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II. ARGENTURE

L'idée de l'argenture appartient à M. Liebig, mais cet éminent chimiste n'a fait à proprement parler qu'une expérience de laboratoire. L'idée naquit d'une observation fortuite. Voici le principe :

Précipiter l'argent d'une solution argentifère dans des circonstances telles que l'attraction du verre pour les molécules d'argent soit supérieure à celle de l'eau ou du liquide argentifère pour ces mêmes molécules.

Et voici l'observation :

Ayant fait réagir de Valdéhyde sur une solution ammoniacale d'argent, M. Liebig vit le métal réduit et précipité de sa solution se déposer sur le verre sous forme d'une pellicule fortement adhérente à la surface sous-jacente.

\ cette réflLCtion, la première de ce genre qui se

soit montrée constante et qui ait été bien observée^ l'industrie actuelle se rattache, comme toute pratique industrielle se rattache à une expérience de laboratoire, par une longue suite d'essais, de tâtonnements, de découvertes et de perfectionnements intermédiaires.

M. Liebig proposa sa découverte comme moyen de reconnaître la présence de Taldéhyde. Ceci se passait en 1836. Bientôt on vit en elle le principe d'une lodustrie.

La sirïiitiOR du ^^TfMèmeiàànàspÊeèbÊàtémttBàaLià^ coaverle d'xm «g«iit i>6dueteiir. M. lidbig sv«ît essayé de Taidéhyde ; on a essayé après lui du sucre, des huiles essentielles, des acides mucique, saccharique, de la lactine, etc.

Parmi tous les savants qui étudièrent la question à cette époque, le chimiste anglais Drayton doit être cité en première ligne, parce que c'est lui qui est entré le plus avant dans la pratique.

La méthode de M. Drayton consistait dans l'emploi d'une dissolution ammoniacale et très étendue d'azotate d'argent dans laquelle on mélangeait une solution alcoolique d'huiles essentielks facilement oxydables (telles qu'essences de cassis, de girofle, etc.).

A 30 grammes d'un sel d'argent (azotate) dissous dans 60 grammes d'eau distillée, on ajoutait 15 grammes d'ammoniaque (alcali volatil), puis, vingt-quatre heures écoulées, 29 à 30 gouttes d'essence de cassis ou de girofle, dissoute dans 90 grammes d'alcool à 60 degrés. L'opération n'exigeait qu'une heure, et la glace ainsi obtenue ofl'rait un excellent pouvoir réflecteur; de plus, on ne dépensait, par mètre carré d'argenture, que 1 fr. 53 d'argent, tandis que la

jklGnfTl'BI S^i

même surfaee absorbe eoviroa f S3 ptAmeë é^ umstcure et 550 grwakma d'étain. Kprévastiani me valeur totale de 4 fr. M.

Ce procédé excita sa onoMaft les plu« brî^laolefr espérances; oo entreprit 4e l'exploiter v^r« lëfô. mais l'épreuve de la pratique M a élé eoninirt:. et il est depuis longtemps abandoimé. Veicî le jofjfh ment que porte sur lui un savant ehiniifte, M. £. UTopp dans le Moniteur scientifique du chîmisU et ém manufacturier.

« La méthode de M. Drayloa, aiiM avoir ^té j>ratiquée sur une assez grande échelle, a oJQTert à^ graves inconvénients. La surface arçeotée, qui d'ahord était bien nette et brillante, «e recouvrait au bcnit d'un cerïain temps de taches brun rouçeâlre, provenant de ce que Targent, en se précipitant sur la surface du verre, entraîne de petites quantités de luatières résineuses formées par Toxydation Af l'essence. »

Dans son Précis de chimie industrielle^ M. Payen constate également que : « la production de tachen provenant des particules d'essences résinifiées et divers autres inconvénients ont fait abandonner c« procédé. »

Mais le mérite reste à M. Drayton d'avoir teinté la première application industrielle de l'argenture des glaces.

Procédé R. Siemens

Les difQcultés de manipulation que présentait le procédé Lîebig amenèrent beaucoup de praticiens à chercher une méthode plus simple.

M. A* Siemens a modifié dans ce sens le procédé de

o6 APPLICATION DES MÉTAUX SUR LE VERRE

réduction de l'argent. On fait passer dii gax> ammoniac bien sec dans un vase contenant de V aldéhyde» On prend 2 gr. 5 de ce liquide et 4 grammes à'awtate d'argent pour un litre d'eau. On fait dissoudre séparément les deux substances dans de l'eau distillée, puis on mêle les deux solutions, et on filtre.

L'objet à argenler doit être bien nettoyé, de manière à n'avoir rien de gras à sa surface, puis, s'il s'agit d'un globe ou d une bouteille, on y verse le liquide jusqu'à la hauteur où l'on désire produire l'argenture. On élève graduellement la température jusqu'à 50° C Dès que ce point est atteint, la séparation de l'argent commence, et le métal se dépose sur la surface du verre. La couche est d'abord très mince et d'une couleur foncée. Quand elle a acquis la teinte blanche et brillante de l'argent, il est temps d'enlever ce liquide, car le miroir ainsi obtenu ne tarderait pas à être attaqué. par l'aldéhyde. S'il s'agit d'objets plats, on les pose dans le liquide à une distance du fond d'environ 15 à 20 millimètres.

Procédé Ldebig modifié

Le procédé imaginé par Liebig a été rendu pratique grâce à l'emploi du sucre de lait comme agent réducteur des sels d'argent. Voici comment ce procédé a été longtemps mis en usage :

On prend une solution ammoniacale d'azotate d'argent, qui contient dans 200 centimètres cubes d'eau 10 grammes d'azotate d'argent fondu, on y ajoute plus d'ammoniaque qu'il n'en faut pour obtenir une solution claire, puis 450 centimètres cubes d'une lessive de soude du poids spécifique de 1,035. On redissout le précipité produit en ajoutant de

rammoQÎaque; on porte te vo*rr»:«^ î. t-kiatix* < 1,450 centimètres cubes, on ajo'^v- *h«^ f** *.♦.. .i.n d'argent étendue pour qu tl *e fi/<^.v>^ ».! v*»'* *»;'^ gris persistant, et enfin #-iO éc^rn»! A/«:f i** ***..,.»♦' qu'à 1,500 centimètres cul>^.

Un peu avant de s'en servir, on ;. iriAr.^&r '^ .n ..i.k avec un sixième ou un hnitetùtr 'î^ t».«v ' >• . vjt d'une solution de ««rr^ de lait, *\ / t^r. ^f^s U, m.*tics en poids d'eau et une par^i^e 'ir ♦•> r*«^,

La glace à argenter e»t ♦».*>:*'^î *< /:.</.♦ .**, »%*^ rempli avec le liquide argent. ?-•<, *:> r.*/. -•> * '► que la surface du \ftfnt plon^ en^'^rrr.^.- l.k.':» .^ liquide et qu'elle soit distant-^: d i ' v. î .: . i**^ -: »., moins 15 millimètre:».

La réduction commence îmfï*ic^^*>r'r,-r','. ^ ;; "^ paraît d'abord noire, mais hmitix ^..*r 'i^^ *:'.• :; * . tante. La détermination du [m/vï: *l': Jt rt, ,'\^. : *•gent précipité sur une glacer a dor,o*r 2 jr, i\h <^*^ gent par mètre carré.

La glace. argentée est lavé*? av*:/: tl^ . >a , 'î'»*^ •':•: chaude, et séchée dans ua lieu cf*;uj'l, f'rie îr, » sèche, la couche d'argent adhère? •! fe/^,: ^;^^e^•• au verre qu'elle ne peut être que (Vifi\f.\*'U.f:u* '-fj.^r'twr et qu'elle peut même être bien polie ave-: (\i r<i y^jt anglais fin etdu vqloursM).

L'opération de l'argenture se fait à chaud, dan"» une étuve. La glace est placée dans une cuve en porcelaine ou en verre et est supportée par de petits cônes qui la maintiennent à la distance voulue du fond. Il faut environ deux heures pour argenter une glace.

(1) Chimie induMlrielle. — Wagner, Fischer et Gaatier.

58 ARPLirATIOff DKS MÉTAUX SUR LB TERRB

Procédé BroiT^ming (1)

Oq commence par préparer trois solutions normales :

A. Solution de nitrate d'argent :

Nitrate d'argent cristallisé . . 5 gr. 83 Eau distillée 124gr.40

Çest-à-dire qu'on dissout les cristaux de nitrate d'urgent dans environ vingt et une fois et demie leur poids d'eau distillée.

B. Solution d'alcali caustique :

Potasse caustique à l'alcool. 31gr. 10 Eau distillée 777gr.60

La potasse caustique est dissoute dans vingt-cinq fois son poids d'eau pure.

G. Solution de sucre de lait, (Elle doit toujours être récemment préparée et filtrée) :

Sucre de lait pulvérisé • . . 15gr.55 Eau distillée 155gr.50

On dissout le sucre de lait dans dix fois son poids d'eau.

Préparation de la liqueur argentifère, — On suppose qu'il sagi&se d'argenter une glace ronde ou un miroir réOecteur de 20 centimètres de diamètre. On verse 62 grammes 2 de la solution A dans un verre d'une capacité de 1,100 centimètres cubes. On ajoute goutte à gouite, en agitant avec une baguette en verre, de l'ammoniaque liquide, jusqu'à ce que le premier

(1) Chemical Newê, 1869, t. XIX, p. 12.

ARGB5TUBE tSê

précipité gris soit redissous et la solutioo claire. On y verse alors 124 grammes 4 de la solotion B. Il se forme un précipité brun noirâtre, quVjn redissout en ajoutant la quantité d'ammoniaque liquide tout juâto nécessaire pour la redissolutioo.

On ajoute de Feau distillée jusqu'à faire un volume de 467 centimètres cubes. Puis on y fait Uimher goutte à goutte de la solution A, jusqu*à apparition d'un léger précipité gris qui ne se redissout pins par r agitation.

A ce point, on ajoute encore 407 centimètres cubes d'eau distillée et Toa met de côté la liqueur pr>iir qu'elle s'éclaircisse par le repos. On décante le liquide clair, sans fîltrer. Lorsque tout est prêt pour l'argenture et l'immersion de la glace, on ajoute 62 centimètres cubes de la solution C, et Ion mélange bien.

Le volume total de la liqueur argentifère représente alors très approximativement un litre.

Préparation de la glace. — On prend un petit bloc circulaire en bois d'environ 5 centimètres d'épaisseur et de i5 centimètres de diamètre. D'un côté, on y visse très symétriquement trois pitons pour pouvoir suspendre horizontalement le bloc par des ficelles réunies à leur extrémité par un noeud solide.

On retourne le bloc et on le dispose bien d'aplomb sur une table, pour y verser de la poix fondue. Avant que celle-ci soit refroidie et figée, on y applique, en pressant, le revers de la glace, préalablement enduit d'un peu d'essence de térébenthine, pour que l'adhérence se fasse d'une manière certaine. On laisse refroidir.

Nettoyage de la glace. — La glace, ainsi fixée au

bloc en bois, est de nouveau placée horizontalement et l'on y verse un peu. d'acide nitrique concentré, qu'on étend bien sur toute la surface et même sur les côtés étroits avec un peu d'ouate de coton, enroulée autour d'une baguette en verre. On lave ensuite h grande eau ordinaire et Ton finit le lavage par de l'eau distillée.

On dépose enfin la glace dans une assiette contenant un peu d'alcool rectifié jusqu'à ce que la solution argentifère ait été préparée.

Immersion et argenture de la glace. — L'addition de C au mélange des liqueurs A et B, comme cela a été décrit plus haut, est faite dans un vase circulaire en verre ou en porcelaine, d'une profondeur d'environ 7 centimètres 1/2 et ayant un diamètre de 25 centimètres. Immédiatement après le mélange avec C, on y suspend la glace de manière que le liquide dépasse la glace d'environ 6 à 7 millimètres. Le dépôt d'argent se fait en cinquante ou soixantedix minutes, suivant la température.

En été, cinquante minutes suffisent généralement.

L'argenture étant achevée, on enlève la glace argentée de la solution, on lave à grande eau, terminant le lavage par de l'eau distillée ; puis on la plftce sur un de ses bords en l'appuyant sur du papier brouillard, afin de laisser drainer et sécher.

La glace argentée étant bien sèche, on polit en frottant circulairement la surface d'argent, d'abord avec une peau très douce et finissant en saupoudrant avec une petite quantité de rouge le plus fin possible.

Un petit miroir peut être argenté en le fixant avec

de la poU à un boucliùo- qk:: vlh: it i^rm- (-«nutii* ci-dessus et employant «■jLTnsk'jLi:!*^.; {.* nyu^-it' a»genlifère pour former ua- tij-uiMn- t vm >#^ij ]. u* o* I centimètre au-desa^^us? dni iaL> n».

Oq commence par prvrjuurv-? â-r j; *..rj^j.«itt i^-r-eîtifères en opérant ainsi :

Solution n^ 4. — Quain' «vjJ/iHjr^jit i:^:z,'z:»t^ û* nitrate argentifère amiii«»Qi*c*ii ii^ r^ a^ttt uti ti-. .k valent chimique d'acide U-rtn.-:;**-

Oq prend, pour lOU rraii.meî' dr- Tiitrcv- a iLî-rt^*- 62 grammes d'ammoniaque- Ji -li^a-e. On Tei*<e m:»moniaque sur le nitralif d'ar^ieut jj**ru"îi fje «ju*r «i dissolution du nitrate soit couij*:'-'je.'et otî .i,^r^^k*vr reposer pendant plusieurs, hejrv^.iivry^ itr-^r^r*.;*** le nitrate argentifère ammoniacal cH^;^..i^<e. On aj«.niv alors 500 grammes d'eau d:<ti!!é^ et on r»^:iiue uWu pour faciliter la dissolution des cristaux oui a eu lieu en refroidissant beaucoup la s-jidtiMO. On ïiîirtpour recueillir un peu de poudre noire, oui e^i de l'argent métallique. Au liquide tiitré on ajoute alors, en versant doucement et remuant bien. Il grammes d'acide tartrique préalablement dissous dans quatre fois son poids d eau distillée. On verse sur le tout deux litres et demi d'eau disiillée, on remue bien et on laisse reposer pour tirer au clair. Lorsque la liqueur a été ainsi tirée, on verse de nouveau sur le précipité de nitrate argentique deux litres et demi d'eau distillée pour en dissoudre le plus possible; on remue bien et on laisse reposer pour tirer au

Verrier. Tome II. ^

clair une seconde fois. Ensuite on mêle cette seconde solution avec la première, et pour rendre le mélange parfaitement limpide, on ajoute encore un litre d'eau distillée. Dans cet état, la solution argentique est prête à servir.

Ce qui est resté du précipité de tartrate argentique est dissous à Taide de quelques gouttes d'acide nitrique et mis de côté.

Solution w® 2. — Deux équivalents chimiques de nitrate' argentique ammoniacal alliés avec un équivalent chimique d'acide tartrique.

On la prépare en répétant exactement toutes les manipulations ci-dessus indiquées pour la préparation du n° 1, mais en doublant seulement la quantité d'acide tartrique.

11 ne faut préparer ces solutions que pour Tusage d'un jour.

Le verre destiné à l'argenture demande à être parfaitement nettoyé.

A cet effet, on prend un peu de la solution n* 1 , dans laquelle on trempe un tampon de coton très propre, que l'on pose ensuite sur du tripoli en poudre très fine, et on Tétend sur le verre, en ayant grand soin de passer sur tous les points de la surface. Dans cet état on laisse sécher. On prend alors un second tampon de coton également propre que l'on roule à sec sur la poudre de tripoli, et l'on en frotte soigneusement toute la surface du verre, en enlevant le tripoli mis à sécher. Cette friction se fait par lignes droites et en avançant lentement en long et en large.

Ensuite, h l'aide d'un blaireau, on époussète, afin d'enlever toute la poussière qui pourrait séjourner.

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