RECUIT DU VERRE
Quelles que soient la beauté et la bonne fabrication du verre; une troisième opération est indispensable pour lui donner les qualités requises : c’est le recuit. En effet, le verre se dilatant par l’action de la chaleur, et prenant du retrait par le refroidissement, il en résulte que si ce refroidissement n’est pas gradué ou se fait subitement, ce retrait se fait aussitôt sans permettre aux molécules de prendre l’arrangement qui leur est propre ; de là vient que leur cohésiop se trouvant moindre, le verre devient alors très-fragile. Si l’on fait refroidir à l’air des verres de 8 à 10millim. (3 à 4 lignes) d’épaisseur, ils se brisent souvent d’eux-mêmes en changeant de température, et sautent en éclats lorsqu’on veut les tailler au diamant, ou les user à la meule. C’est donc ce défaut d’arrangement et cet écartement de molécules, produits par un refroidissement trop subit, qui rendent le verre imparfait. Les silex nous en fournissent d’autres exemples : l’on sait que lorsqu’on veut les réduire en poudre on les fait rougir et on les jette ensuite dans l’eau; dans ce cas, le calorique écarte leurs molécules , et le refroidissement subit qu’ils éprouvent dans l’eau les conserve dans cet état d’écartement et diminue prodigieusement la cohésion. Le retrait du verre *se fait d’abord par ses deux surfaces, d’où il résulte que celui du centre n’est pas aussi fort : les larmes bataviques nous en offrent un exemple. Si le refroidissement du verre s’opère par gradation, le retrait est uniforme et lent, les molécules prennent l’arrangement qui leur est propre, et le verre est plus dur, plus pesant, bien moins fragile, et susceptible d’être usé et taillé. Cette opération du recuit du verre
«xige des soins et des précautions continuels, sans lesquels on courrait risque de ne pas réussir. Nous allons les indiquer.
On doit d’abord avoir des fours de recuisson qui doivent être chauffés au point de ne point ramollir les pièces, ce qui ne manquerait pas de les déformer; ils ne doivent point lion plus avoir un degré de température trop bas, parce que, le refroidissement n’étant pas assez ménagé, les verres seraient fragiles. D’un autre côté, les pièces de verre ne doivent être mises à la recuisson que lorsqu’elles ont acquis assez de dureté pour ne pas se ramollir et se déformer en les détachant de la canne, et les plaçant dans le four ; on attend qu’elles soient d’un rouge obscur.
On suit dans les verreries les deux modes de recuisson suivants :
Le premier consiste à introduire dans l’arche du fourneau de fusion ou dans un four particulier, les diverses pièces. Dès que tous les produits de la fonte y ont été placés, on bouche soigneusement toutes les ouvertures, on ne met plus de combustible, et on laisse refroidir le fourneau graduellement et complètement.
Le second se fait au moyen des petitsétuis en tôle épaisse, de 32 à 36 cenlim. (12 à 13 pouces) de longueur sur 24 centim. (9 pouces) de largeur, qui sont enchaînés ensemble par leur côté le plus étroit, et disposés circulairement dans un long fourneau, qui est ordinairement une dépendance ou bien est contigu au four de fusion qui l’alimente et dont la température va en décroissant jusqu’à l’ouverture destinée à sortir les pièces soufflées, dont la chaleur diffère peu de celle de l’atmosphère, en été. Ce refroidissement permet de les prendre avec les mains et de les transporter ainsi au magasin. On tire ces étuis vers l’ouverture au moyen d’une poulie à manivelle, on en tire alors les pièces de verre, et l’on rattache l’étui à la queue de ceux qu’on remplit. Il est aisé de voir que les étuis ou coffres circulent ainsi autour du fourneau, tantôt pleins et tantôt vides.
L’expérience a démontré que le recuit n’est pas uniforme pour toutes les espèces de verre, et que ceux dans la composition desquels entre le minium (les cristaux) sont les plus faciles et les plus prompts à recuire. Après cela viennent ceux dans lesquels entre la chaux. Il est en effet démontré que cet oxyde terreux rend les verres moins friables, même quand ils sont mal recuits, et leur donne la propriété de supporter, sans se casser, le passage du chaud au froid, et vice versâ. C’est pour cette raison, et ù cause de sa propriété fondante,