‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 61 sur 70 · TREIZIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TREIZIÈME SECTION

Di:S MOYENS D ENLEVER LES TACHES QU ON RENCONTRE SUR LES PAPIERS, LES LIVRES, LES ESTAMPES, etc.

On rencontre souvent des volumes couverts de certaine? lâches très désagréables, qui fatiguent l'œil de celui qui est jaloux de la propreté , et un relieur ne doit pas ignorer l'art de les faire disparaître, (Test pour prévenir les incoh-

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vénients qui résultent de cette négligence , ou de l'ignorance de qucîques-ur.s d'entre eux, que nous allons leur indiquer les meilleurs moyens pour y parvenir. Il n'y a pas longtemps que nous avions donné quelques volumes précieux à relier à un bon ouvrier de la capitale ; nous lui avions indiqué quelques feuilles tachées d'encre, en lui recommandant de les enlever, et lui offrant de lui indiquer les procédés; il refusa notre offre, en nous disant qu'il connaissait les moyens; cependant il n'en a enlevé aucune,, et ce qui n'eût donné aucune peine pendant que le volume était décousu , va nous en donner beaucoup pour les enlever sans gâter la reliure. Peut-on faire preuve d'une si grande négligence ?

Nous croyons rendre service à nos lecteurs et surtout aux. relieurs , en leur indiquant des procédés simples et de facile exécution pour enlever de dessus les livres , les papiers ou les estampes , des taches qui les déparent , en rendant ait papier sa beauté primitive , dans tous les cas où cela est possible , sans altérer l'écriture dout il est couvert.

La blancheur du papier s'altère de deux manières différentes, ou par la vétusté , surtout lorsqu'il est exposé au grand air et à la poussière , comme les cartes géographiques, qui ne sont pas ordinairement sous verre; ou par des taches d'huile , de graisse ou d'encre. Dans le premier cas , le papier devient roux , il prend une teinte plus ou moins jaunâtre, il est comme enfumé; dans le second cas, tout le monde connaît l'impression désagréable que causent les trois sortes de taches que nous avons signalées.

Nous diviserons cette section en trois paragraphes : dans le premier , nous décrirons les moyens que plusieurs savants eut donnés pour blanchir le papier ; dans le second , nous ferons connaître les procédés qu'on a indiqués pour enlever les taches d'encre , d'huile ou de graisse ; dans le troisième, nous rendrons familières les manipulations que nous avons souvent mises en pratique.

§ Ier. Des moyens de blanchir le papier jauni par la véluslé.

Les papiers écrits sont ou manuscrits ou imprimés : nous ne connaissons aucun moyen assuré pour enlever sur le*

manuscrits la teinte jaunâtre que la vétusté leur communique ; on s'apercevra que les procédés que nous ferons connaître pour nlancliir les papiers imprimés , tendent tous, ou à l'aire disparaître l'encre ordinaire, ou à la dissoudre de manière à former sur le papier des nuances partielles plus désagréables que n'était, avant l'opération , la couleur jaunâtre dont il était teint.

Le seul moyen qui nous a quelquefois réussi , c'est le soufraye. Nous disons quelquefois, car il nous est souvent arrivé , ou qu'il a été impuissant , ou qu'il a affaibli considérablement la teinte de l'encre, quoique nous ayons opéré de la môme manière et avec les mêmes précautions.

Quant au papier blanc ou au papier imprimé, soit livres , estampes ou caries géographiques, le procédé est certain ; il a été donné par M. Cbaptal. Voici comment s'exprime ce savant :

« On commence par découdre les livres et les mettre en feuilles; on place ces feuilles dans des cases qu'on a pratiquées dans un baquet de plomb, avec des liteaux très minces , à tel point que les feuilles posées à plat ne soient séparées l'une de l'autre que par des intervalles à peine sensibles; on verse ensuite de l'acide muriatique oxigéné {chlore) en le faisant tomber sur les parois du baquet, pour que les feuilles ne soient pas dérangées \ et lorsque l'opération est faîte, ou soutire l'acide par un robinet placé dans le fond du baquet; Ton remplace cette liqueur par de l'eau fraîche qu'on renouvelle à plusieurs reprises, pour laver le papier et le priver de l'ooeur de l'acide ; on le met ensuite sécber , on le satine et on le relie. J'ai rétabli , continue M. Cbaptal , plusieurs ouvrages précieux qui n'avaient plus de valeur par le mauvais état où ils se trouvaient.

« On peut encore poser les feuilles verticalement dans le baquet, et cette position présente quclqu'avantage en ce que les feuilles se déclarent moins facilement; et, à cet effet , j'ai fait construire un cadre en bois , que j'assujettis à la hauteur que je crois convenable , d'après la hauteur même des feuilles que je veux faire blanchir. Ce cadre soutient des liteaux de bois très minces ,,qui ne laissent entre eux qu'un intervalle de demi-ligne ; je place deux feuilles dans chacun de ces intervalles, et je les assujettis avec dcu\ petits coins de bois, que j'enfonce entre les liteaux, et qui

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pressent les feuilles contre ces mêmes liteaux. Je donne la préférence à ce procédé , avec d'autant plus de raison , que lorsque l'opération est faite , j'enlève le cadre avec les feuilles , et je les plonge dans l'eau fraîche.

« Par cette opération , non seulement les livres sont rétablis , mais le papier reçoit un degré de blancheur qu'il n'a jamais eu. Cet acide a encore le précieux avantage de faire disparaître les taches d'encre , qui , trop souvent , déprécient les livres et les estampes. Cette liqueur n'attaque point les taches d'huile ou de graisse : mais on sait depuis longtemps qu'une légère dissolution de potasse (alcali caustique ) est un sûr moyen d'enlever ces marques.

« Lorsque j'ai eu à réparer des estampes si délabrées qu'elles ne présentaient que des lambeaux collés et rapportés sur un papier , j'ai craint de perdre ces fragments dans la liqueur, parce que le papier se décolle, et, dans ce cas, j'ai la précaution de rouler l'estampe , de l'enfoncer dans un grand bocal cylindrique en verre que je renverse sur une soucoupe dans laquelle j'ai mis le mélange convenable pour dégager du cldore ou gaz acide muriatique oxigené : cette substance remplit l'intérieur du bocal, et réagit sur l'estampe , en dévore la crasse, détruit les taches d'encre, et les fragments restent collés en conservant leurs positions respectives. »

Les gravures et les dessins à trois crayons se restaurent complètement par le secours du môme agent; la gravure jaunie par la vieillesse se reblanchit parfaitement et reçoit une seconde existence. Les traces de vétusté disparaissent , et les livres , grâce à cet art réparateur , reprennent la vigueur, l'éclat et la fraîcbeur qu'ils possédaient dans des siècles reculés; et pour la première fois , dans cette partie, le temps se trouve obligé de recommencer les ruines dont il avait marqué son passage.

Nous pourrions encore indiquer des procédés qu'on a longtemps employés, tels qu'une légère lessive ou la poussière impalpable des os de mouton calcinés , proposés par M. Papillon; mais tous ces moyens ne valent pas celui qui nous a été indiqué par M. ChaptaJ , ainsi nous n'en proposerons pas d'autre. Dans le troisième paragraphe, nous ferons connaître les précautions à prendre pour opérer sûrement, et nous proposerons le chlorure de chaux liquide „

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substance de beaucoup préférable au chlore, et qui détruit moins le papier.

§ II. Des moyens a enlever les taches d'encre , d'huile , de graisse, etc., sur le papier.

Nous venons de dire que le chlore ou acide muriatique oxigéné enlève parfaitement les taches d'encre sans avoir recours à d'autres agens, et nous nous bornerions à proposer celui-là si le papier avait en même temps besoin d'être blanchi , parce que la même opération remplit les deux buts à la fois; mais comme il arrive souvent qu'on fait des taches d'encre sur des livres ou sur des estampes dont le papier est suffisamment blanc , il nous paraît important d'indiquer les moyens de les faire disparaître sans découdre le volume.

Presque tous les acides enlèvent les taches d'encre sur le papier ; mais il faut choisir de préférence ceux qui attaquent le moins son tissu. Uacide chlorhydrique , étendu de cinq a six fois son poids d'eau ,' peut-être appliqué avec succès sur la tache •, on la lave au bout d'une ou deux minutes, et on répète l'application jusqu'à ce que la tache ait disparu. Les acides végétaux font courir moins de risques et sont aussi efficaces. On fait dissoudre dans l'eau de Y acide oxalique, ou de V acide nitrique, ou de l'acide tartrioue; on applique de cette solution sur le papier et sur les estampes, sans crainte de les gâter. Ces acides feront disparaître l'encre à écrire, mais non celle d'imprimerie : ainsi on peut employer ces acides pour remettre à neuf les livres dont les marges seraient chargées d'écriture , sans attaquer le texte. On trouve ces acides dans les bonnes pharmacies.

Il arrive quelquefois que le papier est sali par des taches de rouille ; on les enlève en leur appliquant d'abord une solution d'un sulfure alcalin, qu'on lave bien ensuite, puis une solution à" acide oxalique. Dans ce cas, le sulfure enlève au fer une partie de son oxigène , et le rend soluhle dans les acides affaiblis.

M. John Imison, mécanicien anglais, dans un ouvrage qui a eu le plus grand succès en Angleterre , et qu'il a intitulé Y Ecole des Arts, a donné un procédé dune facile exécution pour enlever les taches de graisse sur les livres et k>

estampes , le voici. Après avoir légèrement chauffé le papier taché de graisse , (le cire , d'huile , ou de tout autre corps gras, ôtez le plus que vous pourrez de cette graisse avec le papier brouillard ; trempez ensuite un pinceau dans l'huile de térébenthine presque bouillante ( car froide elle n'agit que Faiblement), et promenez-le doucement des deux côtés du papier, qu'il faut maintenir chaud : on doit répéter le procédé autant que la quantité de graisse ou l'épaisseur du papier l'exige. Lorsque la graisse a disparu, on a recours au procédé suivant , pour rendre au papier, en cet endroit, sa première blancheur. On trempe un autre pinceau dans l'esprit-de-vin très rectifié , et on le promène de même sur la tache , et surtout vers ses bords , pour enlever tout ce qui peut paraître encore. Si l'on emploie ces procédés avec adresse et précaution, la tache disparaîtra totalement, le papier reprendra sa première blancheur; et si la partie du

Ï>apier sur laquelle on a travaillé était écrite ou imprimée, es caractères n'en souffriront nullement.

Une faible dissolution de potasse ou de soude caustique enlève avec facilité les taches huileuses ou graisseuses sur les papiers, les estampes, les livres-, mais il faut que ces derniers soient en feuilles, sans cela on aurait beaucoup de peine à les dégraisser parfaitement , et l'opération ne se ferait jamais avec propreté. Nous allons indiquer, dans le paiagraphe suivant, les manipulations que ce procédé ncV cessite. Il nous suffira de dire que la dissolution de potasse ou de soude doit marquer un degré et demi à l'aréomètre de Baume. Le procédé de M. Imison doit être préféré lorsque les taches ne sont pas considérables , et qu'on peut les enlever sans découdre le volume.

Le relieur est quelquefois sujet , en faisant ses marbres, de tacher les feuilles avec les couleurs uommées écailles , que beaucoup d'entre eux croient qu'il est impossible de faire disparaître. Nous sommes bien aise de les prévenir que l'eau de javelle les enlève entièrement, de même que le chlorure de chaux. Il suffit de plonger la feuille dans un de ces deux liquides jusqu'à disparition de tache, ce qui n'exige que peu de temps; ensuite de la plonger dans Tenu ordinaire , pendant un temps double à peu près qu'elle jiYst restée immergée dans le liquide décolorant.

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§ III. Des manipulations que nécessitent les moyens décrits.

Du soufrage. Le gaz acide sulfureux détruit prompteluent la couleur jaunâtre que la vétusté donne au papier; les manuscrits jaunissent encore plus promptement que les livres imprimés, et ils ne sont pas susceptibles de soutenir Tépreuve du gaz acide murialique oxigéné , qui n'attaque pas l'encre d'imprimerie , mais qui enlève entièrement 1 encre à écrire.

Soit que l'on opère dans une petit e chambre semblable à celles dans lesquelles on soufre les étoffes de laine ou de soie, lorsqu'on a une grande quantité de papier à blanchir, soit qu'on se serve d'une, grande caisse imperméable ou gaz sulfureux, lorsqu'on agit sur une petite quantité , on tend à une hauteur convenable une infinité de petites cordes très rapprochées; on y place les feuilles de papier comme le pratiquent les papetiers ou les imprimeurs pour faire sécher leurs feuilles. On pratique à l'une ou à l'autre deux ouvertures opposées, que l'on garnira chacune d'un verre à vitre solidement mastiqué tout autour, afin de voir dans l'intérieur les progrès de l'opération , pour ne pas dépasser l'instant où le papier est suffisamment blanchi. Il ne faut pas faire l'ignilion d;i soufre dans la chambre ou dans la caisse, on courrait les risques de noircir le papier; il vaut mieux avoir un petit fourneau qu'on place à côté de la chambre, en dehors , et on dirige par un tuyau en bois ou en grès la vapeur sulfureuse dans le soufroir. On fait tomber le soufre petit à petit sur une plaque de tôle placée au-dessus du feu; il faut que toutes les jointures soient bien lutées , afin que îe gaz acide sulfureux ne se répande pas au dehors , ce qui incommoderait beaucoup.

Du chlore ou gaz acide murialique oxigéné.

Le même appareil qui sert pour le soufrage peut être employé pour les opérations dans lesquelles on fait unage de cet acide à l'état de gaz. Après avoir disposé le papier mouillé sur les petites cordes , on met dans une tasse de porcelaine une cuillerée à bouche d'acide chlorhydrique ordinaire ( esprit de sel \ et l'on y njoute environ une cuillerée à café de manganèse pulvérisé , (pic l'on vend chez

les épiciers droguistes. On met cette tasse dans un bol rempli d'eau chaude, que l'on place dans le petit fourneau su» de la braise pour maintenir la chaleur; il se dégage une assez grande quantité de gaz pour que la caisse en soit bientôt remplie : au bout de quelque temps le papier imprimé ou les estampes sont suffisamment blanchis.

De la dissolution d'alcali caustique. L'alcali caustique exige quelques précautions , tant dans sa fabrication juc dans son emploi , et il importe que nous les décrivions avec quelques détails.

La soude ou la potasse peuvent indifféremment former l'alcali caustique, mais il importe que l'une et l'autre de ces substances soient «assez pures pour qu'elles ne colorent pas l'eau qui doit servir à leur dissolution i et Ton sent que cette condition est importante afin que le papier, qui doit sortir très blanc de cette opération , ne soit pas teint par la couleur dont l'eau se trouverait imprégnée. Nous conseillons par conséquent d'employer les cristaux de soude et le sel de tartre ; l'on peut se procurer facilement l'un et l'autre chez les épiciers-droguistes. Ces substances se trouvent dans le commerce à l'état de carbonates , c'est-à-dire combinées avec V acide carbonique ; c'est en les privant de cet acide qu'on leur donne la pureté qu'elles doivent avoir , ou bien qu'on les rend caustiques. Pour y parvenir , on les pile et on les mêle avec la moitié de leur poids de chaux vive en poudre. On fait bouillir la lessive , et c'est l'eau qu'on retire de cette lixiviation, qu'on nomme dissolution d'alcali caustique. On la garde dans des flacons bien bouchés , et elle conserve sa causticité tant qu'elle n'est pas en contact avec l'air atmosphérique , qui lui restitue à la longue l'acide carbonique dont on Ta privée.

Lorsqu'on veut employer cette dissolution, comme nous l'indiquerons un peu plus bas, on l'éprouve à l'aréomètre pour les sels , et si elle donne plus d'un degré et demi , on ajoute une quantité suffisante d'eau pure pour l'amener a ce point.

Du chlorure de chaux. M. Chevalier fut chargé , \n\\ plusieurs personnes, d'enlever sur des feuilles imprimées , sur des gravures , sur des livres, etc., des taches de fumée, d'humidité et môme d'encre. Il chercha les meilleurs movens; il employa successivement le chlore proposé par

RKLIEIR. CM

M. Baget, et l'acide tartrique conseillé par M. Pelletier. Ces procédés , qui réussissent parfaitement , lui semblaient encore longs, et celui de M. Baget, surtout, est susceptible de nuire à la santé de ceux qui s'en servent.

L'application heureuse, faite au blanchiment des pâtes de papier, lui donna ridée que le chlorure de chaux a l'état liquide pourrait bien être employé avec succès, soit pour le blanchiment des feuilles imprimées qui , formant un même volume , auraient été tirées sur des papiers de couleur différente , soit au blanchiment des gravures enfumées.

Pour reconnaître si son opinion était fondée, il se procura les gravures les plus sales et les plus rousses qu'il put trouver; il les soumit à l'action du chlorure de chaux liquide. L'auteur resta convaincu que cette solution peut être employée à ce genre de blanchiment avec beaucoup d'avantage , c'est ce qui Ta déterminé à publier le procédé suivant.

On prépare une solution saturée de chlorure de chaux ; lorsqu'elle est faite et filtrée , on y plonge la gravure, et on la laisse séjourner dans ce liquide jusqu'à ce qu'elle ait pris une couleur blanche. L'espace de temps est plus ou moins long, suivant que la gravure soumise à l'opération est plus ou moins sale. En cinq minutes , des gravures très tachées de fumée et d'humidité ont été ramenées â leur état primitif : on retire la gravure de la solution , et on la lave avec de l'eau claire et à plusieurs reprises.

L'odeur du chlorure de chaux n'étant pas susceptible d'incommoder comme celle du chlore , c'est un grand avantage pour l'opérateur.

Appareil pour employer le chlorure de chaux et Valcali caustique. s

Nous avons imaginé un petit appareil extrêmement commode , et qui peut être employé avec le même avantage , tant pour l'usage de la dissolution de C alcali caustique , que pour celui de la dissolution du chlorure de chaux. Voici en quoi il consiste.

On fait faire une fuite planche en bois blanc , plus grande de 8 centimètres au moins, dans ses deux dimensions, Ion-

t largeur, que Pestampe la plus grande que l'on veut blanchir. Les parties qui forment cette planche doivent être solidement assemblées, non par des emboîtages, mais par de fortes clés en bois à queue d'aronde ; il ne faut pas qu'elles soient ni collées ni mastiquées , parce que l'humidité délaierait la colle , et que la lessive ou le bichlorure dissoudrait le mastic ordinaire, et le chargerait de sa partie colorante , qui se déposerait sur le papier et le tacherait. Celte planche est environnée d'un rebord solide en bois blanc de 11 centimètres d'élévation; le tout doit être ajuste sans le secours d'aucun métal , au moins intérieurement.

Cette espèce de caisse doit être couverte de lut à la chaux, et il faut surtout en remplir avec soin toutes les fentes, afin qu'elle tienne parfaitement le liquide ; on implante tout autour , et près des bords, des chevilles de bois blanc , auxquelles on donne une inclinaison vers la partie extérieure.

Vers un de ses angles est placée une douille en bois blanc pour Pévacuation du liquide ; ce tube est fermé par un bon bouchon en liége. Sur une des parois est fixé, intérieurement et verticalement , un tube en bois d'un diamètre suffisant pour recevoir la douille d'un entonnoir en verre. Ce tube ne descend pas tout-à-fait jusque sur le fond intérieur de la boîte. Voilà l'appareil : voici la manière d'opérer.

On place sur le fond de la caisse une feuille de papier blanc, de la grandeur de Pes lampe : on étend Pcstampe dessus; ensuite avec du fil blanc, on forme, à l'aide des chevilles, une espèce de filet au-dessus de l'estampa, pour l'empêcher de se soulever pendant Popération. On verse doucement dans l'entonnoir le liquide , soit la dissolution cC alcali caustique, soit celle du chlorure de chaux, selon que Ton opère avec Tune ou avec l'autre de ces substances. Le liquide tombe sur la planche , et de là se répand uniformément sur l'estampe , ou sur la feuille qu'on veut blanchir, et qu'il immerge jusqu'à 15millim. au moins au-dessus d'elle. On laisse le tout dans le même état jusqu'à ce que* Pcstampe soit parfaitement dégraissée.

Lorsqu'elle est suffisamment blanchie , on retire le liquide en débouchant la douille, et l'on verse dans l'entonnoir de l'eau pure pour laver l'estampe ; on lave à plusieurs eaux, ensuite on retire toute l'eau , en inclinant la planche vers la douille, et on laisse sécher l'estampe , après avoir enïevé

avec précaution le fil blanc qu'on a posé dessus. On enlève l'estampe avant qu'elle ne soit parfaitement sèche ; il faut qu'elle conserve seulement un peu de moiteur pour qu'on puisse la manier saus crainte de l'endommager. On achève de la faire sécher entre deux cartons , à la presse , ou tout au inoîu.s sous un fort poids , en plaçant deux des cartons entre deux planches. Alors elle a repris toutes ses qualités primitives, elle est même devenue plus blanche.

On voit qu'à l'aide de cet appareil , l'estampe ne peut recevoir aucune altération ni aucune détérioration* qu'on ne peut pas la déchirer , de même que les autres papiers que l'on se propose de détacher.

La lessive caustique agit beaucoup mieux lorsqu'elle est chaude -, elle a beaucoup d'affinité pour les huiles et les graisses; elle s'en empare , et forme avec elles un savon qui est soluble dans l'eau, et la tache a disparu.

Le chlorure de chaux s'emploie à froid ; il importe seulement qu'il soit bien limpide.

On peut commencer par la lessive caustique lorsque le papier est taché pa/ les corps graisseux , et terminer par le chlorure pour enlever toutes les nuances que la lessive aurait laissées. Ce qu'il y a de très important , c'est de bien laver , à grande eau , pour ne laisser aucune trace de lessive ou de chlorure.

Nous avons très, souvent mis en pratique les procédés que nous venons de décrire; ils nous ont parfaitement réussi, et nous nous faisons un devoir de les communiquer au lecteur. Nous ne dissimulerons pas cependant qu'il faut un peu d'adresse et une certaine habitude , pour réussir complètement et avec facilité : il y a toujours , dans les arts , le petit tour de main que l'on ne peut pas décrire, ej qu'on acquiert vile en manipulant.

Le procédé de M. Imison, qui est très précieux, parce qu'il n'oblige pas à découdre les volumes , à moins que la tache ne soit dans la marge intérieure très près de la cou-v ture , exige plus que les autres une main exercée; par exemple , la manière de conserver à la feuille le degré de chaleur convenable pendant tout le temps de l'opération ,. nécessite quelques précautions : nous allons indiquer ce qui nous a le mieux réussi.

Deux feuilles de fer-blanc , soudées l'une sur l'autre , à*

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une distance de sept à huit millimètres , forment une espèce de boîte que nous avons fait entièrement remplir de grès en poudre, avant de faire la dernière soudure. Cette partie sert de couvercle à une boîte de fer-blanc qui a 7 centimètres de profondeur; une petite lampe à huile , avec une mèche plate de cinq à six millimètres de large , allumée dans l'intérieur de la boîte , échauffe le grès d'une douce chaleur et remplit parfaitement le but : on pose légèrement dessus la feuille à détacher. Les chaufferettes désignées sous le nom d'Augustines , construites dans le même genre , produisent le môme effet, et servent à deux usages à la fois.

La mèche , dans cet instrument , ne donne pas de- fumée si Ton a soin de ne pas permettre que la pointe de la flamme s'élève au-delà de dix millimètres au-dessus du plan supérieur de la lampe. On obtient cet effet avec facilité , par une petite crémaillère qui dirige la mèche , et par un fil de fer de dix millimètres de longueur , soudé verticalement sur le plan supérieur de la lampe; la pointe de la flamme ne doit pas dépasser cette longueur. A laide de ces précautions , ces petites lampes ne consomment pas pour cinq centimes d'huile en vingt-quatre heures , et ne donnent absolument pas de fumée.

Il arrive quelquefois que l'on laisse tomber de* l'encre sur un feuillet d'un volume relié , et qu'on craint de ne pas enlever proprement par les moyens que nous avons indiqués, parce que la tache est près de la couture. Voici le procédé que nous avons vu employer avec succès par M. Berlhe : cet artiste mouille un gros fil plus long que le volume; il le passe sous le feuillet près de la couture ; et le promène dans sa longueur. Le papier d'impression est ordinairement sans colle ; il est bientôt humecté dans celte place, il cède facilement an moindie effort; il arrache le feuillet, il le détache; alors il passe un peu de colle sur son épaisseur; il le replace adroitement au même endroit d'où il l'a enlevé , et la réparation ne paraît pas du tout.

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