II. — Etude de la. gravure
Les premières études du graveur sont les mêmes que celles qui conviennent au dessinateur (I), au peintre et au sculpteur. Il doit dessiner avec une grande justesse, avec goût et facilité ; il est très peu de graveurs célèbres qui n’aient ôté d’excellents dessinateurs. 11 doit, encore étudier la nature avec le plus grand soin, fixer dans sa mémoire les formes et les etïets, pouvoir au besoin corriger les défauts qui pourraient se trouver sur un tableau ou un dessin.
Comme c’est une des parties principales de l'art du graveur de travailler d’après des tableaux, et que la gravure est employée surtoutà traduire les plus beaux ouvrages du pinceau, celui qui veut devenir graveur habile doit s'exercer, avec assiduité, à dessiner d’après des tableaux, pour se familiariser avec ce qu’il y a de caractéristique dans le faire de chaque maître, et pouvoir interpréter sa pensée, s’il se trouve quelques parties vagues ou incorrectes. C’est, par cette raison, qu’il est très avantageux, au graveur, de s’exercer aussi dans l’art de la peinture, parce qu’il faut être peintre pour remarquer chaque touche de pinceau dans un tableau.
Un autre exercice très utile est de faire, à la plume, des copies de gravures, afin d’étudier l’arrangement le plus convenable des hachures pour l’imitation des différents objets, et parvenir à donner à ces dessins, à l’aide de la seule opposition du blanc et du noir, le
(1) Voyez le Manuel du Dessinateur, du Dessin linéaire , et de la Perspective appliquée au Dessin et à la Peinture, qui font partie de \'Encydopédie-Horet.
ÉTUDE DE LA GRAVURE
plus d’analogie possible avec la peinture que l’on traduit. Il faut, en même temps, comparer de bonnes gravures avec les tableaux originaux, et découvrir les moyens d’imitation qui ont été employés par les plus grands artistes.
Il est très nécessaire qu’un graveur ait étudié, même superficiellement, l’architecture et la perspective : l’architecture, afin de garder les proportions que les peintres ne se donnent quelquefois pas la peine d’exprimer rigoureusement dans leurs productions, ce qui arrive surtout quand on grave d’après les croquis ou des tableaux peu finis ; la perspective, parles dégradations du fort au faible,' donnera au graveur beaucoup de facilité pour faire fuir ou faire avancer les figures et autres corps représentés dans le tableau qu’il doit graver.
Yoiîà la partie de la gravure qui tient aux arts ; c’est elle qui doit fixer d’abord toute l’attention des élèves. Quand ils posséderont bien cette théorie, quand ils dessineront avec hardiesse et facilité, quand ils connaîtront à fond toutes les ressources que l’on peut tirer des hachures pour imiter les effets du pinceau et des couleurs, alors ils pourront saisir avec confiance les outils du graveur, et ils n’auront plus à vaincre que des difficultés manuelles ; sûrs de ce qu’ils voudront exécuter, ils conduiront avec moins de peine les instruments, qui bientôt se prêteront avec docilité à tous les mouvements de leur main, comme à tous les caprices de leur génie.
L’emploi du burin est évidemment la partie la moins importante de l’art' ; il donnera peu de peine à celui qui sait exprimer le caractère naturel de chaque objet, soit au crayon, soit. à la plume.
INTRODUCTION
« Une seule observation nous suffira pour prouver combien il est nécessaire que le graveur commence par bien se perfectionner dans la pratique du dessin. On sait que l'artiste qui veut graver un tableau, ne peut pas traiter de même les différents endroits de son ouvrage ; on peut s’en convaincre en examinant avec attention chaque bonne gravure. Lorsque l’artiste qui commence à se livrer à l’exercice de son art veut, par le procédé long et pour ainsi dire craintif du burin, rechercher la manière dont il convient de traiter chaque objet, on peut dire que sa vie suffira à peine pour trouver ce qu'il cherche. Ce travail est plus expéditif lorsqu’on se sert du crayon et de la plume ; lorsqu’on voit qu'une manière n’est pas assez convenable pour l’objet qu’on veut traiter, on peut en essayer un grand nombre d’autres ; tandis que quand on ne se sert que du burin, on peut à peine en essayer deux ou trois.
« Pour les progrès de l’art du graveur, il serait de la plus grande importance d’avoir sous les yeux une collection recueillie par un bon maître ou par un habile connaisseur, et contenant les meilleures gravures exécutées par les artistes, auxquels l’art doit, en effet, quelques degrés de perfection. Une pareille collection devrait être faite, de sorte que chaque feuille offrît quelque nouveau procédé reçu par les artistes, et qui ait contribué à donner à l’art un degré de perfection de plus ; en expliquant ces gravures à l’élève, il apprendrait la manière qui convient le mieux à chaque sujet, soit pour représenter le nu des figures, le brillant des métaux, le luisant des étoffes de soie, les différentes teintes du ciel, les formes variées des nuages, etc. »
ÉTUDE DE LA GRAVURE
Le peu de moyens différents que la gravure met à la disposition de l’artiste, ne lui permet pas de réussir également bien dans toutes les parties, il est donc très utile que chacun se borne à une seule branche. Ainsi l’un a gravé le portrait, l’autre le paysage, l’autre l’histoire, etc. On serait trop exigeant de demander à un graveur ce qu’on ne demande pas à un peintre, qu’il soit également supérieur dans tous les genres.
Le graveur de topographie peut se passer d’une partie des études que nous venons d'indiquer; cependant l’entente et la pratique du paysage lui sont indispensables. Cet art est placé maintenant à la hauteur qui lui convient ; on a abandonné les froides et ridicules conventions pour l’imitation de la nature, et c’est à elle que le topographe et le paysagiste doivent demander des modèles.
Il ne faut pas croire cependant que la partie manuelle de l’art du graveur soit à dédaigner : la connaissance des matières qui y sont employées, la qualité des instruments et des outils, l’étude des procédés plus ou moins ingénieux, plus ou moins expéditifs, doivent attirer toute l’attention des artistes, des compositions mal traitées sur vernis ou des eaux-fortes imparfaites, des outils mal préparés ou de nature défectueuse, suffiraient pour rendre nuis les plus grands efforts du talent et les plus admirables productions du génie.
Ce que nous venons de dire jusqu’ici ne se rapporte qu’au travail artistique, qui constitue la vraie gravure, aujourd’hui abandonnée à cause de son prix élevé, mais à laquelle on reviendra nécessairement un jour pour tous les travaux soignés. Nous souhai-
INTRODUCTION
tons sincèrement que ce jour soit proche et qu’il se forme une nouvelle école d’artistes graveurs qui remplace celle qui est disparue depuis quelque temps.
Les procédés de gravure chimique et principalement la photogravure, si en honneur actuellement, ont beaucoup abaissé le niveau artistique de la gravure. On est arrivé, au moyen de ces procédés, sans avoir acquis aucune pratique de la gravure, à reproduire des natures animées ou mortes, qui sont d’un assez bel effet et d’une finesse suffisante pour illustrer les publications auxquelles elles sont destinées. Sans doute, le dessin est absolument indispensable à l’artiste qui travaille en vue de faire reproduire son œuvre par ces procédés ; mais ce dessin lui-même n’est, pas jeté sur le papier d’après l’inspiration de celui qui l’exécute ; il est, fait pour répondre à diverses exigences du procédé au moyen duquel il doit être gravé.
Par le concours simultané des sciences physiques et mécaniques, on est arrivé à reproduire, par les procédés de la photogravure, des sujets avec leur coloris naturel. C’est là un immense progrès, mais qui malheureusement, sacrifie le côté artistique de l’œuvre pour la perfection de l’exécution mathématique.
Quant au graveur, il n’a plus qu’à s’occuper de reproduire matériellement et quelquefois même mécaniquement l’œuvre du dessinateur. Les connaissances premières qu’il doit acquérir sont surtout la chimie et la photographie. En sorte que les procédés d’exécution de la gravure sont actuellement de deux sortes : les moyens artistiques et les moyens scientifiques et matériels. Nous nous proposons de les décrire en détail dans le courant de cet ouvrage.
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