AQUA-TINTE
saupoudre sa surface avec du sel marin finement pulvérisé et qu’on aura, au préalable, bien desséché dans le four ou dans un vase en terre vernissée. Sans cette précaution, le sel, étant hygrométrique et ses cristaux renfermant de l’eau d’interposition, décrépiterait en arrivant sur la plaque chaude, projetterait des gouttes de vernis, et ne se poserait pas uniformément. Le sel est projeté sur la planche avec un tamis moyen que l’on tient à une certaine hauteur, de façon à répartir la poudre bien également. Les grains de sel doivent pénétrer dans le vernis jusqu’au nu du cuivre. La couche de vernis étant prise, on secoue la planche pour faire tomber l’excédent du sel, on la remet sur le feu pour faire recuire le vernis, et on la laisse refroidir.
, Elle est plongée dans une cuvette remplie d’eau à la température de 20° environ, renouvelée de temps en temps. Toutes les particules de sel se dissolvent en laissant un petit trou qui met le cuivre à découvert et qui permet à l’eau-forte de l’attaquer et de produire un grain. On peut, avec avantage, se servir du laveur automatique.
Comme dans le procédé français, on a eu soin, avant de poser le grain sur la - planche, de tracer le dessin à l’eau-forte. Il ne reste plus qu’à obtenir les teintes voulues en faisant mordre à l’eau-forte et en couvrant, au vernis de Venise les parties suffisamment attaquées.
On peut varier les grains en employant d’autres substances solubles à la place du sel marin, comme : le chlorhydrate d’ammoniaque ou sel ammoniac, le carbonate de soude desséché, le bicarbonate de soude, le box>ax desséché, le salpêtre, le sel de sei-
GENRES DE GRAVURE
gnette, etc. Quelquefois même on mélange ces différentes poudres ; à titre d’exemple, nous donnons les deux recettes suivantes :
Sol ammoniac.
Borax. . . .
Salpêtre. . .
50 grain.
Sel marin . 30 gram.
Bicarbonate de soude . 30 —
Sulfate de soude . 30 —
Sel ammoniac . 10 —
Procédé au soufre. — Dans ce procédé, les parties que l'on veut grener sont recouvertes, au pinceau, d’un mélange d’huile d'olive et de fleur de soufre bien broyée. On obtient des teintes d'autant plus foncées que ce mélange agit, plus longtemps. On commencera donc à passer les parties foncées, puis, quelque temps après, les parties demi-obscures et ainsi de suite jusqu’aux parties les plus claires qui ne doivent rester que peu de temps en contact avec le soufre.
Les parties claires étant terminées, on lave la planche avec de la benzine.
Avant l'application du soufre, la planche doit porter le dessin entièrement terminé au trait et à l’eau-forte.
On remplace le mélange d’huile et de soufre par le baume de soufre préparé en plaçant dans un matras, chauffé au bain de sable, à la température de liquéfaction du soufre (120°)< une partie de soufre et deux parties d’huile d’olive, pendant deux heures. L’huile devient rougeâtre et d’une odeur désagréable.
AQUA-TIÏS'TE
Nous proposons le procédé suivant qui a l’avantage de permettre au graveur de teinter comme s’il lavait à l'encre de Chine.
On prépare le cuivre comme pour la gravure à l’eau-forte, et l’on y trace le dessin à la pointe, les contours et les traits principaux. On dévernit la planche à l’essence de térébenthine, on l’essuie bien, on la lave à la lessive de potasse, puis à l’eau et on la tamponne avec un chiffon sec. Le grenage se fait avec une dissolution concentrée de foie de soufre que l’on prépare ainsi : on fait fondre, dans un creuset de terre, poids égaux de carbonate de potasse et de soufre; on lessive le produit avec de l’eau distillée de façon à avoir une solution concentrée de sulfure de potassium. C’est cette solution que l’on passe sur toutes les parties à teinter claires ou foncées, en la laissant agir le temps nécessaire, et on lave la planche à l’eau après dessiccation, on passe une seconde fois le liquide en réservant les parties claires, on laisse agir quelques instants, on lave et ainsi de suite. On opère absolument comme si on lavait un dessin.
Après bien des essais nous avons reconnu que le mélange suivant donnait de meilleurs résultats :
Eau . 100 gram.
Alcool . 100 —
Foie de soufre . 85 —
Huile de ricin . 25 —
Glycérine . 25 —
On pourrait avantageusement remplacer le foie de soufre par le sulfhydrate d’ammoniaque sulfuré, seul ou en combinaison avec de la glycérine et de l’alcool,
GENRES DE GRAVURE
mais son odeur infecte en rend l’emploi très désagréable.
Signalons un autre procédé qui consiste à appliquer au pinceau, sur la planche gravée, une solution de mastic ou de poix de Bourgogne dans l’alcool. On chauffe légèrement en-dessous pour faciliter l’évaporation du liquide, et il reste, à la surface de la planche, un dépôt résineux solide dont la granulation est plus ou moins fine selon la nature de la résine employée. 11 ne reste plus qu’à faire mordre à l’eau-forte comme nous l’avons dit.
Procédé galvanique. — Nous avons cherché à obtenir la granulation électro-chimique de la planche. Le dessin est tracé au trait à l’eau-forte sur le cuivre, puis la planche est recouverte de vernis mou et saupoudrée de sel marin pulvérisé exactement comme nous l’avons indiqué pour le procédé au sel. Après lavage, au lieu de soumettre la planche à l’eau-forte, nous la plaçons dans un bain électrolytique au pôle positif, de sorte que le courant creusera toutes les parties non recouvertes de vernis. Au bout de quelque temps, on recouvre, avec du vernis de Venise, les parties qui sont assez creusées, c’est-à-dire les parties claires, et on remet au bain, en recouvrant successivement toutes les parties qui sont suffisamment creusées. Ce procédé a l’avantage d’éviter les manipulations de l’eau-forte qui sont toujours incertaines, et rend le graveur absolument maître de son travail. Quant aux détails de la manipulation du bain galvanique, ils sont les mêmes que ceux que nous donnerons à propos du clichagc galvanoplastique, avec cette seule différence que la planche doit se mettre au pôle positif.