OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LA MANIÈRE DE DRESSER, LES CHEVAUX
L'art de dresser les chevaux est un art véritable, qui, quoi que l'on en dise, ne demande pas moins de théorie que de pratique: car la théorie seule peut enseigner les moyens de profiter des dispositions de la nature et de corriger ses écarts. Il exige, de la part de celui qui veut l'exercer avec fruit, des connaissances spéciales et plusieurs qualités indispensables.
Ces qualités sont principalement : le goût des chevaux, car l'on ne réussit jamais dans les choses pour lesquelles on n'a . pas dégoût; beaucoup de patience, de douceur, de persévérance, de fermeté ; de la force, de l'adresse et do l'agileté ; h quoi il faut ajouter une étude approfondie du naturel et des habitudes du cheval, car sans cela on courrait fréquemment le risque défaire tout le contraire de ce qu'il faudrait.
Le manque de docilité dans les chevaux provient ordinairement de défauts extérieurs de conformation, auxquels l'art doit savoir suppléer quand cela est possible, ou de vices internes; il a été question de ceux-ci dans un article particulier. Ces vices eux-mêmes ne sont pas toujours l'effet de la nature, mais bien souvent le résultat de la maladresse de gens qui veulent se mêler d'un art dont ils n'ont pas les premières notions.
Enfin, on exige souvent des chevaux des choses qui sont
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an-deEsits do leurs forces physiques ou de leur intelligence ; on les rebute par une obstination déplacée, on les dégoûte du travail, on les ruine sans ressource à la fleur de leur âge, et on les rend indociles et ennemis de l'homme. C'est ce qui arrive surtout au poulain que l'on dresse de trop bonne heure et sans observer les ménagements et précautions nécessaires.
Après avoir donné à. un jeune cheval les leçons 1 générales décrites dans l'article relatif a l'éducation des poulains, il faut songer à le dresser selon le genre de service auquel on le destine.
S'agit-il d'un cheval de guerre, il faut d'abord l'habituer au son du tambour, au bruit des armes, à l'odeur de la poudre, etc. A cet effet, il sera bon de battre de la caisse ou de sonner de la trompette dans l'écurie au moment de donner l'avoine, ce que l'on répétera jusqu'à ce que, loin de donner aucun signe d'effroi à ce bruit, il paraisse s'y complaire. .
On lui fera voir et sentir un pistolet sans être chargé ; on fera mouvoir à plusieurs reprises la batterie et partir la détente sous ses yeux. On brûlera ensuite quelques amorces en se plaçant à quelques pas de lui, le dos tourné vis-à-vis sa tête, et venant à chaque fois lui faire sentir la fumée. Enfln, on tirera quelques coups en commençant par de petites charges non bourrées, en lui faisant toujours sentir le pistolet après avoir tiré. Quand il sera bien dressé'â ces divers eiereîces, on les répétera étant sur son dos. Il faut toujours le flatter en l'approchant, le caresser et lui donner quelque chose à manger, car ce n'est que par de semblables moyens que l'on parvient à apprivoiser facilement cet animal. Les chevaux timides ou qui ont la vue faible s'habituent au feu plus difficilement que les autres.
L'art de dresser les chevaux de main comprend le manège de guene et celui de parade. Les chevaux de troupe doivent être d'une docilité à toute épreuve, et particulièrement exercés à tourner à toutes mains, à la leçon de l'épaule en-dedans et de la croupe au mur; à marcher de coté, changer do pied à volonté; aux vol tes,, pirouettes et demi-pirouettes; aux passades, etc. Us doivent en outre avoir de la vivacité, de la hardiesse, du nerf; les hanches bonnes, tous les mouvements souples et faciles, la bouche lidèle et légère, le galop franc et prompt. Mais un cavalier, de son coté, ne saurait trop se persuader que sa vie dépend à chaque instant de la manière dont il soigne et gouverne son cheval.
Le cheval de chasse doit être aguerri au bruit des armes à feu comme celui de guerre. Il faut de plus l'accoutumer à s'arrêter court au moindre avertissement qu'on lui en donne,
aBn de pouvoir coucher en joue aussitôt qu'on aperçoit le gibier, etàrester immobile aussi longtemps qu'il est nécessaire.
La principale qualité d'un cheval dressé pour la chasse étant d'être excellent coureur et très-souple dans ses mouvements, il faut le trotter pendant longtemps au bridon ; lui apprendre il tourner facilement à toutes mains, à exécuter promptement tous les changements qu'on veut lui faire faire, à allonger son trot, etc.
Après l'avoir confirmé dans la leçon du trot jusqu'à ce qu'il obéisse promptement aux moindres aides de la main et des jambes, on lui met un mors convenable à sa bouche, et on lui donne la leçon de l'épaule en-dedans, non-seulement pour lui assouplir les côtes, lui faire connaître les jambes et lui faire la bouche, mais principalement pour lui apprendre à avancer la jambe de dedans, de derrière sous le ventre, qualité indispensable dans un cheval de chasse, en ce qu'elle le fait galoper plus uniment et de meilleure grâce : il faut le tenir un peu moins raccourci pendant cette leçon qu'un cheval de manège.
Après ces deux leçons, et celle des arrêts, demi-arrèts, et du reculer, il faut le galoper en lui rendant la main fréquemment, pour lui rendre les épaules plus légères, la bouche sûre ef douce, et pour le confirmer dans le galop de chasse, qui doit n'être ni trop relevé ni trop bas; enfin, il faut terminer ces diverses leçons en lui apprenant à franchir les fossés, haies et palissades; sans quoi l'on courrait risque d'être arrêté à chaque pas dans le cours d'une chasse.
Les chevaux destines au carrosse doivent être de belle taille, bien faits, relevés du devant, traversés, et assez étoffés pour n'être point efflanqués par le travail ; d'une grande souplesse, et d'une obéissance parfaite : ils doivent joindre à ces qualités un jarret et un pied excellents; car celui qui aurait le moindre défaut dans les extrémités, se trouverait bientôt ruiné, surtout sur un mauvais pavé.
Pour dresser les chevaux, on les trotte à la longe ; on leur donne ensuite la leçon de l'épaule en-dedans ; on leur apprend à passer les jambes la croupe au mur, afin qu'ils tournent avec aisance, ce qui ne peut se faire sans qu'ils passent les jambes l'une par-dessus l'autre; enfin, rien ne leur donne une démarche plus belle, plus fière et plus noble, que de leur apprendre à piaffer dans les piliers, leçon qui a en outre l'avantage de les rendre obéissants au moindre mouvement du fouet.
II serait inutile de confirmer les chevaux de carrosse dans ces diverses leçons autant que si on les destinait au manège;