‹ Nouveau manuel complet du verrier et du fabricant de glaces, cristaux: pierres précieuses factices, verres colorés, yeux artificiels, etcChapitre 110 sur 127 · FUSION DU VERRE · texte numérisé non relu

FUSION DU VERRE

Lorsque la fritte est terminée et que les creusets de fusion sont bien consolidés sur leurs sièges et bien incandescents, on prend la fritte, rouge cerise de chaleur, avec une pelle de fer appropriée à cet usage , et on l’introduit , par les puvreaux, dans les pots, jusqu’au tiers de leur contenance ;

Fusion du verre. 2S3

on replace alors les tuiles aux ouvreaux, et l*on augmente le feu, afin d’en opérer le plus promptement possible la fusion. Nous ajoutons à cela que la flamme doit être bien active lorsqu’on projette la matière dans les pots, sinon il existe alors beaucoup plus de fumée, laquelle, jointe aux substances combustibles qui peuvent n’avoir pas été complètement incinérées par la fritte, donne au verre une teinte plus ou moins grise et quelquefois noirâtre , qu’on ne détruit que par l’addition du nitrate de potasse. M. Bastenaire attribue cette décoloration à l’effervescence accompagnée de bouillonnement que ce sel produit dans la masse vitreuse, due au dégagement de l’acide nitrique, qui facilite en même temps celui des parties colorantes. Nous sommes loin de partager cette opinion. Nous savons que le nitrate de potasse (sel de nitre) étant exposé à une haute température, son acide se décompose et donne lieu à un dégagement d’oxygène et de deutoxyde d’azote; ce sont ces gaz qui produisent le bouillonnement, et le premier, comme unique agent de la combustion, porte en partie sur les matières colorantes, et les détruit en les brûlant.

Lorsque ce verre est complètement affiné, ce que l’on reconnaît quand il est bien net, transparent, sans bulles, et dans un état de fonte tranquille, on y ajoute de nouvelle fritte, toujours dans un état de chaleur rouge, afin d’avoir un verre plus homogène, et de ne pas casser les creusets, par une diminution subite de température (1). Nous ajoutons qu’il vaut mieux multiplier les fontes , en mettant peu de matière à la fois, afin que la fusion soit plus prompte ainsi que l’affinage, et que le verre en soit plus beau ; tandis que si l’on en met trop à la fois, la fonte est plus longue à obtenir, et l’alfinage bien plus difficile ; il vaut donc mieux introduire la fritte en cinq fois dans les creusets qu’en une seule. Il y a encore une autre observation à faire, c’est de ne pas mettre plus de matière vitrescible dans un creuset que dans l’autre, afin qu’il n’y ait aucune différence dans la fusion, ce qui aurait lieu, dans un même temps donné, si l’on mettait plus de matière dans l’un que dans l’autre. Il faut aussi, pour qu’il n’y ait aucune différence dans la fusion de tous les creusets, qu’il leur soit communiqué une chaleur égale, ce qui exige un tiseur intelligent pour la conduite du feu, car cette inégalité de chaleur, dans le fourneau, serait cause que lorsqu’on voudrait fabriquer une pièce d’œuvre avec du verre

(i) L'on peut s’assurer aussi du degrd d’affinage en prenant du YOTte fondu avec |() Wrdeline, et l’examioant lorsqu’il est refroidi.

Fabricant de Verre, SJ3

tiré dans deux pots, qui seraient exposés à des températures différentes, les pièces pourraient avoir un aspect disparate qui, dans les appareillages, les feraient aller difficilement ensemble. Au reste, l’on doit faire en sorte de fabriquer le moins possible de pièces avec des verres différents, parce qu’ordinairement ils se soudent mal, et que l’ouvrage est alors trèsfragile, surtout quand on soude du verrG ordinaire avec des verres métalliques. La durée de chaque fonte est en raison directe de la quantité de matière que l’on introduit chaque fois dans le creuset (1). Une fois que toute la matière y est introduite, et que l’on a reconnu soit à l’aspect, soit par le moyen de larmes tirées par la cordeline, que le verre est fin ou bien affiné , on diminue la température du four en mettant moins de combustible, ou même en cessant d’en mettre, suivant que le verre est destiné au soufflage ou au coulage ; le verre prend alors plus de consistance ; mais afin qu’il n’en prenne pas trop tant que le soufflage dure, et pour que cette consistance soit égale pendant tout le temps de fh durée, qui est de cinq à vingt heures et même au-delà, suivant la quantité de matière et la nature des ouvrages qu’on fabrique, il faut entretenir la température du four au même degré, quoique au-dessous de celui de la fusion et de l’affinage. Lorsqu’on emploie des soudes et potasses qui contiennent des sels et autres substances non vitrescibles, elles paraissent à la surface du verre d’où on les enlève avec une sorte d’écumoire : c’est ce qu’on appelle fiel de verre.

Dans les verreries, il existe deux méthodes de conduire les fontes, l’affinage et le travail du verre.

Par la première, chacune de ces trois opérations s’opère en même temps dans tous les pots ; elle exige un feu actif ; c’est ainsi qu’on fait les bouteilles, et le verre à vitres ordinaire et demi-blanc.

Par la seconde , on affine dans une partie des pots, pendant qu’on travaille le verre dans d’autres. Dans ces dernières verreries, le degré de température des fourneaux n’est pas aussi élevé que dans les premières. Les pots sont plus petits que les autres, et le plus souvent au nombre de huit.

Si la fabrication, dit M. Loysel, est un verre à fondants purement alcalins, comme pour les compositions de sable, de chaux et d’alcali, 11 faut employer plus de fondant pour opérer la vitrification, et il en reste une plus grande quantité dans la composition du verre qui, par là, est tendre et sujet

(i) L'intervalle que l’on observe entre l'introduction do nouvelle quantité de fritte se potnnttt intirvfiUvtlefi/ntç,

RECUIT DU VERREJ

à se décomposer. Cette méthode, ajoute-t-il, doit être restreinte à quelques fabriques particulières dont les compositions sont fortement’chargées de rognures de verre, de laves, de basalte, etc., ou encore dans quelques verreries à cristaux dont les compositions contiennent des oxydes métalliques. Dans ce dernier cas, la dépuration du verre est lente et à un degré de feu seulement suffisant pour ramener successivement les diverses parties du verre à la surface en contact avec l’air, ce qui lui procure plus de blancheur. On profite quelquefois de cet intervalle pour le travail du verre d’une partie des pots, tandis que la dépuration se fait dans d’autres.

Lorsque nous parlerons de chaque verre en particulier, nous ferons connaître les variations qu’on est obligé de faire éprouver au mode de fabrication.

Page 1