CHAPITRE VII
Maladies du cheval.
La maladie est l'état opposé lia santé; c'est un changement dans les conditions naturelles du sang, d'un organe ou d'un appareil organique qui est assez étendu, assez important pour troubler l'exercice des fonctions de la vie, pour provoquer dans le corps de l'animal des phénomènes nouveaux, étrangers à l'ordre naturel.
L'indisposition est une maladie, qui no détermine qu'un trouble léger et peu durable dans les fonctions. Elle mérite en général plus d'attention qu'on ne le fait ordinairement.
On donne le nom dïn^rmiWàcertaines maladies anciennes devenues incurables., qui ne troublent qu'une ou plusieurs fonctions et qui ne menacent pas l'existence du cheval.
Il n'est peut-être aucune science où la nomenclature soit aussi défectueuse que celle des maladies du cheval. Rien n'est plus bizarre que l'ensemble des noms donnés aux maladies par les anciens écuyers et les maréchaux. Elles ont été désignées tantôt d'après leur siège (le mal de garrot, le mal de gorge, le mal des rognons, le moi de tête de contagion, V avant-cœur); tantôt d'après les causes connues ou présumées (l'atteinte, le clou de rue, le coup de chaleur, l'embarras, l'enchevêtrure) ; tantôt d'après les lieux où elle se montre le plus fréquemment (le mal d'Espagne) ; d'après le nom de l'animai qui en est le plus souvent affecte (Icmal d'âne). D'autres fois c'est a raison d'un des symptômes principaux (le vertige, Vhydrophobie) . Il est des maladies qui ont reçu des noms relatifs à leur marche ou à leur durée (la fluxion périodique); à leur gravité, leur durée, leur terminaison, leur mobilité (l'apoplexie foudroyante, l'angine gangreneuse) ; a leur ressemblance avec certains produits de l'industrie humaine ou avec quelque objet d'histoire naturelle (la tympanite, le polype, le champignon, les poireaux, l'oignon, l'éponge, le capeiet, Les peignes, les grappes, le croissant, la fourmilière).
MALADIES Ht) CHEVAL. lit
Cinq' choses principales sont h considérer dans les maladies én général : la cause, les symptômes, le diagnostic, lu pronostic, là curation ou le traitement.
Toutes 1rs circonstances qui peuvent apporter du trouble dans Tune ou plusieurs des fonctions de la vie deviennent autant de causes de maladies. Tels sont : le froid, Le chaud, le nianque d'exercice ou l'excès du travail, de mauvais aliments, une nourriture trop ou trop peu substantielle, etc. Ces causes peuvent être internes ou externes, médiates ou immédiates : internes, quand elles se développent dans l'intérieur des organes; externes quand elles proviennent des corps environnants, les coups, les vicissitudes atmosphériques, etc. On entend par cause médiale ou éloignée, celle qui prépare en quelque sorte une maladie de longue main. Ainsi, un cheval reçoit sur la nuque un coup qui cause la meurtrissure des tendons, et il' en résulte une taupe; ou bien il boit do l'eau froide ayant très-chaud, la plèvre s'enflamme, et il survient Une pleurésie. U est évident que dans ces deux cas, le coup et l'eau froide sont les causes médiates ou éloignées; la meurtrissure et l'inflammation les causes immédiates.
On a aussi distingué des causes principales (celles qui ont la plus-grande part dans le développement des maladies); accessoires (celles qui n'ont que peu d'influence dans leur production} ; prochaines (telles qui forment l'essence même de la maiudie); éloignées (celles qui préparent ou déterminent l'altération intime qui l'orme l'essence ou la cause prochaine de lu maladie) ; positives (celles qui ont une part active à la production des maladies) ; négatives (celles qui consistent dans la soustraction des choses nécessaires). Enlin, comme il est un certain nombre de maladies qui surviennent sans causes appréciables, on a admis des causes occultes ou cachées.
Sous le rapport des causes qui les produisent, les maladies sont distinguées en innées .(le poulain les apporte eu naissant); acquises {elles ne commencent qu'après la naissance et ne dépendent pas d'une disposition héréditaire) ; sporadiques (elles n'attaquent qu'un seul individu à la fois, ou quelques individus isolément), et panzooliques (elles attaquent beaucoup d'individus à la fois). Ces dernières ont été subdivisées en maladies annuelles (quand elles reparaissent chaque année vers le même temps} ; stationnaires (lorsqu'elles se montrent sans interruption pendant plusieurs saisons, pendant une ou plusieurs années); intercurrentes (cellesqui surviennent dans différents temps de l'année, et qui sont seulement modifiées par les maladies régnantes) ; enzootiques (les affections produites par un concours de causes qui agissent continuelle-
Vétérinatre. 11
ment ou périodiquement dans certains lieux, de sorte que les maladies qui en résultent se montrent sans interruption, ou du moins y reparaissent à des époques fixes, en frappant, dans tous les cas, une plus ou moins grande proportion des chevaux), et épizootiques (comme les précédentes, elles attaquent à la fois un grand nombre de chevaux, ou deviennent beaucoup plus fréquentes qu'elles le ne sont communément; n'ont qu'une durée limitée, et ne reparaissent pas à des intervalles réguliers). Parmi les maladies qui peuvent affecter à la fois un grand nombre de chevaux, il en est de contagieuses. On a aussi distingué les maladies, relativement aux causes qui les produisent, en essentielles, primitives, idiopathiques, et en symptomatiques, secondaires, etc.
Les symptômes sont l'ensemble des phénomènes particuliers produits par la maladie : la fièvre, le mal de tète, les coliques, les convulsions, la perte d'appétit, sont autant de symptômes communs à plusieurs dérangements de la santé.
Sang entrer ici dans des détails qui nous entraîneraient trop loin sur les symptômes fournis par les différents organes ou les différentes fonctions, bornons-nous à indiquer d'une manière sommaire les principaux signes qui annoncent un dérangement dans la santé :
L'appétit ou le sommeil se perdent ou sont augmentés d'une manière inaccoutumée ;
Le cheval est dégoûté, il a l'œil morne, l'air triste, les oreilles penchées; il porte la té te basse; quelquefois le nez tendu en haut;
Il pousse parfois des soupirs tantôt longs, tantôt courts et entrecoupés;
Les flancs battent plus ou moins fortement; quelquefois d'une manière irrégulière ; la respiration est pénible et entrecoupée;
La langue est sèche, d'une couleur inusitée; le poil terne et hérissé ;
Le cœur et les artères battent plus ou moins fort qu'a l'ordinaire ;
Les urines et les excréments offrent des caractères qui ne sont pas naturels; leur émission est plus abondante ou plus rare qu'à l'ordinaire;
Le cheval se couche, se lève fréquemment ; il est inquiet et agité ;
Il regarde fréquemment son flanc, tantôt un côté, tantôt un autre; son allure est chancelante; Il fait de vains efforts pour uriner ou pour fienter ;
Le ventre est retroussé; il peut également être enflé ainsi que quelque autre partie du corps.
. Les signes suivants sont regardés comme extrêmement graves :
Le cheval ne peut rester debout ni se coucher, tombe comme une masse et se lève avec peine ou ne peut y parvenir;
II a les yeux fixes, les tourne du côté de ses reins ou regarde fixement son poitrail ou son flanc;
On ne voit presque pas le blanc des yeux ;
Une écume plus ou moins épaisse couvre sa bouche et ses ■ naseaux ; cette dernière partie laisse couler une humeur sanguinolente ou purulente ;
L'urine s'échappe goutte à goutte sans que le cheval se campe pour l'épancher; il rend par le fondement des glaires sanguinolentes.
Lorsqu'un ou plusieurs des symptômes généraux ci-dessus énoncés se présente, on juge que le cheval est malade, et l'ensemble des signes particuliers fait reconnaître le genre et l'espèce de la maladie. Pour la combattre ensuite avec quelques chances de succès , il faut s'attacher spécialement à en connaître la cause, le siège réel et la nature, avant d'appliquer aucun remède; autrement on agirait en aveugle et en tâtonnant, ainsi que le font les personnes qui, par exemple, croyant que toutes les coliques proviennent de refroidissement, administrent des échauffants dans maintes circonstances où il faudrait donner des remèdes tout opposés.
On distingue les maladies, quant à la marche qu'elles affectent, en maladies aiguës et chroniques, en continues et intermittentes. Les maladies aiguës se développent avec éner- ■ giej parcourent rapidement leurs diverses périodes, et se terminent promptement par la guérison, la mort, ou par le pas- , sage a l'état chronique. Les maladies chroniques, au contraire, se développent lentement, ont fort peu d'intensité et ne se. terminent pas toujours. Les maladies continues observent une marche progressive et régulière; celle des intermittentes est entrecoupée.
Le diagnostic se compose de l'ensemble des signes particuliers à chaque maladie : le pronostic, des inductions que Ces signes font concevoir de la marche qu'elle suivra.
Le traitement consiste dans l'application raisonnée des moyens propres à la combattre. Ces moyens sont fournis par l'hygiène, par la pharmacie, ou par la chirurgie; le choix en doit être déterminé par la connaissance des indications et des contre-indications qui se présentent ; le grand talent du
vétérinaire comme du médecin consiste à bien étudier ces indications et contre-indications, afin de n'être pas exposé a des bévues souvent funestes et toujours dangereuses.
Il faut, dit LafosEGj s'appliquer à connaître les indications que présente la maladie et les remplir avec soin; rafraîchir s'il y a échauffement ; relâcher s'il y a tension, désemplir les vaisseaux s'ils sont trop pleins; rétablir la liberté du ventre si elle est suspendue ; redonner du ton aux parties relâchées, etc. Quand plusieurs indications différentes se présentent à la fois, il faut recourir d'abord â la plus pressée et passer successivement aux autres.
Le simple défaut d'appétit, quand il n'est compliqué d'aucun autre symptôme, cède souvent à un peu de régime ; mais dès qu'un cheval donne des signes évidents de maladie, il faut le mettre à la diète et & l'eau blanche en attendant que l'on ait pn se procurer les lumières du médecin-vétérinaire'. On supprime d'abord toute nourriture solide, en commençant par l'avoine et le foin; on délaie ou l'on fait bouillir dans l'eau quelques poignées de farine, d'orge ou de son, et l'on administre ce breuvage tiède ou froid, selon les circonstances, aussi souvent que le cheval en voudra boire; on emploie quelquefois des décoctions émollientes blanchies ou non. L'usage des lavements est aussi très-utile s'il y a plénitude et engorgement des intestins.
n est quelques remèdes généraux applicables â un grand nombre de maladies, et que l'on emploie souvent par purè précaution : de ce nombre sont les purgatifs et la saignée ; il faut être très-sobre de ces moyens, et n'y recourir que dans , les cas de nécessité évidente. Les purgatifs, par exemple, ' peuvent convenir comme remède de précaution, aux chevaux de luxe qui travaillent peu et mangent beaucoup, mais trèsrarement aux chevaux de travail ; encore vaudrait-il mieux, à l'égard des premiers, leur faire faire de temps en temps un peu de diète, les promener, et ne pas leur donner habituel- i lemenl plus de nourriture qu'il ne leur en faut. On peut en dire autant de la saignée, et c'est une erreur de croire qu'il faille tirer du sang d'un cheval à des époques déterminées, s'il n'y a pas des signes évidents de pléthore et d'inflammation ; encore la diète et l'eau blanche suffisent-elles souvent dans ce cas, à moins que les indications ne soient pressantes.
Ce n'est pas à dire cependant qu'il faille être trop avare de moyens thérapeutiques dans la médecine vétérinaire; car la vie des chevaux n'ayant de prix que par les services qu'ils rendent, l'art doit sauvent brusquer la nature dans le traite- ■