‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 62 sur 70 · DE LA RELIURE DE QUELQUES GROS ET GRANDS LIVRES · texte numérisé non relu

DE LA RELIURE DE QUELQUES GROS ET GRANDS LIVRES

Les gros volumes d'église qu'on place sur les lutrins pour servir aux choristes a chanter l'office , et les grands registres de bureaux , présentent quelques différences dans la reliure. Nous devons les faire connaître , afin de ne rieu négliger de ce qui peut compléter cet ouvrage. En 1820, Naissant s'était fait une juste réputation pour la reliure de ces gros livres.

Tout ce qui précède la couture ne présente aucune différence ; on suit la marche indiquée dans le commencement de la cinquième section , jusqu'au § VI de la couture (page 53). Comme ces volumes sont extrêmement grands et très lourds , on est obligé , pour les rendre solides , de faire une couture très soignée ; ces livres ont besoin de s'ouvrir parfaitement , par conséquent on est obligé de les faire à dos brisé , et par la même raison on doit les coudre à la grèque. C'est ainsi que le font la plupart des relieurs qui ne s'occupent que de cet article.

Cependant nous avons fait observer que la couture à la grèque ne présente pas toute la solidité qu'exigent ces gros volumes; nous conseillons de les coudre sur des forts lacets de soie, ou au moins sur des forts lacets étroits de fil (page 58). On ne devrait pas regarder à une légère dépense de plus pour employer le lacet de soie : le volume en serait incomparablement plus solide.

Ou met à ces gros livres, à l'imitation des relieurs anglais, des nerfs d'environ 1 centimètre de largeur, et deux ou trois fois plus épais que les nerfs ordinaires. Les nerfs se décollentfacilement lorsqu'on arrondit le faux dos, à moins qu'on n'ait la précaution de placer celui-ci sur le livre , de l'y fixer entre les nervures r et d'y coller les nerfs. Alors les faux-dos elles faux-nerfs prennent justement la forme du dos , et lie courent pas le risque de se décoller en ouvrant.

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On ne saurait apporter trop de solidité à de pareils livres, aussi convient-il d'imiter à leur égard les procédés des anciens relieurs , qui garnissaient le dos de chaque cahier d'une bande de parchemin , afin que le grattoir et le frottoir n'altérassent pas le papier. Grollier faisait même rouler du parchemin sur la corde dont il se servait comme d'un nerf. Cette corde excédait la largeur de la tranehefile de 3 centimètres par chaque bout, et ce bout de corde apointé comme un nerf était collé sur le carton en dedans. Cela serait très bon pour les gros livres.

On couvre les antiphonaires en entier avec de bon veau noir , et les registres de bureau avec du mouton vert chamoisé , le côté de la chair en dehors, quelquefois le dos en parchemin vert; mais le plus souvent on les couvre en entier avec de la peau verte chamoisée. Nous avons fait observer qu'après la rognure, et au moment de coller la peau sur le dos , on met une carte , qui est collée sur le dos , mais n'est point collée sur le volume ,ce qui permet à celuici de se détacher du dos pour s'ouvrir parfaitement. Le procédé est ici le même ; la seule différence consiste à substituer à la carte une tôle battue , à laquelle on a donné auparavant la forme du dos; on couvre cette tôle de peau ou de parchemin , comme nous l'avons dit pour la demi-reliure. Il ne faut pas oublier qu'il faut , auparavant , coller solidement sur le dos du volume une forte toile , ainsi que nous l'avons dit au § XVI, page 96.

0»i fait la coiffe en tête et en queue en cuivre jaune ou laiton, qu'on attache sur la tôle, après qu'elle est couverte en peau ou en parchemin, avec des petits clous du même métal, dont la tête est en dehors, et que l'on rive par derrière.

Autrefois on faisait les couvertures en bois; mais il y a longtemps qu'on a abandonné cette méthode , parce que les vers s'y mettaient, et les feuillets du volume étaient souvent rongés. Aujourd'hui on emploie le carton battu et lamine , dont on colle plusieurs épaisseurs Tune sur l'autre, jusqu'à ce qu'on lui ait donné une consistance suffisante.

On placé, à tous, les angles, des coins en cuivre jaune ou laiton; lorsqu'on veut donner encore plus de solidité à ces couvertures , on eu enchâsse les bords, tout autour, daus (ac doubles bandes du même mêlai, ce qui forme un

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cadre métallique tout autour. Ces bandes se placent d'abord et se fixent avec des clous du même métal , les coins se placent après et couvrent les bouts des bandes; ces coins sont aussi fixés avec des clous semblables , dont les tètes sont toujours en dehors et à rivures en dedans. On place encore sur les plats de la couverture , à égale distance des coins , ce qui forme un carré long , quatre plaques carrées qui sont emboîtées dans le milieu, et présentent une bosse demi-sphérique de 5 centimètres de diamètre. Ces plaques, qui s'appellent bosses , se iixent sur les plats comme les angles, par des clous dont la rivure est en dessous. C'est sur ces bosses que ces gros livres reposent et frottent sur le lutrin; de sorte que la couverture est garantie par elles. Ces bosses servent aussi à arrêter les bandes de cuir garnies de laiton qui servent à tenir le livre fermé , lorsqu il ne sert pas *.

Les registres de bureaux n'ont pas de bandes sur les bords

des cartons ; mais ils ont des coins en laiton, unis et sans bosses. Ils sont iixés aux couvertures de la même manière.

L'on voit que , par celte constructiou , la tranchefile est inutile , aussi l'a-t-on supprimée ; cependant pour ne rien laisser à désirer , nous allons indiquer les procédés qu'on employait autrefois pour garantir les dos de ces livres.

La tranchefilure des antiphonaires ne ressemble nullement à celle que nous avons décrite; elle se divise en simple et en double. On se sert de lanières de peau passée en mégie , qu'on coupe , autant qu'il se peut , assez longues pour pouvoir trancbetiler avec une seule lanière sans être obligé d'en ajouter ; on enfile cette lanière a dans une aiguille br PL 1 fia. 40 ; on place le volume dans la presse à tranchefiJcr qu'on pose devant soi , la gouttière tournée de ce coié. On perce , avec un fort poinçon , le dos de dedans en dehors , et le plus près qu'on peut du mors ; on retire le poinçon, et dans ce même trou on substitue l'aiguille, qu'on fait sortir au point c ; on laisse pendre un bout de la lanière en dedans; on pique, avec le poinçon, un second trou à côté du premier end, on ramène la lanière, de c, en /*, en

* M. Lesné ••«. vu de très £rcs livres, relies d«:<s les treizième cl quatorzième siècles, sons lesquels on avait mis des roulettes. Ces livres, garnis de t oins en enivre, de bosseltcs, de clou«, de serrures du même mêlai, étaient de véritables meubles.

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