X. — Gravure sur acier
La gravure sur acier, généralement attribuée aux Américains, est d’invention française. En France, en 1800, M. Le Paroy avait fait des gravures sur acier pour la décoration. En 1811, M. Molard a présenté, à
GRAVURE SUR ACIER ]45
la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, des planches en acier fondu, gravées en taille douce et plusieurs gravures qu’il en avait fait tirer. Ce n’est qu’en 1816, que les Américains Perkins, Fairman et lleath, de Philadelphie, trouvèrent le moyen d’adoucii ^es planches d acier et de les graver aisément au burin. .
La Société d’encouragement de Londres a décerné une grande médaille d’or à l’auteur de cet important procédé, digne par ses résultats de fixer l’attention des artistes.
Le premier point est de décarburer l’acier, de le rendre assez tendre pour recevoir l’action du’ burin" et le faire revenir, après le travail, à sa dureté primitive.
On place une planche de tôle d’acier fondu dans une caisse de fer, en l’entourant de tournures de fer et d’écailles d’huîtres pulvérisées ; on la soumet, pendant plusieurs heures, au degré de chaleur le plus fort, sans fusion, et on laisse le tout se refroidir peu a peu . 1 acier se trouve, surtout à la surface, réduit à l’état d’acier doux ou décarburé.
Gomme quelques points peuvent conserver de la dureté, ce qui nuirait au travail, on peut remplacer la caisse de fer par une caisse en argile réfractaire et donner une chaleur que la première ne pourrait supporter feans se fondre. Les planches obtenues par ce moyen sont très douces, et peuvent être polies avec la plus grande facilité.
Il faut cependant répéter deux fois, ou même plus, les décémentations, et, comme la planche se déjette, on la redresse a petits coups avec un maillet de
bois.
Graveur. — I.
GRAVURE A JL'EAü-FORTE
Les planches d’acier, préparées convenablement pour recevoir le travail du graveur, ont l’épaisseur des cuivres ordinaires et sont enduites de cire vierge qui les préserve du contact de l’air et facilite la conservation de leur poli.
Il faut éviter que le poli soit trop parfait, car alors la planche se vernirait mal.
On avait pensé que la fonte et la tôle de fer pourraient être aussi employées pour la gravure ; mais les tentatives faites prouvent qu’il faut les rejeter entièrement.
Pour ce qui concerne le vernissage des planches d’acier, on doit procéder absolument de la même manière que pour les planches en cuivre, et comme on l’a décrit à l’article gravure à l'eau-forte. Mais il faut cependant avoir soin de faire moins chauffer l’acier que le cuivre, et de donner au vernis du premier une épaisseur plus considérable. On peut, au lieu de faire fondre le vernis en le frottant sur une planche assez fortement échauffée, le faire dissoudre dans de l’essence de térébenthine, y mélanger un peu de noir de fumée, et l'étendre avec un pinceau (1) ; la planche peut alors n’avoir que peu de chaleur, la térébenthine s’évapore promptement, et laisse un enduit solide et plus ou moins épais.
La température la plus convenable, suivant M. Deleschamps, pour vernir les planches d’acier, est celle de 180° du thermomètre centigrade; à cette température le vernis en boule fond uniformément et ne se décompose point. Mais comme l’emploi du ther-
(1) Ce procédé, plus prompt et moins embarrassant, peut parfaitement s'appliquer aux planches de cuivre.
GRAVURE SUR ACIER
momètre est assez difficile et minutieux, et que, par conséquent, les graveurs ne l’adopteront jamais dans cette opération du vernissage des planches en acier, il suffira de leur recommander d’augmenter graduellement la température de la planche, et de n'arriver jamais au point où le vernis fume, ce qui indiquerait sa décomposition partielle. Il faudrait, dans ce dernier cas, laver la planche à l’essence et la rendre de nouveau propre à recevoir le vernis.
Les opérations du décalque et du tracé sont les mêmes que pour la gravure sur cuivre.
On fait mordre avec plusieurs compositions.
L’eau-forte à couler, dont nous avons parlé pour la gravure à l’eau-forte, donne des résultais satisfaisants. Nous croyons devoir revenir ici sur sa fabrication, qui peut s’obtenir par plusieurs combinaisons.
On peut employer :
Nitrate do cuivre cristallisé . 15 gram.
Eau distillée . 1 litre 1/4.
Acide nitrique, quelques gouttes.
Cette liqueur attaque l’acier plus profondément et plus correctement que l’acide nitrique étendu. Il ne faut pas verser plu^deG millimètres d’épaisseur sur la planche, autrement il serait difficile de bien voir la gravure; on remplace la liqueur au bout de dix minutes, quand on a besoin que les traits soient plus profonds.
Ou bien :
Sel marin . 15 gram.
Alun . 60 —
Sulfate de cuivre . 60 —
On mouille avec du vinaigre.
GU AV UIIE À l’eAü-FOUTE
Ou bien :
Acide oxalique . 2 gram.
Sull'ate d’alumine . 4 —
Sel ammoniac . 4 —
Sulfate de cuivre . 60 —
Nitrate de cuivre . 16 —
Délayer dans du vinaigre mêlé de sel marin.
M. Tardieu père, un de nos plus célèbres graveurs de géographie, composait ainsi son eau-forte à cou-
Vinaigre distillé . 3 litres.
Sel ammoniac . 184 gram.
Sulfate de cuivre . 125 —
Faire subir deux gros bouillons (1).
Ces compositions peuvent être plus ou moins modifiées et acquérir plus ou moins de puissance, suivant la qualité des matières.
Ce mordant, formé de 15 grammes de nitrate de cuivre cristallisé, dissous dans un litre 4/4 d’eau dis- • tillée, et de quelques gouttes d’atide nitrique ajoutées à la dissolution, est préféré par plusieurs artistes; il demande un grand soin, et peut occasionner promptement de grands ravages sur la planche. Cet acide agit suffisamment en deux minutes pour les traits délicats ; les plus fortes ombres n’en exigent pas plus de quarante.
La liqueur a perdu son énergie au bout de dix minutes; il faut la remplacer par une nouvelle dose, quand on a besoin que les traits soient plus profonds.
(1) Les quantités indiquées ici peuvent être augmentées ou diminuées, clics ne servent qu’à fixer le rapport entre les différentes matières.
GRAVURE SUR ACIER
Pendant que cette dissolution agit, on doit promener constamment sur la planche un pinceau de poil de chameau pour enlever le métal précipité qui se dépose dans le creux des lignes.
Pour les tons très doux', on a employé avec succès le mordant suivant :
Acide nitreux . l partie.
M. Cooke (1) indique le procédé suivant pour la gravure sur acier.
Les planches pour le paysage doivent être faites avec de l’acier qui ne soit pas complètement décarhure ; on doit le soumettre à plusieurs préparations.
On le nettoie d’abord très exactement avec de l’essence de térébenthine, puis on le vernit comme le cuivre , le vernis doit être .chauffé aussi peu que possible, parce que, sans cela, il se produirait des bulles d’air et il faudrait recommencer.
La planche étant préparée pour graver, on suit le procédé suivant. On môle G parties d’acide acétique et une d’acide nitrique ; ce mélange, produisant un effet très rapide, doit être enlevé après une demiminute. On lave exactement et on sèche les lignes, mais sans chaleur ; on enlève les teintes avec le vernis noir de Brunswick, puis on débarrasse l’oxyde des traits, on y verse un mélange de 6 parties d’eau et d’une d’acide nitrique, qu’on ne laisse que deux ou trois secondes ; on l’enlève et on répète le premier mélange sans laver avec l’eau. Ce procédé doit être répété pour chaque teinte.
(1) Mémoires de la Société d' Encouragement de Londres , t. XLIV.
GRAVURE A L’EAU-FORTE
La morsure cl’une planche d’acier doit être achevée, autant que possible, en un jour, parce que les traits attirent l’oxygène pendant la nuit, et que toutes les teintes n’ont pas alors le même degré de finesse. Quand la morsure est finie et que le vernis est enlevé avec une brosse, on enlève l’oxyde restant dans les traits en se servant du doigt pour les teintes légères ; alors on frotte la surface de la planche avec du papier à l’émeri, le plus fin possible, que l’on a usé sur le dos d’une planche d’acier.
On passe, avec un chiffon, de l’acide nitrique faible sur les parties que l’on doit retoucher.
On doit opérer à une température d’environ 16° à 18° G. au moins, mais pas à une température plus basse.
On peut graver sur des planches d’acier très mou, en se servant du mélange de 100 grammes d’eau chaude, 21 centigrammes d’acide tartrique, quatre gouttes d’acide nitrique ou sulfurique et 4 grammes de sublimé corrosif. On fait dissoudre et on filtre.
M. Ed. Turet a obtenu des résultats très avantageux avec la composition suivante :
Acide acétique pur très concentré. . . 4 parties.
Alcool anhydre . 1 —
Agiter pendant une demi-minute, puis ajouter :
Acide nitrique . 1 partie.
Ce mélange, versé sur la planche, y produit des traces légères en une minute et demie, et la grave profondément en un quart-d’heure.
On rend l’action plus active en ajoutant l’acide nitrique.
GRAVURE SUR ACIER
Lorsque l’on cesse de faire mordre ce liquide, il faut laver la planche avec un mélange formé d’une partie d’alcool avec quatre parties d’eau. Le meilleur agent pour arrêter l’action dans les endroits où l’on juge qu’il a suffisamment mordu, est l’asphalte dissous dans de l’essence de térébenthine.
Comme la rouille porterait atteinte au travail et mettrait les planches hors d’état de servir, on pare à cet inconvénient en les frottant avec du suif, tel qu’il est produit par les animaux, lorsqu’on l’a fait chauffer légèrement ; il suffit alors de tenir la planche dans un lieu sec.
On emploie encore, avec plus de succès, une dissolution de caoutchouc.
Plusieurs autres mélanges peuvent agir sur l’acier et le creuser avec plus ou moins de rapidité et de netteté. Chaque artiste a adopté le mordant qui lui a paru le plus propre à faire valoir son travail, et plusieurs ont découvert des formules qu’ils emploient avec avantage. Nous en citerons quelques-unes :
Acide nitrique concentré . 4 parties.
Alcool anhydre . 1 —
Agitez.
Autre formule.
Acide acétique le plus concentré. ... 4 parties.
Alcool anhydre . 1 —
Agitez pendant une demi-minute, puis ajoutez :
Acide nitreux . 1 —
Autre formule.
Acide acétique concentré . 1 partie.
Acide nitrique . 1 —
Eau chaude . 1 —
GRAVURE A L'EAU-FORTE
Autre formule employée par les graveurs anglais.
Acide pyroligneux . 1 partie.
Acide nitrique . 1 —
Eau . 3 —
Autre formule.
Sublimé corrosif . 8 gram.
Alun . 8 —
Eau distillée . 1 litre.
Autre formule
Sublimé corrosif . 8 grain.
Alun . 12 —
Eau distillée . 1 litre.
Faites dissoudre au bain-marie.
Autre formule.
Alcool ordinaire . 125 gram.
Acide nitrique . 62 —
Eau . 250
Sublimé corrosif . 0.212
Acide chlorhydrique . 8
Autre formule.
Acide nitrique pur . 62 gram.
Eau distillée . 62 —
Eau-de-vie . 62 —
Sublimé corrosif . 0.212
Autre formule.
Acide nitrique . 62 gram.
Eau distillée . 125 —
Alcool . 187 —
Nitrate de cuivre . 8 —
GRAVURE SUR ACIER
Autre formule.
Eau-de-vie . 150 gram.
Acide nitrique . 32 —
Sublimé corrosif . 0.212
Autre formule
Acide nitrique . 33 gram.
Eau distillée. . . . . 187 —
Sublimé corrosif . 0.212
Beaucoup de ces mordants, qui, comme on voit, se composent de sublimé dissous dans l’eau, d’acide nitrique, acétique, sulfurique, et d’alcool que l'on combine en différentes proportions, ont un défaut : c’est de ne pas donner une morsure à la fois nette et profonde.
Pour remédier à cet inconvénient, M.Deleschamps, chimiste habile, auquel on doit un bon Traité sur les mordants et l’art du graveur, a cherché pendant longtemps un mordant qui pût atteindre ce résultat, et satisfaire complètement au désir des artistes : ses recherches et ses expériences ont été couronnées d’un heureux succès, et il a enfin trouvé un mordant auquel il a imposé le nom de glyphogène, pour le distinguer des autres. Nous allons entrer, relativement à cette composition, dans quelques détails sur sa formule et son application.
Le problème que M. Deleschamps s’est proposé, et sur lequel il a basé l’action de son mordant, est celui-ci :
Obtenir une morsure à la fois nette et profonde, sans élargir sensiblement les tailles dans la gravure
GRA.TURE A L’EAU-FORTE
en creux, et sans ronger les parties latérales du dessin en relief dans ce dernier genre de gravure.
Ce problème, comme on voit, embrasse tous les genres de mordants, et ce n’est qu’à l’aide des théories physiques et chimiques que l’auteur est parvenu à le résoudre. Sans nous étendre sur ces théories, nous dirons que le premier ingrédient qu’il fait entrer dans le glyphogène, est le principe agissant dont la pesanteur spécifique est plus considérable que celle de l’autre ; le second, le principe non agissant, et le troisième, le principe revivifiant. Le principe agissant est l’acétate d’argent ; celui non agissant, l’éther nitreux hydraté, et le principe revivifiant, l’acide nitreux.
Voici maintenant la formule du glyphogène pour la gravure sur acier, et en général pour la gravure
en taille douce :
Acétate d’argent . 8 gram.
Alcool rectifié . 500 —
Eau distillée . 500 —
Acide nitrique pur . 260 —
Éther nitreux . 64 —
Acide oxalique . 4 —
On peut varier la proportion de quelques-unes de ces substances pour obtenir différents effets ou exécuter différents travaux.
Ce glyphogène pouvant subir des modifications sous l'influence de la lumière et de la chaleur, on recommande aux artistes de n’en préparer qu'au fur et à mesure de leurs besoins. Dans le cas-où l’on désirerait avoir une assez grande quantité de glyphogène, il faudrait avoir deux flacons dont l’un renfermerait l'acide nitrique, l’acide oxalique, l'acétate d’ar-
GRAVURE SUR ACIER
gent et 292 grammes d’eau distillée. Le second renfermerait l'alcool, l’éther nitrique et 208 grammes d’eau distillée. Les liquides étant filtrés séparément, il suffira d’en mélanger un poids égal pour le préparer.
Le mordant une fois versé sur la planche, on se dispose à le faire agir.
Après un contact d’une demi-minute, espace de temps suffisant pour produire des tons légers, on verse le glyphogène dans le vase dont nous avons parlé. Si le travail exige un grand nombre de tons, il peut servir deux et trois fois de suite, en évitant toutefois de reverser sur la planche le précipité qui &e forme pendant la morsure ; à chaque morsure différente il faut laver la planche avec l’eau alcoolisée, de manière à séparer des tailles le dépôt autant qu’il est possible. La planche ainsi lavée est séchée avec le papier Joseph très fin. Ce moyen, employé avec célérité et précaution, est préférable à tous les autres. Un des soins non moins importants est d’être bien certain qu’avant de faire mordre, le vernis qui a servi à recouvrir les parties assez mordues soit bien sec. On ne doit faire usage de l’eau acidulée que dans le cas où le mordant paraît sans action, ce qui arrive rarement par des temps chauds, et dans une chambre exempte d’humidité.
En suivant cette marche, on parviendra à produire une morsure très profonde dans l’espace de 20 à 25 minutes, époque à laquelle on aperçoit dans l’intérieur des tailles, un précipité noir (mélange de carbure et d’oxyde de fer) qui paraît s'opposer sensiblement à la morsure en profondeur, en ce qu’il occupe toute la partie inférieure des tailles. Pour le dissou-
GRAVURE A L’EAU-FORTE
dre, et dans le cas seulement où l’on désire avoir des tons veloutés, on lave la planche avec un mélange de 9 parties d’eau et d’une d'eau régale mélangée de 2 parties d’acide nitrique et de 3 parties d’acide chlorhydrique, et on agite avec un pinceau neuf. Avant et après l’emploi de ce dissolvant, la planche doit être lavée à grande eau, et pour cela on peut se ser- 1 vir d’eau filtrée, puis faire passer ensuite celle qui est alcoolisée avant de remettre le mordant. Enfin, pour arriver aux tons les plus prononcés, le graveur devra renouveler le mordant aussitôt qu’il lui paraîtra sans action, et ne soulever le précipité noir qui se forme à la surface des tailles, qu’autant qu’elles menaceraient de crever. 11 pourra facilement obvier à ce grave inconvénient, en secouant la planche ; le précipité se détachant alors de la taille, lui permettra de suivre les progrès de la morsure qu’il pourra diriger à son gré. Après cette première expérience, il pourra agir avec toute contiance, sans crainte de perdre le fruit de ses travaux.
On ne saurait trop recommander de terminer, autant qu'il est possible, le travail de la morsure dans le plus bref délai, et surtout sans discontinuer ; cependant. comme il arrive souvent que le graveur ne lient terminer, en une seule fois, le travail de la morsure, nous allons indiquer un moyen très propre, pour empêcher que les atomes d’acide, qui restent dans les tailles, ne puissent les attaquer et détruire la pureté du trait.
Pour cela, on prend de l’eau de chaux ou de magnésie bien saturée et nouvelle, que l’on fait passer sur la planche en la remuant avec un pinceau. Cette eau alcaline jouit de la propriété de neutraliser l’a-
GRAVURE SUR ACIER
eide qui reste dans les tailles. Après cette opération, on sèche la planche comme on l’a indiqué précédemment, et, à l’aide de ce moyen, on parvient, sans le moindre inconvénient, à reprendre un travail de morsure arrêté depuis plusieurs jours.
Lorsque le travail de la morsure est terminé, et que la planche a été passée à l’essence pour enlever le vernis, on recommande au graveur, pour vider les tailles, de se servir de sous-carbonate de potasse réduit en poudre fine, sur lequel on jette quelques gouttes d’eau. Pour cela on se sert d’une brosse rude, afin de faire pénétrer ce sel alcalin dans les tailles même les plus fines. Indépendamment de ce que ce moyen enlève toutes les particules de vernis qui se trouvent dans les tailles, il garantit la planche de toute oxydation. La potasse, soit à l’état de dissolution, soit à l’état de cristaux, pénétrant jusqu’au fond des tailles, y laisse assez d’alcalinité pour préserver les planches de l’oxydation due au contact de l’air et de l’humidité.
En ne négligeant aucune des précautions qui viennent d’être indiquées, le graveur pourra avancer considérablement son travail, et n’avoir pour ainsi dire que quelques retouches à faire au burin. Les retouches s’exécutent de la même manière que celles de la gravure sur cuivre.
. Pour ce qui est de tous les travaux qui s’exécutent nu burin, sur le cuivre, ils peuvent se faire absolument de même sur l’acier, mais ils présentent une bien plus grande résistance aux outils, et offrent par conséquent plus de difficultés.
En général, ce genre de travail peut recevoir de nouvelles améliorations, des opérations plus simples et plus certaines, et un grand développement. Son
GRAVURE A L'EAU-FORTE
plus précieux avantage est de pouvoir donner une immense quantité d’épreuves : une planche imprimée à 10,000 exemplaires n’a souffert aucune altération, et une autre a produit 50,000 épreuves sans avoir besoin d’ètre retouchée, tandis qu’une planche de cuivre ne peut guère donner que 2,000 épreuves pour les travaux délicats, et 5 à 6,000 pour ceux fortement creusés au burin.
MM. A. Schwarz et R. Bœhme ont proposé pour le cuivre et l’acier de nouvelles eaux-fortes que nous devons faire connaître ici.
« Le moyen le plus généralement employé, disent ces inventeurs, pour mordre sur le cuivre et l’acier, J dans la gravure sur ces métaux, s’est borné à peu près jusqu’à présent à l’emploi de l’acide azotique plus ou moins étendu d’eau ; mais le dégagement inévitable de l’oxyde d’azote, qui a lieu dans ce cas, est comme on sait, un des inconvénients les plus graves qu’on puisse rencontrer dans l’application de l’acide en question. De plus, les bulles de gaz qui adhèrent au métal, et qui le soustraient ainsi à l’action de l’acide dans certaines parties, exigent une attention toute particulière, et qu’on ait le soin de les enlever continuellement au moyen d’un pinceau, si on veut que le trait ait toute la régularité et la netteté désirables.
« On observe, en outre, dans cette eau-forte, une disposition bien marquée, mais dont il n’a pas encore été donné une explication, à ronger les bords du trait plutôt qu’à l’approfondir, de façon qu’on éprouve des difficultés très fortes quand il s’agit de donner à des traits d’une certaine finesse une profondeur suffisante.
GRAVURE SUR ACIER
« De plus, Faction de l’acide azoteux, qui se forme par l’absorption du bioxyde d’azote, intervient souvent plus qu’on ne voudrait, quoiqu’on puisse parer à cette circonstance défavorable par une addition d’urée ou mieux de créosote. Enfin, la grande abondance de l’acide azoteux qui se dégage affecte d’une manière dangereuse les organes respiratoires. Il était donc à désirer qu’on trouvât une eau-forte qui ne fût pas susceptible de dégager des bulles et exempte des inconvénients dont il vient d’être j question.
« Le moyen le plus simple d’atteindre le but désiré nous a paru être l’emploi des sels haloïdes qui se combinent directement avec le métal.
« Des essais en petit ayant déjà donné des résultats satisfaisants nous engagent à faire connaître nos nouvelles eaux-fortes aux artistes, pour qu’ils puissent les soumettre à des épreuves plus étendues.
« a) Eau-forte pour le cuivre. — On prend 10 parties d’acide chlorhydrique fumant du commerce (renfermant 40 pour 100 d’acide vrai), on l’étend de 70 parties d’eau, et on y ajoute une solution bouillante de 2 parties de chlorate de potasse dans 20 parties d’eau. De cette manière on obtient une solution qui renferme pour ainsi dire une grande abondance de chlore disponible. On peut alors étendre avec 100 ou 200 parties d’eau, et mordre ainsi en toute sûreté sur les parties les plus délicates. En laissant mordre pendant plus longtemps ou en augmentant la quantité de la liqueur, on obtient des tons plus prononcés. La faible odeur de chlore que cette eau-forte répand est bien loin d’être aussi désagréable et aussi nuisible que celle de la vapeur d’acide azoteux.
GRAVURE A L’EAU-FORTE
Iljll
« b) Eau-forte pour l’acier. — On prend 2 partiesl d’iode et 5 parties d’iodure de potassium qu’on dissout dans 40 parties d’eau ; on obtient ainsi une dis-|| solution limpide qu’on peut étendre encore de 40! parties d’eau pour mordre sur les traits les plus fins.
« Plus est longue la durée pendant laquelle on laisse réagir cette eau, et plus elle est forte, plus aussi les traits sont prononcés et profonds.
« Les traits ainsi produits sont bien fouillés, très nets, à bords vifs, même pour ceux qui sont les plus fins, et les lignes les plus rapprochées faites à la machine à graver ne chevauchent pas les unes sur. les autres. La température, avec ce mordant, n’exerce aucune influence quand elle se maintient dans les limites ordinaires, et, par suite de son action assez lente, il est inutile de se hâter.
« La liqueur qui a déjà servi ne doit pas, à cause du prix (devé de l’iode, être rejetée ; mais il faut la mélanger à une petite quantité de carbonate de potasse, filtrer, et lui rendre son activité par l'addition d’un peu d’eau chlorée.
« Sans nul doute, les artistes rencontreront d’abord quelques légères difficultés de détail dans l’emploi de ces eaux-fortes ; mais la pratique ne tardera pas à les leur rendre aussi familières que celles ordinaires. »
Nous terminerons ici la description des procédés pour mordre sur le cuivre et l’acier en donnant la formule d’une eau-forte pour graver sur ivoire, substance sur laquelle on produit de jolis dessins.
La plupart du temps on décore l’ivoire en gravant dessus des ornements et des dessins, et remplissant les traits, etc., avec un vernis noir qui sèche promp-