APPLICATION DES ALCALIS
tournant sur pivot, et placé au centre d’une forte table de pierre. Le mouvement de rotation qu’on lui communique imprime à chaque meule deux mouvements :
1° Le mouvement de rotation sur elles-mêmes.
2° Celui qu’elles subissent en décrivant un cercle sur la table de maçonnerie sur laquelle elles roulent.
L’axe de chaque meule doit être ajusté de manière que la meule puisse hausser ou baisser, suivant le besoin.
L’une de ces pierres ou meules est plus rapprochée dé l’arbre vertical que l’autre, de manière qu’elles occupent ainsi une plus grande étendue sur la table, et écrasent plus de matière. A l’aide de deux ramoneurs qui suivent les meules dans leurs mouvements et conduisent sans cesse, la soude sous leur passage est écrasée dans tous les sens. Le ramoneur extérieur est garni d’un chiffon de toile qui frotte contre la bordure ou contour de la table, et entraîne le plus de matière qui aurait resté dans l’angle de ce contour.
, Lorsque la soude est broyée, on la passe au tamis fin à réseaux métalliques, l’on remet les grugeons sous la meule avec de nouvelle portion de soude, et l’on continue cette opération au fur et à mesure que l’on fabrique. Nous ne conseillons pas de réduire toute la soude que l’on a en poudre, et de la conserver ainsi en magasin, parce que cet alcali pulvérisé absorbe plus facilement l’acide carbonique de l’air.
Des qu’on a réduit la soude en poudre fine, il faut la lessiver; mais il faut s’y prendre différemment que pour ia potasse, puisque la soude se tasse bien plus fortement que les cendres, et rend par conséquent l’écoulement de la lessive bien plus difficile à s’opérer.
Loysel et Baslenaire-Daudenart ont proposé à ce sujet des appareils compliqués et plus ou moins dispendieux, que nous croyons ne pas devoir adopter. Nous allons doncen proposer de beaucoup plus simples et peu coûteux, puisqu’ils se réduisent à quelques cuviers de bois, comme pour le lessivage des terres salpètrées.
On prend une série de baquets en bois de pin, d’une grandeur relative aux besoins de la fabrique; on les dispose sur un massif à pied au-dessus du niveau du sol; on place aux deux tiers de leur profondeur un robinet en bois. On met dans chacun de ses baquets environ le quart de leur contenance de soude en poudre, sur laquelle on verse un volume d’eau égal h la moitié de cette même contenance; on agile de temps en temps ce mélange avec une espèce de râteau de bois, afin de favoriser la solution des sels contenus dans la soude brute. Après un séjour d’environ une heure et demie,
IOÔ PREMIÈRE PARTIE.
on ouvre le robinet, et l’on évacue ainsi la liqueur claire, qui est conduite par une rigole dans un réservoir commun ; on verse de nouvelle eau sur le résidu, l’on agite et on la soutire de nouveau : l’on continue ainsi jusqu’à ce que ce liquide ne se charge plus de rien. On enlève alors le résidu de la soude brute ou charrie de soude , et on la met à part pour l’employer comme fondant dans la fabrication du verre commun.
Les secondes et dernières eaux de lessivage sont recueillies dans un autre réservoir, et lorsque les baquets sont chargés de nouvelle soude, on jes y verse dessus au lieu d’eau commune. Dès lors, après une ou deux heures de macération, elles sont évacuées dans le premier réservoir. Il est bon de faire observer que ces lessives, quoique claires, entraînent des substances végétales et charbonneuses dont on les débarrasse en les faisant passer à travers un filtre de paille avant d’arriver au réservoir. L’on continue ainsi jusqu’à ce qu’on ait lessivé toute la soude que l’on veut. Lorsque la lessive contenue dans le premier réservoir est bien claire et qu’elle a bien déposé toutes les impuretés dont elle était chargée, on la fait passer au moyen d’une pompe dans un réservoir n° 3, placé à quelques pieds au-dessus du niveau des chaudières.
Ces chaudières doivent être au nombre de deux, et en plomb ; l’une est nommée préparante, et l’autre réduisante. On les place sur des fourneaux construits d’après les nouveaux principes. Les chaudières doivent être faites de manière à ce qu’elles présentent une grande surface et peu de profondeur afin de favoriser l’évaporation de l’eau. Tout étant disposé, on remplit ces deux chaudières de la lessive claire (1) contenue dans le bassin supérieur, n° 3, et l’on pllurae les fourneaux pour porter et entretenir la lessive à l’ébullition : au fur et à mesure que l’hydrochlorate de soude cristallise à la surface de la liqueur de la réduisante ; on l’enlève avec une écumoire. On doit y placer aussi un double fond en osier, suspendu, que l’on enlève pour retirer les portions de ce sel qui se sont déposées ; lorsque la lessive de la réduisante est assez concentrée, on ouvre un robinet qui la distribue dans des vases en bois, nommés cristallisoires, que l’on place dans un lieu frais pour favoriser la cristallisation. Une fois qu’elle s’est bien opérée, on enlève les eaux-mères, on les réunit et on les verse dans les chaudières.
(x) La liqueur doit être claire; si elle était trouble, elle pourrait dépoter, sur les pa* rois de la chaudière, une couche terreuse qui en opérerait la fonte»