FABRICATION DES PERLES DE VERRE
est la même que partout ailleurs; les matières premières sont : la soude, la potasse et un sable siliceux qu’on trouve en abondance sur la côte la plus voisine de Venise. Les matières colorantes sont toutes empruntées au règne minéral, et tellement variées, que l’on confectionne des perles de plus de deux cents nuances différentes. Voici le procédé en usage ;
Lorsque la matière est en fusion, un ouvrier trempe dans le creuset l’extrémité de la canne et la rapporte chargée d’une certaine niasse de pâte; à l’aide d’un instrument de fer, il y pratique une large ouverture. Un second ouvrier applique contre le trou l’extrémité d’une autre canne garnie aussi d’un peu de verre en fusion, et tous deux s’éloignent promptement l’un de l’autre ; la pâte s’étend et finit par n’être plus qu’un fit percé d’un bout à l’autre, et plus ou moins gros, selon la longueur du chemin que les ouvriers ont parcouru avant le refroidissement de la matière. Ils filent ainsi quelquefois des tubes forés aussi fins qu’un cheveu et longs de plus de 33 mètres (100 pieds). On les casse par morceaux d’environ 65 centim. (2 pieds) de long, et ici commence le travail de l’ouvrier margaritarra. Celui-ci, à l’aide d’un couperet, divise le tube en petits morceaux dont la longueur est égale à son diamètre ; ces morceaux tombent dans un baquet plein d’une poussière de charbon et d’argile, qui, s’introduisant dans les trous des perles, s’opposent à ce qu’ils se resserrent lorsque pour les arrondir et en abattre les angles, on leur fait subir une seconde fois l’action du feu. Pour cet effet, on les introduit dans un cylindre de fer de forme ovale hermétiquement fermé , et à l’aide d’une manivelle, on les tourne sur le feu jusqu’à ce que le récipient soit rouge. Les perles légèrement ramollies, perdent leurs aspérités, et lorsqu’on les retire il ne reste qu’à les laver et à les appareiller selon leur grosseur, ce qui se pratique successivement par des cribles dont les trous sont de différents diamètres. On les livre alors à des femmes qui les enfilent par rangs de 15 à 16 centim. (6 à 7 pouces) de long.
On fabrique à Venise des perles dites à la main; les ouvriers qui exercent cette industrie travaillent à la lampe d’émailleur. Les cannes qu’ils emploient ne sont pas percées, et c’est en roulant la matière fondue à la lampe autour d’un morceau d’acier, qu’ils exécutent leurs perles, qui sont plus grosses, plus solides et plus chères que les simples rassades.
Fabrication des perles à broder de Venise.
Un ouvrier prend dans le four, avec la canne ordinaire des
verriers, une certaine quantité de verre fondu et le souffle en ' un cylindre creux, puis un autre ouvrier puise de même au bout de sa canne une petite quantité de verre et l’applique à l’extrémité opposée du cylindre qui vient d’être soufflé. Aussitôt ces deux ouvriers s’éloignent vivement en sens contraire l’un de l’autre, et forment ainsi un tube d’une grande longueur. Les tubes ainsi formés sont ensuite rompus en morceaux de 1 mètre (3 pieds) environ de longueur et assortis suivant leur diamètre.
Vient ensuite le découpage des tubes en tronçons plus petits qui s’opère au moyen de deux ciseaux battant l’un sur l’autre. A cet effet, l’ouvrier prend un certain nombre de ces tubes d’égal diamètre, autant qu’il peut en tenir entre le ! pouce et l’index, les amène entre les ciseaux et frappe sur ' l’un de ceux-ci avec l’autre main, afin d’en obtenir conslam- : nient de courts tronçons. Ces tronçons sont alors roulés dans 1 de l’argile sableuse île manière à remplir avec cette matière les petites cavités intérieures qu’ils présentent; puis on les j mélange avec du sable fin dans une grande bassine en fer, et | on les introduit dans un four où on les cbaufle jusqu’au i point où ils commencent à entrer en fusion, ce qui arrondit les bords des petits tubes et leur fait prendre une forme qui . les rapproche plus ou moins de celle sphérique. |
Après cette opération et lorsque les perles sont suffisamment refroidies, on enlève le sable et on verse les perles sur une planche inclinée à l’horizon, qui sert à les trier, et où celles qui ne sont pas rondes, celles qui se sont agglutinées f ensemble ou qui présentent de ces défauts se trouvent sépa- / rées de celles qui sont parfaitement rondes. Enfin le travail i! se termine par le polissage, qui s’exécute en les agitant dans f des sacs oblongs remplis de son.
Tissus de verre de MM, Diibus-Bonnel. |
On a pu voir, il y a quelques années, aux expositions publiques et dans le commerce, des tissus dans lesquels on avait inséré du verre filé et dont on devait la fabrication à MM. Dubus-Bonnel et Bajeux, de Lille. Ces tissus d’un très-bel éclat, surtout à la lumière, n’ont pu se soutenir à cause de quelques défauts qui les ont fait abandonner, mais il n’en est pas moins curieux de savoir comment on les fabriquait. Voici pour cet objet l’extrait du brevet pris par les inventeurs, à la date du 20 décembre 1836 :
Le verre ordinaire est soumis à l’action du feu produit par une . lampe d’émailleur, pour être filé très-fin sur une roue, et il est ensuite placé dans une caisse où l’on introduit de la vapeur à la plus haute température possible.
Le verre, sortant par une très-petite ouverture, se dévide sur une navette, elle-même bridante ou chauffée de 40® à 50® C.
Le verre est ensuite tissé sur un métier à la Jacquard, dans un appartement chauffé de 30° à 35® Réaumur.
Le peigne et le rot d’acier sont posés sur un tube en cuivre chauffé de même à 80°; cela suffit pour rendre le verre filé malléable au point de le tisser comme la soie et autres produits avec lesquels il peut être réuni.
A la date du 17 août 1837, les inventeurs ont pris aussi un brevet d’addition et de perfectionnement, dont voici les dispositions principales :
Le perfectionnement consiste à ne tilus employer ni vapeur, ni chaleur pour le tissage du verre.
Le verre, d’abord filé à la lampe d’émailleur, est ensuite posé pan mèches de 2 à 3 millim. (1 ligne 1^2) environ de grosseur, et longues de toute la largeur du tissu sur une barre en bois léger A, pl. 35, qui contient une gorge propre à retenir les fils de verre.
Cette barre, large de 4 centim. (1 pouce 122) et longue de 3 mètres (9 pieds) environ, est garnie de roulettes, afin de glisser sur la chaîne comme une navette.
Un support en bois est garni d’un couloir dans lequel glisse la barre de bois, avant que d’être lancée sur le métier à la Jacquard,
Une corde est attachée à la barre, et la fait revenir à son point de départ , après qu’elle a eu distribué le verre sur la métier.
Travail. — Un aide-ouvrier, après avoir placé une mèche de verre sur la barre, la lance entre les fils de chaîne.
L’ouvrier qui est sur le métier saisit le verre ; l’aide retire la barre au moyen de la corde, et, tandis qu'il la garnit d’une autre mèche de verre, le tisserand exécute son travail.
Il est facile de comprendre que ce moyen très-simple doit activer la fabrication de l’étoffe et la perfectionner par sa régularité.
Il fallait auparavant employer des crochets, dont le moindre inconvénient était de déchirer les fils de chaîne.