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CHAPITRE XXVII LA MOSAÏQUE

Si Ton emploie parfois, principalement dans la mosaïque architecturale, des fragments de pierres naturelles, de marbre, même de terre cuite, comme on en a retrouvé des exemples dans des mosaïques anciennes, il est beaucoup plus fréquent de faire usage de matières vitrifiées pour composer les mosaïques murales, de plafonds et de voûtes, ainsi que celles qui entrent dans la fabrication de certains meubles et des bijoux.

Ces matières vitrifiées sont en réalité des fragments de verre ou d'émail colorés diflTéremment, et dont la composition peut varier dans de grandes limites ; à Rome, où existent depuis fort longtemps des fabriques de mosaïque très importantes, on fait usage de la composition suivante :

Sable 130

Salpêtre "6

Minium 60

Carbonate de soude . 40

Fluorure de calcium 30

Groisil ou émail pilé. ....... 50

La pâte formée par ces matières pulvérisées, et délayées dans Peau est colorée, selon la nuance voulue, par l'addition dans la masse d'une proportion plus ou moins grande d'oxydes métalliques tels que

le manganèse pour le violet, le cobalt pour le bleu, le cuivre pouii le- rouge et le v^ft,/lô:mckel pour le brun, le platine pour le gris, Turane pour le jaune et le noir, etc. (1).. , • <. .1 s .* :

La pâte séchée, pulvérisée et mise dans un creuset est fondue dans un four analogue à ceux des verriers; la fusion de Témail donne une masse pâteuse que l'on verse sur un marbre froid et qui fournit un pki^teau ou galette. Avant que celui-ci soit complètement solidifier on le transporte dans ime arche à refroidir, qui- est chauffée par les chaleurs perdues du four et oii. la température de l'émail ne s'abaisse que lentement^ Oe recuit, qui a pour but d'établir réqullibre moléculaire de la masse vitrifiée, demande à être conduit avec beaucoup de soin, par les moindres effets de trempe rendent le verre très fragile «et sujet k s^émietter quand on le divise. L'émail doit donc être parfaitemient recuit pour se prêter à une. inigm^tation régulière; il .doit en outre être d'uiï. poids spécifique peu élevé, absolument opaque et présenter un aspect ni trop sec^ni trop brillant.

Une fois refroidi, le gâteau d*émail est divisé en fragments à peu près cubiques au moyen d'up marteau à trancnant [martellina] ; l'ouvrier a devant lui un outil ou coupoir (tagliolo) encastré verticalement dans un blpc de bois ou de pierre (fig- 234) ; il pose le gâteau à. plat sur le tranchantde ce coupidir et à l'aide de son marteau applique un coup séc sur l'émail. Une bande se détache, qu'il recoupe ensuite de la même façon dans une direction perpendiculaire, il obtient ainsi de petits fragments de dimen-

(1) Voir l'artiole Virrts colorég, chap. XXÎIf

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siona vitriahleN suivant le degré de finesse de la m salque à composer, et que l'on appelle smalles.

Fig. 234. — Coupoir pour la taille

Les smaltes ne doivent pas être absolument cubiques ou prismatiques, il convient de leur donner une [orme légèrement pyramidale nlin de faciliter leur pénétration dans le ciment, la face la plus large étant celle qui doit rester apparente quand la mosaïque est terminée.

On se sert souvent, surtout pour les Fonds, de smaltes dorés ou argentés; le plus ancien procéda pour les obtenir, le meilleur aussi malgré ses incon' vénients, consiste k verser l'émail fondu sortant du creuset, sur une feuille d'or ou d'argent excessivement mince étendue sur une plaque de marbre.

Le gâteau d'émail, avec sa feuille de métal précieux adhérente, est refroidi dans l'arche h recuire comme il est expliqué ci-dessus, mais auparavant on a soin de couler une mince couche de verre transparent à la surface du métal, pour le protéger.

La division du gâteau en smaltes s'opère au marteau, et à Taide du coupoir, comme pour Témail de couleur ; mais il arrive souvent dans cette opération que la couche de verre rapportée, et aussi la feuille métallique, se détachent de la masse sous le choc du •marteau.

Les smaltes constituant une mosaïque sont réunis entre eux et à la surface qui leur sert de soutien au moyen de ciments. Suivant leur destination ces ciments sont de diverses sortes : le ciment de fond, le ciment d'implantation et le ciment au mastic.

Le premier, destiné à constituer la couche de fond sur laquelle s'appuient les éléments de la mosaïque, présente en Italie la composition suivante :

Pouzzolane pulvérisée. . 40,5 parties (en poids)

Chaux éteinte 8,5 — —

Brique pulvérisée . ... 4,5 — —

Eau 1 — —

(La pouzzolane est une scorie provenant de la décomposition d'une roche volcanique).

Le ciment d'implantation, formant la couche dans laquelle on implante les smaltes et qui doit constituer les joints, a une composition analogue au précédent, avec cette différence que la chaux y entre en plus grande proportion et qu'il est délayé avec plus d'eau :

Pouzzolane 8,5

Chaux éteinte 10,5

Brique pulvérisée 4,5

Eau 3

Le ciment au mastic, ou simplement mastic, est composé de la manière suivante :

Chaux. . . , 25

Travertin en poudre 60

Huile de Un crue 10

Lie d'huile de lin cuite 6

Le travertin est une roche calcaire commune en. Italie et que l'on rencontre aussi en France. Il peuL être remplacé par d'autres calcaire? ayant un degré de finesse analogue.

A défaut des ciments ci-dessus, les mosaïstes emploient souvent le ciment ordinaire, le cjmpnt de Portland et les divers ciments hydrauliques; les qualités essentielles qu'on doit demander à ces sûostances sont la finesse, une bonne adhérence, la stabilité dans la constitution moléculaire et la résistance aux agents atmosphériques.

La couche de ciment de fond est généralement appliquée sur une surface plane horizontale oii Verticale. Dans le but d'augmenter l'adhérence du ciment, cette surface de support doit être rendue rugueuse, si elle ne Test naturellement : dans le cas de la pierre ou de la brique, on prépare la surface au marteau ou au ciseau ; dans le plâtrie, on enfonce des clous à bateau, ou des fils de fer façonnés en crochets; dans le bois, on implante également dès clous à tête plate ; si la surface est métallique, on* y pratique à l'aide du burin des entailles faites de façon à laisser des copeaux adhérents ; ces copeaux légèrement relevés forment grifl'es et retiennent le ciment.

Parmi les outils que le mosaïste doit avoir à sa disposition, les plus essentiels sont lé coupoir dont nous avons parlé précédemment, puis un marteau à découper les marbres {martellina da pietra) (1), un

^LA MOSAÏQUE ^/ff

marteau à découper les smaltes (II), un marteau et un ciseau à fouiller le plaire (III et IV), des fers à encaustiquer {fer ri da stucco) (V à Vil), une truelle et une spatule à ciment (VIII et IX), et une pince pour saisir les smaltes et les cubes de marbre (X.). Ces différents outils sont représentés à la figure 23-1. n faut encore une meule (fig. 236) montée sur un établi de tourneur et servant à adoucir les angles des smaltes ou corriger leurs formes; enfin un casier {scaiola da dègradatione) dans lequel le mosaïste range les smaltes par nuances (fîg. 237).

Nous allons dans ce qui suit exposer les principales métl^odes usitées pour la mise en place des éléments de la mosaïque et pour l'achèvement de ce travail, c'est-à-dire le polissage et l'encaustiquage. Il convient de distinguer à ce sujet la mosaïque architecturale, qui sert à la décoration des murailles, des plafonds, des voûtes et des planchers, la mosaïque pour ameublements et la mosaïque pour bijoux.

Dans la première, deux cas se présentent suivant que la mosaïque peut être faite sur place ou qu'elle doit être faite à l'atelier çn fragments transportables.

Quand on peut opérer sur place, le mur, plafond ou voûte qu'il s'agit de décorer, est d'abord rustique, puis enduit d'une couche de ciment de fond d'environ un centimètre d'épaisseur. Celui-ci étant sec, on le recouvre d'une couche de plâtre ayant une épaisseur égale à celle des smalts à employer. Le dessin tracé par l'artiste inventeur, sur papier ou sur carton, est alors reporté, à la surface du plâtre ; chaque partie de la pomposition présentant une couleur distincte

Marteau à découper les marbres. ..... I

Maiteau à découper les smaltes II

Marteau à fouiller les plâtres III

Ciseau à fouiller les plâtres IV

Fers à encaustiquer/

Truelle VIII

Spatule à ciment ... IX

Pinces à smaltes... X

Fig. 235.

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doit être limitée sur ce dessin par un contour bien défini.

Au moment de commencer le travail, le mosaïste enlève au ciseau et au marteau là surface qu'il peut remplir dans un laps de temps donné. Il mouille la partie du ciment de fond ainsi mise à nu et la recouvre d'une couche de ciment d'implantation, plus fin et plus fluide que le premier. C'est dans cette couche qu'il implante, à l'endroit voulu, le smalte qu'il a choisi dans son casier, correspondant à la nuance convenable ; il l'enfonce fortement dans le ciment, en l'appuyant jusqu'à ce qu'il touche le fond, puis il en pose un second, un troisième, en repoussant le ciment que la pression a fait déborder autour des sraaltes précédents. Le mosaïste égalise ensuite la surface en opérant une pression générale sur l'ensemble des smaltes posés, et poursuit ainsi son travail, en laissant suivant l'effet à obtenir plus ou moins de largeur aux joints. L'excédent de ciment débordant le niveau des smaltes est enlevé par un essuyage et par un lavage à l'eau claire ; les joints peuvent conserver leur couleur naturelle gris ardoisé.

Dans le second cas, où la mosaïque est préparée dans l'atelier par fragments plus ou moins étendus, on emploie la méthode dite à retournement (mosaïco a rivoltatura). Elle convient surtout aux reproductions de sujets compliqués qui doivent être posées sur des surfaces planes ou courbes dont l'accès n'est pas très commode.

Cette méthode comporte l'emploi d'un cadre creux, dont le fond est en bois, en métal ou en ardoise, et dont les bords sont pourvus de rebords mobiles en

LA. ItOSAlQXJE 313

7:inc; une couche de plâtre d'épaisseur égale à celle de la mosaïque est coulée dans ce cadre. Les contours du sujet à reproduire sont calqués comme précédemment, puis le plâtre est creusé de proche en proche, •m posant à mesure les smaltes à la place qu'ils doivent occuper; à cet effet, les creux sont d'abord remilis d'une couche de matièœ minérale pulvérulente, le la pouzzolane par exemple, à laquelle on donne une cohésion temporaire en la mouillant légèrement; es smaltes sont alors implantés dans cette couche d'après les indications du dessin que le mosaïste a sous les yeux.

Lorsque ce travail est entièrement terminé, les retouches nécessaires étant faites, on colle à la surface Je la mosaïque, au moyen de colle de farine de seigle, plusieurs couches superposées de papier souple et résistant, dont on peut encore augmenter la résistance en collant sur la dernière feuille de papier une toile d'emballage. L'ensemble de ce cartonnage étant bien sec, on enlève les bords de zinc et on retourne le cadre ; les smaltes, fixés solidement par collage sur leur nouveau support, sont débarrassés, à l'aide d'un pinceau et de l'insufflation, de la matière pulvérulente qui rempht leurs interstices.

Au moment de porter le fragment de mosaïque ainsi préparé sur la surface à décorer, on applique sur celle-ci, déjà garnie de la couche de ciment de fond, une couche de ciment d'implantation, comme dans la méthode précédente. Le fragment, toujours supporté par son cartonnage, est alors posé sur le ciment d'implantation pendant qu'il est encore fluide, et on le presse à petits coups au moyen d'un maillet plat en bois ; le ciment refoulé pénètre entre les Verrier. Tomt II. 18

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smaltes et constitue les joints. Les bavures sont ensuite enlevées par essuyage et lavage ; enfin, quand la mosaïque est bien sèche, on fait détremper la toile et les feuilles de papier pour les décoller, et le travail apparaît tel qu'il a été composé par le mosaïste.

Cette méthode est plus commode et plus rapide que le procédé direct; elle permet plus facilement les corrections, puisque le mosaïste groupe d*abord les smaltes en ne les fixant que provisoirement, mais elle a l'inconvénient de se prêter difficilement à l'exécution des grandes mosaïques, dépassant quatre mètres en dimension; les fragments exécutés séparément ne doivent pas excéder trois décimètres environ de côU'.

Il existe un troisième procédé plus économique et plus expéditif que les précédents, mais qui a le grand inconvénient de supprimer la faculté d'interprétation de l'ouvrier, sa personnalité, son caractère, et qui par suite ne présente guère de valeur artistique. Le dessin est tracé sur un carton épais et les nuances sont indiquées d'après le modèle à copier. Le mosaïste choisit dans son casier les smaltes de la nuance voulue et les colle par la face sur le carton, en suivant les lignes tracées. Quand le dessin est complètement recouvert, l'ouvrier retourne lé carton et applique la mosaïque sur la muraille préalablement préparée au ciment d'implantation ; il presse fortement, achève d'aplanir les inégalités et les renflements qui se produisent, en frappant sur les parties les plus résistantes ; puis, quand le ciment est sec, le carton est enlevé, les joints sont complétés par une couche de ciment mastic dont l'excédent est essuyé et lavé.

Le procédé ainsi simplifié convient surtout aux posaïques à dessin parfaitement régulier et simple.

se répétant pour former une décoration de caractère industriel.

Quelle que soit la méthode employée, la mosaïque arrivée au point d'avancement où l'ont amenée les opérations que nous avons décrites, présente une surface peu unie, les smaltes se trouvant à des niveaux légèrement différents et leurs joints étant assez apparents. Dans la mosaïque purement ornementale, ces défauts ne sont nullement corrigés ; comme la mosaïque doit être vue non de près mais d'une certaine distance, ces inégalités ne sont pas choquantes et ont au contraire l'avantage de rompre la monotonie des surfaces trop planes, d'harmoniser les teintes en les fondant les unes dans les autres. Il en est de même des joints restés apparents, et dont la nuance uniforme, généralement gris bleuté, contribue à cet adoucissement des éclats de couleur d'où résulte une douceur harmonieuse.

Mais s'il s'agit de mosaïques visant à une reproduction exacte de tableaux, le travail du mosaïste est plus fin, plus soigné, les joints sont plus serrés et on doit non-seulement égaliser, mais polir la surface.

Dans ce but, Tune des premières conditions à remplir est de veiller à la planimétrie parfaite du fond du cadre creux sur lequel la mosaïque est d'abord composée, de sorte que lorsque le travail d'implantation dans le ciment est terminé, les smaltes offrent déjà une surface satisfaisante. Quand le ciment est bien sec, la mosaïque est enduite d'une couche de cire blanche ayant pour effet d'empêcher les angles des smaltes d'éclater sous l'action du polissage. Celui-ci s'exécute par une série d'opérations successives au moyen de sable fin, de ~-^^ " * l'autre légè-

rement humectés d'eau, puis d'émeri que Ton frotte d'abord avec un tampon de plomb, ensuite avec un tampon de linge, et enfin de potée d'étain. Aprè^ cette première série d'opérations, la mosaïque es lavée à grande eau, séchée à Taide d'une éponge fine, essuyée avec un linge, puis frottée avec un tampon de linge saupoudré de rouge à polir. Pour terminer or enlève les dernières traces de cire et de matières grasses au moyen d'une brosse fine imbibée d'essenw de térébenthine, et on lave à l'eau de savon.

Le polissage étant achevé, il reste une opération à exécuter pour donner aux joints des smaltes la même coloration que ceux-ci, afin de les dissimuler ; c'est l'encaustiquage. La couleur employée à cet usage a pour base de la cire fondue à laquelle on ajoute pendant la fusion des matières colorantes de nature et de proportions variées selon la nuance des smaltes. A l'aide des fers à encaustiquer (fig. 235), on fait fondre la cire sur les joints et on l'applique convenablement. La cire s'incorpore dans le ciment et lui communique sa coloration. Un léger frottement enlève l'excédent de matière et donne le brillant voulu au joint.

Ce n'est qu'après leur complet achèvement que les fragments de mosaïque sont mis en place, retenus par des crampons, les raccords étant ensuite dissimulés au moyen de ciments colorés.

Les mosaïques destinées à orner les meubles ou à constituer des bijoux sont exécutées par les mêmes procédés que la mosaïque architecturale.

Le fond de ces mosaïques est formé par une table de pierre, de marbre, d'ardoise, de métal ou d'émail, celui-ci le plus souvent noir. Ce fond peut être creusé en forme de cadre pour retenir les smaltes.

Comme ciment d'implantation on se sert du mastic dont nous avons donné la composition (page 307), mais il doit être plus lin que pour les grandes mosaïques.

Les smaltes qui entrent dans la composition des mosaïques-bijoux et des mosaïques pour meubles sojit faits de la même matière vitreuse que ceux des autres mosaïques, mais au lieu d'être découpés dans un gâteau d'émail, celui-ci est filé à la lampe d'émailleur en filaments que l'on fragmente en morceaux aussi petits qu'il convient. On termine ces mosaïques par les mêmes procédés de polissage et d'encaustiquage déjà décrits, qui leur donnent une surface brillante et polie.

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