‹ Nouveau manuel complet du verrier et du fabricant de glaces, cristaux: pierres précieuses factices, verres colorés, yeux artificiels, etcChapitre 2 sur 127 · À LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET · texte numérisé non relu

À LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET

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INTRODUCTION

La découverte du verre est un des plus beaux présents que le hasard ait fait à l’homme, car tout nous porte à croire que cette découverte, comme un grand nombre d’autres, est plutôt le fruit du hasard que du génie. Il est impossible de remonter à son origine; nous savons seulement qu’elle date de la plus haute antiquité, et que le verre fut connu des Hébreux, puisque Moïse en fait mention dans la Bible. Le verre était alors classé parmi les objets les plus précieux : saint Jean dit (1) qu’au devant du trône de Dieu, ü y avait une mer de verre semblable à du cristal. Ailleurs] il annonce (2) que le bâtiment de la muraille de la cité céleste était de jaspe, mais que la cité était d'or pur, semblable à du verre très-pur. On trouve aussi dans le livre de Job (3) que l’or ni le verre ne sont point égaux à la sagesse de Dieu" Cette comparaison tend à démontrer non-seulement l’antiquité du verre, mais encore le prix qu’on y attachait.

Ces témoignages de l’antiquité du verre ne constatent pas l’époque de sa découverte. Haudicquer de Blancourt (4) l’attribue à Tubalcain, parce que, dit-il, étant le premier qui a travaillé les métaux, il n’a pu éviter d’en réduire quelquesuns à 1 état de verre. Ferrandus Imperutvs dit qu’il fut du à l’action d’un feu violent dans les fourneaux, qui dût vi tri—

(1) Apocalypse , cbap. IV, y. 6.

(2) Cbap. XX, y. 18 de la Cité céleste •

(3) Cbap. XXVIII, ▼. 17.

(4) Art de la Verrerie .

Fabricant de Ferre, a

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fier les terres dans certaines circonstances. Quelques auteurs des temps reculés assurent qu’Hermès fit connaître la fabrication du verre aux Egyptiens, et que, depuis, ces peuples se sont rendus très-célèbres dans cet art (1), au point que Flavius Vospicus, en parlant d’Alexandrie, dit que personne n'y vit dans l'oisiveté , les uns y faisant du verre, etc. L’auteur de Y Essai sur les Merveilles de la Nature assure que le limon du lac Gendovia, situé au pied du mont Carmel, fut la première matière qui servit à faire le verre. « Des mariniers, dit-il, voulant faire un trépied à leur marmite, descendirent à la plage de ce lac, prirent de ce sable, qu’ils mêlèrent avec du nitre dont leur nef était chargée, et faisant feu sous la marmite, ils virent couler une noble liqueur comme cristal glissant, ou pierreries fondues , d’où ils apprirent à faire le verre. » L’anecdote, rapportée par Pline, des marchands jetés par la tempête sur les bords du fleuve Bélus, etc., paraît une répétition de la précédente, et ne mérite, sans doute, pas plus de croyance. Il paraît que l’on a cru à cette origine du verre, parce que Agricola (2), Strabon (3) et Pline (4), disent que le sable des bords de ce fleuve est trèschargé de nitre (c’est ainsi qu’on appelait alors le natrorf), et qu’il se convertit aisément en verre dans les fourneaux. Ce fait n’offre rien d’extraordinaire : nous savons qu’il existe en Egypte, dans la Hongrie, etc., un grand nombre de lacs de natron ; ne serait-ce pas à cette circonstance que les Egyptiens durent leur facilité pour la fabrication du verre ? Chez les Romains, les ouvrages très-transparents en verre étaient considérés connue des objets très-précieux. L’histoire rapporte que Néron paya 50,000 francs deux coupes de verre

(1) Les Egyptiens aval it atteint une certaine perfection dans la fabrication des verres incolores et colorés, ainsi qu’on peut le voir dans les différents ouvrages qu'oo rencontre dans les cabinets des curieux, au Musée, Galerie Passalacqua, etc.

(2) Traité des Fossiles i

(3) Lib. XIU

(4) Lib. VI,

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aveç.leurs anses; cela prouve qu’ils n’étaient pas encore bien habiles dans cette fabrication, et dément l’anecdote du verre malléable présenté à Tibère, rapportée par Pline, Cassius et Isidore, qu’ils racontent de la manière suivante : Un architecte ayant relevé d’une manière admirable un grand portique qui penchait d’un côté, et rassuré ses fondements, Tibère le paya et le fit chasser de Rome avec défense d’y entrer. L’architecte ayant trouvé le moyen de rendre le verre malléable, s’empressa de revenir à Rome et de le présenter à ce prince. Celui-ci lui ayant demandé si quelqu’un connaissait son secret ; sur sa réponse négative, il lui fit couper la tête sur-le-champ, de crainte que, son secret étant divulgué, le verre, s’il était malléable, ne devînt plus précieux que l’or. Haudicquer de Blancourt, qui est disposé à ajouter foi à tous les récits merveilleux, sans aucun examen, dit qu’un savant présenta au cardinal de Richelieu une statue en verre malléable, et que, pour des raisons politiques qu’il crut avoir, pour les conséquences de ce secret, il condamna l’auteur à une prison perpétuelle. Enfin toute la secte alchimique, si enthousiaste du merveilleux, et qui était fermement persuadée que rien ne pouvait échapper à ses investigations, attribuait cette prétendue malléabilité du verre à son élixir liane, avec lequel on pouvait convertir aussi les cristaux en vrais diamants très-fins, et, avec V élixir rouge , en rubis fins et autres pierres précieuses. Nous ne pousserons pas plus loin ces rêveries des alchimistes; l’esprit philosophique les a réduites à leur juste valeur.

L’usage des vaisseaux en verre était connu bien avant le verre à vitre. Il paraît que celui-ci ne date que du troisième siècle , et qu’il ne devint même commun que longtemps après (1). Insensiblement on a abandonné les plaques de mica ou de corne, qui servaient de vitres, et l’emploi de

(i) Falconers paper on this tubject, Manchester s mémoire, U, 95, and P, Mentît préfacé to hit latin translation of flerïs art of glati making .

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celles en verre les a remplacées, depuis le palais des rois jusqu’à l’humble chaumière ; enfin les ouvrages en verre ont été si multipliés , et leur fabrication a été portée à un tel point de perfection, que ce genre d’industrie est un des plus remarquables de l’exposition des produits industriels français. On comptait il y a trente ans en France environ cent quatre-vingt-cinq fabriques de verreries de toute espèce, dont M. le comte Chaptal a évalué le produit à 20,500,000 francs. Sur cette somme, le cristal peut être porté pour une valeur de . 2,500,000 fr.

Le verre blanc, carreaux de vitre, gobe» letterie, etc., pour celle de . 8,000,000

Le verre noir . 10,000,000

Le combustible forme généralement un dixième de la valeur ; la main-d’œuvre , environ un quinzième ; la matière première, un tiers. L’entretien des pots, les frais d’établissement, et le bénéfice du fabricant, le reste.

Lorsque l’on commença à fabriquer la verrerie en France, nos rois, voulant encourager cette branche importante d’industrie , reconnurent pour gentilshommes ceux qui travaillaient à cet aft, et leur accordèrent de grands et beaux privilèges dont le principal était de travailler eux-mêmes et de faire travailler à cette fabrication, sans déroger à leur noblesse ; aussi les nobles verriers ne reçurent-ils ensuite que des gentilshommes pour verriers. Bientôt on se relâcha un peu sur ce point, et, par la suite, les nouveaux verriers crurent qu’il suffisait d’avoir obtenu un privilège de fabrication de verre pour être anobli. Le peuple les crut sur parole, et la noblesse, alors passablement ignorante, se contenta de les qualifier de savonnettes à vilain. La révolution fit disparaître tous ces privilèges, et les nobles comme les plébéiens jouissent des mêmes droits, et ne se distinguent entre eux que par la supériorité de leurs produits.

On a beaucoup écrit sur l’art de la verrerie, mais la plu-

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part des ouvrages qui ont paru sont empreints de vieilles routines et de rêveries alchimiques ; quelques-uns cependant offrent des pratiques utiles. De nos jours Loysel est le premier qui s’est attaché à porter dans cet art le flambeau de la chimie; après lui, Bastenaire-Daudenart s’est appliqué aie mettre plus au niveau des connaissances actuelles; il a donc rajeuni les préceptes de Loysel, et y a ajouté ceux qui ont été le fruit des travaux plus récemment entrepris. Il est à regretter que cet estimable auteur n’ait pas eu des connaissances chimiques plus étendues; cependant, son ouvrage, tel qu’il est, contient d’excellentes choses, et nous n’hésitons pas à avouer que nous lui avons fait de nombreux emprunts, de même qu’à celui de M. Loysel, et aux Mémoires de MM. Laugier et Mérimée, etc. Nous avons puisé aussi dans les meilleurs ouvrages de chimie, français et anglais, tout ce qui pouvait contribuer à jeter un nouveau jour sur cet art important.

Pour plus d’ordre et de clarté, nous avons divisé ce travail en cinq parties.

La première embrasse l’étude et la préparation des oxydes terreux (alumine, silice), métalliques et alcalins (potasse et soude), ainsi que des acides et des sels qui sont employés dans la fabrication des verres blancs et colorés.

La deuxième partie comprend trois sections: la première est consacrée à la construction des fours divers de verrerie, d’après les principes modernes de la chimie ; la deuxième, à la fabrication des creusets ou pots ; et la troisième, à la théorie de la combustion et à l’emploi des combustibles.

La troisième partie se divise en deux sections : la première comprend la fabrication des verres divers, la connaissance de ses imperfections , les moyens d’y obvier, la manière de graver et d’incruster dans le verre, de faire les yeux artificiels, etc.; la seconde traite des verres colorés. Cette partie était portée dans le seizième siècle à un point de perfec-

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tion où nous n’avons pu encore atteindre, comme l’attestent les vitraux de l’église de Saint-Ouen de Rouen, de Saint- Just et Saint-Paul à Narbonne, de Notre-Dame, et de tant d’autres églises d’une architecture gothique.

La quatrième partie se rattache à la fabrication des glaces, à leur dégrossi et douci, à leur polissement et à leur mise au tain.

La cinquième partie renferme l’imitation du diamant et pierres précieuses, au moyen du strass coloré par des oxydes ou des sels métalliques.

Pour mettre cet ouvrage au niveau des connaissances actuelles, et justifier la bienveillance dont le public et les journaux ont constamment honoré nos productions, nous avons cru devoir nous livrer à un grand nombre de recherches, et nous convenons avec franchise que, loin de chercher A nous approprier le travail d’autrui, par le seul changement de quelques mots, ou en cherchant à déguiser leur pensée, nous avons préféré rendre à chacun ce qui lui est dû, transcrire littéralement ce qu’ils ont publié de meilleur, et indiquer scrupuleusement les sources où nous avons puisé. L’impartialité a réglé notre conduite, et imposé silence à l’amour-propre, parce que, dans l’étude des sciences et la pratique des arts, le but principal doit être de contribuer à en reculer les bornes, et non de calculer sur le degré de gloire qui doit nous en revenir. A l’exemple des Lavoisier, des Berthollet et de plusieurs autres chimistes célèbres, un auteur ne doit jamais oublier qu’il écrit pour l’utilité publique, et nullement pour tirer vanité de ses productions.

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