‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 50 sur 122 · AQUA-TINTE · texte numérisé non relu

AQUA-TINTE

bien nettoyées. On doit choisir pour ce tirage un papier d'une pâte fine et moelleuse, et le laisser plus tremper que pour les autres genres de travaux. Le noir doit aussi avoir plus de finesse et être plus liquide.

Y. — AqüA -TINTE.

L’aqua-tinte, appelée aussi gravure au lavis, a été .trouvée en 1660 par Hercule Zegers, peintre d’Utrecht, et a été perfectionnée par Jean-Baptiste Leprince, peintre du siècle dernier. L’aqua-tinte est un procédé de gravure qui consiste à laver sur le cuivre, avec un pinceau et de l’eau-forte, comme on le fait sur le papieravec l’encre de Chine, de sorte que les estampes, obtenues par l’impression, ont toute la valeur, tout le mérite et tout le cachet des dessins originaux.

11 y a plusieurs procédés pour produire l’aquatinte : le procédé au sel, le procédé au soufre et le procédé galvanique.

Procédé français. — On prépare la planche de cuivre comme pour l’eau-forte, et on trace, avec des pointes moins aiguës et plus arrondies, les contours et les traits du dessin à reproduire. On fait mordre le cuivre avec un acide faible (acide nitrique à 15° B.), on le dévernit et on le nettoie bien. On procède ensuite à la pose d'un grain à sa surface et, à cet effet, on se sert d'un instrument appelé boite à aqua-tinte que nous représentons fig. 40.

C’est une caisse rectangulaire de 1 m. de longueur, 0 m. 60 de largeur et 1 m. 2o de hauteur, supportée par quatre pieds B, dont le fond C se termine en forme de pyramide. Cette boîte renferme une certaine quantité de résine (colophane), finement pul-

GENRES 1)E GRAVURE

vérisée, que l'on peut mettre en suspension clans son intérieur au moyen du soufflet S, dont la buse débouche à la partie inférieure. Une porte à charnière D, s’ouvrant horizontalement, permet d’introduire la plaque dans la boîte et de la poser sur les deux, tringles horizontales a a.

La planche étant placée sur ces tringles, la face gravée en dessus, on ferme la porte D et l'on actionne la soufflerie. Les particules de résine se mettent aussitôt à voltiger, et se superposent par ordre de grosseurs, les parties les plus fines se trouvant à la partie supérieure et les parties grossières gagnant rapidement le fond. Les parties fines retombent sur la planche où elles forment, au bout de quelques instants, une couche mince et uniforme.

Ce résultat obtenu, on retire la planche et on la pose sur un bain-marie ou bien on la chauffe avec

AQUA-T1KTE

un flambeau à gaz, de façon à faire fondre la résine et à la coller sur le métal. On fait mordre la plaque à l’eau-forte, qui ronge les espaces laissés nus entre les grains de résine et produit un pointillé plus ou moins fin suivant l’épaisseur de la couche de résine, la grosseur des grains de cette dernière et le degré de chaleur qu'on lui a fait subir. Toutes choses que l'on peut faire varier à volonté, suivant l’effet que l’on veut produire; mais, le plus souvent, on cherche à obtenir un grain imperceptible imitant le lavis.

Avant de soumettre la planche à l’eau-forte, il faut terminer le dessin. On repasse à la pointe tous les traits qui ont été recouverts de résine, et, avec un pinceau imbibé de vernis de Venise mêlé avec du noir de fumée, on couvre toutes les parties de la planche qui doivent rester blanches en ayant soin de suivre exactement les contours des figures, en opérant comme si l’on dessinait au lavis. On borde la planche et on la recouvre d’une couche d’eau-forte (15° B.) de 2 millimètres d’épaisseur. Cette première morsure produira, sur les parties nues de cuivre, une teinte faible et égale. On lave la planche, on la laisse sécher, puis on recouvre les parties assez mordues avec du vernis, en suivant fidèlement les contours, et l’on procède à la seconde morsure, et ainsi de suite pour les autres morsures donnant autant de teintes différentes. Comme on le voit, on fait du lavis à rebours. On donne ainsi de cinq à six tons différents, qui, lorsqu’ils sont bien mélangés et bien proportionnés, sont du plus bel effet.

On dévernit la planche et on la retouche au moyen du burin, de la pointe, du grattoir, du brunissoir et de la roulette.

Graveur. — 1.

182 GENRES DE GRAVURE

Procédé Anglais. — Ce procédé, inventé en France par l’abbé Saint-Non, est particulièrement employé en Angleterre ; c’est aussi celui dont s’est servi le peintre Leprince. On commence par recouvrir la planche de vernis, comme s’il s’agissait d’une eau-forte, puis, avec le mélange suivant, on passe au pinceau les parties sur lesquelles on veut produire un grain :

Huile d’olive . 100 gram.

Essence de térébenthine . 100 —

Noir de fumée. . . 15 —

Cette composition dissout le vernis ; on n’a plus qu'à l’enlever, en frottant la planche avec un linge mou : dans toutes les parties qu’elle recouvrait le cuivre est mis à nu. On change* plusieurs fois de linge de façon à ne laisser aucune houlette de vernis sur les parties dénudées ; cette opération est assez délicate, on doit prendre garde de ne pas déchirer les i bords du vernis non touché par la mixture. Ceci fait, on pose un grain dans la boîte à aqua-tinte, comme dans le procédé français et l’on termine de même.

Procédé au sel. — On recouvre la planche avec un ' vernis séchant moins rapidement que le vernis ordinaire et composé de :

Cire vierge. . 200 gram.

Poix de Bourgogne . 100 —

Vaseline . 50 —

Colophane . 200 —

Asphalte . 50 — "

lui couche de vernis doit être un peu plus épaisse que celle employée pour l’eau-forte ; on doit vernir très chaud, ha planche étant tenue bien horizontalement et le vernis étant liquide comme de l’huile, on

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