MACHINE 4 BATTRE
La machine bien comprise , voici comment on opère. Nous désignerons ces deux ouvriers par X et Y.
L'ouvrier X, à qui Ton remet les volumes l'un après l'autre , dont les feuilles sont bien pliées selon leur format, et collationnécs , et par conséquent en cahiers , prend un cahier après l'autre , et l'introduit par l'angle du dos entre les deux cylindres , en commençant vers sa droite , et le soutient jusqu'à ce qu'il est engage.
On conçoit qu'avant d'introduire le premier cahier ,'on a réglé l'écartement des deux cylindres , en tournant plus ou moins la manivelle h, et que cet écartement varie selon l'épaisseur à laquelle on veut réduire le papier.
Aussitôt que l'ouvrier X a introduit le premier cahier , il en engage un second sur la gauche , puis un troisième , etc., toujours en continuant sur la gauche, jusqu'à ce qu'il a parcouru et couvert tout le cylindre. Alors le premier cahier qu'il avait introduit est tombé du côté de l'ouvrier Y, dont nous allons bientôt nous occuper. L'ouvrier X continue toujours de même jusqu'à ce qu'il a terminé ce volume, puis il en commence un autre, et continue toujours de même.
Pendant ce temps le petit ouvrier Y ramasse les cahiers au fur et à mesure qu'ils tombent sur la table, et les entasse dans le même ordre , c'est-à-dire en renversant les cahiers sens dessus dessous , afin qu'ils soient dans l'ordre naturel lorsqu'on les retourne. Il sépare les volumes et les pose sur une table à côté de lui.
La gravure de la fig. 418 a été faite sur un dessin venu de Londres , et avant que nous n'eussions pu voir la machine exécutée. Actuellement que nous l'avons vue travailler, nous pouvons rectifier les dispositions des deux roues et des deux pignons dont nous allons donner les nombres.
La roue r a soixante-douze dents , et pendant qu'elle fait un tour,
Le pignon g, qui a douze dents , fait six tours,
Le pignon g, porte la roue p, qui a quatre-vingt-dix dents, laquelle engrène dans le pignon n, de dix-huit dents, auquel elle fait faire par conséquent cinq tours. Ainsi cinq tours de manivelle font faire un tour à la rouep, mais cha-
3ue tour de la roue p fait faire, par le pignon g, de douze enls, six tour? à la rouer, et ceUe dernière roue, de même
GRÉQUER. 51
que le cylindre b\ fait un tour par chaque trente tours de manivelle.
Cette mécanique travaille avec beaucoup de célérité et de perfection , à Paris. Un autre modèle de cette machine se trouve pi 3, flg. 92 bis.
Les ouvriers battent deux exemplaires par heure , et la machine en lamine quatorze. Le batteur est payé à raison de 3 francs 25 centimes par jour, et la mécanique emploie trois personnes qui coûtent ensemble 4 francs 50 centimes. Il résulte de laque la mécanique fait pour 4 francs 50 centimes , l'ouvrage qui nécessiterait sept ouvriers coûtant ensemble 22 francs 75 centimes ; elle procure donc chaque jour un bénéfice de 48 francs 25 centimes.
§ IV. Pose des planches et des gravures.
M. Mairet veut que Ton place les planches et gravures avant que le livre soit battu; c'est un procédé vicieux dont M. Lesné fait justice en prouvant que t malgré l'intercalation du papier Joseph , les planches et gravures sont toujours gâtées par cette opération , et qu'un retard de vingtquatre heures ne suffit pas toujours à empêcher la colle de s'étendre sur les marges , à prévenir Taction du marteau qui coupe ou froisse du moins les parties humides..
D'ailleurs, pour disposer les gravures et cartons à être mis dans le volume , on commence par les couper en dos et en tête afin de les faire aller avec la justification de la page à laquelle ils doivent faire face ; puis on encolle derrière la gravure, excepté lorsqu'on agit avant le battage, et quand la gravure regarde la première ou la dernière page d'un cahier : alors on la colle sur le devant pour éviter qu'elle ne soit souillée en battant le livre , ce qui est encore une crainte et une sujétion.
§ V. Gréqu&r.
Grêquer un volume , c'est faire des entailles sur son dos, afin d'y loger la ficelle qui doit servir à soutenir la couture, et qu'on ne veut pas laisser paraître sur le dos. Pour cela on prend deux ais semblables aux membrures dont on se sert pour endosser, et qui sont plus épais sur un côté que sur 1 autre. Après avoir bien secoué le volume par le dos et
W& CDUDRE.
par le haut, afin que les cahiers soient parfaitement égaux, on le place entre les deux ais , en laissant dépasser le dos de deux à trois lignes, on met le tout à la presse et Ton serre légèrement ; comme les ais sont plus épais du côté du dos que du côté de la tranche , ils serrent davantage le dos et le tiennent plus assujéti. Ensuite avec une scie à main plus ou moins épaisse , selon la grosseur de la ficelle qu'on veut employer, et qui dépend de la grandeur du volume , on fait des entailles d'une profondeur égale au diamètre de la ficelle. On donne autant de coups de scie , également espacés entre eux , qu'on veut mettre de ficelles. Au-dessus de la première grèque et au-dessous de la dernière, on donne un léger coup de scie pour loger la chaînette. Il est important que l'ouvrier dirige la scie toujours bien parallèlement à la surface de la presse; sans cette précaution les entailles seraient plus profondes d'un côté du dos que de l'autre,, et la grèque serait mal faite : la licelle se cacherait plus d'un côté que de l'autre.
Ou ne doit gréquer que très peu , et pas du tout si c'était possible. Il est presque indispensable que la gréqure ne paraisse pas en dedans du volume, et cependant elle ôte de sa solidité. Nous donnerons un moyen pour supprimer la gréqure.
Ce qui contribue à perpétuer une méthode si nuisible, c'est la facilité que l'on y trouve pour coudre les livres. Effectivement les trous pour passer l'aiguille sont tout faits, et si une ouvrière peut coudre 300 cahiers non gréqués, en les enlignant et en les cousant tout du long, elle peut en coudre 1500 en cousant à deux ou trois cahiers , et en sautant un nerf ta chaque passe , comme le font la plupart des femmes , malgré les recommandations qu'on leur adresse à cet égard. La gréqure , ainsi manœuvrée , diminue doncla main-d'œuvre des quatre cinquièmes.
§ VI. Coudre.
Quand le volume est gréqué, on prépare les onglets ou sauve- gardes. On appelle ainsi deux bandes de papier blanc, de la longueur du volume, pliées par le milieu et cousues dans le pli. Elles servent à garantir les gardes pendant le travail ; on les enlève quand le volume est presque terminé **