FOURNEAU DE VERRERIE ANCIEN
est celui où se fait la fritte. Ce fourneau, fig. 1 , est fait comme un four, haut de 5m.30 (10 pieds) et large de 2m.50 (7 pieds) ; ce four a deux voûtes : l’inférieure, marquée A, est celle où se fait le feu, ayant un trou au sommet par où passe la flamme qui entre dans la voûte supérieure, marquée B, où elle forme un réverbère qui réfléchit sur les matières à faire la fritte, qui sont à nu sur l’aire de ce four, où l’ouvrier a soin de les remuer avec un râteau de fer, jusqu’à ce qu’elles soient vitrifiées et préparées en leur perfection. Cette voûte supérieure doit avoir une ouverture fort grande pour remuer plus facilement la fritte, au lieu que l’ouverture de l’inférieure doit être petite, ne servant qu’à jeter le bois pour maintenir un feu continuel et en retirer la cendre.
Du temps d’Agricola on ne se servait que de charbon dans les verreries ; mais l’usage du bois dont on s’est servi depuis, est beaucoup meilleur -, car, étant employé très-sec, il ne donne aucune fumée comme fait le charbon, qui cause toujours de l’obscurité au verre.
Les masses qui paraissent auprès de ce four, marquées C, sont celles de la fritte, qui se tirent du four, et qui se cassent lorsqu’elles sont trop grosses, pour être plus commodes à mettre dans les pots du grand fourneau, pour y être purgées et ensuite employées aux ouvrages que l’on veut.
Le second fourneau, ou plutôt four, dont parle Agricola, est celui où les ouvriers travaillent ; mais la description qu’il en fait n’est pas juste, parce qu’il fait tous ces fours ronds, et ils ne le doivent être qu’au-dedans, et le dehors ovale. Il ajoute encore deux gueules en forme de cheminées, par lesquelles le serviteur jetait le charbon jour et nuit, ce qui n’est plus en usage, puisque l’on se sert, en général, du bois sec dans toutes les verreries, ainsi que nous l’avons dit ; ce qui rend inutiles les grilles de fer qu’il place sur le trou et au cendrier.
Ce four, dont le diamètre doit être proportionné à la hauteur, est divisé en trois parties, toutes trois faites en voûtes. Celle du bas, marquée A, fig. 2, est l’endroit où le serviteur jette le bois pour entretenir un feu continuel et sans fumée, et ce four inférieur s’appelle couronne, et l’ouverture glais ; mais il n’y a ni grille ni cendrier, le bois se jetant sur les charbons que l’on a soin de retirer lorsqu’il y en a trop, avec une grande pelle de fer creuse. Ce four fait en couronne, auquel Agricola ne donne qu’un trou au milieu du haut, d’environ 33 centim. (1 pied) de diamètre, en a néanmoins plusieurs tout autour, par lesquels sort la flamme qui entre dans le second four du milieu, où sont les pots remplis de matière pour la fabrique du verre, marqués E, sur lesquels cette flamme réfléchit et réverbère continuellement.
■> La seconde partie de ce four, marquée B, et dont la voûte est ronde, est celle qui sert aux ouvriers. Agricola donne à chaque four huit arches, cependant il y en a de six ; entre chaque arche il y a une ouverture en forme de fenêtre faite en arcade, marquée C , appelée grand ouvreau , par oit se mettent et retirent les pots qui contiennent le verre; ces grandes ouvertures sont fermées chacune d’un couvercle de même terre et tuile dont le four est fait, pour mieux conserver la vue des ouvriers de la trop grande chaleur du feu, et pour la retenir davantage dans le four. Au milieu de chacun de ces couvercles il y a un trou ou orifice, appelé petit ouvreau, qui est un peu plus grand que la paume de la main, par lequel les ouvriers cueillent avec leurs cannes ou felles, le métail teint ou repurgé de leurs pots, dont ils font tels vaisseaux qu’ils désirent. Il sert aussi à échauffer les ustensiles dont ils ont besoin, et qui sont soutenus par des crochets mis exprès aux côtés de ces ouvertures, qui s’appellent, selon les termes de la verrerie, petits ouvreaux.
L’endroit où sont les pots dans ce four s’appelle aire ou siège; il y en a toujours deux à chaque ouvreau dans les petites verreries. L’un, qui est le plus petit, est plein de verre purgé et propre à travailler ; et l’autre, qui est plus grand, est rempli de verre qu’il faut purger, ainsi que nous l’expliquerons en son lieu. Le petit pot étant vide, on le remplit aussitôt de la matière du grand, lorsqu’elle est purgée, avec une cuillère de fer. Le grand étant vide, on y remet ensuite de nouvelle matière à fondre et à purger, ce qui se fait alternativement pour ne pas faire attendre les ouvriers, et afin qu’ils en aient toujours qui soit en état de les occuper.
La voûte supérieure de ce four, marquée D, qui est audessus de celle où se fond le mélange et où les ouvriers travaillent, sert à mettre les vaisseaux de verre aussitôt qu’ils sont faits, pour s’y refroidir doucement, cet endroit ayant une chaleur tempérée, autrement ces vaisseaux se casseraient s’ils restaient à un air plus froid.
Le troisième fourneau dont parle Agricola, auquel il donne une forme carrée, et qui sert, dit-il, a faire les verres verts, n’était plus en usage, même au commencement du dix-septième siècle. Le même auteur donne aussi diverses formes de fourneaux dans son livre de la matière des métaux.