‹ Nouveau manuel complet du vétérinaire par m. LebeaudChapitre 1 sur 120 · A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET · texte numérisé non relu

A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET

RUE HAUTEFECILLE, 12.

Les Auteurs et ('Editeur se réservent le droit de traduction.

Le cheval est un animal herbivore, rangé par les naturalistes parmi les mammifères ongulés à sabot, dont le pied est terminé par un seul doigt. Originaire de la haute Asie, au dire des écrivains qui se sent le plus occupés de son histoire, ce précieux animal s'est répandu successivement dans toutes les contrées du globe, et les régions froides et humides sont les seules où il ne prospère pas. 11 est très-bien acclimaté eu Tartaric, en Arabie, dans les vastes déserts voisins de la mer Caspienne, ainsi que dans plusieurs contrées de l'Amérique méridionale, où on le rencontre encore à l'état de nature.

Les chevaux sauvages sont généralement d'une taille médiocre, et dépourvus des formes gracieuses et élégantes que l'on admire dans ceux que la main de l'homme a façonnés, mais d'une vélocité incroyableet d'une vigueur peu commune. Ils vivent en troupes séparées qui ne se confondent point, et conduites chacune par un chef qui est l'étalon le plus vigoureux de la bande. Ils paissent sur une seule ligne, et n'abandonnent ordinairement un canton que quand ils n'y trouvent plus de nourriture.

Lorsqu'un ennemi se présente, ils se jettent sur lui et le font périr sous leurs coups ; mais si le danger est imminent Vétérinaire. 1

et que l'on ne puisse s'y soustraire par la fuite, les petits sont aussitôt placés au centre de la troupe ; les mâles se serrent en cercle de manière a ne présenter que la croupe, et se défendent à grands coups de ruade ; il est bien rare qu'ils ne mettent pas en fuite même les lions et les tigres. Mais la saison des amours ne manque jamais de mettre la discorda dans la troupe ; les màtes se battent à outrance pour la possession des femelles, et le vaincu s'enfuit jusqu'à ce qu'il trouve à son tour l'occasion de venger sa défaite.

Quoique la civilisation ait singulièrement altéré et modifié le caractère primitif de ce noble animal, elle ne lui fait perdre aucune de ses bonnes qualités : le cheval domestique sait allier l'obéissance et la fidélité à sa fierté naturelle : il est sensible à l'aiguillon de la gloire, et conserve le souvenir des bons et des mauvais traitements; s'attache à son maître, le «art avec zèle et dévouaient; comprend au moindre signe ce que l'on exige de lui, et l'exécute aussitôt.

Les avantages physiques dont la nature l'a doué secondent parfaitement son bon naturel ; il joint à un haut degré l'élégance des formes à la vigueur; il est d'une force musculaire très-grande, dur! la fatigue, léger à la course, éminemment propre aux travaux qui exigent de la vigueur, de la persévérance, de la célérité; supporte pendant longtemps les travaux auxquels les besoins de l'homme l'ont consacré ; et n'exige, en retour des services indispensables qu'il lui rend, que quelques soins et de bons traitements. Il a la démarche noble et fière, les mouvements prompts, les reins forts, le jarret élastique et nerveux : on connaît la vélocité presque incroyable des chevaux arabes, i qui on fait faire parfois 80 à J20 kilomètres en nn jour, presque sans se reposer, sans autre nourriture bien souvent que quelques poignées de dattes ou de grains.

Le cheval a, comme les autres animaux, des sensations, des passions et des besoins. Les sensations sont perçues par tes sens et exprimées' par des signes extérieurs.

j ! :'.'"J L\ Ci

IMUQDÏTCTIOTf. 3

Le secs de J'wjje paraît être lo plue perfectionné chez les chevaux ; ils portent leurs oreilles en avant quand ils marchent, et se retournent avec vivacité aussitôt qu'ils entendent quelque brait. Le sens de la vue est le meilleur chez eux après celui de l'ouïe ; ils sont à celégarrt supérieurs à l'homme la nuit comme le jour. L'habitude qu'ils ont de flairer tout ce qu'on leur présente avant d'y toucher, et la distance presque incroyable à laquelle ils sentent les femelles en chaleur, désolent encore beaucoup (le finesse dans le sens de l'odorat. Quant au goût et au toucher, ces deux sens sont loin d'être comparables à ceux de l'homme ; cependant le cheval est d'une grande susceptibilité pour la nourriture, et tres-sensible aux impressions extérieures.

On nomme hennissement, la voix du cheval ; il le modifie de cinq manières (litre rentes, exprimant autant de passions : le hennissement d'allégresse, celui du désir et de l'amour, celui de la colère, celui de la crainte ou de l'inquiétude ; enfin, celui de la douleur Ces diverses inflexions de voix sont n^mpagnéesd'autautde démonstrations extérieures qui les rendent plus expressives. Les chevaux qui hennissent fréquemment d'allégresse ou de désir, passent pour les meilleurs et les plus généreux; les chevaux entiers ont la voix plus forte que les . hongres et les juments.

Le cheval est, sans contredit, le plus utile des animaux domestiques, et l'immortel BuBfon le proclame la plus belle conçues de l'homme.

La possession de ce précieux animal est d'un avantage immense pour l'agriculture, le commerce, l'industrie, l'art de la guerre ; c'est lui qui partage avec le bœuf la tâche de tracer nos sillons; qui, sur tous les points du globe, estoccupé à transporter lesproduits du commerce et de l'industrie partout eù le besoin s'en fait sentir; qui, au moyen de communications rapides et faciles, rapproche les dislances les plus éloignées; qui fait mouvoir la plupart des machines créées par le génie de l'homme pour centupler ses forces; qui dé-

cide presque toujours du destin des combats. C'est encore lui que l'on voit dans nos paisibles cités entraîner avec rapidité le léger tilbury, ou promener gravement le char de l'opulence; enfin, combien de femmes délicate^ de faibles convalescents retrouvent la santé dans les mouvements doux et cadencés du cheval ! *

Parlerons-nous de la race intelligente, de l'instinct surnaturel de ce noble animal ? Yoyei ce cheval d'escadron qui semble attendre le commandement; avec quelle promptitude, quelle régularité il suit tous les mouvements de la manœuvre ! Bientôt on le verra s'animer au son de la trompette, joindre ses hennissements au bruit de la mêlée, blanchir le mors d'écume, et obéir à regret à la main qui contient son ardeur impatiente. Mais, aussitôt que cette main, par un mouvement presque imperceptible, donne le signal du départ, il s'élance avec la rapidité de l'éclair à travers les rangs ennemis, les ouvre, les renverse par l'impétuosité de son choc, semble s'enivrer de carnage et de gloire, et partage avec son maître les douceurs de la victoire.

Mais la chance des combats a-t-elle trahi ses efforts, on le voit revenir à pas lents, la téte basse, la crinière pendante ; le son de la trompette ne lui cause plus d'émotion, il retourne tristement auprès des siens, ou erre sur le champ de bataille, cherchant parmi les morts celui dont il fut le compagnon, dont il partagea les travaux et les périls.

Si nous voulions tracer ici le tableau de toutes les qualités morales qui distinguent si éminemment ce quadrupède, sans nous attacher à recueillir cette foule d'anecdotes plus ou moins fabuleuses dont tant de livres sont remplis, nous trouverions dans les fastes de notre gloire militaire des exemples nombreux de guerriers qui n'ont dû la liberté ou la vie, qu'au courage, à l'intelligence ou à la force de leur coursier : les prodiges opérés sous nos yeux par les écuyers Franconi nous fourniraient d'ailleurs des faits nou moins frappants; mais une pareille tâche nous entraînerait trop loiE.

Les peuples de la Thrace et de la Médie paraissent avoir les premiers connu l'aride dompter les chevaux. Les Grecs s'en servirent de temps immémorial dans leurs guerres et leurs jeux; les Sers Gaulois s'adonnèrent à lent- éducation, et en firent connaître l'usage aux conquérants du monde.

L'histoire nous apprend te cas que les peuples de la haute antiquité faisaient de leurs chevaux. Admis sous la tente de leurs maîtres, ces animaux n'étaient point abandonnés àl'insouciante négligence des valets; des mains royales ne dédaignaient pas de leur présenter la nourriture, do tresser et d'oindre leurs crins. De tous temps, les chefs des nations ont cherché les moyens de favoriser la propagation et l'amélioration des races; mais à mesure que la civilisation a propagé le goût de la mollesse et l'habitude de la frivolité, le cheval, réputé désormais indigne d'occuper la pensée de son maître, a été abandonné entièrement aux soins des palefreniers.

Cependant l'éducation du cheval commence à reprendre faveur parmi nous; des personnages éminents à plus d'un titre ne rougissent pas de faire d'un sujet aussi important en lui-même l'objet de leurs méditations ; et si nos petits-mattres ne pansent pas leurs coursiers comme le faisaient les héros d'Homère, ils daignent du moins entrer quelquefois dans l'écurie, et surveiller par eux-mêmes les soins qu'y reçoivent ces animaux.

La médecine vétérinaire elle-même, abandonnée pendant longtemps à la routine de l'ignorance et des préjugés, a été élevée, je dirai presque à la hauteur des sciences exactes, par les travaux des élèves sortis des écoles vétérinaires.

Enseigner aux personnes les plus étrangères a cet art à connaître parfaitement le cheval, à multiplier et améliorer les races, à l'élever, le soigner, le nourrir, le dresser selon les usages auxquels ou le destine ; à conserver sa santé ; à le soigner dan3 ses maladies ; tels sont, en peu de mots, le but et l'objet de ce Manuel. La première partie traite de la connaissance extérieure et anatomique du cheval, de sa propa-

1NTR0HUCTT0N.

galion, de son éducation, de l'hygiène générale et du ferrage. La deuxième, relative au cheval malade, renferme une courte description de ses maladies les plus fréquentes, de leur traitement, et des aperçus de matière médicale et de pharmacie vétérinaire. La troisième et dernière partie, terminée par un vocabulaire des termes d'hippiatriqueet d'équitation, est consacrée aui principes élémentaires de l'art du manège.

on

Page 1