INBDSTKIE BU VERRE EN BOHEME
en le brûlant sur pied pour extraire la potasse de ses cendres ; en Bohême , on en fait du verre.
La plupart des verreries de la Boliême sont au milieu des grandes forêts de sapins qui alimentent leurs fours. L’aspect de ces établissements est misérable , presque tous sont construits en bois. Quand l’un d’eux a dévoré les bois qui se trouvent autour de lui , il se transporte dans une autre partie de la forêt, où il reste jusqu’à ce que son aliment quotidien cesse de se trouver à sa portée.
Le prix du bois , en Bohême , varie entre 1 fr. 25 c. et 2 f. le stère; en France, il coûte de 5 à 9 fr. pour les établissements qui sont placés dans les meilleures conditions; aussi, tandis que la fusion de 185 kilog. de cristal brut, qui représente 100 kilog. de cristal marchand , coûte , à Baccaret , 20 fr. de combustible , la même quantité de verre est fondue en Bohême avec une dépense de éf. Celte somme représente, d’ailleurs , une quantité de bois presque double , le verre de Bohême étant bien plus difficile à fondre que le cristal.
Les matières premières qui entrent dans la composition du verre sont aussi , en Bohême , à un prix moins élevé qu’en France , quoique sa pureté soit au moins égale à celle de nos meilleurs produits. On sait que le verre fin de Bohême diffère de notre cristal en ce que ce dernier contient 30 à 35 pour 100 de plomb, tandis que le verre de Bohême ne contient point de ce métal. Sa composition varie peu , si l’on en juge par l’analyse de divers échantillons qui a été faite par M. Péligot, en 1837 et dans ces derniers temps; ce verre contiendrait, sur 100 parties, 75 de silice, 16 de potasse, 9 de chaux et des traces d’alumine provenant des creusets qui servent à la fondre. On ne fabrique point en France de verre à base de potasse et de chaux. Dans notre gobeletterie commune, la soude remplace la potasse contenue dans le verre allemand , elle donne à nos verres communs cette teinte verte qui les fait distinguer trop facilement de notre cristal et du verre de Bohême.
La silice est empruntée par les Bohèmes à un quartz hyalin qui se trouve à proximité de leurs verreries , tantôt sous la forme de cailloux roulés dans les torrents , tantôt sous celle de fragments anguleux dans la terre végétale. Pour introduire ce quartz dans la composition du verre , on le chauffe au rouge au moyen de la chaleur perdue des fours de fusion ; on le projette dans l’eau pour l’entonner, puis on le réduit en poudre dans des bocards de bois d’une construction trèsélémentaire; les têtes des pilons sont garnies de morceaux de silex de forme irrégulière , les métaux étant soigneusement
proscrits à cause de Ja coloration qu’ils donneraient au verre. !
IæüP chaux , qui est de très-bonne qualité , provient de la | calcination d’un calcaire saccharoïde très-abondant dans les j environs de Winterberg et dans la Moravie. La potasse qu’ils : emploient provient en partie des cendres de leurs bois et en j partie de la Hongrie ; celle qu’ils tirent de l’étranger nepaie, en entrant, qu’un droit insignifiant, alors que nos fabricants qui font du verre dans un pays qui ne fournit point de po- t tasse , paient pour cette matière première , qui leur arrive j grevée de frais de transport , un droit d’entrée qui varie en- ( trel9et23 fr. par 100 kilog. Aussi, la potasse coûte, en 1 îïance, le double de ce qu’elle coûte eu Allemagne. On ne w comprend pas dans quel intérêt l’administration maintient t des droits aussi élevés sur des matières que notre sol ne pro- ( duit point. Ne devrait-on pas , tout au moins, pour protéger U notre commerce d’exportation , établir un drawback sur le |l verre à base de potasse qui sort de France , en restituant au !• Fabricant les droits payés par la potasse employée dans son , travail?
Quant à la main-d’œuvre , on sait combien son prix est bas eu Allemagne, et surtout en Autriche, où l’homme n’a pas encore conquis l’indépendance intellectuelle et sociale dont ' 11 jouit en France et en Angleterre. Le salaire des ouvriers verriers de la Bohême n’est point le quart de ce qu’il est chez nous. Constatons celte différence, tout en nous félici- i tant d’un état de choses qui donne à notre classe ouvrière ] une juste rémunération de son travail.
C’est particulièrement dans la fabrication des produits qui ! exigent beaucoup de main-d’œuvre , telles que les perles de verre, les pierres artificielles, la lustrerie, que les Bohèmes arrivent à des résultats surprenants par le bas prix auquel Ils peuvent livrer ces produits, dont ils alimentent tous les marchés du monde, en dépit des droits d’entrée et des prohibitions. On voyait à l’exposition de Vienne, des articles d’une fabrique de Liebeneau consistant en boutons de verre, perles, bagues, flacons , etc., parmi lesquels se trouvaient des boutons de gilet , en verre noir taillé et moulé à ûü cent. j
la grosse ; des boutons d’habit en verre taillé à 1 fr. la grosse; 1
des boîtes en carton contenant 36 bagues en cuivre, montées .
avec des pierres artificielles en verre de couleur, taillé, à 80 cent, la boîte, etc. Dans cette localité, les hommes qui travaillent à la taille des perles et de la lustrerie gagnent 35 à !
cent, par jour ; les enfants 10 à 15 cent,; encore faut-il , i
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pour atteindre ces salaires, travailler fort tard et avec beaucoup d’habileté.
Les avantages des Bohèmes pour produire le verre à bon marché, sont diminués, toutefois, par la mauvaise organisation de leurs verreries et par la lenteur de leur travail. Leurs fours de fusion sont tous de petite dimension; ils contiennent sept à huit creusets qui ne reçoivent chacun que 55 à 70 kilog. de matière; la fonte du verre dure di.x heures. En France, elle n’exige que douze heures pour le cristal dans des creusets qui contiennent une quantité de matière beaucoup plus considérable; tandis qu’un four de Bohême produit par semaine 2,000 kilog. de verre, un four français en produit 36,000 kilog. Il est vrai que les verriers Bohèmes, qui font la gobeletterie, économisent le verre avec une habileté surprenante ; ils le cueillent avec des cannes très-légères, et ils soufflent la pièce creuse qu’ils veulent faire dans un moule en bois à deux compartiments , qui sont maintenus rapprochés par un aide.
Ainsi leurs pièces ne sont point empontées; on les ouvre quand il s’agit, par exemple, d’un gobelet, en écliauffant la zone de la portion qu’on veut enlever, au moyen d’une barre de ferre rougie, et en mouillant un peu le point où la rupture du verre doit avoir lieu. La calotte du gobelet étant ainsi séparée , on use les bords de la pièce à la roue de tailleur : ces bords, qui sont l’un des caractères des verres de Bohême , sont, à la vérité, anguleux, moins solides que ceux qui sont fondus et arrondis au feu, comme on le pratique dans toutes nos verreries ; mais cette manière de travailler économise beaucoup la matière première.
Comparant ensuite les verres de Bohême avec le cristal français, M. Péligot trouve que, si les verres blancs de Bohême sont quelquefois plus incolores que les cristaux français , cette différence ne se présente qu’exceptionnellement, et qu’en somme , teinte pour teinte , la fabrication française est, dans son ensemble , plus satisfaisante aujourd’hui que la fabrication de la Bohême.
Pour les verres colorés, dorés, argentés, décorés avec des couleurs de moufle , la supériorité des Bohèmes ne paraît pas contestable à M. Péligot. La plupart des couleurs actuellement en usage en France ont été découvertes chez eux. Mais telle est aujourd’hui l’habileté de nos fabricants , que l’examen de quelques échantillons d’un nouveau verre coloré suffit presque toujours pour qu’ils arrivent, d’une manière sûre et rapide, à la reproduction de cette couleur. Il y avait à l’exposition de Vienne plusieurs pièces surprenantes par leurs
dimensions et par les dilîicullés de leur exécution. Ainsi la fabrique de M. le comte de Harrach, à Neuwelt, l’une des plus anciennes et des plus importantes de la Bohême , avait envoyé deux grands candélabres couleur rubis , richement taillés et dorés , ayant environ 2 mètres ( 6 pieds ) de hauteur.
Pour les glaces, la France conserve sur l’Autriche une immense supériorité. On ne fabrique, en effet, dans ce pays, que des glaces soufflées , dont les plus grandes ont à peine la dimension de nos glaces coulées lesplus ordinaires ; la teinte et le poli de ces glaces laissent, en outre, infiniment à désirer. Néanmoins plusieurs des glaces qui se trouvaient à l’exposition de Vienne étaient remarquables au point de vue de l’art du verrier ; l’une d’elles, la plus grande, avait 2"'. 16 (6 pieds 1^2) de hauteur, sur I^.IO (3 pieds ü pouces) de largeur. On comprend à peine comment un homme , quelque robuste qu’il soit , peut arriver à souffler un cylindre de verre d’un tel poids et d’une telle dimension, qu’on puisse, en le développant, en tirer uiie feuille de verre aussi grande et d’une épaisseur suffisante pour être polie.