‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 42 sur 122 · II. — Gravure dans le genre du crayon · texte numérisé non relu

II. — Gravure dans le genre du crayon

Ce genre de gravure a été imaginé par Jean-Charles François (1), dessinateur et graveur français, en 1740. Il a donné, à la fin du premier volume de l'Histoire des Philosophes modernes (1773), une lettre sur l’origine de ses procédés, dans laquelle il est dit que ses premiers essais datent de 1740, et que ce n’est qu’en 1756 qu’il parvint à imiter assez bien le crayon (2). •

« En 1740, écrit M. François, je formai le projet « d’un livre à dessiner, et je compris que, pour réus- « sir, il fallait trouver une façon de graver qui imitât

(1) François est né à Nancy en 1717 et mort en 1769.

(2) En 1756, Magny imagina les outils d’acier nécessaires pour imiter les dessins au crayon noir et à la sanguine.

GENRES DE GRAVURE

« le crayon; j’en lis un essai, dont on peut voir les « estampes à la bibliothèque du roi. Cet essai ne me « satisfit pas assez pour que je continuasse. Je mô- « ditai, et je fis de nouvelles expériences; et, peu << content de mes succès, j’attendis du temps et de « mes réflexions de plus grandes lumières. Ce ne fut « qu’en 1750 que je me hasardai à faire un nouvel « essai d'après les dessins d’un professeur de Paris. « J’en fis voir des épreuves à plusieurs personnes; « mais je ne les distribuai point au public. On m’en- « gagea à perfectionner cette invention ; et, encouragé « par ces sollicitations, je parvins, en 1753, à imiter « assez bien le crayon; de sorte qu’en 1756 j’en fis << six feuilles, que je crus pouvoir présenter à M. le « marquis de Marigny, directeur et ordonnateur gé- « néral des bâtiments du roi et des Académies; j’en « donnai aussi à l’Académie royale de Peinture qui « en parut fort satisfaite. M. le marquis fut instruit de « cet accueil qu’elle avait fait à mon travail; et, at- « tentif comme il est à favoriser les découvertes utiles « et à récompenser ceux qui les font, il obtint du roi « une pension dont il me fit délivrer le brevet. Ce « généreux protecteur des arts ne se borna pas là ; « en 1738, il me donna le titre de Graveur des dessins « du cabinet du roi : cette nouvelle faveur me fut « accordée à l’occasion du rapport que l’Académie « royale de Peinture avait fait de ma découverte (1).

(1) Extrait clos registres de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture :

« Du samedi 26 novembre 1757.

" De sieur François, graveur en taille douce, a fait présenter a l’Assemblée, des estampes q u’il a gravées dans une manière non usitée, qui imitent le maniement large du crayon. L Académie a

GRAVURE GENRE CRAYON

« Vous connaissez, Monsieur, mon zèle pour le « progrès des arts et mon désir de bien mériter des « humains ; vous comprenez que de pareilles satis- « factions devaient m’enflammer davantage. Aussi « je redoublai d’ardeur, et j’imaginai de graver les « dessins lavés et ceux au crayon noir et blanc sur « papier gris ou bleu. Je me suis contenté de faire « voir jusqu’ici mes premiers essais, en attendant la « perfection de ces idées; j’espère allier cette der- « nière manière de graver avec celle qui imite le « crayon rouge, en réunissant la planche du crayon « rouge à celle du crayon noir et blanc, afin de don- « ner au public des planches qui imitent les trois « crayons.

« C’est ainsi que je parlais, Monsieur, en 1760; « mais ce n’était alors qu’un projet, qui a été saisi « avidement par quelques artistes, et que je leur « abandonne d’autant plus volontiers, que j’ai reconnu « que cette gravure demande des soins qui ne sont « pas dignes des grands artistes : il faut s’en tenir à » une manière libre et simple, qui permette de join- « dre toutes les différentes gravures sur une même « planche. Pour la mettre à exécution, j’ai profité de « l’occasion que j’ai eue de graver un portrait du

fort approuvé ce genre de gravure, comme très propre à perpétuer les dessins des bons maîtres, et à multiplier les exemples des plus belles maniérés de dessiner. Les morceaux que le sieur François a exécutés dans cette manière, ayant pareillement été approuvés par la Compagnie, elle a chargé le secrétaire de lui délivrer un extrait dé la présente délibération.

« Je soussigné secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, certifie le présent extrait véritable et conforme à l'original.

« Paris, le 26 novembre 1757.

« Signé : Cocliin. »

Graveur. — I.

GENRES DE GRAVURE

« docte M. Quesnay, médecin consultant du roi; on « remarque sur cette planche, pour la gravure, la « même diversité qu’il y a pour la peinture dans le « tableau, ce qui, jusqu'à présent, est sans exemple. « La tête du portrait est comme une manière noire « rengraissée; l’habit est au burin; le cadre et le « fond sont d'un crayon simple; les livres qui servent « d’accompagnement contiennent des dessins lavés, « et, le piédestal est un crayon noir et blanc; les dif- « férents crayons qui s’y trouvent sont travaillés de « la manière simple, sans mécanique. C’est cette « manière que j’ai offerte à l’Académie, parce qu’elle « est si facile, qu’il ne faut pas plus de peine ni « d’autre mouvement que si l’on dessinait : ce qui « la rend digne de nos grands dessinateurs. En effet, << il n’est point question de ciselets ni de marteaux, « comme dans la manière que j’ai montrée à mes « élèves lorsque je résolus de ne m’occuper qu’à la « perfection de celle-ci, pour laquelle je ne négligerai « rien quoique j’aie repris la taille douce au burin. »

Les premiers essais de François sont les Principes du Dessein faciles et dans le Goût du Crayon , puis V Amour du Dessein ou Cours de Dessein dans le Goût du Crayon. Son œuvre la plus considérable se trouve dans Y Histoire des Philosophes modernes de Savarien, à laquelle il consacra huit années (1761-1769).

Demarteaux s’est ensuite approprié ce nouveau genre de gravure et l’a beaucoup perfectionné, et à tel point qu’on peut le considérer comme le créateur du genre.

La gravure dans le goût du crayon a pour objet de reproduire les objets, avec les apparences du dessin au crayon, c’est-à-dire en imitant les hachures

GRAVURE GENRE CRAYON

et le trait grenus que laisse le crayon où la sanguine sur le papier à dessin. On emploie deux méthodes pour rendre la gravure dans- le goût du crayon, qui sont : la gravure au sable et la gravure à la roulette.

i° Dans la gravure au sable, on commence par vernir la plaque de cuivre comme à l’ordinaire, on la saupoudre de sable très fin, dans la boîte à aquatinte, et on la chauffe légèrement pour faire adhérer le sable au vernis, ou bien on la passe entre deux rouleaux, qui remplissent le même but. On décalque le dessin, on trace avec la pointe comme pour une eauforte ordinaire et on fait mordre de même. On dévernit la planche, on la recouvre de vernis blanc, on retouche à la pointe et l’on opère la morsure rectificative.

La retouche à l’eau-forte n’est pas toujours suffisante, et même, en général, la gravure ainsi obtenue est très imparfaite, parce que des grains de sable ont pu rouler dans les parties claires du dessin. On procède alors à une seconde retouche, sur la planche nue, au moyen de pointes en pierre ponce ou d’émeri ou même à la pointe sèche.

Fig. 38.

2° Dans la gravure à la roulette, on trace le dessin sur le cuivre verni avec des roulettes en guise de pointes ou de burin. Les roulettes sont de petites roues d’aciers (figure 38) plus ou moins larges, sui-

GENRES DE GRAVE RE

vant la force à donner aux traits et aux tailles, et dont la surface est armée de pointes régulièrement ; placées. Ces roues sont montées, comme la molette d'un éperon, sur un axe rivé autour duquel elles peuvent tourner librement. Les roulettes simples ont un rang de pointes; les roulettes composées en ont deux, trois, cinq, dix et même douze rangs de tailles et servent à produire des effets différents, suivant les 1 teintes. On s’en sert en les tenant très penchées sur la planche, de façon que la roulette porte sur toute sa largeur; on peut, en la relevant progressivement, obtenir des tailles proportionnellement moins larges. On fait ensuite mordre la planche, on la dévernit et l’on retouche avec les roulettes.

La gravure dans le goût du crayon se fait souvent ; sous trois couleurs : le noir (crayon noir), le rouge (sanguine), le blanc (craie). On se sert, pour cela, de trois planches de cuivre, une pour chaque couleur, avec des repérages, comme nous l'indiquerons pour la gravure en couleur.

La gravure dans le goût du crayon est délaissée aujourd’hui des usages courants, depuis les perfectionnements de la lithographie et de la zingocraphie.

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