‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 13 sur 70 · CINQUIÈME SECTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SECTION

Nous avons dit, an commencement de ia troisième section, que le libraire donne quelquefois , quoique rarement, les ouvrages au relieur tels qu'ils sortent des mains de Yassembleur, et sans qu'ils aient été plies ni brochés. Alors le relieur fait plier chez lui le livre avec soin, et il le relie sans passer par l'opération du brochage. Par la même raison, il n'a pas besoin de l'opération du débrochage. Cependant, comme on lui donne le plus souvent des livres brochés à relier, nous allons suivre toutes les opérations .successives de la reliure , en supposant que le livre a été déjà broché,

§ Ier Débrochage.

Après avoir enlevé la couverture, et l'avoir surtout enlevée, autant qu'il est possible, de dessus le dos, on prend la brochure par la tranche, le dos en dessus ; on fait en sorte de lui faire faire le dos rond, et, avec un couteau bien tranchant, on coupe une chaînée de la couture ; alors il est facile d'enlever le fil, et le volume se trouve décousu. L'ouvrier pose le volume sur la table, le titre en dessous,

§ II. Collationnement.

Sans quitter le livre de îa main gauche , on élève cette main vers l'angle supérieur, et de la main droite on ouvre les cahiers par le dos, en les écartant assez pour pouvoir lire la signature du premier cahier qui porte la première signature du volume ; on laisse tomber chaque cahier l'un sur l'autre, et l'on observe si les signatures se suivent dans un ordre alphabétique ou numérique, puisqu'on a commencé par la première. On examine également si toutes les feuilles appartiennent au même volume : dans le cas contraire, on suspend la reliure jusqu'à ce qu'on se soit procuré la feuille qui manque, et l'on met de coté celle qu'on a de trop, pour la rendre à celui à qui elle appartient, afiiA qu'il complète l'exemplaire auquel elle pourrait manquer.

CÛLLATIONKEMENT. il

Ou replie les feuilles qui auraient été mal pliées, et Ton s'assure s'il y a ou non des cartons à placer.

On nomme cartons, des feuillets que l'auteur a eu l'intention de substituer à d'autres qu'il veut supprimer, soit pour corriger quelques fautes typographiques trop importantes ou trop considérables pour faire partie de l'errata, qui se place ordinairement à la fin du volume, soit pour faire quelque changement notable. Les imprimeurs désignent ces cartons par une marque de convention que les relieurs connaissent bien. Cette marque est un astérisque ou étoile placé à coté de la signature, lorsque la page porte une signature, ou en place de la signature, lorsqu'elle ne doit pas se trouver sur cette page. Quelquefois cet astérisque se place, mais rarement, à la signature du chiffre de la pagination. Dans la vue d'éviter toute erreur dans cette opération, on emploie l'un des deux moyens suivants : 1° Dans le magasin de librairie, où l'ouvrage s'assemble, on déchire, par le milieu de sa longueur, le feuillet qui doit être supprimé, ce qui avertit le relieur, qui cherche alors le carton. 2° On a quelquefois soin d'imprimer, à la tète du livre,, un petit avis au relieur, qui lui indique les places où il faut intercaler les cartons, les tableaux, les planches, etc.

Apre» que le relieur a préparé ses cartons pour être mis en place, il coupe, dans la marge du côté du dos, le feuillet qu'il veut supprimer, en laissant, de ce côté, une petite bande qu'on nomme onglet, sur laquelle il colle proprement le carton, de manière que les chiffres de la pagination de ce carton tombent exactement sur les chiffres du feuillet qui précède, comme sur ceux du feuillet qui suit. Cette opération se fait plus proprement comme nous venons de l'indiquer, que si l'on avait coupé le feuillet dans le pli du dos sans laisser d'onglet ; car alors on serait obligé de coller le carton sur les deux côtés du dos, ce qui serait très désagréable à la vue, lorsqu'on ouvrirait le livre en ce point. Les in-folio etlesm-giiarfcsecoiiaiionncntavcc un poinçon, en soulevant les feuilles ; mais il faut s'abstenir de ce moyeu le plus qu'il est possible, aiin d'éviter les trous que fait le poinçon.

S'il y a des tableaux ou des planches à intercaler dans ie texte, il faut avoir soin de les coller de suite de îa manière que nous venons de l'indiquer pour les cartons, c'est-à-dire

42 COLLATIONNSîî^T.

que Ton forme un pli qu'on colle comme un onglet, en faisant attention que les planches ou les tableaux soient placés exactement vis-à-vis les pages qu'ils doivent regarder; et si h justification est égale à celle du texte, on les dispose de manière qu'ils soient placés juste sur la justification du texte. Si, au contraire, la justification des tableaux ou des planches est plus grande, en largeur ou en hauteur, que celle du texte, on doit les plier, selon les circonstances, de manière qu'après les plis ils ne débordent pas, soit en hauteur, soit en largeur, la justification du texte.

Il est essentiel de faire ici une observation importante : il n'est pas besoin d'onglet pour les planches plates, c'est-àdire, pour les planches qui n'ont pas besoin d'être pliécs; mais lorsque les planches sont plus grandes que la justification du texte, on ne peut pas se dispenser de les plier; alors on ajoute un onglet qu'on met double, afin de conserver au dos la même épaisseur que le volume doit avoir par devant, h cause du pli de la planche.

Lorsque le volume contient un nombre considérable de planches ou de tableaux, que l'auteur a eu l'intention de réunir à la fin du volume, le relieur en forme des cahiers de quatre à cinq planches chacun, plus ou moins, selon le nombre qu'il en a ; il coud ces cahiers en surjet, dont les points sont distans l'un de l'autre de deux lignes environ. Ce sont les fils de ces points qui serviront à les assembler, entre eux et le texte de l'ouvrage , quand il s'agira de coudre , comme nous l'indiquerons plus bas lorsque nous parlerons de la couture.

La manière de plier les planches, pour les placer à la fin des volumes, exige des soins. ïl faut toujours les faire sortir en entier hors des volumes; afin que le lecteur puisse les consulter, sans difficulté, en lisant leurs descriptions : pour cela on colle à chacune un morceau de papier blanc d'une grandeur suffisante, si les planches n'en portent pas assez, et c'est sur ce papier blanc qu'on les coud, comme nous l'avons dit. ïl faut avoir soin, en les pliant, de ne faire que la plus petite quantité de plis possible.

Lorsqu'on veut faire un atlas particulier de toutes les planches, c'est-à-dire que cet atlas doit former un volume à part, cela exige plusieurs considérations différentes que nous allons développer.

C0LLAT10NNEMENT. 4-3

1° ^ les planches sont d'un format in-folio, on peut les réduire en un volume in-quarto en les pliant parie milieu, bien exactement, et les coller sur un onglet double, afin de conserver toujours la même épaisseur dans le dos et dans la tranche; mais il faut avoir soin de faire ce double onglet assez large, pour que la planche en s'ouvrant présente une surface bien Horizontale, et ne montre aucun pli dans le dos, qui puisse nuire soit à la lecture , soit au calque si on en avait besoin.

On en userait de même si Ton voulait réduire les planches m-4° en un atlas de forme in-8°. Dans tous ces cas, on observera de ne faire que les plis qui seront indispensablement nécessaires, et qu'ils soient disposés de manière qu'à la rognure on ne puisse pas atteindre les plis qu'on aurait faits, ce qui couperait les planches.

On sent bien que lorsque les planches sont réunies en un atlas, on n'a pas besoin de les agrandir en y collant du papier blanc, puisqu'elles ne doivent pas sortir du volume ; comme celles qui sont placées à la fin des volumes du texte.

On ne doit placer les planches ou gravures, autant que cela est possible, qu'après que le volume est battu. Ceci n'est relatif qu'aux planches qui accompagnent le texte.

Lorsqu'on a reconnu que tout est en règle , si le livre a été lu en brochure, et que par conséquent les feuilles aient été coupées, on visite les feuilles l'une après l'autre ; on redresse les coins et les feuillet's qui pourraient avoir été plies» et l'on examine si la marge de tête est, à peu de chose près, égale partout. Dans le cas de îa différence de marge, cela prouverait que les feuilles ont été mal pliées : alors il faut les compasser, afin de ne pas se mettre dans le cas d'enlever au volume entier trop de marge à la rognure, ce qui est extrêmement désagréable. Pour éviter cet inconvénient, je dirai plus, ce défaut, on examine, sur u.a feuillet bien plié, quelle est la marge qu'il présente, et l'on ouvre son compas à cette distance ; on plie bien exactement chaque feuillet, en faisant tomber les chiffres de la pagination l'un sur l'autre, et on les intercale à leur place, en mettant un peu de colle au bord de la feuille courte. Ce moyen suffit pour coller assez cette feuille courte sur celle qui suit, afin qu'elle ne glisse pas dans 1rs opérations subséquentes , pendant

lesquelles ou secoue souvent le volume pour eu égaliser tes feuilles.

On ne rencontre pas, dans un cahier, une feuille courte, qu'on n'en trouve en même temps une plus longue de toute la quantité qui manque à la feuille courte. C'est ici où le compas est nécessaire, car si on laissait cet excédant, cette feuille rentrerait plus que les autres, dans le secouage, et l'ouvrage présenterait une irrégularité insoutenable. Alors on marque, avec le compas, deux points, un vers le commencement de la ligne et l'autre vers la fin, et l'on coupe cet excédant avec des ciseaux, ou mieux avec une règle de fer et un couteau, en dirigeant la règle sur ces deux points. On coupe à la fois ces deux feuillets l'un sur l'autre , après les avoir plies avec soin, comme je l'ai expliqué plus haut.

Par ce moyen, tous les feuillets présenteront au couteau à rogner une dislance égale , et les feuilles offriront une même marge. Les feuillets courts qu'on y remarquera se trouveront intercalés à des distances plus ou moins grandes; ils ne paraîtront pas lorsque le volume sera fermé; on ne les verra qu'à la lecture. Loin de pouvoir affaiblir la réputation du relieur, comme ils ne seront pas de son fait, ils seront une preuve incontestable de son talent et des soins qu'il a pris pour corriger la faute qu'a commise, avant lui, la plieuse ; faute qu'il lui est impossible de réparer autrement, dans tous les cas où la rognure ne les aurait pas atteints.

§ III. Battre le livre.

Avant de se disposer à battre le livre, le relieur doit examiner s'il peut être battu sans risque de faire des maculatitres, ce qui arrive toujours lorsque le livre est fraîchement imprimé, parce que l'encre , qui est un composé d'huile grasse et de noir de fumée, n'a pas eu le temps suffisant pour sécher parfaitement. Les indices qui peuvent faire connaître si le volume peut être relié ou non sans inconvénient, sont les suivants : 1° La date de l'impression, que l'on trouve toujours sur la page du titre : si l'impression a plus d'un an, il n'y a rien à craindre; 2° par les soins qu'on a portés à l'impression, c'est-à-dire si les caractères n'ont pas été trop chargés d'ancre $ 5° en flairant le livre à plusieurs

endroits, on distingue parfaitement, par l'odeur, si l'huile de l'encre est parfaitement desséchée ou non. Enfin , si le livre a été satiné, ce qui se distingue parfaitement, on peut le battre avec moins de crainte. Nous parlerons plus bas des précautions «à prendre.

Les relieurs ont, dans leurs ateliers , un bloc de pierre ou de marbre d'environ 85 cent, de haut sur 40 à 50 centimètres en carré , qu'ils nomment pierre abattre. La pierre de liais est préférable au marbre, parce qu'elle lisse moins et qu'elle a le grain très fin. Il est important que la surface sur laquelle on bat soit unie et parfaitement horizontale. Pour donner une plus grande solidité à la pierre à battre, on l'enfonce dans la terre, de 40 à 45 cent., de sorte qu'elle a en tout lm22à4'n 50 de hauteur , afin do lui conserver 85 cent, de saillie au-dessus du sol, comme nous l'avons dit.

Le marteau du relieur est une masse de fer A (Fig. 1, PI. 4), dont la partie B est large et carrée de 14 cent, en- "viron de côté. Cette partie se nomme platine; c'est celle par laquelle on bat ordinairement les volumes. Les vives arêtes de ce carré sont arrondies, afin que les batteurs ne soient pas exposés à couper les feuilles, dans le cas où le marteau viendrait à vaciller dans leurs mains. La surface de la tête du marteau est un peu convexe, afin que les ouvriers puissent travailler avec moins de contrainte. Les relieurs désignent cette convexité par ces mots, donner de la panse au marteau ; elle est nécessaire , afin que, dans le travail, il porte moins fort sur les bords que vers le milieu. Ce n'est que dans le cas où l'on bat des volumes dont le format est très petit, comme des in-52 et au-dessous, qu'on peut renverser le marteau et s'en servir, par la partie A, pour les battre ; mais il faut que la surface de cette partie soit disposée de la même manière que l'autre côté appelé platine. Il serait mieux d'avoir des marteaux plus petits disposés pour cela : car la règle générale, dans Y Art du Relieur, consiste à ce qu'on ne se serve jamais du marteau ainsi retourné, parce qu'il écrase trop le volume, dont on ne peut pas facilement unir la battée.

Le marteau est percé du côté d'une de ses faces d'un trou de 4 cent, de large parallèle à sa surface, pour y fixer le manche, et à une hauteur telle que les jointures

46 BATTUS LE MTRS.

des doigts de l'ouvrier soient suffisamment éloignées du livre pour qu'elles ne puissent pas y toucher, sans cela il serait exposé à se blesser continuellement. Le mancho G est court et gros, afin qu'on puisse le tenir solidement dans la main : il a 19 à 22 c. de long, et 3 à 5 c. et quart de diamètre près de la tête, et un peu plus vers l'autre extrémité. Il pèse, avec son manche, A kil. 50 à 5 kil. 50 environ.

On ne bat ordinairement les feuilles qu'après qu'elles ont été pliées, et lorsque l'impression est parfaitement sèche, afin d'éviter les maculatures ; cependant il y a des cas où l'on est obligé de relier un livre immédiatement après son impression, alors il y a des précautions à prendre. On met le volume dans un four après que le pain en a été retiré, ou dans une étuve suffisamment chaude pour le faire sécher. Ce moyen n'est pas sans danger ; il arrive souvent que le papier noircit , ce qui est un grand inconvénient. Il vaut mieux alors battre les feuilles avant de les plier entièrement. Pour cela on les plie dans la ligne des pointures seulement , on intercal une feuille de papier blanc dans chacune, et Ton bat les feuilles ainsi préparées; ce papier reçoit les impressions de l'encre. On doit observer aussi de placer toujours une feuille de papier serpente devant chaque planche, parce que l'encre des imprimeurs en taille douce est beaucoup plus longue à sécher que celle des imprimeurs typographes. En faisant satiner les planches , on évite cette manipulation qui enlève un peu l'encre : on plie les feuilles, qu'on affaisse un peu avec le marteau , et on les met en presse en petites parties, afin de remplacer le battage, autant que cela est possible.

Quand l'ouvrier veut battre son livre , dont les feuilles sont pliées, il commence par secouer le volume sur la pierre par le dos et par le haut, afin d'en bien égaliser les cahiers, ensuite il divise le volume en autant départies, qu'il nomme battées, qu'il le juge nécessaire, et qui comprennent d'autant moins de cahiers que l'ouvrage doit être plus soigné. Il se place devant la pierre, en ayant soin de rapprocher les jambes l'une de l'autre, afin de ne pas contracter des hernies, ce à quoi sont fréquemment exposés les ouvriers qui, dans l'intention d'être plus à leur aise, contractent l'habitude d'écarter les jambes.

Il faut autant d'adresse que de force pour battre. L'ou-

vrier doit être seulement assez fort pour soulever constamment le marteau et lo laisser retomber presque par son propre poids bien parallèlement à la surface de la pierre. 11 tient la battée d'une main, et le marteau de l'autre ; le premier coup de marteau se donne au milieu de la feuille, le second et les suivants se donnent en tirant la battée à soi, mais de manière que le coup qui suit tombe sur le coup qui précède au tiers de sa distance, afin que le coup suivant couvre des deux tiers le coup précédent, et d'éviter par là de faire des bosses qu'on appelle noix. On tire toujours la feuille vers soi jusqu'à ce qu'on soit arrivé à l'extrémité la plus éloignée du corps, alors on tourne la battée entière du Iiaut en bas et l'on frappe du même côté en commençant à couvrir des deux tiers le premier coup qu'on a donné, et on continue de même avec les mêmes précautions.

On sépare la battée en plaçant dessus ce qui était dessous, on ballotte les cahiers sur le dos et par le haut pour les bien égaliser, on bat comme la première fois, et l'on remet les battées comme elles étaient d'abord, l'on ballotte de nouveau les cahiers et on donne ensuite quelques coups de marteau pour les bien aplanir.

Pour les livres un peu soignés, on met de chaque côté de la battée une garde ou chemise ; on bat, on passe ensuite le premier cahier sous la battée, et l'on bat, puis le deuxième, et ainsi de suite jusqu'au dernier , en battant chaque fois.

L'ouvrier doit bien faire attention à ce que son marteau tombe bien aplomb sur la battée, sans cela il risquerait de pincer et couperait la battée.

Après le battage, on coliationne de nouveau, pour s'assurer que dans cette dernière opération, les cahiers n'ont pas été dérangés.

Lorsque les battées sont terminées, l'ouvrier les place entre deux ais de la grandeur du volume , et les met à la ]">resse'les unes sur les autres. Il les serre fortement, et les laisse ainsi le plus longtemps qu'il le peut, trois à quatre heures au moins. Afin de les comprimer autant qu'il est possible, indépendamment de la barre, il emploie un moulinet qui augmente considérablement sa force. Le moulinet est un gros arbre frotté à ses deux bouts; ses deux pivots en fer roulent l'un dans une semelle fixée sur le sol inférieur, l'au-

40 aiÀCUlNE A BATTRE.

tre dans une poutre du plancher supérieur. Cet arbre est percé de deux trous à une hauteur d'environ 85 centimètres dans lesquels on passe deux fortes barres ; le bout d'une corde est fixé à cet arbre, l'autre est fixé au bout de la barre de la presse, tire celle-ci lentement, mais très fortement, à l'aide de deux ou quatre hommes qui agissent sur les barres en tournant autour de l'arbre.

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