’eau-forte. On grave encore les devants avec des tailles de différentes largeurs, suivant que le cas l’exige. Les étoffes fines se gravent plus serrées, à moins qu’on ne les destine à recevoir des entretailles, qui sont très propres à représenter les étoffes de soie, les eaux, les métaux, et autres corps polis. Les étoffes plus épaisses se gravent plus large : ce qui doit être sourd et brun, plus serré que ce qui est vague, par conséquent les ombres plus serrées que les jours. Cette attention ne doit pourtant pas paraître trop sensible, de peur que quelque chose des ouvrages du devant ne ressemble à ceux du fond » (Cochin).

Plus les objets sont éloignés du premier plan, moins ils doivent être finis : c’est ce qui arrive dans la nature quand on regarde un objet éloigné, par exemple, une figure vêtue : on n’y distingue plus que les masses générales, et l’on perd tous les détails. On doit donc éviter, en gravant les choses éloignées, d en dessiner les formes d’une manière tiop arrêtée et trop ressentie ; il faut, au contraire, les masser légèrement comme un croquis, et les ombrer par teintes plates. Oiî peut voir des exemples de cette manière de représenter les lointains, dans les ouvrages de Gérard Audran.

Les terrains, murailles, troncs d’arbres, et presque toutes les parties d’un paysage se gravant d’une manière libre avec les tailles tremblotées, formant une sorte de grignotis ; on peut alors mêler avec succès le carré avec l’extrême losange et se servir de 1 échoppé par le coté le plus large.

Le paysage doit être préparé avec des tailles formant des losanges très aigus, afin que les tailles accompagnent plus moelleusement les traits qui les dessinent, et laissent moins sentir la maigreur des contours qui en forment plusieurs parties, les feuillages par exemple.

Les terrains peuvent être gravés par de petites tailles courtes et fort en losanges, afin que les crevasses de leurs angles les rendent bruts et formés par toutes mrtes de travaux libres qui y sont fort convenables. Les pointes émoussées sont plus propres à graver le îaysage que celles qui sont coupantes, parce que ces lernières, s engageant dans le cuivre, ne laissent joint à la main la liberté de les conduire en tout sens, :omme cela est indispensable, surtout pour le feuillé.

GRAVURE A L’EAU-FORTE

On grave le plus souvent l'architecture au moyen de tailles formant des. carrés et en se servant d’une règle ; cependant, lorsqu'elle n’est qu’accessoire, comme dans un sujet historique où elle est faite pour les figures, il vaut mieux la graver à la main, afin qu’elle ne soit point d’une propreté qui le dispute à celle des figures. Il faut aussi un peu grignoter ses tailles, mais toujours avec ordre : car, en général, quelque chose que l’on grave, et même celles qui sont les moins susceptibles de régularité, doivent être préparées avec égalité et arrangement méthodique, sans cependant y mettre de l’affectation.

La gravure des petits sujets, ou des choses qui demandent beaucoup de finesse d’exécution, doit être traitée autrement que les figures tracées sur une grande échelle, le trait doit être arrêté avec plus de précision, de force et de hardiesse, et les travaux de la pointe doivent avoir plus de verve et de légèreté, et n’être souvent que des touches spirituelles qui, presque seules, donnent de l’âme à ces sortes d’ouvrages, où l’eau-forte doit avoir le plus de part, le burin ne devant y intervenir que pour donner plus de force à certaines masses, et quelques adoucissements dans les demi-teintes. « Comme le burin est un outil qui travaille lentement et avec froideur, il est bien difficile qu'il ne diminue ou qu’il n’ôte même pas tout à fait l’âme et la légèreté que la pointe d’un graveur un peu versé dans le dessin y a mises ; c’est pourquoi l’on ne s’en servira qu’avec discrétion, et seulement pour donner un peu plus d’effet et d’accord. 11 faut donc que l’eau-forte avance beaucoup plus et morde davantage dans les petits ouvrages que dans les grands ; que dès cette ébau-

che, elle paraisse assez faite au gré des gens de goût, et que le burin ne soit employé que pour la rendre plus agréable aux yeux du public, dont la plus grande partie n’a point assez de connaissance dans le dessin pour sentir ce que c’est que cet esprit» (Gochin). •

Si l’on veut donc faire une eau-forte spirituelle et avancée, on doit souvent changer de pointe sur les devants ; et pour donner plus de caractère aux choses qui en sont susceptibles, il faut les graver par des tailles courtes, mi-plates, et arrêtées fermement le long des muscles ou des draperies qu’elles forment ; car les tailles longues et unies produisent un fini froid et sans goût. Plus les tailles sont serrées et plus la gravure paraît sérieuse, pourvu que cela soit fait avec intelligence, en observant la dégradation des choses avancées à celles qui sont plus éloignées, et des objets qui se détachent à ceux qui leur servent de fond ; c’est pourquoi on gravera fin et serré pour faire un ouvrage qui plaise, ou du moins pour se conformer au goût de la plus grande partie des amateurs. Cependant, les meilleurs modèles à consulter sont les ouvrages de Labelle, Leclerc et Callot.

Les contours doivent être dessinés d’une manière un peu sentie, sans équivoques et sans mollesse.

Il faut peu de points pour terminer les chairs, et peu de détails pour donner aux têtes une expression convenable ; lorsque l’on veut les terminer au burin, il est difficile de se servir avec succès de points longs, à moins qu’on ne les fasse extrêmement courts ; autrement, ils feraient une chair qui semblerait couverte de poils. Les points ronds sont donc

GRAVURE A l’eAU-FORTF,

préférables ; ils se préparent à l’eau-forte, si ce n'est dans les ombres de chairs, qu’on peut graver par une taille ou deux de points longs.

On peut, certaines fois, employer quelques troisièmes tailles dans les choses qui doivent être brouillées, comme nuages, terrains et autres parties que l’on tient très sourdes pour servir de fond ; mais il faut les graver avec une pointe extrêmement fine; afin qu’elles mordent moins que les autres, et qu’elles n’occasionnent pas de crevures.

Ces principes, qui peuvent être utiles aux commerçants et servir à diriger leurs études et leurs observations, ne sont plus applicables aux artistes consommés, qui, guidés plutôt par leur génie que par aucune règle fixe, se font une manière à eux, le plus souvent originale et inimitable.

On ne peut trop recommander à ceux qui se destinent à la gravure, d’étudier les ouvrages des plus célèbres graveurs, de comparer leurs manières de faire, et l’arrangement de leurs tailles et de leurs points.

Fig. 34. Fig. 35. Fig. 36.

Pour les ombres, on peut employer différents arrangements des traits ou hachures, et ces hachures elles-mêmes peuvent être de différente nature. Ainsi on peut tracer les hachures droites ej, égales (fig. 34), des hachures droites et renflées dans le milieu de leur longueur (fig. 35) ou à l’une de leurs extrémités (fig. 36), ce que l’on obtient facilement en appuyant

plus fortement la pointe sur le cuivre, à l’endroit de la ligne que l’on veut forcer de largeur; on peut aussi former des grains différents en croisant de plusieurs manières les hachures, et il est facile de voir que le goût de celui qui grave lui indiquera mieux qu’il ne serait possible de la décrire ici, la méthode qu’il doit employer pour tel ou tel travail. Nous donnons plusieurs exemples à la fig. 37.

Fig. 37.

On est dans l’impossibilité d’arrêter d’une manière positive l’emploi que l’on doit faire de tel ou tel outil : l’habitude et la manière que l’on a adoptée ou que l’on s’est créée peuvent seules en déterminer le choix.

Presque tous les graveurs se servent, pour travailler sur le cuivre, d’une loupe, ou lentille de verre plus ou moins grossissante, de 4 à 5 centimètres de diamètre, et montée en corne ou en ivoire.

Gravure à teintes.

Le temps pendant lequel on doit faire mordre la planche varie avec les teintes du dessin. Voici la durée de la morsure des différentes teintes qu’une longue pratique a reconnue la meilleure :

GRAVURE A L’EAU-FORTE

Teinte claire . 5 minutes.

— demi-claire . 10 —

— moyenne. . 15 —

— l'oncée . 20 —

— très foncée . 25 —

— noire . 30 —

Voici la marche à suivre pour la morsure d’une planche qui présenterait ces différents tons. La planche bien préparée et le vernis bien sec, est attaquée à l’eau-forte pendant 5 minutes. L’action chimique produit un bouillonnement qu’on interrompt en passant une plume d’oie sur la gravure dans tous les endroits où il se manifeste. Cette opération a pour but d’éviter que les bulles de gaz, qui se dégagent, ne détachent le vernis d’une taille à l’autre, car si cela arrivait, la planche serait infailliblement perdue.

On enlève la plaque de l’eau-forte, on la passe à l’eau, on la sèche par application, sur sa surface, de quelques doubles de papier buvard, et on l’expose 10 minutes à l’air. On couvre les parties claires avec du vernis de Venise ou du vernis suivant, que l’on applique au pinceau :

Essence do térébenthine . 100 gram.

Cire . 20 —

Térébenthine. . 10 —

Paraffine . 10 —

Lorsque les parties vernies sont sèches, on met la plaque dans l’eau-forte pendant cinq minutes, on la retire, la lave, la sèche, l’expose à l’air et passe du vernis sur les parties demi-claires. Et ainsi de suite jusqu’aux parties noires.

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