‹ Nouveau manuel complet du verrier et du fabricant de glaces, cristaux: pierres précieuses factices, verres colorés, yeux artificiels, etc (volume 2)Chapitre 30 sur 107 · COULÉE DES GLACES · texte numérisé non relu

COULÉE DES GLACES

Cette opération est une des plus importantes de la fabrication des glaces, puisque c’est de sa bonne exécution que dépend en grande partie leur perfection. Nous avons décrit la plupart des instruments qu’on emploie à cet usage; cette connaissance rendra plus aisée à comprendre la description du procédéffue l’on suit. De tous ceux qui ont écrit sur cette branclie d’industrie, nous n’en avons pas trouvé de mieux décrit que celui de M. Laugier dans le Dictionnaire technnlnÿirjue, et, comme, dans rinlérêt de l’art, nous croyons de-

voir prendre ce qui est bon partout où nous le trouvons, i nous allons lui emprunter sa description. i

Lorsque tout l’appareil destiné au coulage est bien disposé. j( deux ouvriers placent rapidement en face d’un des ouvreaux d’en bas, le charriot, à cuvettes ; c’est une barre de fer four- ;! chue, dont les branches correspondent aux deux trous prati- ij qués dans la tuile qui bouche l’ouvreau. Cette barre, montée !i sur un essieu et deux roues de fonte, se prolonge et se dl- h vise en deux branches terminées par des poignées, à l’aide b desquelles les ouvriers meuvent la fourche, enlèvent la tuile et la posent debout contre la paroi externe du four. A peine sont-ils retirés, que deux autres poussent dans l’ouvreau l’extrémité du charriot à tenailles [fig. 37 ) destiné à saisir la cuvette par la ceinture. Au même moment un troisième ouvrier s’occupe avec une pince à clocher à détacher la cuvette de î son siège : dès qu’elle peut être soulevée, elle est tirée hors ' du four. Deux fortes branches de fer B B {fig. 37), réunies par un boulon i, comme deux lames de ciseaux, qui s’écartent ou se rapprochent, et se fixent à volonté par une cia- ' vette, soutenues sur un essieu EE et deux roues de fonte RR, puis terminées en arrière par deux branches à poignées i DD, (]ui servent à les mouvoir , constituent le charriot à tenailles.

Cette description convient presque entièrement au cliarriot à ferrasse {fig. 38), sur lequel on place la cuvette dès qu’elle est sortie du four; la seule différence est que sur les barres de fer qui, au lieu de tenailles , forment la queue de ce charriot, est fixée à demeure une plaque de tôle, nommée ferrasse F, sur laquelle on pose la cuvette pour la transporter I à l’endroit du curage ou delà coulée. i

La cuvette est à peine placée sur la ferrasse du charriot I qu’on lui fait rapidement parcourir l’espace qui la sépare de ' la potence. On passe alors autour de sa ceinture la tenaille ( fig. 36), et l’on accroche au bras de la potence les chaînes par lesquelles elle se trouve suspendue; c’est dans cette position qu’on procède à l’écrémage de la cuvette au moyen du sabre, et l’on dépose la matière enlevée par le sabre dans la poche du, gamin ou cuillère en cuivre plus petite et plus ' courte que celle à tréjeter, qui est tenue par un petit gar- i çon chargé de la vider sur-le-champ dans un baquet dont l’eau reste pendant quelque temps aussi rouge que si elle était dans la machine de Papin. Après l’écrémage, la cuvette est soulevée et balayée rapidement par-dessous et sur le côté par lequel elle doit être penchée, afin d’ôter les cendres; puis au moyen des doubles poignées de la tenaille qui la sus-

COULÉE DES GLACES. S'il

pend, on la conduit en lui faisant faire une portion de cercle jusqu’à la table {fig. 3/i) où elle est saisie par les ouvriers qui doivent la renverser. Quelques instants auparavant, on a amené le rondeau sur les tringles, vers l’extrémité de la table qui touche à la carquaise. Les ouvriers chargés de la cuvette s’entendent pour ne commencer à la renverser jusqu’à l’extrémité gauche du rouleau E, et ne finir que lorsqu’elle est parvenue à l’extrémité droiteD. Pendant qu’ils s’y disposent, et au moment de verser, deux ouvriers placent en dedans de la tringle de chaque côté, c’est-à-dire entre la tringle et la matière, deux instruments en fer nommés mains , m m, m, destinés à empêcher que le verre se répande au-delà de la tringle, et donne lieu à des bavures ; tandis qu’un troisième ouvrier promène sur la table la croix à essuyer, entourée d’un linge c, c, pour enlever la poussière, etc. Dès que la matière est entièrement coulée, deux ouvriers l’étendent sur la table en conduisant le rouleau doucement jusqu’au-delà de la glace formée, et le lancent avec précipitation sur la poupée qu’on a substituée aux chevalets V V.

La cuvette vide et rouge de feu est aussitôt ramenée vers la potence, débarrassée de la tenaille, replacée sur le charriot à ferrasse, et introduite dans le four pour y laisser bien ramollir le verre qui y adhère, afin de pouvoir la curer plus aisément. Après cette opération, on la remplit de nouvelle matière fondue des pots. Pendant que le rouleau nivelise la surface extérieure de la glace, deux ouvriers armés de grappins examinent, avec la plus scrupuleuse attention , s’il n’existe point de larmes de verre, afin de les enlever avec adresse, car les larmes diminuent d’autant plus la valeur des glaces qu’elles se trouvent plus près du milieu.

Revenons à l’opération de la fabrication de la glace, et continuons d’en emprunter à M. Laugier les détails.

Tandis que la glace est encore ronge et ductile, on relève, avec un outil, environ 5 centim. (2 pouces) de sa partie opposée à la carquaise et dans sa largeur; cette portion rebroussée, est ce qu’on nomme tète de la place ; c’est contre la partie extérieure de la tête qu’on applique la pelle ayant la forme d’un râteau sans dents, avec laquelle on pousse de suite la glace dans la carquaise, pendant que deux autres ouvriers appuient sur la pai tie intérieure de la tête une perche de bois de S™. 60 (8 pieds) de longueur, nommée grillât, pour maintenir la glace dans sa position horizontale et l’empêcher d’être soulevée. On laisse la glace quelques instants auprès de la gueule de la carquaise pour lui laisser prendre plus de consistance; après quoi, au moyen d’un

très-long instrument de fer dont le bout a la forme d’un y, et qui se nomme ainsi, on la pousse plus loin, et on l’arrange à l’endroit qu’elle doit occuper. Toutes les opérations pré- | citées s’exécutent en moins de cinq minutes. Lorsque toutes les glaces de la même coulée ont été disposées dans la car- ' quaise , on en marge, on en bouche tous les orifices avec des plaques de tôle qu’on recouvre en terre glaise; le refroidissement s’opère ainsi lentement et graduellement. Lorsqu’il est complet, on sort les glaces les unes après les autres avec ^ le plus grand soin, en ayant la précaution de les maintenir \\ dans leur position horizontale jusqu’à ce qu’elles soient hors ;( de lacarquaise. Dès qu’il y en a une desortie, les ouvriers, i» placés d’un même côté, baissent rapidement et également la glace pour qu’elle soit posée de champ sur deux chevrons j rembourrés en paille et en toile, nommés coële. Dans cette 5 position verticale, on passe autour de la bande inférieure de 'w la glace trois bricoles ou sangles de lm.30 (4 pieds) de long, > garnies de cuir dans leur milieu, et terminées par des poi- ii' gnées en bois ; on les dispose de telle manière que l’une em- • brasse le milieu de la glace, et les autres ses extrémités. Alors i les ouvriers, saisissant les poignées des bricoles, portent la glace, en se serrant contre elle'et d’un pas égal, dans le magasin. C’est là qu’à l’aide d’un diamant brut à rabot et d’une ] règle à équerre, on retranche d’abord la tête de la glace, qu’on I détermine la coupure des parties qui peuvent contenir des | défauts ou des imperfections. Ces coupures ou rognures, réduites en poudre, constituent lecalcin.

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