‹ Nouveau manuel complet du verrierChapitre 88 sur 194 · PAR MM. APPERT ET HENRIVAUX · texte numérisé non relu

PAR MM. APPERT ET HENRIVAUX

D'une manière générale les émaux transparents ou opaques peuvent être appliqués sur toutes les matières susceptibles de supporter, sans se brûler, sans fondre ou sans éclater, la chaleur nécessaire pour les faire entrer en fusion. Ces matières sont la terre (faïence, grès ou porcelaine), le verre, la lave et les métaux, principalement Tor, l'argent, le cuivre et le fer; mais il faut, sous peine d'accidents irréparables, que leur composition soit en rapport de dilatation avec la matière qui est appelée à les recevoir.

[]ne application industrielle importante est celle qui consiste à recouvrir, à protéger, à l'aide d'un émail, les objets en fer ou "en fonte.

L'application de l'émail sur les différentes matières que nous venons d'énumérer a reçu le nom général d'émaillage; mais on réserve exclusivement le nom d'émaillerie h l'art d'émailler les métaux, et, par métonymie, on donne le nom d'émail à tout objjet en métal recouvert, en totalité ou en partie, d'émail ; on dit : un émail byzantin, un émail de Limoges, un émail de Petitot, etc.

Sur les métaux, l'application de l'émail se fait de quatre façons différentes : dans la première, l'émail incrusté dans le métal, n'est pour ainsi dire que l'accessoire de la décoration dont les contours ou le dessin sont formés par le métal lui-même; dans la seconde, il couvre entièrement la partie du métal qui est décorée : dans ce cas il est translucide^ et la décoration gravée en relief sur le fond même du métal apparaît sous l'émail ; dans la troisième, c'est

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lui une surface plane et bien unie. Ce procédé, connu dans Tantiquitë, a été repris au xi® siècle; nous verrons plus loin qu'il a subi plusieurs modifications, ou du moins qu'il a été employé de façon à donner des résultats variés, bien que le principe soit resté toujours le même.

Les objets ainsi décorés sont généralement en cuivre ou en bronze ; on les distingue sous le nom à' émaux champlevés.

Dans l'autre procédé, qui était également connu dans l'antiquité, mais que les Byzantins ont remis en pratique dès le vi' siècle, les pâtes de différentes couleurs sont enserrées entre des cloisons formées par de petites lames extrêmement minces de métal, placées sur cbamp et contournées suivant les traits intérieurs et extérieurs du dessin, quelquefois assez compliqué, qui doit être émaillé : ces lamelles, soudées sur le fond, permettent d'isoler les différentes couleurs d'émail dont on remplît leurs intervaWes. Ce procédé, qui a été employé presque exclusivement sur des plaques d'or destinées à rehausser par leur richesse et l'éclat chatoyant de leurs couleurs les couronnes et les ornements royaux, les autels et les objets destinés au culte, les plaques d'évangéliaires, etc., a reçu le nom à' émail cloisonné.

En Allemagne et particulièrement dans les ateliers des bords du Rhin, on a quelquefois associé les deux procédés du cloisonnage et du champlevage sur des émaux généralement en cuivre qui prennent alors le nom d'émaux mixtes.

EMAUX ARTISTIQUES 271

ÉIUUZ TRANSLUCIDES

Les émaux sont dits translucides sur relief ou de basse-taille (1) lorsque la surface du métal a été gravée en creux de façon à former une sorte de basrelief recouvert entièrement d'émaux transparents, dont la coloration aug-mente d'intensité selon qu'ils se trouvent sur des parties creusées plus ou moins profondément. Ce procédé, beaucoup plus artistique que les précédents, a été appliqué sur des objets ou des plaques d'or ou d'argent, d'assez petites dimensions généralement : suivant toute probabilité il a été trouvé en Italie, tout à la fin du xiii® siècle et a été pratiqué un peu partout, mais particulièrement en France et en Allemagne, aux xiv® et xv*^ siècles.

EMAUX PEINTS

On appelle généralement émaux peints ceux dont le métal, qui sert d*excipient, est recouvert en son entier d'une coucbe d'éoiail qui peut être décoré suivant divers procédés donnant des résultats aasez différents les uns des autres. Au xv!"" siècle, on ae servait, pour les fonds, d'un émail noir, brun ou bleu foncé, sur lequel la décoration, ligures ou ornements en émail blanc, se modelait par transparence, suivant le degré d'épaisseur de cet émail sur

(1) On les désignait ainsi dès le commencement da xvi* siècle, probablement ponr les distingaer des émaax peints récemment inventés : « Un calice • (don de Charles VI), émaillé de basse-taille, champ d'azur, etc. (invent, de Téglise Saint-Denis, 1534) ; un petit tableau d'or, en forme de table d'aatel, fermant à deux ouvrants, au milieu duquel est une émaillnre de basse-taille, le « Crucifiement • (invent, de Charles-Quint, 1536).

le fond. C'est le procédé qui, à cette époque, était partieulter à Limoges, et que Tou désigne sous le nom d'émail limousin ou genre limousin.

Au XVII* siècle, on remplaça le fond coloré par un fond entièrement blanc sur lequel on peignait avec des couleurs variées ; ce genre, qui dans son procédé d'exécution et dans ses résultats se rapproche de la peinture sur porcelaine, a reçu plus particulièrement le nom d'émail des peintres.

Vni. ÉMAUX DE BIJOUTERIE

Les émaux employés en bijouterie sont presque toujours appliqués sur des feuilles d'or au titre de 20 carats, parce que le cuivre, le laiton, l'argent, exposés à une haute température, exercent par leur oxydation des effets nuisibles sur certaines couleurs. Cependant quand il s'agit d'émaux transparents, on emploie des alliages dont la coloration augmente par réflexion l'éclat de l'enduit ; par exemple, un alliage d'or et d'argent pour l'émail vert, un alliage d'or et de cuivre pour l'émail rouge (1).

Pour la même raison, on grave quelquefois des dessins sur la plaque d'or, les traits gravés produisant, par leur reflet inégal, un effet agréable à travers les émaux transparents.

Avant d'appliquer l'émail, on fait chauffer légèrement l'objet d'or; on le plonge ensuite dans l'acide nitrique bouillant étendu d'eau, et on lave dans l'eau.

(1) Lorsqu'on veut exécuter des émaux transparents sur des objets en cuivre, on recouvre d'abord le cuivre d'une i!aièl< ooocbe d'émail, sur laquelle on applique une mince feuille d'or qui sertd« fond à l'émail transparent.

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