ET DE LEDR FABRICATION
On donne le nom de glaces, ou plate-glass, à des plateaux > de verre très-blanc, épais, plus ou moins grands, à surfaces ^ bien polies, dont une d’elles, au moyen de l’application d’un i amalgame métallique, dit étamage, sert à reproduire l’image fidèle des objets. 1,’antiquilé ne connut point cette application du verre à l’art de fabriquer les miroirs. En effet , ceux que ' nous trouvons dans la collection égyptienne sont en cuivre üen poli. On en a fait aussi avec l’argent, et quelques autres métaux. On ignore et l’époque de la découverte des miroirs en verre, et le lieu qui la vit nailre. Nous sommes porté à ■ l’attribuer à Venise, puisqu’il est prouvé que, pendant très- ^ longtemps, la fabrique de Monza fournil des glaces à toutes ' les parties du monde civilisé. Ces glaces, il est vrai, étaient ' soufflées; aussi leur hauteur ne s’élevait guère au-delà de i d^.33 (4 pieds) sur une largeur proportionnée. Cette difficulté de confectionner ces ouvrages, était cause qu’on ne fa- i fcriciuait que de petites glaces dont le prix était fort élevé, ' encore même ôtaient-elles atteintes de la plupart des défauts > que le coulage a fait disparaître. I
Colbert, qui fut un des plus illustres protecteurs que les ! sciences^ei les arts aient eus en France, voulant enrichir notre patrie de cette branche importante d’industrie, attira, par des bienfaits, des ouvriers françaisquitravaillaient àlafabriquede Monza, lesquels servirent de noyau à celle de glaces soufflées qui fut établie a Tour-la-Villc, près de Cherbourg, en 1665. 11 fut .accordé à la compagnie qui la créa un privilège de vingt ans. Ce ne fut que vingt -trois ans a[irés, qu’un Français, nommé Abraham Thevart , lit la découverte du coulage de glace. Des lors, un champ plus vaste s’ouvrit à cette industrie; une autre compagnie obtint également un privilège exclusif de vingt ans, sous la condition expresse qu’elle ne coulerait que des glaces de grande dimension, dont les plus petites auiaient au moins 1"'.55 (50 pouces) de hauteur. Dans leur intérêt commun, ces deu.x compagnies ne tardèrent pas à se réunir
DES GLACES, ET DE LEüR FABRICATION. 12S
pour exploiter en société les deux modes de fabrication. Ce fut dans le faubourg Saint-Antoine, rue de Reuilly, que fut établie la première fabrique de glaces coulées; mais comme le prix du bois était trop élevé à Paris (1), et qu’il en fallait une grande quantité pour la fusion des matières, on transporta les ateliers de fonte et de coulage à Saint-Gobain, près La Fère, où ils sont encore, et l’on n’opéra dans l’établissement de Paris que le travail mécanique du dégrossi, du poliment des glaces et de leur mise au tain. Maintenant on polit aussi les glaces à Chauny par un mouvement mécanique. Malgré tous les désavantages qu’offrait la fabrication des glaces coulées, elle n’eiî continua pas moins jusqu’en 1808; mais les perfectionnements mécaniques qui furent apportés alors en Angleterre et en France, pour la confection des glaces coulées, devinrent si importants que les glaces soufflées ne pu- Fent plus soutenir la concurrence : aussi ce mode de fabrication fut alors totalement abandonné (2). La prospérité et la supériorité des glaces de Saint-Gobain furent telles que, pour les grandes glaces, elles lui obtinrent en tous lieux une juste préférence sur celles de Venise, qui ont cependant le mérite d’être en général trcs-blancbes, et d’une très-belle eau ; malgré cela, elles ont maintenant bien perdu de leur importance. Nous ajouterons à cela qu’il existait, depuis quelque temps, une belle manufacture de glaces en Espagne, a Saintildefonse ; mais la main de fer qui , depuis tant de siècles, pèse, dans la Péninsule, sur les sciences, les arts et les lettres, a paralysé cette branche d’industrie.
Depuis ce temps, l’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, l’Italie, etc., ont établi des manufactures de glaces. Mais, à part tout esprit national, nous ne craignons point de dire que les glaces des premières manufactures de France, telles que celles de Saint-Gobain, de Saint-Quirin, de Comentry et de Prémontré, l’emportent, avec celles de l’Angleterre, sur toutes celles de l’étranger. Cependant, il est vrai de dire (jue ce n’est que depuis 1807 que nos manufactures de glaces ont pris le plus grand développement, et atteint un tel point de perfection, qu’elles font plus que le disputer à celles d’Angleterre. En effet, on donne maintenant aux glaces françaises une telle dimension qu’elles sont recherchées avec empressement dans toute l’Europe. Ajoutons à cela que leur prix est assez modéré pour être à la portée de toutes les fortunes ; aussi leur usage est beaucoup plus répandu en France que partout ailleurs.
fl) A cette époque on ne faisait pas usage de la faouillo.
(a) Les glaces soufflées étaient fabriquées comme le verre à vitres.
QÜATIIIÈME PARTIE.
DE LA FABRICATION DES GLACES. j
Nous avons déjà dit que les glaces étaient préparées par le | soufflage et par le coulage. Comme le premier procédé est | presque le même que celui de la fabi ication du verre à vitres, ^ et qu’il est d’ailleurs abandonné en France depuis 1808, nous j nous bornerons à parler du second. ■
Nous avons déjà fait connaître la nature, le choix et la préparation des argiles, pour la fabrication des creusets et des >. briques, et pour les fours; nous avons exposé aussi la des- J eription d’un four à glaces; nous y renvoyons nos lecteurs, t Nous nous bornerons à dire ici que les creusets, pour la fu- . sion des glaces, se divisent en pois et cuvettes. Les pots sont i « xlcstinés à la fusion des matières vitreuses; et les il
tjui sont de moitié plus petites, reçoivent le verre fondu , où il s’affine complètement ; c’est de ces dernières qu’on le verse • pour le couler en glaces. D’apres ce que nous venons de dire, trois pots contiennent la quantité de verre fondu pour six pe- ’ tites cuvettes ou bien pour trois grandes. Oti fait usage de ces j dernières quand on a besoin de couler une plus grande quan- j lité de verre à la fois, lorsqu’on veut obtenir des glaces très- ! grandes, comme celles d'environ 5 mètres (9 pieds) et au-des- I sus. Depuis que l’on a entrepris de fabriquer des glaces de f grande dimension , on a construit des fours à six pots et à 1 douze cuvettes, dont huit petites et quatre grandes. L’on fait j ' aussi des cuvettes de trois modèles, que l’on nomme cuvettes j grandes, moyennes eXptetUes. Les. deux premières décrivent ' un carré long et les dernières un carré symétririue. Au milieu de ces cuvettes est une cavité circulaire ou hoche de 3 cenlim. !
(1 pouce) de profondeur et de 5 ou 8 cenlim. (2 ou 5 ponces) : de largeur, nommée ceinture de la cuvette. C’est par cette | ceinture qu’on les enlève avec des tenailles, ou bien, en | termes de l’art, qu’on les embarre. Par celte disposition , les ; pots ne s’enlèvent jamais de dessus les sièges que lorsqu’ils ^ sont hors d’usage, il est inutile de dire que les creusets doi- ' vent être très-réfractaires, construits cl cuits conformément aux préceptes que nous avons tracés pour ceux des verres et cristaux.