DE LA SAIGNÉE
L'hippiatrique fait, comme la médecine humaine, un fréquent usage de la saignée, soit pour diminuer la plénitude dos vaisseaux, soit pour imprimer au mouvement circulatoire du sang une nouvelle direction. On nomme Saignées évacuatives celles qui ont pour hnt principal de diminuer la masse générale du sang, et dérivatives celles qui tendent à le détourner d'un point vers lequel il se porte avec trop de violénee, celles-ci doivent toujours se pratiquer dans l'endroit le plus éloigné du point attaqué.
On nomme encore saignée générale celle qui a lieu par l'ouverture d'un vaisseau; et saignée locale celle qui s'opère sur le système capillaire. On a recours aux premières dans les grandes inflammations, chez les tempéraments sanguins
DE LA S M r, NÉE. 129
et dans tous les cas où il faut obtenir une détente générale et prompte. Ou emploie les secondes chez les sujets lymphatiques , dans les inflammations chroniques ou locales , ou lorsque les saignées générales ont été insuffisantes.
La saignée en général est utile toutes les fois que l'on a des symptômes inflammatoires à combattre ; mais l'on doit la pratiquer à. temps, et jamais sans nécessité, surtout chez les individus affaiblis par l'âge, par les maladies, ou d'une constitution naturellement faible et lymphatique.
Le nombre, le volume et la fréquence des saignées doivent être subordonnés aux circonstances de la maladie , au but que l'on se propose , au tempérament de l'animal et aux circonstances qui lui sont . particulières. Les saignées générales doivent être ordinairement larges et copieuses, réitérées autant de fois que l'apparence xouenneuse du sang l'exigera, et. à des époques assez .rapprochées pour ne pas donner à l'inflammation le temps de reprendre le dessus; mais il est des cas où ii convient mieux de pratiquer plusieurs petites saignées. Le choix du moment n'est pas non plus indifférent, c'est dès l'invasion de la maladie que l'on doit pratiquer la .«ifSftée.; oar si l'on a;dooné à ; l'inflammation le temps de dépasser le point le plus élevé do ia période aiguë, l'ouverture de la veine, pratiquée dans un moment où la nature a besoin de conserver toutes ses forces,. ferait presque infailliblement passer la maladie à l'état chronique, et rendrait la convalescence extrêmement longue et difficile.
La. saignée ordinaire dn cheval est de 2 kilog. à 2 kilog. et demi, sauf les circonstances particulières. On la pratique. ordinairement au sol, aux ars, au plat de la cuisse, quelquefois à la pince, rarement à la queue. Le choix de l'endroit dépend de l'effet que l'on se propose d'obtenir : si c'est une saignée générale ou évacuatlvo que l'on se propose de faire, il est à peu près indifférent d'ouvrir la veine de telle ou telle partie du corps; si c'est une révulsion que l'on veuille opérer, 11 faut choisir le point le plus éloigné de l'endroit menacé ; ainsi, on: saignera à ila cuisse pour dégager le cerveau, à l'avant-main, si ce sont les reins, etc. Quant aux saignées purement locales , elles doivent se pratiquer sur le lieu même qui est le siège de l'inflammation.
On. nomme flamme l'instrument dont le chirurgien-vétérinaire se sert pour ouvrir la veine. On présente sa pointe à l'endroit où l'on veut ouvrir la veine , sans appuyer sur la peau, et avec un petit morceau de bois, on frappe un petit coup .sur le dos de la lame. Lorsque l'on juge que le sang a coulé suffisamment, on passe une épingle à travers la peau,
d'un côté a l'autre de l'ouverture, et on l'entortille avec un crin croisé en forme de 8. Jl est bon de ne pas faire travailler un cheval que l'on vient de saigner, que ce soit par pure mesure de précaution ou autrement.
On a abusé et on abuse encore de la saignée comme des purgatifs ou de tout autre moyen thérapeutique, en saignant, soit par habitude, à des époques déterminées et sans aucune nécessité; soit a un retour de voyage ou de chasse, sous le prétexte de prévenir les suites de la fatigue; soit dans le but de refaire un cheval maigre et ruiné, comme si l'on pouvait espérer de lui rendre l'embonpoint en achevant de l'épuiser. Nous avons tracé, en parlant de la conduite des chevaux au retour de course, et à l'article maigreur de ce chapitre, la conduite tout opposée que l'on a à tenir dans ces divers cas : encore une fols, il ne faut tirer du sang que quand il y a nécessité évidente de le faire.