III. PLATINAGE DES GLACES
Procédé Dodé
Vers 1869, à l'époque où le procédé d'étamage au mercure n'était pas encore entièrement supplanté par Targenture, un chimiste, M, Dodé, parvint à obtenir des miroirs dont la surface réfléchissante était formée par une mince couche de platine.
On sait que le chlorure de platine rend depuis longtemps des services importants dans l'industrie. Les fabricants de porcelaines en recouvrent les vases auxquels ils veulent donner un lustre métallique, intermédiaire entre le blanc d'argent et le gris d'acier.
Pour cet effet, on mêle la dissolution concentrée de chlorure de platine avec de l'essence de lavande et on applique la liqueur sur le vernis de la poterie qu'il s'agit de lustrer, puis on passe la pièce au feu. Le platine parait bientôt avec son éclat métallique, il est étendu également sur toute la pièce dont il cache la couleur et il a pris un poli aussi vif, aussi éclatant que s'il l'eût reçu du brunissoir.
C'est un chimiste prussien, nommé Kiaproth, qui, dès 1793, faisait connaître ce procédé pour orner la porcelaine. Juisqu'en 1869 on n'avait fait usage du platine que pour la décoration des poteries et des cristaux ; mais c'est la première fois que surgit l'idée de revêtir le verre pour en faire un miroir à réflexion directe ou non directe.
M. Dodé s'est arrêté de préférence à ce métal parce qu'il est inattaquable par les agents qui altèrent facilement tous les autres métaux.
Dans le principe, M. Dodé platinait la glace sur la
PLÂTINAGE DES GLACES 77
face postérieure : à cet effet, il dissolvait le platine dans un mélange de parties égales d'acide azotique et d'acide chlorhydrique ; la dissolution évaporée à siccité était reprise par Tacide acétique étendu d'eau ; dans cette dissolution, il versait une certaine quantité d'alcool amylique; cette substance, en s'emparant du platine, le débarrassait de sa partie aqueuse ; on lavait ensuite la liqueur platinifère, et cette composition était appliquée en couche très mince derrière la glace préparée comme à l'ordinaire ; après quelque t^împs de repos on exposait la glace dans un séchoir à une température assez élevée pour faire disparaître toutes les traces d'alcool amylique. Cette opération terminée, la glace retirée du séchoir possède un brillant parfait; malheureusement la couche de platine n'avait pas plus d'adhérence que le mercure dans le procédé d'étamage et il fallait passer sur la glace une couche de vemis pour éviter les accidents qu'occasionne le frottement.
Asisurément, ce procédé était déjà préférable à Tétamage ordinaire, puisqu'il supprimait complètement le métal homicide et de plus contribuait à diminuer la consommation du mercure, qui est déjà employé dans plusieurs industries et dont le prix paraît s'élever par suite de l'épuisement des gîtes métallifères. Mais il fallait satisfaire aux conditions qu'exige l'emploi de mercure : la glace devait être incolore et exempte de tout défaut, et alors, il n'y avait qu'une faible différence de prix entre les glaces étamées et les glaces platinées.
Un perfectionnement était nécessaire, l'inventeur le chercha et le trouva : non-seulement il voulut supprimer le mercure, mais encore cacher les défaut*
des glaces coulées et supprimer une partie du travail de dressage et de doucissage, de savonnage et de polissage. Il suffisait pour cela de faire adhérer ie platine sur la glace et d'appliquer le métal non plus à la surface postérieure mais bien en avant de la glace.
Le verre est préparé par les méthodes ordinaires ; il est savonné, poli et nettoyé.
Après le nettoyage, le verre est porté dan» TateUer de platinage ; la composition qui donne la métsUisation s'étend à l'aide d'un pinceau. La glace posée verticalement reçoit le liquide sous une minceur convenable ; on rétend d'abord de bas en haut, puis de gauche à droite, puis de bas en haut et enfin de droite à gauche ; on égalise ainsi la couche huileuse qui, contenant une forte quantité d'essence de lavande, s'étend spontanément et sèche lentement sans coulure aucune. L'ouvrier doit principalement éviter toute poussière et toute humidité : l'humidité ferait gripper et gercer ; la poussière détruirait la régularité du travail. On sait que chaque grain de poussière attire concentriquement le liquide et dénude les parties environnantes.
La composition platinifère n'exige pour être parfaite que de la propreté de la part du préparateur.
On prend 100 grammes de platine laminé très mince, on l'essuie et le lave pour éloigner la graisse que le laminage a fournie. On le fait dissoudre dans une eau régale formée de 400 grammes d'acide nitrique pour 1,000 grammes d'acide chlorhydjique pur. On chaufTe au bain de sable, on évapore ^ sec, en évitant de décomposer, le chlorure que l'on pile dans un matras de porcelaine ou de verre ; on l'étalé ensuite sur une glace à broyer, et on y verse par pe-
PLATINAGE DES GLACES 79
tites portioms de V essence de lavande rectifiée. I^ réaction se fait sur la glace même ; aussi faut-il éviter par une trop rapide affusion d'essence une trop grande élévation de température qui détruirait le composé platinifère. F^orsque de la sorte on a versé environ i ,400 grammes d'essence de lavande, on relève le mélange, on le place dans une capsule de porcelaine pour l'abandonner pendant huit jours à un repos absolu. On décante et on filtre ; on décante de nouveau après six jours le liquide filtré qui doit marquer 5 degrés au pèse-acide.
Comme fondant pour la quantité de platine indiquée ci-dessus, on prend 23 grammes de litharge, 25 grammes de borate de plomb que l'on broie jusqu'à porphyrisation complète avec 8 ou 10 grammes d'essence de lavande. On remue et mélange ce fondant avec le liquide platinifère ; on procède à l'emploi comme il vient d'être dit et en évitant toujours les poussières et Khumidité.
Lorsque le verre qu'il s'agit de platiner est couvert d'une couche de métal et qu'il est suffisamment sec, on le place dans des moufles : elles se composent d'une carcasse formée de plaques de fonte à rainures s'einboîtant les unes dans les autres. Le foyer est à l'arrière du four, ce qui dégage complètement la porte de chargement placée à l'avant. Des châssis mobiles se rangent dans la carcasse en fonte, et reçoivent les verres à cuire maintenus parallèlement et dans une position verticale. Des crémaillères, convenablement disposées, donnent place à un nombre considérable de glaces ; enfin, des tablettes mobiles s'adaptent à volonté dans les châssis pour recevoir des verres de dimensions plus ou moins petites.
Le four présente en section verticale, dans le sens de sa largeur, un parallélogramme allongé et dans le sens de sa longueur un carré presque parfait. La cuisson est régulière; les accidents de feu sont réglés au moyen de registres ou de portes en tôle réservées dans la face antérieure et la face postérieure. Plusieurs moufles sont accolées et placées sous la même hotte.
L'emploi du platine permet la transformation en glaces et en miroirs de toute espèce de verre. La matière vitreuse, polie et dressée sur une seule de ses faces, transmet des images nettes et précises par la réflexion du métal lui-même ; il est donc inutile de rechercher des verres exempts des défauts qui font mettre au rebut la grande partie des verres à glaces et des verres à vitres simples ou doubles, que Ton réserve pour la mise au tain ou pour Targenture. On n'a pas à s'inquiéter de la pureté de nuances, du parallélisme des deux faces, de la présence des bulles, stries, filandres, fiel de verre, fragments de pots, etc. On se borne à doucir et à polir la surface d'un seul côté ; il en résulte une économie de 30 pour 100 sur la main-d'œuvre et une économie de 25 pour 100 sur l'épaisseur du verre. Il suffit môme d'employer des verres mis au rebut, qui se vendent généralement pour la fabrication de dalles, etc. Le verre à bouteilles lui-même peut recevoir la préparation platinifère.
Le platinage est doué d'une grande solidité, car le métal fait corps avec le verre, qui a servi de fondant.
Un caractère tout particulier aux miroirs métallisés réside dans le fait suivant :
Les verres platinés, qui forment des miroirs quand on les regarde de face, sont transparents quand la
PLATINA6E DBS GLACES 81
lumière vient les traverser. Placés comme ornements, ils donnent à une personne cachée dans une arrièreboutique obscuro la faculté de tout voir et de tout observer sans être vue. On les emploie de même pour garnir les fenêtres des rez-de-chaussée, en mettant le côté platiné à Tintérieur. On est ainsi garanti des regards des passants, tout en se conservant la possibilité de voir les objets extérieurs. Du dehors, en effet, par suite de Tobscurité relative de Tintérieur on ne voit que sa propre image réfléchie.
Malgré ces avantages les glaces platinées ne sont pas en faveur dans le commerce à cause de leur aspect inférieur à celui des glaces étamées ou argentées. Le platinage communique une teinte sombre aux images réfléchies.
De plus, comme il est nécessaire de chauffer les glaces au rouge, il est presque impraticable de fabriquer par ce procédé des glaces de grandes dimensions ; il se produit en effet des déformations inévitables pendant le passage au moufle et il est fort difficile de dépasser les dimensions de 1 m. 20 sur 0,66.
On a fabriqué avec le verre platiné des réflecteurs pour foyers électriques. En raison de son inaltérabilité sous l'action de la chaleur, le plalinage présente dans cette application un immense avantage sur les procédés d*argenture.
On a encore trouvé une application intéressante en utilisant les glaces platinées pour la construction de rhéostats, ou résistances électriques, pour courants de faible intensité.
Procédé Ladersdorff
Antérieurement aux travaux de M. Dodé, M. Ladersdorff avait déjà expérimenté, en 1840, le procédé de platinage suivant :
On prépare les deux solutions suivantes : Solution A :
Essence de lavande 15 parties
Chlorure de platine 3 —
Mélanger dans un mortier et conserver dans un flacon bouché à l'émeri.
Solution B :
Essence de lavande 15 parties
Chlorure de platine 4 —
Sous-nitrate de bismuth en
poudre impalpable .... 2 —
Mélanger et conserver comme la solution A.
On prend la glace bien nettoyée et Ton enduit sa surface à l'aide d*un pinceau, bien également, avec la solution A. On passe la glace au moufle ou sur la pierre d'un four à étendre. Lorsque le verre a été suffisamment ramolli pour que le platine y adhère, on laisse refroidir. On applique ensuite une couche de la solution B par-dessus la première et on repasse au feu.
Quand les objets qui ont reçu le lustre sont refroidis, on les frotte avec un chifTon de coton chargé de craie, lavée et humide ; leur éclat est ainsi beaucoup relevé, et d'ailleurs le frottement enlève les dernières traces d'essence ou les cendres qui sont restées à la surface par la combustion de cette matière.
PLATINAGE DES GLACES H3
Procédé R. Bottier
Pour réussir à appliquer par ce procédé un enduit de platine parfaitement irréprochable et d'un éclat argenté sur porcelaine et sur verre, il faut de toute nécessité se servir d'un perchlorure de platine aussi exempt d'acide qu'il est possible et complètement sec. A cet efTet, on agite dans un petit mortier en porcelaine le perchlorure de platine sec avec l'essence de romarin (oleum anthos), on pétrit avec un pilon, en renouvelant l'huile à plusieurs reprises (trois fois environ), jusqu'à ce qu'on ait obtenu avec le perchlorure rouge brunâtre une masse plastique ayant l'aspect de la poix noire dans laquelle on ne doit plus apercevoir de particules de chlorure de platine non décomposées.
L'essence de romarin se colore, par l'absorption d'une partie du chlore du perchlorure à la suite du pétrissage, en jaune plus ou moins intense. Lorsqu'enfin on atteint le moment où tout le chlorure de platine s'est transformé en cette masse plastique noirâtre, on broyé, à l'aide d'un pilon et après avoir enlevé l'essence de romarin, avec environ cinq fois le poids d'essence de lavande, jusqu'à ce qu'on ait obtenu un liquide parfaitement homogène et bien fluide. On abandonne alors au repos pendant environ une demi-heure, puis au bout de ce temps la masse peut être employée avantageusement au platinage.
Pour produire le lustre platine, il suffit maintenant d'appliquer cette masse avec un pinceau très fin et doux en une couche parfaitement uniforme et aussi mince qu'il est possible sur les objets en porcelaine,
en grès ou en verre qu'on veut décorer. En effet, plus est mince la couche de cette masse qu'on applique sur les pièces, plus l'enduit de platine sera brillant par la suite. Lorsqu'enfin les pièces ont été chargées comme il convient d'une couche bien légère de cette masse, on n'a plus autre chose à faire qu'à les exposer pendant quelques minutes soit dans un moufle, soit, avec précaution, à la flamme d*un chalumeau à gaz, à une chaleur rouge très faible et à peine sensible. Les pièces sortent du feu sans avoir besoin d'une autre opération (pourvu toutefois qu'on n'ait pas dépassé la température indiquée), revêtues d'un lustre d'une beauté incomparable et d'un éclat argenté.
Si, par une circonstance fortuite, l'enduit de platine n'a réussi qu'imparfaitement sur les pièces, ou si après avoir chauffe il se présente mal venu, on peut recouvrer avec facilité jusqu'aux moindres traces de platine sur les pièces défectueuses, et cela sans avoir recours à l'eau régale, par le procédé galvanique bien simple que voici : Il suffit ea effet de les couvrir d'arMe chlorhydrique puis de les toucher avec une petite baguette de zinc. On voit presque instantanément, à raison de l'enduit de platine qui remplit tant à la surface supérieure qu'à celle inférieure le rôle de cathode, se former un dégagement de gaz hydrogène et la couche métallique brillante se détacher de dessus laporcelaiue ou le verre, en paillettes dune finesse extrême qui malgré le poids spécifique du platine métallique viennent flotter à la surface de l'acide. Séparant ensuite l'acide par le filtre, on recueille tout le platine qui autrement aurait été perdu et sans qu'on ait à craindre le moindre déchet en métal.
Domuic iie
Enfin on fera remarquer qa'oo ne doit, ^u^:» v,<.f les cas, préparer la liqueur à plailoer 'i «>t; : jtc:'.'^ nécessaire pour un seul jour, \mm^. n\^*-.j-r: propriétés quand on laconserre.
La combinaison réellement attir*^ *ia.i!t jt qui résulte du traitement do pcmPiy/r'i7<t "^ v>t:.'^ par l'essence de lavande est, d'npf^r^ !r>t^ «^v^^^r^^^ tions, un sel organique de platîm^ c .: ^ ^>r::u»: '^ qu'on peut en effet obtenir en p^'.ii* r^^jk^x vr-ordriques allongés^ légèrement eo'or^ <» ^ . vt -, ^,-it on agite, avec précaution, une q'wrï*-> .,- j#r. i-,»^^ du liquide dans Talcool^Ces <rri«taijx or.: j» 'f,*-,''/^^^. quani on en approche une bougK ^, .rr,^. ^, t*^^ flammer et de brûler avec oœ (U'r.'.v^ r:^-*:*. >- .* rante en laissant do platine d'un ;. \'^. ^..<^'. « l'état compact (1 j.