‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 64 sur 70 · RELIURES ETRANGERES · texte numérisé non relu

RELIURES ETRANGERES

§ I°r Imitation des reliures étrangères.

Sans doute il serait désirable d'appliquer les reliures étrangères à leurs livres respectifs, mais il ne faudrait point par exemple s'engouer des reliures anglaises de manière à en imiter les défauts. Ainsi les Anglais ne parent point ou très peu leurs peaux en général. Au travers de la garde collée sur le carton , on aperçoit souvent res contours inégaux qu'elle y empreint, et ces bosses formées par le cuir produisent l'effet le plus désagréable. Quand les amateurs remarquent celte défectuosité dans les ouvrages des relieurs français , ceux-ci croient répondre , sans laisser de réplique , par ces paroles : « C'est le genre anglais. »

Les reliures étrangères diffèrent entre elles , pour la plupart, par la dorure, les marbres; d'autres se distinguent par î'endossure, les mors, la division des nerfs ou filets , si ce sont simplement des reliures à la grèque. Il faudrait être bien faible connaisseur pour ne pas reconnaître les reliures, anglaises , hollandaises , allemandes , italiennes et espagnoles , à la seule inspection des dos. Un véritable amateur s'y trompe rarement. Quant aux cartonnages, les Allemands négligent d'amincir sur les bords et de battre la portion de carte qui forme le faux dos, et qui est collée en dedans des cartons. Le cartonnage terminé présente tout le long du mors en dedans,, une épaisseur surabondante, déjà très disgracieuse y et qui le devient davantage en ce qu'elle se loge dans celle du Irvre , et paraît souvent à trois ou quatre cahiers. En revanche , tes Allemands forment une jolie rainure en dehors du livre le long du mors. Sa profondeur doit être égale à l'épaisseur du carton , le papier doit y être collé jusqu'au fond , et non pas r comme dans la plupart de nos cartonnages , courir le risque d'être crevé lorsqu'on y appuie la moindre chose. Voici ce qu'il faut imiter.

En copiant trop servilement les étrangers on s'égare. Delorme d'abord , puis Bozerian jeune, et Courteval l'ont bien prouvé. Simier et Thouvemn eux-mêmes, sont tombés trop souvent dans le gothique, dit Lesné, pour avoir trop cherché à calquer les doreurs anglais. La seule chose bonne à copier dans leurs reliures, c'était la bonne façon dos mors , la justesse dos filets , et celle des encadrements.

DÉMONTAGE DES LIVRES. 2ol

Les anglais couvrent leurs livres classiques d'une toile enduite de colle forte , ou plutôt d'une espèce de cirage : cette reliure , assez laide d'ailleurs, est solide , économique : elle convient bien aux livres de classe qu'elle soutient suffisamment, car elle est souple et peut facilement supporter tous les efforts des enfants. On Ta adoptée dans quelques collèges , en coupant les angles des cartons. De cette manière, la reliure s'écorne moins en tombant. Il vaudrait peut-être mieux que les coins fussent arrondis en quart de cercle ; mais cette reliure n'est bonne qu'autant que le livre est cousu solidement. Ce perfectionnement conseillé par Lesné est trop onéreux , dit-il , pour tous les livres classiques, et convient particulièrement aux dictionnaires.

Les Anglais rétrécissent généralement les titres, qu'aîongent outre mesure les Allemands.

L'époque de l'introduction des dos brisés en France, est très incertaine. Mais il y a fort à croire qu'elle s'-est établie il y a 80 ans. Les reliures de Hollande en auront probablement donné l'idée. Les bons ouvriers du temps, tels que Déromes^ ne tirent ces reliures qu'avec répugnance, parce qu'ils voyaient combien il était facile de supprimer une infinité d'opérations, et de passer légèrement sur les autres ; qu'enfin ils prévoyaient que ce genre une fois adopté , entraînerait la ruine de l'art. Ils en firent toutefois, mais avec des modifications solides. Ils continuèrent à passer en parchemin tête, queue, et milieu en parchemin très mince, et revêtirent les dos de toile à la Hollandaise. Les ouvriers du 2mc ordre, supprimèrent la toile; ceux du 3me, les parchemins et la colle forte, et ces derniers plurent malheureusement beaucoup au public, ajoute Lesné.

§ II. Démontage des livres.

Lorsqu'un livre précieux survit à sa reliure , et qu'un amateur veut le conserver; lorsqu'on veut aussi faire remplacer une reliure défectueuse ou mesquine, par une meilleure reliure, alors le relieur doit commencer par démonter l'ouvrage, en observant préalablement d'abord comment il a été confectionné.

Il reconnaît d'abord que les anciens livres sont à cet .égard d'un bien plus farde travail que dû» livres infini ni cet

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plus modernes. Car alors on garnissait le dos de chaque cahier d'une bande de parchemin , afin que le grattoir et le frottoir n'altérassent pas le papier ; puis'en collant la garde de papier sur le carton, on y collait aussi ce qui passait de parchemin en dedans -, ce qui donnait aux reliures une telle solidité , que lorsque les nerfs se cassaient , les cartons tenaient encore et même fort longtemps après les livres.

De nos jours c'est bien différent. Les quelques ouvriers qui passent en parchemin le font seulement à la tête, à la queue , au-:milieu peut-être , puis ils coupent ce qui passe en dedans des cartons au moment qu'ils coupent les gardes. D'autre part , certains relieurs grattent, piquent et frottent si bien les dos , qu'ils réduisent le papier en une espèce de pâte, et de cette manière usent si pernicieusement les |cahiers , qu'on aperçoit les fils de la couture. Quand on démonte de tels livres , quelques précautions que l'on prenne, ils sont bien près d'être perdus.

Manière de découdre un livre relié. On commence par déchirer les gardes dans les mors, sans attaquer la partie du cahier contre laquelle est collée la garde, puis on lève le veau ou la basane ou l'étoffe de la couverture; cela fait on coupe soigneusement tous les fils qui se trouvent sur le dos, surtout les chaînettes (parties du fil de la couture qui paraît aux deux bouts, sur le dos du volume), de tête et de queue , ainsi que les ficelles qui tiennent les cartons ; on sépare ensuite les cahiers , en commençant par le premier, et tenant le volume à plat sur la table, le recto en dessus; on appuie la main droite sur les cahiers qui suivent celui qu'on veut détacher. Lorsque les cahiers sont séparés, on les ouvre tous l'un après l'autre , pour en ôter les tils et les ordures qui se trouvent entre chaque feuille, que l'on nettoie avec de la mie de pain rassis : on termine ensuite par enlever, s'il y a lieu , par les moyens indiqués précédemment , les taches qui peuvent s'y rencontrer.

Au résumé , pour bien démonter un livre, et le remonter avec intelligence, il faut ménager le dos, enlever doucement les nerfs, détacher légèrement cahier par cahier , défriser les pages cornées, enlever les taches, et s'il s'agit d'un ouvrage ancien , et qui ait été lavé, collationner par les chiffres et non par la signature , car ces anciens livres fourmillent de fautes de pagination.

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