ORNEMENTS RAPPORTÉS
d'un tire-ligne et de la bonne encre doublement collée par l'addition d'une suffisante quantité de gomme liquide.
Pour obtenir quelque chose de plus compliqué, de plus riche, et dont le travail paraisse offrir beaucoup plus de difficultés qu'il n'en existe véritablement, on imprime à la presse, ou au balancier, une plaque gravée en relief sur Se plat du volume, et Ton a des emporte-pièces pour découper tous les morceaux que l'on désire placer de différentes couleurs. On les colle et on les dispose avec goût. Une fois sec, on prépare le plat du volume pour la dorure, on le couvre d'or : on fait chauffer légèrement, sur le fourneau, la même plaque dont nous avons parlé, on la pose sur le volume qui est déjà disposé sur la presse, l'on serre, et tous les dessins en relief se trouvent dorés, ce qui encadre parfaitement les pièces rapportées, d'un filet d'or qui couvre les jointures des morceaux et les détache du fond qui est d'une autre couleur.
A l'exposition de 1819, il parut un genre d'ornement sur un volume in-folio, qui attirait les regards de tout le monde. C'était un exemplaire de la Henriade, édition de M: Didot. Le roi en accepta l'hommage. La reliure est sur un veau fauve, orné de peintures exécutées avec une grande perfection. D'un côté, on voit, en miniature, le portrait de Henri IV, et de l'autre, celui de Louis XVIII', très ressemblants. La difficulté consistait dans ces deux portraits; voici comment M. Lunier-Bellier, relieur à Tours, qui avait exécuté cette reliure, s'y était pris. Il fit imprimer les deux portraits sur du papier très humide, comme cela se pratique, et sans attendre que le papier fut desséché, il les porta sur la couverture glairée, il les décalqua facilement à l'aide d'une roulette non gravée, et à froid *, lorsque tout fut parfaitement sec , il fit enluminer avec beaucoup d'art les deux portraits. Quant aux autres peintures, il les fit exécuter à la main. On sent combien de beaux sujets on peut exécuter en employant le même procédé, qu'on peut varier à l'infini.
2° Des pièces de titre.
Sur les veaux unis, à moins que ce ne soit du fauve, sur le maroquin et sur le mouton maroquiné, on met rarement des pièces de titre, quoiqu'on puisse en mettre lorsqu'on le désire.
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Il est important de connaître d'avance la hauteur que doivent avoir les faux-titres pour chaque format , afin de pouvoir couper sans tâtonner des bandes d'où l'on doit tirer pour faire les pièces de titre. Un bon relieur doit avoir pour cela des patrons qu'il a préparés d'avance pour chaque format, et s'il lui en manque pour le format qu'il travaille, il doit être en état d'en former un en suivant des règles de convention invariables. Voici comment il doit s'y prendre.
Il choisit la palette qui doit lui servir pour marquer le nerf-, il la place trois fois de suite à la queue, et il divise le reste du dos en six parties égales. Chacune de ces parties est la hauteur du titre. Une de ces trois palettes qu'il a placées en queue, est rapportée en tête; les six entre-nerfs viennent ensuite, et les deux palettes restent en queue* Il suit de là que le dos doit être divisé en six entre-nerfs ; la tête doit être plus longue d'une palette, et la queue plus longue de deux palettes ; cette règle est générale pour tous, les formats.
On prend une peau de maroquin ou de mouton maro** quiné non cylindrée, c'est-à-dire à grain carré; peu importe la couleur qu'elle ait, c'est au goût du relieur; on la coupe par le milieu de sa longueur, sur une planehe bien, unie de bois de hêtre ; on place ce morceau de peau en travers, on pose dessus une règle en fer, bien droite, et avec l'angle arrondi du couteau à parer, on coupe des bandes d'une largeur égale à la hauteur d'un des six eiw tre-nerfs.
On pare d'abord ces bandes dans toute leur longueur, en les réduisant à presque rien sur les bords. On coupe ensuite chaque pièce de la longueur convenable pour couvrir le dos, et l'on pare de la même manière les bords que l'on vient de couper. On enlève de l'épaisseur de la peau dans le milieu, afin de la rendre le plus mince possible.
La pièce du titre, lorsque le volume n'en a qu'un, doit être de la largeur du second entre-nerf, et doit être collée à cette place.
Lorsque le dos a deux pièces, la seconde s'appelle tilre du tome ; celle-ci doit être collée à la quatrième place, c'est-àdire au quatrième entre-nerf.
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On varie si Ton veut la couleur de ces deux pièces, selon la nécessité ou le goût.
On encolle chaque pièce séparée; on eu encolle plusieurs, les unes après les autres, afin de leur donner le temps cFe bien tremper. On les fixe d'abord sur le dos, a la ptacs qu'elles doivent occuper, avec les deux pouces à la fois, du haut, du bas et dés côtés, et ensuite on y passe dessus uh morceau de papier, et on achève de la fixer en appuyant et en frottant sur le papier avec la paume de la main droite» Sur les volumes auxquels on ne veut pas rapporter des pièces de titre, tels qns Ceux qui sont couverts en veau, ou en basane de couleur, mais auxquels cependant on veut donner une couleur plus foncée aux places qui doivent recevoir les titres ou les tomes; on lé peut facilementen se servant d'une forte dissolution de potasse que Ton prend avec un petit morceau de peau coupé parallèlement, d'une largeur un peu moindre que ne serait la pièce de titre, et d'environ 14 à 17 centimètres de long. Après avoir placé le volume entre deux billots sous la gouttière, on prend la bande de peau, la chair en dehors, avec le pouce et le troisième doigt, l'index entre les deux bouts, et Ton trempe l'endroit du pli dans la potasse. Alors on déploie la bande, on en prend un bout entre le pouce et l'index de chaque main, on l'applique sur le dos à la place, ou aux places qu'on veut foncer , en agitant et en pressant de droite à gauche, afin de faire bien imbiber la .potasse.
Il y acres précautions à prendre pour que la pièce soit bien nette dans tous les sens, car rien ne serait plus laid, que si elle était baveuse.
Si Tonne trouvait pas que le titre fût assez loncé, on pourrait y passer du noir de racinage avec les mêmes précautions.
En remplacement de la potasse et du noir, on peut se servir de l'encre dont nous avons parlé ci-dessus, mais il faut la placer avec un pinceau à plume.
Lorsqu'on ne veut pas coller de titre, mais cependant que l'on veut rendre plus noir l'entrc-nerf qui doit le porter, on passe sur cet entre-nerf de la potasse, que l'on prend avec un morceau de peau, du côté de la chair, et ensuite, avec un autre morceau de peau semblable , on passe par-dessus du noir; cette place devient noire , et les caractères dorés ressortent ensuite parfaitement.