DU SAT1NEUR
Ïl n'est personne qui ne se soit aperçu que lorsque les feuilles d'un ouvrage sortent de dessous la presse de l'imprimeur, les caractères, par l'action du foulage, ont formé pour chaque lettre en petit enfoncement dans le papier, ce qui occasione une bosse sur l'autre surface. Le relieur, en battant les feuilles ou les cahiers sur la pierre, à coups de marteau , comme nous l'aîlons expliquer §. ÎIÏ, quatrième section, abat ces petites éminences, mais les brochures qu'on ne faisait pas battre , n'avaient pas cet avantage et ne présentaient pas la même propreté.
Indépendamment de ce que le battage aurait augmenté la dépense de la fabrication, il aurait rendu le volume trop mince, et cela eût été défavorable pour la vente, car le fabricant cherche à faire paraître son volume le plus épais possible , sans augmenter le nombre de feuilles. Pour remplir ce double but , on imagina le satinage , et cette opération fut confiée à un ouvrier qu'on nomme saîineur.
L'opération du satinage est très simple ; il suffit de placer chaque feuille de papier, bien étendue, entre deux feuilles de carton mince , très uni et poli , à soumettre le papier à l'action d'une forte presse et à l'y laisser ainsi pendant un espace de temps plus ou moins long, mais qui ne doit pas être moindre de douze heures. Voilà en gros les opérations du saîineur : entrons dans quelques détails.
Le satinage d'un ouvrage se fait toujours lorsque le papier, sorti de dessous les presses, est parfaitement sec; il peut se faire indifféremment avant ou après que les feuilles ont été assemblées , cependant il se fait presque toujours après l'assemblage -, 1° parce qu'il est rare qu'on fasse satiner tente une édition-, 2° parce que si Ton satinait avant
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l'assemblage , on courrait le risque de satiner des exemplaires qui pourraient n'être pas complets, et ce serait du temps perdu , puisqu'on ne s'apercevrait des feuilles qui manqueraient , qu'après que le travail serait entièrement achevé.
Le satineur reçoit donc les ouvrages après qu'ils ont été assemblés et secs ; il place sur sa table , et à sa gauche , les cahiers qui doivent former le volume: il ouvre le premier cahier par le milieu ; il place sur sa droite un tas de cartons bien secs; il en prend un qu'il pose devant lui, ensuite il prend de la main gauche une feuille imprimée , il Tétend bien sur le carton, et il pose dessus un second carton; sur celui-ci il pose une autre feuille de papier qu'il étend comme la première, et la couvre d'une autre feuille de carton. Il continue ainsi jusqu'à ce qu'il ait formé un tas assez considérable, mais pas trop lourd pour le porter sur le tablier de la presse sans rien déranger : sur ce tas il en met un autre , tant que la presse peut en contenir, en ayant soin de terminer par un carton. Ii couvre le tout de plusieurs planches ou plateaux bien unis , et il serre fortement sa presse.
Les bons satineurs emploient la presse hydraulique , qui exerce, comparativement aux presses à vis, une pression beaucoup plus forte.
Ils laissent , comme nous l'avons dit , le tout en presse pendant douze heures , excepté le samedi soir; ils ne dépressent que le lundi matin.
Après avoir dépressé , ils portent les tas sur la table sur laquelle ils les ont formés; ils sortent les feuilles Tune après l'autre , en plaçant les cartons sur leur droite, et les feuilles sur leur gauche. Par cet ordre , les feuilles se trouvent comme elles étaient en premier lieu , et l'assemblage n'est pas dérangé.
Lorsque l'ouvrage est imprimé depuis peu , et que l'encre est mauvaise ou n'est pas assez sèche , les cartons se trouvent maculés ; et si l'on n'avait pas soin d'enlever les maculatures , le satineur courrait le risque de maculer les autres feuilles qu'il satinerait à la suite. Pour éviter cet inconvénient , il est obligé de frotter les cartons , à tour de bras, avec du papier non collé.
Le satineur exerce son art non-seulement sur les feuilles
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de papier imprimées , mais encore sur les gravures en tailledouce , sur les lithographies , sur le papier à dessin , blanc ou de couleur , etc. C'est dans ces diverses opérations que lesatinage exige plusieurs considérations différentes.
i° Les gravures en taille-douce ne demandent et n'exigent pas d'autres précautions que les feuilles imprimées > les manipulations sont les mêmes : elles se satinent à sec.
2° Les planches lithographiées sont différentes : le râteau qui frotte sur la planche pour imprimer la lithographie , tend à alonger le papier dans toute la partie où il frotte , et par conséquent le milieu gode lorsque les marges sont unies , ce qui produit un mauvais effet. Alors le satineur mouille les bords avec une éponge et de l'eau propre ; le apier des bords s'alonge , il place ainsi les planches mouilées par les bords, entre les cartons, comme il le fait pour les feuilles d'impression à sec : la planche entière , en sortant de dessous la presse , se trouve également étendue partout.
5° Les feuilles de papier à dessin sont ordinairement pliées par le milieu , il s'agit de faire disparaître ce pli et de bien étendre la feuille : pour cela-on la mouille bien partout , on la met , eomme la feuille lithographiée , entre des cartons épais, lisses mais mats, qui boivent promptement l'eau. On les presse fortement, et lorsque les feuilles sont sèches , on les place entre des cartons polis, et l'on donne une forte pression. Il en est de même pour les lithographies.
Vodà en quoi consistent toutes les opérations du satineur: il nous reste actuellement à décrire son atelier.
Au milieu d'une vaste pièce est placée une grande table, large et longue selon l'emplacement ; le long d'un mur sont placées trois ou quatre fortes presses à vis, comme celles du fabricant de papier , et au moins une forte presse hydraulique. Au-dessus de la grande table sont placés deux grands cadres , de quatre à cinq mètres de long , sur environ 85 centimètres de large. On les sépare l'un de l'autre par des liteaux de 48 centimètres de long, attachés à tenons et mortaises , placés aux quatre angles de chaque cadre , ce qui forme une sorte de grande cage couchée et suspendue au plafond. Ces cadres sont percés dans leur longueur d'une infinité de trous , à un pouce environ de dis-
tance l'un de l'autre ; on passe de fortes ficelles dans ces trous de la manière suivante : on passe la ficelle dans le trou d'en bas , de dedans en dehors ; elle est arrêtée là par un fort nœud ; on la passe dans le trou vis-à-vis supérieur, de dehors en dedans , et de là dans le trou à côté du dedans au dehors; de là on descend à la traverse inférieure, on passe la ficelle dans le second trou , du dehors au dedans, puis dans le troisième , du dedans au dehors , ainsi de suite en suivant tous les trous. Par ce moyen tout le cadre est rempli de ficelles verticales , à la distance de 3 cent. Tune de l'autre. On les tend parfaitement ; on en fait autant pour le cadre qui est vis-à-vis, à la distance de 32 à 48 centimètres. On a formé ainsi un casier qui sert à faire bien sécher les cartons , en en plaçant un entre deux ficelles; ce casier est assez élevé pour qu'on ne puisse pas le toucher avec la tête , et afin qu'il n'embarrasse pas pendant travail.
Le satineur doit être approvisionné d'un nombre considérable de cartons -, plusieurs milliers de chacune des deux espèces dont nous avons parlé lui sont indispensables. Cet art qui paraît d'une très grande simplicité , exige de grandes connaissances des qualités différentes du papier ; chacune de ces qualités exige des précautions qu'il est impossible de décrire , et sur lesquelles on ne peut pas donner de règles générales. Un peu de pratique rend maître à cet égara»