‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 36 sur 70 · PRÉPARATIONS A LA DORURE. Î · texte numérisé non relu

PRÉPARATIONS A LA DORURE. Î

§ XXII. Préparations à la dorure.

Tous les volumes en veau ou en basane , couleur unie , doivent être passés en colle avec une éponge et de la colle de peau , ou mieux, de la colle de parchemin. Sur le veau fauve , ou seulement sur les dos en veau fauve , on passe de l'empois blanc, ou colle d'amidon sans bleu. On laisse sécher et Ton glaire ensuite avec du blanc d'œuf pur , excepté sur le maroquin ou sur le mouton maroquiné, auquel on ajoute de l'eau , un peu moins que son volume.

Qu'il y ait de l'eau ou non dans les blancs d'œufs, on les prépare comme nous l'avons indiqué au n° 17, page 418. On passe le blanc d'œuf sur le dos seulement avec une éponge ; il faut le passer bien uniment et ne laisser ni globules, ni autres corps étrangers. On les glaire ainsi trois fois de suite avant de dorer. On attend que la première couche soit bien sèche pour donner la seconde , et ainsi de suite. On ne doit passer la troisième couche qu'un instant avant de poser l'or. Si Ton a un grand nombre de volumes à dorer , on n'en glaire que six ; on couche l'or sur ces six volumes, on en glaire six autres, on couche For , et ainsi tle suite , de six en six , pendant les chaleurs de l'été. Dans l'hiver ou pendant les temps humides , on en glaire en plus grand nombre, même dès la veille.

Les ouvriers qui prétendent que la grande habitude qu'ils en ont les dispense de tracer les places qui doivent recevoir les palettes qu'on pousse à la place des nerfs, sont dans une grande erreur; il est rare, dans ce cas , que les palettes soient parfaitement horizontales, elles penchent presque toujours à droite ou à gauche , et l'on peut éviter ce désagrément eu prenant quelques précautions que nous allons indiquer. - ,

Nous avons dit, page 456-, qu'un bon relieur deit avoir des patrons pour tous les formats , sur lesquels il remarque Remplacement des six entre nerfs; ce patron , qui est fait avec une carte d'une longueur égale à celle du dos , et d'une largeur double de ce même dos , afin qu'on puisse avec elle bien embrasser le dos , suffira pour marquer les nerfs, si l'on fait au milieu des sept places où doivent se trouver les palettes, une petite fenêtre bien perpendicu-

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laire aux mors, d'une largeur suffisante pour passer le tranchant d'un plioir , et d'une longueur égale à la largeur du dos du volume le plus épais ; alors en plaçant ce patron sur le dos , de manière à pouvoir le tenir ferme d'une main, tandis qu'avec l'autre on fait une marque bien sensible avec le tranchant du plioir , cette marque est suffisamment apparente pour diriger le milieu de la palette , et alors on est assuré qu'elle ne penchera pas. Il n'y a rien de si désagréable à la vue , que lorsque dans un ouvrage qui a plusieurs volumes , placés sur le même rayon d'une bibliothèque , on voit une palette qui monte , l'autre qui descend , ou que dans leur ensemble elles font un zigzag; la beauté d'une reliure exige que dans leur totalité elles décrivent une ligne droite bien parallèle à la tablette; d'ailleurs les mains les plus habiles ne sont pas exemptes de pousser une palette dans une direction concave , de sorte qu'en tournant le volume , après qu'il est doré , la tête vers soi , on s'aperçoit que toutes les palettes sont convexes : une disposition contraire annonce ou la négligence ou l'impéritie de l'ouvrier. En prenant les précautions que nous avons indiquées, on est toujours sûr de pousser le fer bien droit , et toujours à la même hauteur ; ces soins , qui ne sont rien , loin d'alonger l'ouvrage , l'abrègent , puisque les dimensions une fois prises , et les patrons formés , on est dispensé de prendre ses mesures à chaque fois , et ces patrons servent pour toujours et remplissent deux buts : 1° de donner la hauteur des entre-nerfs , 2° l'emplacement des palettes;

On ne glaire que deux fois les plats , les bords et les bordures pour le veau et la basane ; le maroquin , le mouton maroquiné et les papiers ne se glairent partout que deux fois sur les dos. On ne glaire les plats que dans le cas où il y aurait une plaque en or à pousser ; mais si ce n'était qu'un filet ou une roulette on ne glairerait qu'une fois partout , et une deuxième fois tout autour et seulement à l'endroit où l'on devrait pousser le filet ou la roulette.

Lorsque les volumes sont ainsi préparés , on procède à la dorure du dos et de la couverture, ainsi qu'on le verra à la section neuvième , § II.

§ XXIII. Brunir la tranche unie , marbrée ou jaspée. On commence par brunir les volumes par la gouttière ;

BRCMR LÀ TRANCHE. iM

pour cela on prend des ais bien unis , un peu plus longs nue le volume , mais à peu près de la largeur du format. Ces ais sont , dans le sens de leur largeur , beaucoup plus épais d'un côté que de l'autre ; on les nomme ais à brunir. Sur une pressée de dix volumes, on met quatre de ces ais, un à chaque bout ,. et les deux autres disposés entre les volumes. Pour cela on appuie les volumes sur la presse parla gouttière , on place les deux ais intérieurs , et enfin les ais des deux bouts , en ayant soin de mettre leur côté épais vers la gouttière; par ce moyen , en serrant toute la pile dans la presse , les gouttières sont plus serrées que le reste du volume.

L'ouvrier placé au bout, de la presse met les livres de son côté , et les élève de ce même côté plus que de l'autre, de manière que les volumes sont dans un sens incliné. Il serre fortement la presse ; alors , avec une dent à brunir d'agate ou de caillou très dur, en forme de dent de loup, et d'une grosseur proportionnée à la tranche , il brunit avec soin de la manière suivante : il saisit à deux mains le long manch a de cet instrument , dont il appuie le bout sur son épaule, et il presse fortement ce brunissoir partout sur la gouttière de chaque volume, en évitant de faire des ondes, et ayant bien soin de ne pas laisser des places sur lesquelles il n'aurait pas travaillé, et qui ne seraient pas brunies.

Lorsque la gouttière est terminée d'une manière satisfaisante , il dépresse et enlève le paquet dé volumes ; il ôte les ais, et en prend d'autres qui sont, comme les premiers, plus épais d'un côté que de l'autre , mais dans le sens inverse; c'est-à-dire que, dans le sens de leur longueur, ils sont plus épais d'un bout que de l'autre ; ceux-ci servent pour brunir la tête et la queue. Dans cette opération, on emploie un plus grand nombre d'ais que pour la gouttière; on en met six , dont un à chaque extrémité , et les quatre autres divisés entre les volumes, à volonté. On les place en presse comme dans le premier cas , et , avec le même soin on brunit la tête. Cette première opération terminée , on dépresse , on change les ais de place pour brunir la queue , et l'on emploie les mêmes précautions pour ne pas faire des ondes, et ne pas laisser des places qui n'aient pas été brunies.

Pour la demi-reliure , on brunit la tranche avant d'avoir

couvert les carions en papier , parce que le papier n'a pas assez de consistance pour pouvoir résister, sans danger de se déchirer. ou de se ternir, à toutes les opérations qui suivent celle de là couverture en peau.

Les volumes couverts en basané ou en veau doivent être traités avec précaution ; ces peaux peuvent s'écorcher ou sfr déchirer, et si Ton n'y porte pas continuellement beaucoup d'attention, on peut être dupe de sa négligence ou de son peu de soin. La dent à brunir , quoique très dure , puisqu'elle est d'agate, peut s'écailler par un choc , on en torrïbant; d'ailleurs, elle s'use à la longue et devient tranchante ; si on s'en servait sans l'avoir regardée , elle gâterait tout Touvrage.

Il est toujours très avantageux de brunir les volumes avant de les couvrir.

Si un volume était trop mince pour qu'on pût le brunir, ainsi que nous venons de l'indiquer, il faudrait ouvrir les cartons et placer les ais sur les gardes ; alors on les brunira sans difficulté, et avec la même facilité qu'un gros volume. On verra p. 404, que le papier ne se colle que lorsque levolume est presque terminé.

§ XXIV. Coller la garde.

L'ouvrier pose le rolume sur la table, le dos tourne "fcers lui ; il ouvre la couverture qu'il fait tomber de son côté. Alors il fend avec les doigts la fausse garde ou l'onglet par le milieu de salongueur , et déchire à dro.ite et à gauche ; et si l'onglet a été cousu , il enlève le fil qui fe tenait et qui pourrait le gêner dans le mors. Il fait pirouetter le volume sur lui-même et place la queue devant lui, îa couverture toujours rabattue sur la table; dans cette position , avec le plioir il nettoie le carton sur le bord du mors et sur le plat , afin d'en enlever toutes les ordures et les aspérités qui, enfermées ensuite sous la garde, dépareraient l'ouvrage lorsqu'il serait terminé ; ensuite il fait cambrer le carton en forme de gouttière , en dedans , avant de coller la garde, et il laisse sécher dans cette position , afin que le carton conserve cette cambrure qui fait que le volume parait parfaitement clos lorsqu'il est fermé.

Pour les volumes ordinaires, il trempe la garde avec de

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la colle (Je farine ; mais pour le papier satiné, la soie, ou le papier qui pourrait perdre de son lustre, on doit employer une colle plus blanche et qui sèche plus vite. Dans ce cas , Qn se sert ou de la gomme arabique bien blanche , bien mondée , dissoute dans l'eau tiède , ou mieux de l'empois bien blanc que Ton fait très fort.

On prend de l'amidon bien blanc qu'on délaie à froid dans de Teau pure, en ayant bien soin qu'il ne s'y fasse pas de grumeaux; on met sur le feu et l'on fait bouillir; on remue continuellement, afin que l'amidon ne se grumelle pas , et l'on laisse bouillir jusqu'à ce que l'empois ait pris la consistance qu'on désire , il s'épaissit en se refroidissant. Si on l'avait fait trop consistant, on y ajouterait de l'eau bouillante petit à petit en remuant toujours. Lorsque cet empois a une consistance suffisante , il sèche de suite et ne tache pas.

On passe l'une ou l'autre de ces colles avec le pinceau , en commençant par le mors , vers le milieu du volume , et en allant vers les bords de la feuille tout le tour. Si l'on ne prenait cette précaution , on courrait la risque de mettre 4e la colle sur la tranche du livre , et l'on collerait les feuilles entrée elles , ce qu'il faut surtout éviter et qu'on évite toujours , en plaçant sous la garde qu'on veut enduire de colle, un papier plus grand que le volume; par ce moyen, la colle ne peut pas atteindre la tranche.

La garde ayant été ainsi bien trempée sur tonte sa surface, on laisse tomber la couverture dessus, elle saisit la garde et l'entraîne avec elle lorsqu'on ouvre de suite la couverture qu'on laisse tomber sur la table. Dans cette position, avec l'index de la main droite, on fait descendre 1$ garde pour la placer bien carrément dans le mors, et de la main gauche posée à plat sur la couverture , on étend doucement la garde, et 1 on fait en sorte qu'elle soit bien tendue et bien unie. On pose une feuille de papier sur le tout , et en pinçant par dessus le bord intérieur du carton avec le pouce et l'index réunis , on donne au mors intérieurement une forme bien carrée. On passe aussi la main à plat sur le papier, et l'on se sert du plioir, si cela est nécessaire , de manière à ce que la garae se trouve bien unie, sans plis et sans grosseurs.

La garde collée sur ce coté <le la couverture, on passe à

l'autre côté. Pour cela on place un ais sur le volume , et laissant ouvert le côté de la couverture sur lequel on vient de travailler, on retourne le livre, et alors il repose sur Tais qu'on appuie contre le mors. L'on opère sur ce côté comme on a opéré sur l'autre.

Il est bon d entrer ici dans quelques détails sur plusieurs circonstances particulières que présentent des ouvrages plus soignés que ceux que nous venons de décrire.

d° Si le volume avait , dans l'intérieur de la couverture, une bordure dorée ou gaufrée , qu'il importe de conserver entièrement à découvert, on doit concevoir qu'en mouillant la garde , le papier s'étend dans tous les sens , de sorte

Sue si on la collait sans précaution , une partie de la borure serait cachée. Pour éviter cet inconvénient, on coupe en tête et en queue une petite bande proportionnée à l'extension que prend le papier , et à la largeur de la bordure. On en ferait autant du côté de la gouttière , si la garde se trouvait trop large et couvrait la bordure.

2° Si le volume avait des charnières en maroquin ou en veau , on se rappellera ce qu'il est dit, page 75, sur la manière de les placer. Nous avons fait observer que cette bande, qui doit former la charnière , est pliée en deux dans sa longueur, qu'une partie est d'abord collée sur la garde , et qu'on se réserve de coller l'autre moitié sur le carton après que le volume aura été couvert. C'est ici le moment de terminer cette opération. On doit d'abord couper et parer les deux angles de cette bande , afin qu'ils forment l'angle d'un cadre. Cette opération doit se faire avant que de dorer la bordure , puisque cette partie de la charnière qui forme l'encadrement doit être dorée , mais il faut cependant faire attention qu'on doit laisser assez de peau pour couvrir parfaitement et carrément toute l'épaisseur du carton qui forme le mors. Il faut donc , en coupant ces coins , ne pas aller jusqu'au pli de la peau , mais en laisser une quantité suffisante pour que , lorsque la garde sera collée , on ne puisse pas s'apercevoir que les angles ont été coupés. On pare d'abord le bord de ces deux coupures sur un petit ais ou sur un morceau d'ivoire que l'on passe par-dessous : ensuite on colle cette demi-charnière sur le mors et sur le carton, avec les précautions que nous avons indiquées , en mouillant la peau avec de la colle de farine, a l'aide d'un

petit pinceau, et en se servant pour la bien appliquer , du pouce , de l'index et du plioir.

La charnière ainsi collée, on colle la garde bien proprement avec de la gomineou de l'empois bien blanc et très fort, qui sèchent très vite1, et n'altèrent ni la soie, ni le papier précieux dont on veut former la garde.

3° Il faut faire attention que dans le cas où l'on met une charnière en peau, cette charnière doit être vue et ne peut être couverte ni par la soie ni par le papier, quelque précieux qu'il soit; que, par conséquent, la garde ne peut être d'une seule pièce, comme dans les ouvrages ordinaires; qu'elle doit être de deux pièces, l'une qui sera collée sur le côte du volume, et l'autre sur le carton de la couverture. Il est d'usage aussi de les orner d'un cadre doré, et il est nécessaire de faire subir aux gardes de soie une préparation avant de les faire dorer. Cette préparation consiste à coller la soie sur un papier lin, dans la vue de donner de la consistance au tissu et de l'empêcher de se défiler. | Pour y parvenir, on coupe les gardes à peu près de la grandeur convenable, les laissant de quelques millimètres plus grandes tout autour qu'elles ne doivent être; on a un carton blanc ou propre ; on encolle, avec de l'empois blanc, un papier fin ; on pose l'envers de l'étoffe de soie dessus; on retourne le tout , en observant que le papier qu'on vient d'encoller dépasse de 3 centimètres tout autour l'étoffe de soie. On applique le tout sur le carton, et afin de bien tendre l'étoffe de soie et le papier, on étend par dessus une feuille de papier blanc et sec , sur laquelle on promène la main bien ouverte, et en appuyant un peu on (finit par étendre parfaitement l'étoffe.

Un seul pli dans le papier ou dans la soie, ou une seule place qui n'aurait pas été bien encollée, produiraient des effets très désagréables à la vue. Si l'étoffe de soie était destinée à un in-4° ou à un in-folio, un ouvrier seul ne réussirait pas à la bien placer sur la feuille mouillée , il doit se faire aider par un autre ouvrier. L'un tient, à une certaine hauteur, l'étoffe avec les deux mains, pendant que l'autre pose et fixe l'autre bout; et au fur et à mesure qu'il appuie les doigts sur l'étoffe, l'autre obéit insensiblement en laissant descendre successivement l'autre bout, jusqu'à ce que le tout soit bien placé. On met dessus une feuille de carton et on relieur. 13

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laisse bien sécher soit à la presse, soit sous ia pression cTun poids suffisant.

Lorsque le tout est bien see, à Taide d'une règle en acier bien droite, d'une bonne équerre, et de l'angle arrondi du couteau à parer, on coupe bien carrément les deux demigardes, l'une selon la dimension que présente le cadre du carton, et l'autre selon la dimension du volume. Aussitôt que le carton de la garde est coupé, le papier sur lequel reposait la soie, et qui n'a pas été collé , se détache , et l'on voit la soie à découvert. C'est alors que le doreur la prend et la dore, comme nous l'indiquerons à la section de la Dorure, mais après leur avoir fait encore subir une opération que nous allons indiquer.

C'est alors seulement, lorsque les gardes sont dorées,, qu'on les colle sur le volume.

On pourrait, à la rigueur, coller la garde de soie sur le côté du volume avant de le rogner, et sur le carton, avant de dorer le dos et la couverture, comme cela s'est pratiqué pendant longtemps ; mais les bons ouvriers ont été obligés d'y renoncer, et d'adopter le procédé que nous indiquons et que nous conseillons d'après l'expérience. Cette manipulation nouvelle met à l'abri de tous les risques qu'on a à courir lorsqu'on opère, d'après l'ancien procédé, tant pour la propreté de l'ouvrage, que pour conserver à la dorure tout son brillant et toute sa fraîcheur.

4° Lorsqu'un volume est couvert en maroquin, en mouton ou en papier maroquiné, on doit, avant de coller la garde, abattre le grain avec le couteau à parer, sur la partie seulement que la garde doit couvrir, afin d'éviter les épaisseurs que le grain formerait dans ces parties.

On doit encore avoir soin de coller une garde en papier blanc collé, de la grandeur de la garde précieuse, et laisser bien sécher. On colle ensuite avec propreté la garde précieuse sur cette garde blanche ; si l'on ne prenait pas cette précaution, il arriverait presque toujours que les acides qui entrent dans la composition du maroquin se déchargeraient sur la belle garde , et formeraient tout autour une tache jaune rougeàtre. Cette tache se porte sur le papier blanc qui, lorsqu'il est collé, la laisse très rarement traverser ; et, par ce moyen, on évite que la garde précieuse soit tachée.

D£ LA POLÎSSl/RE. 14/

Lorsqu'on eollo cette belle garde avec de la colle forte bien consistante, on évite ces taclies.

5° Avant de livrer à la dorure les gardes en soie ou en papier précieux, il est indispensable de leur donner une dernière préparation qui est le glairage. On les glaire comme nous l'avons indiqué pour le maroquin (page 159), avec du blanc* d'œuf pur auquel on ajoute un peu moins que son volume d'eau. On glaire chaque garde une fois en totalité, on laisse parfaitement sécher-, ensuite on glaire seulement à la place où doit se trouver la dorure.

Il est très important de ne négliger aucune des précautions que nous avons indiquées lorsqu'on veut bien opérer, et que Ton est jaloux de la beauté et de la solidité de son ouvrage. Après que le volume est doré en dehors et en dedans de la couverture, ainsi qu'on le verra section neuvième, § II, il ne reste plus qu'à le polir pour le livrer*, c'est ce que nous allons décrire dans le paragraphe suivant.

§ XXIV. De la polissure.

Lorsque le volume est doré dans toutes les parties de sa couverture, et avant de le polir, on doit le mettre en presse entre des ais bien unis et même polis, des ais sont de plusieurs espèces, mais tous de la grandeur du format. Les uns sont en poirier bien dressé; ils sont toujours d'une égale épaisseur sur toute leur étendue. D'autres sont en bon carton, bien laminé pour le rendre plus compacte, dont on colle trois épaisseurs Tune sur l'autre, ce qui en forme des petites planches très solides et bien polies. Enfin on emploie aussi des plaques du meilleur fer-blanc, qu'on désigne sous le nom de fer-blanc anglais, lort et plané d'un côté. Lorsqu'on se sert d'ais en fer-blanc, on les soutient par des ais en bois qui donnent l'épaisseur nécessaire pour que le mors ne soit pas écrasé.

On met les volumes à la presse entre deux ais, on serre fortement, et on les y laisse le plus longtemps possible. Au sortir de la presse, ou les prépare pour la polissure, ainsi que nous allons l'exp^quer.

Si c'est un volume en veau ou en basane, on met un peu de suif sur un tampon en laine, on frotte bien sur toute la surface du plat de la couverture, et non sur le dos, en décrivant de petits ronds. On a pour but, dans cette opération,

de graisser légèrement et uniformément toute la surface, afin de donner au fer'jà polir la facilité de glisser sur la couverture sans effort.

Pour avoir une idée exacte du fer à polir, il faut le considérer comme si on le tenait à la main par son manche en bois, et qu'on le regardât par sa surface inférieure, qui sert à polir, et qu'on met en contact avec la couverture. C'est une barre de 5 centimètres environ de diamètre , et de 55 centimètres de long; au bout et sur la droite est ménagée, à la forge, une saillie représentant la moitié d'une ellipse de 5 centimètres et demi de large pour la partie saillante, et de 11 à 14 centimètres de long. Cette partie saillante est un peu plus minée par son extrémité que par celle qui tient au manche ; elle est limée en un large biseau de 5 centimètres tout autour ; cette partie est très unie et parfaitement lisse.

Pour se servir du fer à polir, on doit le faire chauffer plus ou moins, selon que l'exige la peau sur laquelle on doit travailler. On ne peut donner aucune règle invariable sur la chaleur du fer : l'habitude et le goût de l'ouvrier doivent seuls le guider à cet égard. Nous ne saurions lui recommander assez d'attention dans cette opération délicate et très importante*, il peut gâter tout son ouvrage si le fer est trop chaud, et ne peut pas atteindre le but qu'il se propose s'il ne l'est pas assez.

L'ouvrier commence par polir le dos ; pour cela, il le prend de la main gauche du côté de la gouttière ; il appuie Je volume contre son estomac par la queue , en tenant le fer de la main droite ; il appuie le bout de son manche sur la table contre un point résistant, et fait glisser en appuyant suffisamment la partie polie du fer sur toute la surface du dos, à partir à peu près du milieu de sa longueur jusqu'au liant de la tête. Son but est non seulement de polir cette surface, mais en même temps de faire disparaître les enfoncements formés sur la peau, par les fers de la dorure, et de ramener cette dorure à la surface, ce à quoi il parvient facilement en appuyant plub ou moins ; cependant il en doit appuyer, ni frotter assez fort pour enlf ver l'or.

Lorsque ce côté est terminé , il retourne le volume et opère de la même manière sur l'autre moitié du dos.

L'ouvrier doit faire attention aussi qu'il ne doit passer le

DE LÀ POLÏSSURE. 149

fer à polir que sur les places qu'il veut rendre brillantes; il ne doit absolument pas toucher avec cet instrument les places qu'il a intention de laisser mates.

Avant de polir la couverture sur les plats, il doit bien assujétir son livre sur la table , afin qu'il ne puisse pas glisser par le mouvement qu'il imprime au fer, car dans cette opération il ne tient pas le livre avec les mains. Il commence pas étendre sur la table une couverture de laine, ensuite il assujétit le volume par des ais qu'il couvre de linge afin qu'ils n'endommagent pas la dorure, et il appuie contre ces ais des corps lourds , tels que la pierre à parer, etc.

L'ouvrier place d'abord le livre de manière que la queue est vers lui; ensuite, prenant le manche du fer à polir à deux mains, il en appuie l'extrémité sur son épaule, et présentant la partie inclinée et polie sur le plat de la couverture, il promène le fer en appuyant suffisamment, et en allant du mors vers la gouttière. Lorsqu'il a ainsi parcouru toute la surface, il retourne le livre en plaçant le dos vers lui, et après l'avoir bien calé, comme d'abord, il polit dans un sens qui croise le premier à angles droits ; par ce moyen il parvient facilement à atteindre et à polir les places sur lesquelles il ne serait pas passé dans son opération précédente.

Si la garde est de nature à être polie , on commence par placer le volume en long, devant l'ou^ier, c'est-à-dire la queue vers lui. Il appuie d'abord le fer contre le mors, et il polit cette partie; ensuite, il fait pirouetter le volume, en amenant la gouttière vers lui ; il polit le bord du carton, il le fait pirouetter une seconde fois , il a alors la tête de son côté ; dans cette position, il achève de polir toute la surface intérieure, et il appuie surtout fortement sur les coins, qui sont plus épais; il les rabat ainsi.

Nous n'avons décrit qu'un seul fer à polir, quoiqu'il en existe d'autres que chaque ouvrier emploie selon son génie et son goût. Par exemple, un petit fer cambré et arrondi sur le bout, de sorte qu'il peut être utilisé sur les dos et sur les plats ; ce qui donne beaucoup plus de force, parce qu'on appuie le manche sur l'épaule. En Espagne on emploie un fer qui a la forme d'un béquillon , et l'on s'en sert comme de celui dont nous venons de parler.

150 DU YERNIS.

Le maroquin, le mouton et le papier maroquîné, de même que la soie , ne se polissent pas. On ne doit pas non plus rolirle papier, ni les couvertures gaufrées-, on se contente de les vernir, comme nous allons l'expliquer, après avoir donné la composition du vernis, d'après Tingry ; c'est le meilleur et le plus brillant que nous con^naissions.

Pour les papiers qui sont susceptibles d'être polis, on ne peut bien réussir, et surtout sur les papiers unis, sans avoir préalablement encollé le papier avec une eau de colle bien blancbe et assez forte, et même délayée sans mélange d'eau, si toutefois la couleur du papier peut la soutenir. Dès qu'il est sec, on le glaire comme si le volume était couvert de peau, et l'on obtient un poli superbe. On peut vernir sur ce poli. '

§ XXV. Du vernis.

On met dans un matras à col court , d'une contenance au moins de 5 kilogrammes d'eau, 185 grammes de mastic en larmes, et 92 grammes de sandaraque en poudre fine. Avant de les introduire dans le matras, on les mêle avec 121 grammes de verre blanc grossièrement pilé, dont on aura séparé la portion la plus fine par un tamis de crin croisé; on y ajoute 978 grammes d'alcool pur de 56 à 40° de l'aréomètre de Baume. On place le matras sur une couronne de paille, dans un pîat rempli d'eau, et l'on expose le tout à la chaleur. On a eu soin de préparer un bâton de bois blanc arrondi par le bout, et d^une plus grande longueur que la hauteur du matras, aOn qu'on puisse agiter facilement les substances mises en digestion dans le matras. On soutient l'ébullition de l'eau pendant environ lieux heures.

La première impression de la chaleur tend à réunir les rébines en masse ; on s'oppose à cette réunion en entretenant les matières dans un mouvement de rotation, qu'on opère facilement avec le bâton, sans bouger le matras. -Quand la solution paraît assez étendue, on ajoute 92 grammes de térébenthine , qu'on tient séparément dans une fiole ou dans un pot, et qu'on fait liquéfier en la plongeant un moment dans le bain -marie. On laisse encore ie matras pendant wae demi -heure dons l'eau ; on le retiw

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