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une étendue de 5 centimètres tout autour plus grande que celle du volume tout ouvert.
La basane et le veau sont les deux sortes de peaux qu'on doit faire tremper avant de les couper. On les fait tremper pendant un quart-d'heure au plus dans de l'eau bien claire; onlesretirede Feau et on les plie en deux, fleur contre {leur, afin qu'elles ne se salissent point. Dans cet état, on tord la peau pour en exprimer l'eau', et on la serre bien ; puis on l'étend sur une table bien propre, la fleur en dessus, et par conséquent la chair touche la table. On tire bien la peau dans tous les sens , afin de l'étendre et d'effacer les plis : on peut alors couper les morceaux. Lorsqu'on mouille une peau de veau qui doit rester fauve ou d'une couleur unie, on la coupe d'abord sèche, et on la passe rapidement dans un plat avec de l'eau bien claire , on là plie en deux , fleur contre fleur, on ne la tord pas. Depuis que l'on déraie les peaux , c'est-à-dire, qu'on les amincit chez les corroyeurs, de manière à les livrer bien étendues, on a presque perdu l'usage de les mouiller avant de les tailler, ce qui, en brunissant la couleur de la peau, empêche d'en apercevoir les défauts. On doit employer ces peaux le plus promptement possible, et surtout, pour éviter les taches, éloigner d'elles tous les objets en fer, qui les rendraient défectueuses.
Le maroquin et le mouton maroquiné ne se trempent pas', on détruirait le grain, et ils se tacheraient.
Les peaux préparées pour la reliure sont apprêtées exprès; elles sont minces et d'égale épaisseur partout; elles sont dérayées, comme disent les ouvriers. Si l'on a des patrons, on les présente sur la peau , et on les tourne dans tous les sens pour en tirer le plus grand nombre de morceaux, soit pour le môme format , soit pour des formats plus petits; et l'on met tout à profit de cette manière , soit pour les dos de demi-reliure , soit pour les coins. Lorsqu'on n'a pas de patron, on prend le livre par la gouttière, on laisse tomber les cartons sur la peau, en appuyant le dos, et avec un couteau de bois on marque tout autour sur la peau, à un pouce de distance du livre : on coupe selon cette marque. On plie chaque morceau en deux, fleur contre fleur, afin qu'ils conservent leur humidité, et on les entasse les uns sur les autres pour les parer ensemble.
Le maroquin ne doit pas être mouillé avant de le parer;
TARER LES PEAUX. 9t>,
on l'étend bien, la fleur en dessus; on ne marque pas le. maroquin avec le plioir, on le marque avec de la craie, pour le couper à ces marques. Pour le parer on mouille les bouts des doigts avec de la salive, et Ton roule les bords eu les prenant successivement du côté de la chair, afin de les ramollir : alors le couteau à parer prend beaucoup mieux.
Pour parer les peaux , on a une pierre de liais très fine , de 40 centimètres de long' sur 27 de large, et 10 d'épaisseur, que l'on imbibe d'huile à plusieurs reprises, jusqu'à ce que la surface soit bien douce , et qu'il n'y ait aucun grain qui puisse arrêter le couteau à parer : on la laisse sécher ensuite; lorsqu'elle est parfaitement sèche et qu'elle ne graisse plus, on peut s'en servir. Le couteau est une lame d'acier , plate, de 6 centimètres de large , 17 à 22 centimètres de long; elle est enveloppée d'une pièce de cuir, et emmanchée dans un manche de bois de 14 centini. de long. Cette lame se termine en un tranchant un peu arrondi; elle doit être bien affilée, et pour entretenir ce tranchant, les ouvriers la passent de temps en temps sur leur pierre. Leur, but en. la passant sur la pierre, n'est pas tant de Faffiler, que de faire passer le morfil de l'acier du côté de la lame qui touche le cuir, et qui la fait mordre davantage. Par le travail, ce morfil se rejette en dessus , et en le passant sur la^ pierre , on le fait revenir en dessous; ce qui le fait mieux couper.
On étend la peau sur le bord de la pierre , du côté de la fleur, et avec ce couteau on enlève de l'épaisseur de la peau, du côté de la chair, en mourant et en prenant un peu diagonalement à partir de 5 à 5 centimètres du bord , et en allant en mourant jusqu'au bord. Il faut avoir soin de tenir bien en respect la peau de la main gauche, et de ne pas élever ou trop abaisser la main droite qui tient le couteau à parer. Si la main était trop élevée , on couperait la peau avant d'être arrivé au bord ; si elle était trop abaissée, il ne couperait pas : il faut un juste milieu; et l'habitude rend bientôt maître.
Toutes les peaux se parent de la même manière : on les
flic en deux au fur et à mesure qu'on les pare, comme nous avons dit plus haut, et on les entasse afin qu'elles conservent leur humidité.
Le maroquin est un peu plus difficile à parer, parce qu'il.
n'est pas mouillé , et il demande une main pki9 exercée. Il est quelquefois si coriace sur les bords , qu'on est obligé , pour le parer, de le mouiller légèrement avec une ëponge humide. Alors, en agissant avec précaution, il n'y a plus de . ces duretés que les relieurs attribuent à tort au cylindre. Le but de la parure consiste à amincir la peau en partant d'environ 4 centimètres du bord , et réduisant insensiblement l'épaisseur, jusqu'à ce qu'il ne reste que l'épidémie sur le bord , et à avoir l'attention que chaque coup de couteau enlève une partie égale de la peau, afin qu'elle ne présente ni des creux ni des bosses. Il faut avoir bien soin de nettoyer de temps en temps la pierre et la peau, de manière qu'il ne s'introduise entre les deux quelques corps étrangers, ou quelques parties de déchets qui faisant paraître la peau plus épaisse en apparence sur ces places , rendraient l'opération défectueuse.
§ XVIII. Coller la couverture.
Quelle que soit la substance ou l'étoffe dont on veut couvrir un volume, les manipulations sont les mêmes : il s'agit de coller cette étoffe avec de la colle de farine et d'employer les mêmes procédés. Il n'y a de différence que dans les précautions à prendre pour ne pas faire des taches sur les étoffes précieuses et qui se salissent ou se ternissent facilement, telles que le maroquin, le mouton maroquiné, la moire, le satin, le papier maroquiné ou d'une couleur unie et délicate. Nous aurons soin d'expliquer ces différences.
Si les peaux qu'on a parées sont de la basanne ou du veau, on étend bien la peau sur un carton; et on la trempe avec de la colle du côté de la chair, qui doit être appliqué sur le carton. On prend pour cela un gros pinceau bien i imbibé de colle ; on a soin de la bien distribuer également sur toute la surface, et qu'il n'y en ait pas trop. On enlève i ensuite le carton, et Ton étend la peau sur la table, oui mieux sur un autre carton sec. On place la carte sur le mi- • lieu de la peau , si elle n'a pas été déjà collée sur le dos, comme nous l'avons dit, et l'on passe un peu de colle sur le bord du mors du volume, des deux côtés, afin que la carte se colle dans ces deux parties. On pose le volume, la tête en
COLLEE LA COUVERTUBE. 101
haut , à côté de la carte, après avoir mis les châsses bien égales •, on retrousse la peau et la carte sur le dos et le restant de la peau sur l'autre carton, en ayant soin de ne pas . déranger les châsses.
Dans le cas où Ton apercevrait un défaut dans la peau, on a dû éviter d'employer cette partie de la peau, mais si cela n'était pas possible, ou que l'accident fûtarrivé depuis qu'elle a été taillée, le bon goût indique assez qu'on ne doit pas la laisser servir, à moins qu'on ne pût parvenir à le masquer tellement bien qu'on ne pût pas l'apercevoir. Par exemple, si ce défaut se rencontrait sur le dos, il faudrait tourner la peau de manière qu'il pût se rencontrer sous la pièce du titre qui le couvrirait parfaitement, soit sur une autre place où l'on mettrait beaucoup de dorure qui le masquerait. S'il devait se rencontrer sur le plat, ce qui serait toujours très vilain, il faudrait au moins tourner la peau de manière à placer ce défaut sur la surface de derrière, et tâcber de le cacher, autant que possible, par de la dorure, ou du moins par de la gaufrure. Le bon goût du relieur doit présider à tout cela, et il ferait mieux d'en faire le sacrifice en l'employant pour les dos des demi-reliures.
En prenant ces précautions, on voit que les châsses sontâ la hauteur des trancheliles et ne les excèdent pas, ce qu'on appelle arranger les châsses droit à la tranchefile. On s'aperçoit que la peau dépasse de 3 centimètres environ tout le tour du volume.
Tout étant ainsi disposé, on place le livre en travers devant soi, posé sur les cartons de la gouttière, le dos en haut, après avoir retiré çàet là la peau qui dépasseles cartons. On prend le livre des deux mains, et à pleines mains, et l'on appuie avec force pour tendre bien la peau sur le dos. On tire fortement la peau avec dcuyi mains, afin de la tendre parfaitement et sans plis.
Lorsque la peau est bien tendue sur le dos, on pose le livre aplat sur la table, la gouttière vers soi, on tire la peau avec force, et, avec le plat de la main, on la fait bien appliquer sur le carton; on tourne le dos vers soi, et, à l'aide d'un plioirbien uni, on frotte sur la peau, dans tous les sens, pour effacer les rides et les plis, et afin d'abattre le grain. On retourne le livre, toujours la gouttière de.
vaut soi, et l'on opère sur ce côté comme on Ta fait sut le premier.
Ou ne saurait trop bien tirer la peau sur le dos et sur les cartons du volume. Cette opération est indispensable pour que la peau s'applique exactement tant sur le dos que sur les plats du livre, et qu'il n'y reste aucun pli, et en même temps pour amener vers la gouttière l'excédant de la colle qui peut s'y trouver. L'on pourra^ avec quelque raison, craindre qu'en tirant de toute sa force et à poignées de mains, une couverture sur un volume, par des efforts qui agissent principalement sur le dos, les mors ne se t-rouvent tellement gênés, qu'ils ne puissent ensuite s'ouvrir qu'avec peine, ou bien qu'ils ne soient dans le cas de casser dans la charnière ; l'expérience prouve qu'on doit être sans inquiétude. Le relieur ne trouve pas la main d'une femme assez forte, à moins que ce ne soit pour de très petiîs formats. Il ne s'agit ici que de tendre parfaitement la peau , et toutes les précautions ont été prises, comme on Ta vu aux § IX et X, pour serrer les cartons, contre les mors, de la quantité nécessaire pour ne rien gêner. Les ficelles sont assez fortes pour soutenir l'effort , et la couverture conserve l'élasticité sufiisante pour se prêter à tous les mouvements. La couverture ne saurait être jamais trop tendue. On enlève légèrement avec le doigt la colle qui se présente au bord du carton , et l'on tourne le volume la queue vers soi ; on ouvre la couverture, et avec le pouce de la main gauche et le plioir de la droite , on rabat la peau qui dépasse sur le dedans du carton le long de la gouttière , en la tendant toujours et empêchant toute espèce de pli. On passe le plioir sur la tranche du carton, afin d'en rendre les angles bien vifs. On en fait autant de l'autre côté en retournant le volume.
Il arrive souvent que, malgré tous les soins possibles, la peau, et surtout le maroquin, se ride sur le long des mors, auprès des nerfs : aussi, les bons ouvriers mettent-ils des nerfs très minces, surtout pour les petits formats.
Lorsque les deux côtés de la gouttière sont bien couverts, on s'occupe de rabattre de même la peau sur les cartons en tète et en queue, et de faire la coiffe. Pour cela, on prend le volume par la gouttière; on pose le dos du livre ùiv le bout de la table, en laissant tomber dessus les deux
COLLER LA COLVLÎiTL'RE. 103
cartons, le livre un peu incliné du haut en bas, et l'angle inférieur de la gouttière appuyé contre le bas de l'estomac, où il est tenu solidement dans une situation verticale. Alors les deux mains du relieur étant libres, il appuie légèrement sur la tête, en décolle un peu la carte, qu'il pousse» en arrière, afin d'obtenir la place nécessaire pour remployer la peau devant la tranchefile et sur les cartons. Ce pli se fait selon la ligne droite que présente l'extrémité des deux cartons, en ayant toujours soin de tenir la peau avec les pouces , de manière à ce qu'il ne se fasse ni rides ni plis, et que la coiffe, qui est l'extrémité du dos qui recouvre la trancheiile, la déborde un peu. Alors on abat le volume sur la table, on l'y fait reposer par le dos, en le tenant par la gouttière, les cartons libres : ceux-ci tombent à droite et à gauche; on achève de coller la peau sur les deux cartons, en se servant du plioir, et avec les précautions que nous avons indiquées pour la coller du côté de la gouttière. 11 ne restera plus que les angles à coller, ce qui se fera dans un instant. On retourne le volume de haut en bas, et l'on colle la peau de ce côté, comme on vient de le faire du côté de la tète.
Le relieur soigneux apporte une grande attention à coiffer ses livres, parce qu'il sait que c'est par là qu'ils commencent à se détériorer. Les coiffes cks anciennes reliures dépassaient presque toujours les cartons, et cela nuisait à leur conservation dans les bibliothèques.
Avant d'aller plus loin , nous avons quelques observations importantes à faire, i ° Si l'on s'aperçoit, en iabaftant la peau sur la carte pour faire la coiffe , que celle-ci ne formerait pas une assez grande épaisseur, alors on introduit sous la peau, avant de la rabattre, un petit morceau de peau mince ou un morceau de papier, après l'avoir collé sur ses deux surfaces, ce qui donne l'épaisseur convenable.
i2° Si la couverture est en maroquin, en mouton inaroquiné, en soie, etc., qui par leur nature exigent la plus grande propreté, pourrie pas les'tacher, ou pour ne pas altérer leurs formes, on" ne les tire pas avec toute la force que nous avons prescrite pour la basane et le veau ordinaire. On se contente de bien appliquer la couverture en serrant a\cc le pouce et le. restant de la main, en même temps sur
les deux faces du livre auprès du dos ; il faut surtout avoir les mains très propres, un tablier blanc, et travailler sur une table couverte d'une serviette*proprc pliée en deux ou en quatre. Le maroquin exige surtout de grandes précautions, ainsi que les peaux maroquinées,afmde ne pas abattre leur grain ; il faut bien se garder de frotter sur ces peaux avec le plioir, au moins aussi fort que nous l'avons indiqué pour les autres peaux.
5° Lorsqu'il s'agit de faire la coiffeàces couvertures délicates, il y a aussi une précaution importante à prendre. Pour les couvertures ordinaires, nous avons dit d'appuyer le dos du livre sur le bord de la table, qui doit être arrondi , en l'inclinant un peu vers soi, et le tenant par la gouttière avec l'estomac. Ici cela se fait de même, mais pour ne pas s'exposer à tacber le dos, ou pour ne pas y faire des marques qu'on ne pourrait peut-être plus enlever, on prend un morceau de carton de la grandeur du volume fermé ; on le met sur le bord 'de la table, on appuie Je dos dessus, et, en le faisant basculer, on entraîne le carton qui garantit le dos précieux qu'on a l'intention de préserver de tout accident. On ne saurait recommander une trop grande propreté dans ces divers cas.
4° Lorsqu'il s'agit de couvertures précieuses ou délicates, on doit coller sur le carton du papier blanc, afin d'éviter les taches que le carton pourrait communiquer aux couvertures. Les ouvriers appellent cela blanchir le carton.
5° Avant de couvrir un volume doré sur tranche, on enveloppe les trois parties de la tranche avec du papier bien propre dont on colle les extrémités l'une sur l'autre légèrement, afin de ne pas dégrader la dorure dans les opérations subséquentes, ou lui faire perdre sa fraîcheur. On enlève ces papiers lorsque la reliure est terminée.
6° Si l'on venait à faire disparaître le grain du maroquin, on pourrait ysuppléer en le pressant sous desais qui seraient gravés exprès, comme pour la gaufrure dont nous parlerons plus bas.
Reprenons actuellement la suite de nos opérations.
Coller les angles.
On ouvre le volume, on redresse les peaux qui , dans les diverses opérations qui viennent d'être décrites, se sont cou-
COLLEB LA COUVERTURE. i 05
chées l'une sur l'autre du côté des angles. On les relève dans une position à peu près perpendiculaire4 au carton; on les pince entre le pouce et l'index, comme si Ton voulait les coller l'une sur l'autre, alors, avec des ciseaux, on les coupe en biais jusque tout auprès de la pointe de l'angle du coin, et Ton ne laisse que ce qui est nécessaire pour que les peaux se recouvrent sans laisser voir le carton. Après cette préparation on met, avec le bout du doigt, un peu de colle sur les peaux et sur le carton, et on les applique l'une sur l'autre en appuyant avec l'ongle des deux pouces, pour faire passer sans laisser d'épaisseur, la peau des bords des côtés, sous celle de devant, ensuite avec le plioir, afin d'éviter tous les plis.
Les angles en parchemin que l'on place avant de coller la couverture, ainsi que nous l'avons dit page 96, se collent de la même manière que nous venons de l'indiquer.
On passe le plioir fortement dans les mors , afin de faire bien coller la couverture dans cette partie, pour les bien arranger et les rendre parfaitement uniformes.
Achever la coiffe.
La coiffe est une des parties les plus importantes du volume; on doit la rendre le plus solide possible. C'est par la coiffe qu'on prend le volume pour le sortir de la bibliothèque ; l'on court le risque de la déchirer, si elle ne présente pas une grande solidité, et le volume perd toute sa grâce.
Pour terminer la coiffe, on prend un petit plioir en os dont le bout est bien arrondi, quoique un peu pointu, et ne présente aucune partie tranchante. On enfonce la pointe du plioir dans les angles du dos auprès de la tranchefile , afin de bien appliquer les peaux l'une sur l'autre. On appuie fortement avec le même plioir sur les angles du carton qu'on a coupés auprès du dos, et qu'on nomme mors du carton, afin d'y faire bien appliquer la peau dans tous les sens. On rabat ensuite la peau sur la tranchefile, en frappant doucement dessus avec le plat du plioir incliné vers soi, ce qui s'appelle coiffer la tranchefile. Cette dernière opération, qui peut se faire comme nous venons de la décrire, se faisait autrefois de cette manière; mais aujourd'hui elle se fait
iOG COLLER LA COUVLRTl RE.
avec plus de facilité et beaucoup mieux eu s'y prenant comme nous allons l'indiquer.
On prend le volume de la main gauche, on le pose verticalement en travers devant soi, le dos appuyé sur la table : de la main droite on tient le plioir en os, le môme dont on vient de se servir, pourvu qu'il soit bien plat, ou mieux on doit employer une petite règle en buis, de 5 centimètres de large, et de 5 à 7 millimètres d'épaisseur, dont cette petite surface soit bien à angle droit avec sa largeur. On peut encore y suppléer par une équerre dont une des branches repose sur la table, par son épaisseur, et l'autre est bien verticale ; on présente cette branche verticale contre la coiffe, on fait basculer circulairement le volume sur son dos, en appuyant le plioir ou mieux i'équerre contre la peau. Par ce moyen, la coiffe ptend une jolie forme régulière, la trauchefile se trouve bien couverte , et cette opération n'exige que quelques instants pour «rue la coiffe et les cartons ne forment qu'u-ne ligne droite. On en fait autant sur la queue et avec les mêmes précautions.
On place le même plioir sur les bords des cartons, afin qu'ils présentent une face bien carrée, les angles saillants et non arrondis, comme ils le seraient sans cette manipulation.
On place, entre les deux cartons de la couverture et le volume, un morceau de papier qu'on a arraché de la couverture d'une brochure en la débrochant pour la relier. Ce papier, plus épais qu'une feuille simple, garantit le volume de l'humidité. Il ne faut pas perdre de vue que nous avons toujours recommandé que , pendant toutes les opérations qui ont rapporta l'a couverture, l'ouvrier doit porter la plus grande attention à tenir ses deux cartons toujours à la même hauteur l'un de l'autre. Cette manipulation étant des plus importantes , nous y insistons , aiin qu'il ait moins de peine lorsqu'il le vérifiera avant de coiffer son volume.
Aussitôt que le volume est arrivé à ce point, on le meta la presse entre deux 'ais à mettre en presse, afin de bieu marquer le mors. Ces ais sont plus épais d'un côté que de l'autre; on place l'angle du côté épais dans le mors et bien également des deux côtés du volume, de sorte qu'en serrant la pressé, îe volume est seulement comprimé dans ces points ;
collet; la couverture. 107
".ont le reste est libre. Lorsque le mors est bien marqué, ce qui a lieu après quelques minutes, on passe un gros fil qui entoure le volume en passant dans les mors, près du dos, sur la tète et sur la queue, dans les coins de la coiffe ; on arrête ce fil après avoir fait plusieurs tours. Ce fil sert à conserver la forme que Ton a désiré donner aux angles de la coiffe ; on l'ôte de la presse , et on le met en pile pour le faire sécher.
Pour les volumes couverts de maroquin , etc., on les met en presse en sens contraire , la gouttière en dessus , afin que les plats ne touchent pas la presse.
Si le volume est couvert en veau qui doit rester fauve , on frotte toute la couverture avec une légère dissolution d'alun.
Nous devons faire à ce sujet quelques observations. Il faut, pour aluner le veau , se servir d'une éponge fine et pure : il faut traiter ce genre de reliure aver soin. Presque toutes ies reliures en veau des xv* et xvi* siècles étaient fauves. Pasdeloup s'est illustré dans la teinte égale d'un jaune-brun et par fois très foncée qu'il donnait à ses reliures, qui sont, comme on sait , fort recherchées des grands amateurs.
, Oh n'a prodigué le velours et surtout la moire qu'à la fin du xvnic siècle. Ce n'est pas que, bien employée, bien dorée, la moire ne «produise un très joli effet. On double rarement un livre de moire , sans y mettre des charnières (ou mors) pareilles au cuir qui couvre le livre. Lorsqu'ils en sont dépourvus , ces livres restent presque toujours raides dans les mors, parce que, pour être employée proprement , la moire doit être collée sur un papier mince, et que cette double épaisseur de papier et de moire rend les mors un peu grossiers.
Fouetter et défouetter.
Lorsque le volume a été cousu à nerfs , ces nerfs doivent être saillans , et le livre ne peut pas être à dos brisé. Nous avons dit (page 96) qu'on figure des nerfs sur les volumes gréqués à dos brisé ; il est bon pourtant de bien .marquer les nerfs aux uns et aux autres ; c'est ce qu'on appelle fouetter^ c'est-à-dire les lier avec une sorte de petite corde qu'on nomme corde ù fouet. Voici comment on opère.
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On prend deux ais plus longs que le volume ; on place ce volume entre les ais, de manière que ceux-ci débordent la gouttière. On fait une boucle au bout de la ficelle , on enveloppe les bouts des deux ais, et Ton serre fortement ; on fait deux ou trois tours et Ton arrête la ficelle : de là on passe à l'autre bout et l'on enveloppe l'excédant des ais de ce côté avec la même ficelle , en serrant bien et faisant iJeux ou trois tours, et Ton arrête de même : alors, avec le restant de la ficelle , on enveloppe les nerfs en croisant les ficelles. Pour bien concevoir cette opération , supposons , pour exemple , que le dos n'ait que trois nerfs, un vers la queue , un vers la tête et un au milieu. On prend le volume de la main gauche , tournant la queue vers soi , on arrête la ficelle sous les ais près de la queue ; on la fait
Î>asser tout près du premier nerf, en laissant le nerf entre a ficelle et la queue ; on entoure le. volume et l'on ramène la ficelle contre le même nerf. Les deux ficelles bien tendues se trouvent croisées sur le plat du livre , et le nerf est pris entre deux ficelles. De là on passe au second nerf qu'on embrasse par-dessus , puis par-dessous au second tour; on en fait autant au troisième et à tous les autres; enfin , on arrête la ficelle et l'on met le livre à sécher. On conçoit facilement que le nerf est parfaitement détaché et très bien marqué.
Lorsque le volume est bien sec, on détache la ficelle et c'est ce qu'on appelle dé fouetter ou ôter le fouet.
On ne peut pas fouetter les volumes couverts en maroquin, ou en peau, dont la fleur est trop délicate; on risquerait de gâter le grain qui constitue la beauté de ces couvertures. Dans ce cas , on se sert d'une palette à dorer à deux filets, on la fait un peu chauffer , et l'on embrasse le nerf entre ces deux filets , ce qui les détache parfaitement.
Lorsqu'on désire former un double nerf sur le dos du volume, et dans le même cas , on se sert d'une palette à trois filets qu'on applique de même après l'avoir fait un peu chauffer. Aussitôt que le volume a été porté à ce point, et qu'il est aux trois quarts sec, afin qu'il se trouve toujours dégagé dans les mors , on ouvre les cartons , l'un après Tautre, et avec le tranchant du plioir couché sur le carton et sur le mors tout à la fois , on le passe sur l'angle
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du caiton, et Ton examine le mors afin d'y passer de la colle dans le cas où il en manquerait dans ,sa longueur. Il faut bien examiner si le carton touche bien également dans toute sa longueur. On le laisse sécher entièrement dans cette position , les cartons ouverts.
Avant de passer aux manipulations qui vont suivre , il faut avoir soin de placer les pièces blanches, c'est-à-dire des petits morceaux de peau pareille à la couverture, dans les places où il y aurait des trous. On commence par remplir, avec des morceaux de parures collés , tous les creux , de manière qu'ils en soient entièrement remplis , à la même hauteur que la surface de la peau » ensuite on place, pardessus , la pièce blanche , qui doit être parée bien fin et aussi petite qu'il est possible : on la colle.
Si ce n'est qu'une piqûre, on la remplit avec un petit bout de bourre de la peau , prise dans les parures , et cela suflit pour ne pas mettre une pièce blanche , qui est toujours plus grande que le trou de la piqûre.
Ensuite on rabat les plats, c'est-à-dire qu'avec le marteau à battre on aplanit tous les plats de la couverture. Pour cela, on tient le volume de la main gauche , on place un côté de la couverture sur le bord de la pierre, la peau en dessus , et à petits coups de [marteau on frappe régulièrement sur tout le plat , en ayant soin de ne pas toucher au dos , et que les coups de marteau ne s'aperçoivent pas. On en fait autant sur l'autre plat.
Si c'est un volume qui doit rester uni , on ne le bat pas ; on le met à la presse entre deux ais de bois blanc , de carton ou de poirier , et avec ceux-ci il faut redresser les dos , c'est-à-dire, qu'avec un frottoir de buis on frotte sur le dos, après qu'on y a posé dessus un morceau de parchemin, afin que le frottoir n abîme pas la couleur de la peau.
§ XIX. Racinage et marbrure de la couverture.
La couverture d'un volume ne serait pas agréable à la vue si on laissait la peau de sa couleur naturelle , comme le maroquin, le mouton et le papier maroquinés; et même pour ceux-ci , on y place de la dorure pour faire disparaître une trop grande uniformité. Ou fait aujourd'hui de
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