TERRES FILIGRANES
Indépendamment des verres filigranes, les Vénitiens ont fait quelques essais de ce que j'ai appelé verres mosaïques, plus connus sous le nom de millefiori ; mais ils sont restés, sous ce rapport, bien loin- de l'antiquité . Voici la manière de fabriquer ces verres :
Les éléments, au lieu d'être des baguettes, sont des tronçons de baguettes dont la section présente des étoiles ou autres formes symétriques composées de plusieurs couleurs ; par exemple, le verrier formera, au bout de sa canne, un petit cylindre massif en verre rouge autour duquel- il appliquera cinq ou six cueillages de verre bleu turquoise, qu'il façonnera avec sa pincette pour former des ailes prismatiques triangulaires dont la base est sur le cylindre rôoge, puis il remplit les intervalles entre ces ailes avec un verre d'une autre couleur, blanc opaque ou jaune; il mabre et enveloppe le tout d'une couche d'une couleur transparente, soit violet clair. Il peut ensuite introduire cette colonne dans un moule garni intérieurement de baguettes d'une autre couleur ou blan6 opaque, qui, par leur section, feront un tour de perles blanches; enfin, quand il a composé sa colonne comme il le désire, il la chauffe fortement et l'étiré à la grosseur de 10 à 15 millimètres. On peut varier à l'infini les formes et les couleurs des sections. On tranche ensuite les colon nettes en tronçons d'environ 1 centimètre de longueur, et c'est avec ces tronçons qu'on compose les pièces mosaïques ou millefiori. Pour cela on en garnit l'intérieur d'un moule et l'on fait chauffer au rouge-brun, puis on souffle une pai'aison à laquelle on donne à peu près la forme du moule ; on la chauffe et on l'en-
gage dans le moule, de manière à faire adhérer les tronçons contre la paraison ; on réchauffe, on souffle, on mabre et on opère enfin par les moyens ordinaires.
Une méthode préférable consiste à faire une paraison dont on fait revenir intérieurement le fond vers la canne, de telle sorte que cette paraison, étant détachée de la canne, présente une ouverture circulaire composée de deux parois concentriques ; on la laisse refroidir; on introduit entre ces parois des tronçons de baguettes, afin de remplir autant que possible tout le vide ; on réchauffe peu à peu cette paraison, on prépare une canne dont Textrémité sera garnie d'un disque de verre chaud qui n'intercepte pas le trou de la canne ; on adapte ce disque contre le bord supérieur de la paraison et on aspire par la canne Tair renfermé entre les tronçons et les parois de la paraison ; enfin, prenant une autre canne préparée de la même manière, on l'applique contre le coté opposé (le la paraison que Ton détache de la première canne : l'intérieur du fond rentré formera alors l'intérieur de la paraison que Ton souffle avec la deuxième canne, et à laquelle on donne la forme voulue par les moyens ordinaires.
Nous avons dit que, dans les fabrications à fili-granes et millefiori, les paraisons étant une fois amenées au point convenable, étaient ensuite achevées par les moyens ordinaires. Parmi ces moyens, nous ne devons pas omettre de signaler le procédé du moulage en bois.
II ne s'agit pas ici du moulage au moyen duquel on obtient des dessins en relief sur la face extérieure des pièces, mais du moulage qui procure la forme.