GRAVURE A LA MANIÈRE NOIRE
La première opération à exécuter est la préparation du cuivre qui est toute mécanique et qui est souvent faite par des ouvriers spéciaux. Pour grener la planche, on se sert d’un outil d’acier, qu’on appelle berceau , que l’on voit représenté fig. 39. C’est une espèce de large ciseau dont la partie tranchante est convexe et armée de petites dents très rapprochées et peu profondes ; on l’aiguise de façon que .ces dents forment autant de pointes coupantes très aiguës.
On promène d’abord l’instrument parallèlement à l’un des bords du cuivre en le balançant comme un berceau d’enfant et sans appuyer : on raye ainsi, par bandes horizontales, toute la surface du cuivre, excepté les marges. On répète la même opération, perpendiculairement à îa première direction, ce qui a pour effet de former de petits carrés, par la rencontre des rayures pratiquées dans les deux sens. Enfin, on. recommence une troisième fois le berçage, mais diagonalbment, c’est-à-dire d’un angle à l’autre. La surface de la planche est recouverte alors de petits triangles.
On nomme tour l’ensemble de ces trois opérations. Il faut vingt tours pour qu’une planche soit achevée, c'est-à-dire que, soumise à l’impression, elle donne un noir fin, velouté et partout d’égale intensité.
GENRES DE GRAVURE
Depuis quelque temps déjà le berçage se fait mécaniquement. M. Saulnier est le premier qui ait construit une machine propre pour préparer le cuivre destiné à la gravure à la manière noire. Dans un atelier, nous avons vu fonctionner une machine à bercer composée d’une paire de cylindres en acier superposés entre lesquels on fait passer la planche de cuivre à grener ; le cylindre inférieur est lisse ; le cylindre supérieur, plus gros, porte des saillies fines et rapprochées traçant sur le cuivre des sillons très peu espacés ; un guide placé sur le bàli permet de présenter les planches dans la position voulue. Tout le travail consiste à faire passer les cuivres, dans les trois directions, vingt-cinq fois de suite. On trouve actuellement des planches toutes grenées dans 'le commerce.
Sur le cuivre, ainsi préparé, on décalque le sujet que l’on veut graver, comme nous l’avons expliqué pour la gravure au burin. On emploie de la craie, à la place de sanguine, parce que les traits blancs se dessinent mieux sur le fond que le grenage a bruni et on repassé les traits à l’encre de Chine. On peut, avec avantage, photographier le dessin sur la plaque, soit par transport pelliculaire, soit par développement sur la plaque argentée.
Le travail du graveur consiste à faire disparaître le grain dans les endroits où doivent se trouver des lumières vides et en l’enlevant plus ou moins selon qu'il veut obtenir des teintes plus ou moins dégradées. On creuse le plus profondément pour les parties bien éclairées, moyennement pour les lumières pâles et superficiellement pour les clairs obscurs. On opère avec des grattoirs de différents («.libres, des râcloirs