‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 49 sur 122 · GRAVURE A LA MANIÈRE NOIRE · texte numérisé non relu

GRAVURE A LA MANIÈRE NOIRE

ou lames d’acier aiguisées sur leur côté large, et le brunissoir qui sert à polir les parties grattées. Cette manière de graver revient à dessiner en blanc sur du papier noir. La principale difficulté est d’arriver à n’user le grain que juste ce qu’il faut pour obtenir la teinte voulue. Si on l’use trop, la nuance sera trop claire, on sera alors obligé de repasser un petit berceau dans ces parties pour les rehausser ; si, au contraire, on n’use pas assez, la teinte sera trop sombre et il faudra la retoucher. On doit donc rester dans un juste milieu, ce qui ne s’apprend que par la pratique.

Une bonne règle à suivre est d’opérer comme si l’on peignait, c’est-à-dire commencer par faire le coulé, ou larges parties du clair obscur, et finir par les détails et les vives lumières.

La gravure à la manière noire, tout en se limitant aux sujets indiqués, manque de fermeté et de hardiesse, mais elle rend admirablement les effets de nuit. Le tirage de ces gravures est du reste limité à 300 exemplaires au plus.

Il est des sujets qui ne peuvent pas être traités par ce genre de gravure, qui est principalement propre à la représentation des plantes, des fleurs, des fruits, des objets d’ornement en or, argent et cristal, des armes, etc. On réussit à faire, à la manière noire, de bons portraits, tels que ciux que nous ont laissés Smith et C. Withe. On doit préférer ce genre de gravure à tous les autres, pour représenter les lumières artificielles, comme celles d’une lampe, d’un flambeau, du feu, en un mot tous les effets de nuit, ce qui lui a fait donner, sans doute, le nom qu’il porte. Son défaut est de manquer de fermeté, et de n’être

GENRES DE GRAVI RF

pas susceptible de recevoir ces touches savantes et hardies qui distinguent la gravure à l’eau-forte. Il est aussi bien rare que l’on réussisse à faire des lumières brillantes, il reste toujours quelques traces sur la planche, qui rendent les parties claires un peu sales. La manière noire est grasse, elle colore beaucoup et elle est capable du plus grand effet, par l’uni et l’obscurité qu’elle laisse dans les masses ; mais elle ne. dessine pas toujours spirituellement, et ne se prête pas aux saillies pleines de feu qui distinguent les autres genres. On peut lui reprocher encore de ne pas tirer un si grand nombre de bonnes épreuves ; cent ou cent cinquante ; deux cents, lorsque le travail a peu de linesse, fatiguent une planche au point qu’il faut la retoucher ; mais la rapidité avec laquelle elle s’exécute, remédie en quelque sorte à cet inconvénient : les premières épreuves ne sont pas les meilleures, parce qu’elles sont presque toujours trop noires, et qu’elles montrent trop d’âpreté.

Rembrandt, après avoir vu quelques-uns des premiers morceaux en manière noire, a sans doute remarqué les heureuses combinaisons des plus beaux effets de jour et d’ombre, dont ce genre de gravure est susceptible. Ce bel effet dut nécessairement exciter son admiration. Il chercha à en produire un semblable par le moyen de l’eau-forte, en croisant les tailles dans tous les sens, et son génie sut si bien vaincre les difficultés, que ses chefs-d’œuvre, relativement au clair obscur, surpassent tout ce que la manière noire peut produire de réussi.

La gravure en manière noire est difficile à imprimer, parce que les lumières, étant creusées sur la planche, offrent des obstacles à l’ouvrier pour être

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