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VERRES FILIGRANES

non pas jusqu'à ramollir les baguettes, mais pour les rendre seulement susceptibles d'être touchées par du verre chaud sans être calcinées ; puis, avec une canne à souffler, on prend dans un creuset du verre ou du cristal transparent en petite quantité, et on souffle ce qu'en terme de verrerie on appelle une petite paraison, c'est-à-dire une préparation de pièce ; on souffle une petite paraison cylindrique d'un diamètre un peu moindre que le vide que laissent entre elles les petites baguettes dans le moule ; on chauffe fortement la paraison, on l'introduit dans l'intérieur du moule, et on souffle de manière à la presser contre les baguettes : elles ne tardent pas à adhérer à la paraison, de telle sorte que, en élevant la canne et retenant le moule, cette paraison amène avec elle les petites baguettes ; on rechauffe le tout de manière à rendre l'adhérence complète, amollir les baguettes, puis on mabre, c'est-à-dire. qu'on roule le tout sur la plaque de fonte polie ; on rechauffe encore, on souffle un peu et on tranche avec les fers (sorte de pinces), un peu audessus du fond, de manière à réunir les baguettes en un point central ; on obtient ainsi une masse que l'on travaille comme une paraison ordinaire, et à laquelle on donne la forme que l'on veut par les moyens ordinaires employés dans le soufflage du verre.

Par les opérations de mahrer et de souffler, les baguettes se trouvent aplaties extérieurement et intérieurement, ce qui produit sur les dessins des filigranes les effets que nous remarquerons en parlant en détail des baguettes.

Si l'on n'a donné aucun mouvement de torsion à

la paraisoD, les dessins restent longitudinaux comme les baguettes, et dans le même plan que Taxe de la pièce ; mais, si, après avoir fait adhérer les baguettes, on imprime un mouvement de rotation, sur ellemême à la canne en retenant Textrémité inférieure des baguettes avec les fers, on produit une torsion qui donne aux baguettes une direction en spirale qu'elles conservent quand on termine la pièce par les moyens ordinaires.

Il est plus difficile de maintenir les baguettes dans leur position primitive, dans le même plan que Taxe de la pièce, car vous savez que le verre se travaille en quelque sorte sur le tour ; il faut donc que l'ouvrier ait la main très légère pour qu'en modelant sa pièce il n'imprime pas près du pontil, et surtout à î'évasement de la pièce, un léger mouvement de torsion.

Après avoir montré de quelle manière on fabrique les pièces filigranées quand on a les baguettes qui en forment les éléments, je vais expliquer les procédés par lesquels on produit ces baguettes. La base de toutes est un filet simple enveloppé de verre transparent : nous supposerons d'abord qu'on n'emploie que des filets blancs opaques, et, pour le dire en passant, les plus jolis ouvrages des Vénitiens ne contenaient guère que des filets de cette couleur. Certes, ils connaissaient bien les colorés, mais ils les employaient rarement dans ces sortes d'ouvrages ; ils pensaient avec raison que le mérite de ces pièces résulte de leur légèreté, de la netteté des filets, de la grâce de la forme, et que Tintrod action de la cou* leur n'était le plus souvent qu'un cachet de mauvais goût.

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Pour faire les filets simples, le verrier prépare du verre blauc opaque par Tétain ou par l'arsenie (rélain donne des filets plus nets dont le délié est plus correct que ceux de Topaque blanc par r^arsenlc). Le verrier prend au bout de sa canne, dans le creuset, environ 200 grammes de verre opaque ; il mabre ce verre de manière à lui donner une forme cylindrique d'environ 6 à 8 centimètres de longueur et laisse un peu refroidir, puis il plonge ce petit cylindre dans du verre blanc transparent en fusion de manière à lui former une enveloppe d'environ 5 millimètres d'épaisseur ; il mabre de nouveau pour égaliser le verre transparent autour du verre opaque, puis, chauffant fortement et appliquant ensuite à l'extrémité opposée à la caime un pontil ganii de verre chaud, il étire cette colonnette comme un tube jusqu'à ce qu'elle ait été réduite au diamètre voulu, environ 4 à 6 millimètres ; enfin il partage cette Urée en fragments égaux: il lui en faut, pour sa provision, plusieurs longueurs suivant les pièces qu'il veut fabriquer ; elles ont ordinairement de 8 à 15 centimètres.

Outpe ces baguettes à filets simples, le verrier doit se munir aussi de baguettes semblables en verre transpai'ent, et il est apte alors à préparer toutes les baguettes compliquées :

1® Pour obtenir des baguettes à fitets en spirale rapprochés qui, par leur aplatissement, produisent des réseaux h mailles égales, on garnit l'intérieur d'un moule en métal ou en terre, semblable à celui dont nous avons parlé, de baguettes à filets simples alternées avec des baguettes en verre transparent, puis \^ verrier, prend au bout de sa canne du verre

transparent dont H forme un cylindre massif qui puisse rentrer dans le moule garni de ces petites baguettes, et chauffé préalablement un peu au-dessous de la chaleur rouge. En chauffant ce cylindre fortement, il l'introduit dans le moule où il le refoule de manière à presser les baguettes qui adhèrent ainsi contre le verre transparent ; il enlève la canne en retenant le moule et entraîne ainsi les baguettes avec le cylindre ; il chauffe encore et il mabre pour rendre l'adhérence plus complète ; enfin, chauffant l'extrémité du cylindre, il tranche d'abord cette extrémité avec ses fers, la chauffe de nouveau, la saisit avec une pincette ou avec ses fers, et la tire de longueur avec sa main droite pendant que de la main gauche il fait tourner rapidement la canne sur les bardelles de son banc. Pendant que les extrémités de la colonne s'allongent, les filets s'enroulent en spirale autour d'elle : quand l'ouvrier a amené, à Textrémité, une baguette de la dimension voulue, environ 5 millimètres de diamètre, et que les filets sont suffisamment enroulés, il tranche avec la pincette, chauffe de nouveau l'extrémité de la baguette, et, la saisissant et l'étirant pendant qu'il roule rapiment la canne, il procède ainsi à la production d'une nouvelle baguette, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la colonne soit étirée.

2® Pour fabriquer des baguettes qui, par leur aplatissement, produisent des filets en quadrilles, on place dans le moule, aux deux extrémités d'un seul diamètre, trois ou quatre baguettes à filets simples alternées avec des baguettes en verre transparent, on garnit ensuite le reste de la capacité intérieure du moule de baguettes transparentes, afin de maintenir

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les baguettes à filets dans leur position, et on opère comme pour les baguettes précédentes.

3** Pour obtenir des baguettes produisant, par leur aplatissement, des grains de chapelet, on fait une paraison soufflée, dont on ouvre Textrémité opposée à la canne de manière à produire un petit cylindre ouvert ; on Taplatit afin cle ne donner passage qu'à des baguettes, et on introduit dans ce fourreau quatre, cinq ou six baguettes à filets simples alternées avec des baguettes de verre transparent ; on chauflte, on ferme l'extrémité opposée à la canne, puis l'ouvrier presse sur la paraison plate pfendant qu'un aide aspire l'air de la canne de manière à le faire sortir de la paraison et à produire un massif plat, dans lequel sont logés les filets.

L'ouvrier rapporte successivement une petite masse de verre chaud transparent sur chacune des parties plates de sa paraison, et il mabre pour cylindrer sa masse : il obtient ainsi une petite colonne dans l'intérieur de laquelle sont rangés, sur un même diamètre, les filets opaques ; il procède ensuite comme pour les baguettes précédentes en chauflant et étirant l'extrémité pendant qu'il roule rapidement la canne sur les bar délies* Par ce mouvement de torsion, la ligne des filets se présente alternativement de face et de profil, et produit des grains de chapelet.

4® Il arrive souvent qu'on combine ces grains avec les quadrilles des baguettes précédentes, en se servant, pour introduire le moule préparé pour les baguettes à quadrille, du cylindre préparé pour les graitis de chapelet. Du reste, les combinaisons qu'on vient d'indiquer mettent sur la voie d'une foule d'autres que le verrier peut opérer.

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o*» Quelquefois on ménage, au centre d'une des baguettes, un filet en zigzag ordinairement coloré : pour cela on prépare un premier cylindre massif en verre transparent, de moitié du diamètre de celui qu'on veut étirer, et on fait adhérer parallèlement à l'arête de ce cylindre une petite baguette colorée; on recouvre le tout d'une nouvelle couche de verpe, transparent pour produire le cylindre de la dimension voulue pour entrer dans le moule des baguettes à filets. La petite colonne colorée, n'étant pas au centee du cylindre, tournera en spirale autour de ce centre par le mouvement d'étirage et de torsion, et produira un zigzag par l'aplatissement.

Parmi les pièces de Venise, et ce sont peut-être les plus remarquables, il en est qui présentent un réseau de filets simples à mailles égales dont chacune renferme une bulle d'air : ce genre est le plus difficile à produire. On y parvient, toutefois, en soufflant une première paraison à fileta simples tordus, puis une deuxième paraison à filets simples tordus eo sens inverse ; on ouvre l'une de ces paraisons et on y introduit l'autre de manière à les faire adhérer ; les filets se croisent alors et produisent des mailles qui sont égales si les paraisons ont été bien préparées.

Si le verre opaque est dur, la cannelure produite par les colonnes se maintient à un certain degré quand on souffle la paraison ; ces cannelures tardues en sens inverse venant à se croiser quand on engage l'une des paraisons dans l'autre, une bulle d'air restera renfermée dans chaque maille quand les deux paraisons seront réunies ; on termine la pièce, par les moyens ordinaires, suivant la forme qu'on veut lui donner.

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