I. ÉTAMAGE
Jusqu'en 1840, l'étamage des glaces s'est fait exclusivement et traditionnellement au moven d'un amalgame de mercure et d'étain. Dans cette opération, c'est le mercure qui fournit à la glace la propriété de réfléchir les images sans décomposition, sans amoindrissement trop sensible de la lumière, et c'est l'étain qui sert à retenir le mercure sur la surface de la glace où il est appliqué. L'étain ne joue ici que le rôle accessoire ; il n'en a pas moins donné son nom au résultat de l'opération, au tain des glaces. Il entre dans une proportion à peu près égale à celle du mercure
dans ce qui constitue l'amalgame étendu et fixé à Tune des surfaces de la glace : sans étain, le vif-argent ne pourrait y adhérer le moins du monde : le gardien remplit donc là une fonction essentielle; mais dans la dénomination du fait, le nécessaire a prévalu sur l'indispensable.
Pour étamer une glace, on n'applique pas sur elle Tamaîgame tout fait. On commence par préparer celui-ci sur une grande table en pierre, bien plane, pourvue de rigoles sur son pourtour ; elle est montée à un mètre au-dessus du sol sur quatre pieds, dont deux, situés aux extrémités d'un même côté de la table, peuvent être abaissés ou soulevés à volonté au moyen de crémaillères et de pignons à manivelle.
La table étant parfaitement horizontale, on commence par l'essuyer avec soin, et l'on y dépose la feuille d'étain. Celle-ci a une épaisseur d'un millimètre et ses dimensions doivent excéder de quelques centimètres celles de la glace à étamer. Elle doit être d'une seule pièce, sinon des raies se produiraient dans la glace. On l'étend bien sur la table, de façon qu'elle ne fasse aucun pli; l'instrument qui sert à cet usage est représenté figure 230. C'est un morceau de bois placé sur champ et garni de cuir sur le côté opposé à la poignée. On emploie quelquefois des brosses.
Quand la feuille est bien étendue, on procède à sou nettoyage. Pour cela, on verse, en différents points de sa surface, du mercure à laide d'une sébile en bois, et on la frotte en tous sens avec un instrument formé d'une plaque de bois a (fig. 231) munie d'un coussin recouvert de flanelle ^, et d'un manche assez long c. On frotte jusqu'à ce que la feuille d'étain soit entièrement mouillée et imbibée de mercure.
KTAHAGE
L'ouvrier pousse alors le mercure en excès sur les bords et le rejette dans la rigole qui borde la table.
Fig. 230. — Tampon pour l'étamage des glaces.
Fig. 231. Frottoir pour répandre le mercure sur les glaces.
Une fois cette opération terminée, on place sur trois des cô'és de la feuille d'étain des règles en bois destinées à retenir le mercure dont on va recouvrir la feuille. Ces règles sont chargées de poids en leur milieu et à leurs extrémités de manière à ce qu'elles s'appliquent exactement sur l'étain. Ensuite, au moyen des sébiles de bois dont nous avons déjà parlé, on verse graduellement du mercure jusqu'à ce qu'il atteigne une épaisseur de 3 à 10 millimèlres environ. Ce métal étant très dense, toutes les matières étrangères qui auraient pu rester sur la feuille d'étain remontent à sa surface. Il se forme sur le bain de mercure une pellicule d'oxyde que l'on doit enlever au
moyen du tranchant d'une règle qui est légèrement promenée sur la superficie du bain, de façon à ce que l'étain ne soit pas touché.
Pendant ce temps on prépare la glace qui arrive du magasin; on l'essuie et on la frotte des deux côtés avec une flanelle et du blanc de Meudon ; la glace est posée sur une table garnie d'une épaisse couverture de flanelle.
Pour poser la glace sur la feuille d'étain, deux ouvriers, ou un plus grand nombre si la glace est longue, la saisissent par ses extrémités, en ayant soin d'interposer des feuilles de papier entre leurs mains et le verre, et en évitant de diriger leur haleine sur celui-ci, afin de le préserver de la moindre souillure. Ils posent un bout de la glace sur le bord de la feuille d'étain, du côté oîi il n'y a pas de règle, et ils la font glisser sur la table en l'inclinant insensiblement de façon à ne pas appuyer sur l'étain. La glace chasse devant elle le mercure qui recouvre la feuille, et avec lui toutes les impuretés qu'il tient en suspension; on voit à mesure que la glace avance, le mercure apparaître au-dessous avec son éclat définitif.
Il doit exister un contact parfait de toute la superficie de la glace avec le mercure du bain sans oxyde ni poussière et sans solution de continuité.
Lorsque le contact parfait a été obtenu, la glace flotte sur le bain, il reste à la plonger et à faire adhérer l'étain à la surface inférieure ; c'est ce que l'on obtient par la pression.
On retire les règles, on recouvre la glace d'une couverture de laine et on la charge de poids. Ces poids sont généralement des blocs de fonte (fig. 232) pesant environ 10 à 12 kilogrammes. On en met sur
toute la surface de la glace à raison de 800 à dOO kilogrammes par mètre carré.
Fig. 232. — Bloc pour le chargomcnt d*** glarf*^ éum<^'^.
On incline la table légèrement, pour faire ^'goutter le mercure en excès, et on abandonne ia glace en cet état pendant deux ou trois jours, en augmentant î^on inclinaison de temps en temps jusqu'à iO ou 12 degrés.
Au bout de ce temps, on décharge la glace: la feuille d'étain y adhère parfaitement. Comme elle wtient encore un peu de mercure, on enlève la glace à Taide d'un solide cadre en bois qui dès ce momenl va la contenir ; au moyen de cordes et de pf»ulies fixées au plafond, on donne au cadre une faible inclinaison, dans le sens de la diagonale, de manière qu'il touche à terre par un seul coin vers l'endroit où le mercure suinte lentement ; on augmente Finclinaison tous les jours jusqu'à la position verticale, afin d'expulser de la glace toute la quantité de mercure qui ne fait point partie intégrante de l'amalgame.
On la dépose ensuite sur un égouttoir (fig. 233}. Les égouttoirs sont des plans inclinés en ciment, pourvus d'un châssis vertical en bois, à la partie supérieure et d'une rigole servant à recueillir le mercure à la partie inférieure.
Les glaces sont mises à égoutter pendant huit jours
aO APPLICATION DBS BKtAUX SUR LB TKIIIIE
sur un de l^urs angles, puis pendanl uoe outre semaine au moins sur un cdté.
Fjg. 233, — Chevalet po-jr l'égouttage des ^Isces ëtamëes.
Pendant les trois ou quatre semaineii que dure l'égoullage, suivant les dimensions des glaces, il faut éviter toute espèce de commotion. I* tonnerre, les coups de canon tirés dans le voisinage suFH^nt quelquefois pour occasionner des dommages considérables h l'ëlamage. Tant qu'il reste du mercure neutre dans la glace, on est exposé fi perdre le fruit du travail, car en s'écoulant brusquement entre l'étain et la glace, il peut produire des traînées dénudées d'èlamage.
L'égouttage ne dure jamais trop, car pendant des mois, pendant des années, le mercure tend k se se-
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Lie est crispée, fissurée, ^"^J^^.f^^^^J^ X'- ,.■.«. éorouve aussi bien que 1 etom une légère aiu rTon d™"a part de fair à la température ««lma.re;
il se ternit et une petite quantité d'oxyde de mercure no tarde pas à se former.
Enfin le plus grave inconvénient réside dans l'action pernicieuse des vapeurs mercu ri elles sur la santé des ouvriers. Pendant toute la longue et délicate opération de rétamage, l'ouvrier ne cesse pas d'être en contact avec le mercure tant par la surface cutanée que par les organes respiratoires ; au bout d'un certain temps, de graves accidents ne manquent pas de survenir ; salivation, vertiges, perte de mémoire, tremblement, paralysies partielles, douleurs ostéoscopes, etc.
« Aux environs de Nuremberg, de Furth, écrivait M. J. Nicklès en 1860, l'étamage des glaces se fait sur une très grande échelle ; aussi les médecins de ce pays ont-ils fort à lutter contre les maladies causées par l'émanation des vapeurs mercuri elles. Malgré les mesures hygiéniques en vigueur, les ouvriers étameurs y vieillissent vite et perdent de bonne heure Tusage de leurs facultés. »
Cette redoutable profession, où beaucoup d'ouvriers trouvaient une mort prématupée à la suite de longues soullVances, est aujourd'hui presque complètement abandonnée grâce aux procédés d'argenture.
Avant de décrire les procédés de l'argenture, nous indiquerons deux procédés pour é (amer les glaces de verre que l'on place dans les parcs et les jardins :
1® Fondez 10 grammes de plomb bien pur avec autant d'étain, puis ajoutez 10 grammes de bismuth et enlevez l'écume; retirez du feu, et avant que l'alliage soit refroidi, ajoutez 100 grammes de mercure et mélangez.. Passez l'amalgame à travers une toile fine, puis versez-en dans le globe à étamer la quan-
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tité que vous jugerez nécessaire, au moyen d'un entonnoir de papier allant jusqu'au fond, pour éviter les éclaboussures. Tournez ensuite le globe lentement pour que Tétamage adhère partout au verre ;
2^ Faites un alliage de 3 parties de plomb, 2 parties d'étain et 5 parties de bismuth ; mettez une certaine quantité de cet alliage dans le globe à étamer et trempez dans Teau bouillante jusqu'à ce qu il soit fondu (cet alliage fond à 90° G. environ) ; tournez alors le globe lentement de côté et d'autre de façon à obtenir une couche égale qui, en se refroidissant, durcira et adhérera solidement au verre.
Ce procédé est un des moins coûteux et des plus durables qui existent pour étamer le verre.