FIXATION DU RYTHME
Toutes les écoles de musique religieuse sont aujourd'hui unanimes à reconnaître que le plain-chant doit être rythmé. L'exécution de ce chant à notes égales est universellement condamnée.
Les difficultés ne sont pas très-grandes tant qu'il ne s'agit que des chants purement syllabiques ; car, ainsi que l'a magistralement démontré Dom Pothier, ces chants n'ont d'autre rythme que celui de la parole. Mais quand il s'agit des chants neumés ou traits mélodiques, les difficultés deviennent très-grandes; en effet, il n'y a plus alors de paroles pour servir de guide au rythme musical. On se trouve en présence, quelquefois, d'une longue suite de notes, lesquelles, au premier aspect, semblent avoir été» pour ainsi dire, jetées là au hasard et qu'il importe cependant d'exécuter convenablement. S'il était permis de rendre ces notes en donnant à chacune d'elles une valeur égale, tout irait bien. Mais le chant à notes égales est déclaré déplorable par tous les plain-chant istes et condamné comme étant la ruine du chant liturgique. Il faut donc à tout prix donner une variété à la valeur de ces notes, car sans variété il n'y a pas de rythme possible. Ici naissent jes difficultés.
PRÉFACE
Nos éditions de chants ayant été faites à une époque où la question du rythme n'avait pas acquis le degré de développement qu'elle a obtenu depuis, les auteurs de ces éditions n'ont pu prévoir certaines améliorations qu'il leur eût été facile d'apporter à leur œuvre. Le fait est que rien n'a été précisé et que l'interprétation des traits mélodiques est entièrement laissée au bon goût ou plutôt aux caprices des musiciens. S' il est vrai que le plain-chant est tout particulièrement destiné à être exécuté à grands chœurs, et que toutes les voix doivent s'unir de manière à se fondre, pour ainsi dire, en une seule, il devient parfaitement impraticable de laisser à chacun la liberté de varier la durée des notes à sa guise : l'un irait d'une façon, l'autre d'une autre, et l'on arriverait ainsi à des conséquences encore plu3 déplorables que celles produites par l 'exécution à notes égales. Si donc, d'un côté, l'on doit rythmer, de l'autre il est nécessaire que tout soit parfaitement défini, que la valeur des notes soit bien déterminée, que chaque chantre puisse voir nettement, par la notation, la manière précise dont il doit conduire les mélodies qu'il a sous les yeux, en un mot, que le rythme soit fixé. Par là chacun pourra voir de ses propres yeux ce qu'il devra faire, et toutes les voix pourront facilement s'unir dans un parfait accord.
Pour ce qui est du préjugé qui consiste à croire qu'en donnant aux notes une durée relative tout-à-fait déterminée, on convertit par là même le plain-chant en musique moderne, il n'y a pas à s'en préoccuper. On sait, en effet, que la musique moderne est caractérisée moins par la différence dans la durée des notes, qui peut être égale, que parle retour à intervalle fixe du temps fort. D 'ailleurs, la tonalité moderne et la tonalité grégorienne sont tellement éloignées l'une de l'autre, qu'on aurait beau varier le mou-
PREFACE
vement des mélodies composées dans la dernière, il ne serait jamais possible de la confondre avec la première.