‹ Nouveau manuel de chants liturgiquesChapitre 2 sur 15 · CARACTÈRE GENERAL DU RYTHME TEL QUE FIXÉ DANS CE MANUEL · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GENERAL DU RYTHME TEL QUE FIXÉ DANS CE MANUEL

On doit conclure de ce qui précède que la fixation du rythme a autant d'importance que celle des notes. " C 'est là, dit Lemmens, l'avenir des mélodies grégoriennes. 1 '

Ce manuel ne contient que les chants ordinaires de la Messe et des Vêpres, pour lesquels nous avons choisi et déterminé un rythme naturel, facile, à la portée des plus faibles et d'une clarté frappant tous les yeux. Il eût été facile de travailler davantage certaines phrases musicales, de leur donner plus de vie et de couleur : le chant y eût gagné en intérêt, mais il y eût perdu en facilité. Nous avons mieux aimé nous arrêter à un rythme simple, homogène dans ses mouvements, régulier dans sa marche ; d'autant plus qu'il s'agit ici de morceaux devant être exécutés à grands chœurs. Nous n'avons jamais perdu de vue cette pensée.

Pour justifier la diversité des temp3 et des mouvements dont nous avons fait usage, nous nous appuyons sur le témoignage de Guy d' Arezzo, déclarant que dans le plainchant il y a des sons lent3 et des sons précipités : voces morosse, voces subitanese ; que certaines notes doivent être chantées, les unes, rapidement, les autres, lentement : débet cito et insequaliter proferri ; que c'est à cause de la durée inégale des sons qu'on a inventé des notes de différentes formes : propter hoc et difformiter sunt notse formatée (*). C'est aussi ce que font entendre les manuscrits des

(*) Guy d'Arezzo, Prol., cap. 2.

PRÉFACE

Chartreux lorsqu'ils disent que de la diversité des temps et des mouvements résulte la principale beauté du chant : in

hac enim mora quasi novus nascitur décor.

Ces témoignages joints à ceux de Jean de Mûris, d'Hucbald et de Franco de Cologne, parmi les anciens, et parmi les modernes, à ceux de Lemmens et de l'abbé Raillard, suffisent pour démontrer que le plain-chant, pour être bien exécuté, doit être chanté selon une mesure déterminée, non pas, sans doute, selon la mesure isochrone et métrique de la musique moderne (excepté pourtant quelques hymnes), mais selon une mesure qui fixe avec précision, et la valeur de chaque note, et la manière dont on doit exécuter les neumes ; sans quoi, répétons-le, le chant collectif à mouvement inégal demeure impraticable, et de plus, l'accompagnement convenable de ce chant par l'orgue devient impossible.

l'accompagnement.

L'orgue est appelé à jouer un rôle important dans l'exécution du plain-chant. Fort des mille ressources dont il dispose, il peut faire ressortir la mélodie d'une manière étonnante. Mais il ne servirait de rien aux chantres de bien rythmer si l'orgue, au lieu de les secourir, venait à rencontre de leurs efforts. C'est ce qui arriverait, par exemple, si l'accompagnateur ne tenant aucun compte des notes de passage de la mélodie faisait invariablement porter à chacune de ces notes un accord différent. Avec un pareil système il est parfaitement impossible aux chantres de phraser, il leur faut attendre que les lourds accords de l'orgue se détachent un à un sur chaque note, il faut qu'ils suivent ou qu'ils détonnent : ils sont esclaves ou ils épouvantent les fidèles. C'est pourquoi nous avons travaillé et

PRÉFACE

réussi à faire composer un livre d'orgue dont l'harmonie répondît parfaitement aux exigences du rythme. Ce livre, qui, d'ailleurs, a déjà reçu les encouragements et l'approbation des organistes les plus compétents de l'Europe, est strictement basé sur ce manuel quant au rythme de la mélodie, dont il tient grand compte et qu'il relève d'une manière singulière.

Il peut se faire que parmi ceux qui adopteront ce manuel plusieurs soient obligés, pour une raison ou pour une autre, de se faire accompagner sur un livre d'orgue étranger. Nous conjurons ceux-là de ne se servir du manuel que pour les intonations et de ne pas tenir compte, dans l'exécution, du rythme qui y est marque. Mieux vaut cent fois chanter à notes égales que de rythmer à rencontre de l'orgue.

SÉMIOGRAPHIE MODERNE.

Nous devions choisir de préférence les caractères de la notation moderne, non-seulement parce que ce genre de notation est connu de tous les musiciens, mais encore parce qu'il est le plus parfait de tous, vu qu'il exprime la valeur exacte des notes et qu'il offre un caractère graphique d'une grande simplicité. " C'est ce genre de notation, dit Lemmens, qu'il faut employer pour fixer le " rythme des mélodies grégoriennes. Grâce à cette nota- " tion, les personnes qui savent la musique et qui désirent 14 étudier le plain-chant ne devront pas en apprendre une 4 'nouvelle: et comme, en définitive, l'accompagnement 44 s'écrit dans la notation moderne, celle-ci permettra M d'éviter un double emploi. Quelque soit, en effet, la 44 notation que les chantres adoptent, les fidèles ne pourront point la distinguer par l'audition. Au surplus, si

PRÉFACE

" l'on veut conserver la sémiographie musicale à notes " carrées de nos livres liturgiques, rien n'y fait obstacle, " pourvu qu'on étudie le rythme dans la notation mo- " derne."

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