VIII. — Photogravure au mercure
OU MERCUROGRAPHIE.
Tous les praticiens savent, dit M. Fisch (1), que le mercure en amalgame sur un autre métal repousse l’encre grasse quand on y passe le rouleau, et le noir ne s’attache qu’aux parties où il n’y a pas d’amalgame, c’est-à-dire où le métal est à nu.
Mais en traçant, par exemple, par un moyen quelconque, un dessin au mercure sur une plaque de zinc bien polie, bien propre, ce dessin apparaîtra en blanc brillant sur le fond gris blanc du zinc. Une fois un
(1) Moniteur de la Photographie.
PHOTOGRAVURE AU MERCURE
dessin semblable obtenu, on peut obtenir une gravure en creux, en immergeant la plaque de zinc, sans y appliquer aucun vernis ni réserve, dans un bain acide composé de 100 parties en volume d’eau, sur 2 à 5 parties en volume d’acide nitrique. La morsure se fait très rapidement, et n’attaque, pendant longtemps, que le tracé au mercure, en ménageant parfaitement le restant de la surface nue du zinc, et ce n’est que lorsque cette morsure atteint une profondeur déjà très apparente, que la surface du zinc commence à être entamée par l’eau acidulée. Cette gravure pourrait s’imprimer lithograpbiquement.
Mais si, au lieu- de plonger une plaque de zinc dessinée comme il vient d’être dit, dans un bain d’eau acidulée par l’acide nitrique, on la plongeait dans un bain acidulé par de l’acide chlorhydrique, c’est le contraire qui a lieu, et il est alors assez curieux de voir le zinc nu être attaqué, et le tracé au mercure, au contraire, être ménagé, de telle sorte qu’on obtient une gravure en relief qui, si on veut alors prendre les dispositions nécessaires, pourrait être imprimée typographiquement ; par la même manière on obtient une gravure en creux qui peut être poussée même assez profondément pour être imprimée sur la presse en taille douce.
Jusque-là, nous ne parlons que d’un dessin au trait ; mais la reproduction ou la gravure en creux et en relief du grain et des demi-teintes se fait de la même manière. Si, en outre, pour ne pas dessiner directement sur le zinc, on veut pourtant obtenir de cette manière une gravure, on n’a qu’à dessiner directe=ment avec un sel de mercure sur une feuille de papier très-dense, et l’appliquer pendant environ deux
PHOTOGRAVURE
heures par contact parfait, contre une plaque de zinc, et au bout de ce temps, on est étonné de voir le même dessin nettement reproduit en traits blancs d’amalgame, sur la surface grisâtre du zinc, absolument comme si on l’y avait tracé directement.
La même chose arrive si l’on fait un dessin sur papier avec une matière poisseuse, comme par exemple de l’encre quelconque contenant du sucre, de la gomme, etc., en dissolution et saupoudrant ensuite avec ce sel de mercure en poudre line ; la poudre mercurielle ne s’attachera qu’aux parties poisseuses, les blancs seront simplement époussetés. Or, ce dessin mis en contact parfait, pendant ce laps de temps, produit également le même tracé d’amalgame. 11 en est de même d’une épreuve imprimée fraîchement, et saupoudrée pendant que l'encre est encore fraîche et molle.
Tous les tracés reproduits ainsi se gravent comme il est dit ci-dessus.
De cette façon, par les saupoudrages à la poudre mercurielle sur une épreuve photographique genre charbon, contenant une matière poisseuse, on peut facilement arriver à graver les demi-teintes sur zinc ; et ceci prouve qu’il y a beaucoup de manières pour employer et appliquer les sels de mercure à la photographie et à la photogravure. Le sel employé pour les saupoudrages est le biiodure de mercure (1).
(1) Comme les sels mercuriels, en général, sont des poisons très violents, il est nécessaire de prendre les pins grandes précautions en les maniant, et il ne sera pas superflu de dire ici quels seraient les premiers remèdes ou contre-poisons à employer en cas d’empoisonnement par un de ces sels, avant l’arrivée d'un médecin, Comme les sels de mercure coagulent l’albumine, c’est-à-dire for-