‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 273 sur 297 · Matières à injection · texte numérisé non relu

Matières à injection

La substance dont on se sert le plus communément , c est le mercure 9 parce que son poids le (ait aisément avancer, et que son éclat permet de distinguer parfaitement les vaisseaux qa ont été injectés. N'étant du reste pas susceptible de s'évaporer comme la plupart des liquides qu'on pourrait lui substituer, les vaisseaux qu'il remplit restent toujours appareils après leur de*siccation. On range encore parmi les avantages du mercure, sa grande divisibilité, qui lui permet de pénétrer jusqu'aux plus petits vaisseaux ; cependant il ne faut pas perdre de vue que, pour obtenir cet effet, il faut employer une pression très -forte, à cause de la1 grande force de cohésion du mercure, en sorte que ce métal occasionne très -souvent la rupture des partiel Quoi qu'il en soit, il faut employer le mercure aussi pur que possible et exempt de tout alliage d'étain ou de plomb; 01 prendra donc de préférence celui qui, étant versé sur une assiette en porcelaine, s'écoulera en entier si l'on donne au vase une position légèrement oblique, tandis que Ton rejettera celui qui coule eh nappe et qui laisse sur l'assiette des traces métalliques. Avant de s'en servir on le fait passer à travers une peau de chamois, pour en enlever tous les corps étrangers et surtout la pellicule d'oxide qui en recouvre la surface. On conserve le mercure dans un flacon en verre fermé au moyen d'un bouchon en verre usé à l'émeri. Mous ne saurions assez recommander d'avoir soin de n'employer que du mercure parfaitement sec,* ce métal, et se mouillant, étant susceptible de retenir entre ses molécules une grande quantité d'eau, qui le rend beaucoup moins coulant, coupe le ferait un métal qu'il tient en dissolution. Le meilleur raojen de sécher le mercure, consiste à l'exposer dans une assiette large i une température de 40 à 5o°, en le remuant de temps en temps.

L'appareil de Straus-Durckheim , dont nous avons parlé plu haut, permet de remplacer avec avantage lé mercure par d'autres substances, telles que les huiles fixes et essentielles, l'eau, l'alcool, coloriés d'une manière convenable; mais surtout parle lait, comme l'a proposé Dumébil. Le lait a sur tous les autres liquides de ce genre l'avantage de pouvoir se coaguler après l'injection , si l'on plonge la pièce dans un acide étendu d'eau. Mais on conçoit que tous ces liquides ne peuvent pas servir, si Ion Se propose de conserver les pièces par dessiccation.

Pour l'injection des gros troncs lymphatiques, tels que le canal thoracique ou la grande veine lymphatique droite» on emploie quelquefois une matière grasse ou du plâtre. Cette injection, qui est assez convenable pour cet objet-là, parce que son poids est bien moindre que celui du mercure, se fait comme celle des vaisseaux sanguins, en procédant naturellement dans la direction des branches vers les troncs. Il est vrai que Ton cite quelques cas où les valvules du système lymphatique ont été assez faibles pour que la plupart des vaisseaux de cet ordre aient pu être insufflés par l'extrémité supérieure du canal thoracique; mais ce sont là lies cas exceptionnels extrêmement rares, sur lesquels on ne peut pas compter.

3,° Choix des sujets.

Les sujets les plus propres à l'injection des lymphatiques, sont ceux légèrement infiltrés. Mais il convient de faire observer que, si l'infiltration dépend de l'obstruction des glandes lymphatiques, le mercure éprouvera beaucoup de peine à traverser ces organes, quoique les vaisseaux soient alors très-apparens, étant distendus par une grande quantité de lymphe. Cependant toutes les glandes tuméfiées ne sont pas imperméables : il nous est souvent arrivé dans nos dissections d'en trouver d'un volume très-considérable, . donnant néanmoins aisément passage au mercure. Dans ces cas l'augmentation de volume dépendait d'une accumulation de graisse dans le tissu des glandes. Les sujets scrophuleux ou phthisiques, dont les glandes sont ordinairement engorgées , devront le plus souvent être rejetés.

Les injections réussissent très-bien sur les cadavres des sujets jeunes et robustes, morts à la suite de maladies aiguës : seulement faut-il observer que, si le sujet est gras, les lymphatiques sont communément vides et difficiles à trouver. On parvient souvent à remédier à cet inconvénient, en injectant de l'eau tiède dans une artère, au point de produire une infiltration artificielle. Par ce moyen le liquide passe des artères dans le tissu cellulaire, et de ce tissu dans les lymphatiques, les distend, et l'injection devient alors aussi facile que si le cadavre était infiltré naturellement.

Une bonne méthode aussi pour découvrir ces vaisseaux, c'est d'injecter préalablement de cire les artères et les veines, puis de faire macérer la partie pendant quelques jours. C'est de cette manière que Cruikshank. a d'abord trouvé les lymphatiques du cœur et de l'utérus, et que Werner 'et Feller ont découvert

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les lactés. Mais il ne faut pas perdre de vue que l'apparition de ces vaisseaux, par la macération est due à un développement de ' gaz dans leur intérieur, dépendant d'an commencement de décomposition, et que par conséquent les tuniques des lymphatiques perdent en force. L'injection des vaisseaux sanguins ne sert qu'à empêcher qu'on ne prenne pour un lymphatique une artère vide. Bichat rendait appareils les lymphatiques du cœur du bœuf, par son immersion dans l'eau pendant cinq à six heures : les lymphatiques se remplissaient d'eau. Au surplus, les lymphatiques du cœur de cet animal sont assez nombreux et assez volumineux» pour que je n'aie jamais eu besoin d'employer un procédé artificiel pour les rendre visibles.

Souvent, quand on ne trouve pas de lymphatiques, on peut les rendre visibles en comprimant l'extrémité inférieure de la partie suivant le cours de la lymphe. Par ce moyen la petite quantité de fluide qui était encore contenue dans les radicales de ces vaisseaux, est poussée dans les branches et les distend; mais il faut avoir soin d'appliquer une ligature vers la partie supérieure, afin d'empêcher que la lymphe n'avance trop.

De même que les vaisseaux sanguins, les lymphatiques deviennent plus visibles sur les organes tuméfiés, hypertrophiés: 01 aperçoit aisément ceux d'un cœur anévrisma tique, d'un estomac squirrheux, d'une matrice à l'état de gestation, etc.; ces derniers sont alors extrêmement nombreux, et il* dépassent le diamètre d'une plume de corbeau.

4«° Manière d'injecler les lymphatiques.

Tout étant disposé pouç l'injection, on- suspend le tube, on on le donne à tenir à un aide, après y avoir versé du mercure. La hauteur de la colonne de ce métal doit varier suivant la ré-* distance que la finesse du tube opposera i sa sortie; ainsi elle sera de dix à douze pouces pour, les tubes d'un gros calibre, et de dix-huit à vingt-quatre pour les plus fins. On conçoit d'ailleurs que la hauteur de la colonne se mesure par la perpendiculaire abaissée du niveau du mercure sur le vaisseau que Ton injecte» ou sur une ligne horizontale prolongée de ce vaisseau, a quoi « est important de songer, à cause de l'inclinaison que l'on est quelquefois obligé de donner au tube.

Les valvules des lymphatiques* empêchant leur réplétion dans la direction des troncs vers les branches, c'est donc dans ces dernières qu'il faut introduire le tube. Ainsi, si l'on veut injecter les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés, on enlève avec précaution

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une petite portion de peau au moyen d'un scalpel bien tranchant, afin de tirailler le moins possible les parties, de crainte de vider les vaisseaux. On trouve alors sous le derme les lymphatiques sous la forme de lignes plus ou moins droites» transparentes, incolores» ou ayant une légère nuance de bleu et quelquefois de jaune, présentant par intervalles très -rapprochés de petites nodosités. Les çommençans sont souvent induits en erreur, en prenant pour des vaisseaux lymphatiques, des vaisseaux sanguins, des nerfs, ou l'intervalle des lames du tissu cellulaire graisseux. Mais l'habitude de voir ces vaisseaux les fera bientôt distinguer, en ce que les artères vides de sang sont opaques et jaunâtres, sans nodosités, n'affectant presque jamais la direction rectiligne. Les veinules sont opaques, blanchâtres, sans nodosités. Dans les membres, elles affectent souvent une direction semblable â celle des lymphatiques, sans donner de branches dans l'espace de cinq à six pouces,- mais si Ton vient â en injecter une, on peut de suite se douter de Terreur, lorsqu'on voit descendre le mercure trop

i)romptement dans le tube, ce qui n'arrive point en injectant un ymphatique, à moins qu'il ne soit très -volumineux. D'ailleurs les petites veines remplies de mercure ont un aspect régulièrement cylindriqne, que n'ont jamais les lymphatiques, disposition qu'il suffit d'avoir remarquée une seule fois pour ne plus jamais confondre ces deux ordres de vaisseaux. Les nerfs se reconnaîtront â leur plus grande résistance .quand on les tiraille; à leur aspect strié, blanchâtre, opaque. Rien ne ressemble mieux aux lymphatiques, que ces espaces qui résultent de Tadosseraent des lames de tissu cellulaire graisseux, surtout au côté interne des membres; même transparence, mêmes renflemens, même direction rectiligne; souvent il n'y a que les tentatives infructueuses peur introduire le tube, et la disparition de cet aspect en séparant les lames, qui puissent faire reconnaître l'erreur.

Ayant donc distingué un lymphatique, on enlève avec précaution le tissu cellulaire qui pourrait le recouvrir, et l'on tâche de Je distendre par de la lymphe', en comprimant la partie au-dessous de l'endroit où l'on veut injecter le vaisseau; si Ton n'y réussit pas, on saisit ce dernier avec des pinces, et l'on y fait une petite incision, an moyen d'un scalpel effilé et bien pointu, en évitant toutefois de le percer d'outre en outre. On peut alors distendre le vaissean en y introduisant un peu d'air au moyen d'un syphçn; la quantité d'air doit être très -petite, sans quoi ce fluide mettrait obstacle au passage du mercure â travers les glandes. Alors, sans détourner la vue du point où le vaisseau est

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incisé, on saisit le tube à injecter comme une plume a écrire, on appuie l'avant-bras et le poignet, et Ton glisse le tube dans le vaisseau. Si ce dernier est très-fin, on réussit quelquefois mieux en y enfonçant le tube sans avoir pratiqué l'incision, surtout à Ton injecte avec un tube en verre bien effilé.

On éprouve quelquefois beaucoup de difficulté à placer le tube dans un lymphatique. Shaw conseille dans ce cas d'introduire avec la main gauche un mandrin en acier très- délié, à travers l'ouverture qui a été faite dans le vaisseau, et d'j glisser ensuite le tube le long du mandrin, que Ton ne retire que quand celui-ci est introduit. Ce moyen, contre lequel j'ai eu long-temps de la prévention, réussit parfaitement.

Si, après avoir ouvert le robinet, le mercure ne passe pas, et que Ton seit néanmoins en droit de croire que le tube est réellement introduit dans le vaisseau, on tâche de s'en assurer en le retirant un tant soit peu; alors, s'il est bien placé, le métal entrera dans le lymphatique, et dans le cas contraire il s'infiltrera dans le tissu cellulaire. 11 arrive souvent que le tube se trouve obstrué par les tentatives que l'on a faites pour l'introduire : on tâchera d'abord d'y remédier en lui imprimant de petites secousses, mais en évitant de le sortir du vaisseau. Si ce moyen est insuffisant, on renforce la colonne de mercure; mais, dés qu'un pen de métal sera entré dans le vaisseau, il sera convenable d'en retirer le tube, et de diminuer la colonne si Ton juge que les parois du lymphatique ne puissent pas résister â la trop forte pression. Enfin, si par tous ces moyens on n'a pas pu désobstruer le tube, il faut le retirer et le nettoyer avec le fil d'acier qui lui sert.de mandrin, ou exercer quelques succions sur son extrémité. On réussit souvent â désobstruer les tubes, en approchant leur extrémité de la flamme d'une bougie, le tube étant resté rempli de mercure. Ce moyen est surtout employé pour les tubes en verre; mais il faut se garder de trop les approcher de la flamme, de crainte de les fondre.

Il n est pas difficile de rentrer dans un vaisseau injecté, parce qu'un globule de mercure écarte les bords de l'incision, et facilite la réintroduction du tube. Celui-ci étant placé, on fixe le vaisseau sur lui, au moyen d'une ligature composée d'un nœud simple, pour maintenir l'appareil en position et empêcher la sortie du mercure. Le noeud doit être simple, afin qu'on puisse le serrer an moment où l'on retire le tube â injecter, de crainte que le vaisseau ne se vide par voie rétrograde. * Pendant le cours de l'injection il convient d'observer souvent

la ooloime de mercure pour voir si elle descend, ce dont on peut s'assurer, soit en plaçant une anse de fil au niveau du métal, soit en regardant attentivement le haut de la colonne, qui doit être concave si elle baisse. Le mercure doit descendre d'une manière lente et graduée. Si, après avoir été lente, la descente s'en fait tout à coup rapidement, il y a probablement rupture d'un vaisseau; il faut alors disséquer avec soin la partie injectée, en suivant le trajet des lymphatiques, de manière cependant à les laisser toujours recouverts d'un peu de tissu cellulaire. Quand on est parvenu à l'endroit de l'épanchement, on le vide avec soin, et Ton fait avancer un peu de mercure contenu dans les vaisseaux qui se rendent dans ce point, en les frictionnant avec le manche du scalpel, pour tâcher de découvrir le lymphatique qui s'est rompu, qu'on lie de suite après l'avoir trouvé: on peut alors reprendre l'injection si le vaisseau rompu n'avait pas été celui-là même par lequel on injecte.

Si, pendant 1 opération, la colonne de mercure se trouve n'être plus assez forte, on ajoutera une nouvelle quantité de métal, mais toujours après avoir fermé le robinet, afin que la secousse ne fasse pas éclater les vaisseaux. Si le mercure éprouve trop de résistance de la part des vaisseaux, on peut quelquefois la surmonter et faire avancer le métal en exerçant sur les lymphatiques des frictions avec le manche du scalpel, dans le sens du cours de la lymphe; mais cette manœuvre exige beaucoup de précaution: car, en y mettant trop de force, on risque de faire crever un vaisseau, ou de produire un épanchement dans une glande.

Les nombreuses divisions et anastomoses des lymphatiques font que, pour les extrémité? inférieures, il suffit ordinairement d'en injecter un sur le gros orteil, un autre sur le petit et unr troisième derrière la malléole interne; irois ou quatre vaisseaux, que l'on injecte sur la main, suffisent aussi pour remplir ceux des extrémités supérieures. Mais si l'on ne commence l'injection qu'à la cuisse ou au bras, il faut injecter le plus de vaisseaux possible; parce qu'à la partie supérieure des membres ces anastomoses sont moins multipliées.

Pour injecter les lymphatiques profonds des membres, il faut mettre à découvert le paquet des vaisseaux sanguins profonds qu'ils accompagnent en plus ou moins grand nombre; ordinairement ces vaisseaux sont assez volumineux, de sorte que leur injection ne présente pas beaucoup de difficultés.

Dans les grandes injections, où l'on veut démontrer tout le

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trajet du système lymphatique, le mercure est quelquefois affrète dans les glandes. Si Ton ne réussit pas à faire avancer le métal au moyen de légères frictions exercées, soit sur les vaisseaux, soit sur les glandes, on remédie à cet inconvénient en faisant dans ces dernières une piqûre avec un scalpel effilé et en y introduisant le tube. On comprime alors la glande sur le tube, afin d'empêcher le mercure de ressortir par l'ouverture que Fom y a faite. Les lymphatiques efférens se remplissent ordinairement par ce moyen , et en suivant ainsi le trajet des vaisseaux de glande en glande, on parvient souvent à préparer tout le système lymphatique, quelque mauvais que soit d'ailleurs le cadavre. On conçoit que ces sortes de préparations ne peuvent pas servir alors à étudier la structure des glandes.

Les lymphatiques des viscères s'injectent à peu près comme ceux des membres : il convient cependant de faire observer qu'en général les valvules y sont moins résistantes, en sorte qu'on peut presque toujours faire passer le mercure par voie rétrograde des troncs dans les branches, au moyen de légères frictions exercées avec le manche du scalpel. Cela a lieu, par exemple, pour le foie, dont on parvient souvent à couvrir une grande surface d'un réseau admirable de lymphatiques, en n'introduisant le tube que dans deux vaisseaux, un pour chaque lobe. Ce peu de résistance des valvules a cependant un inconvénient; c'est que, comme le réseau des vaisseaux superficiels communique avec le réseau profond, le premier se vide avec la plus grande facilité à mesure qu'on l'injecte. Mascagni a remédié à cet inconvénient, en poussant d'abord dans les artères appartenant à l'organe, une injection de colle qui, ayant la propriété de transsuder en abandonnant la matière colorante, remplit toute la substance de l'organe et jusqu'aux vaisseaux lymphatiques; alors, après avoir laissé refroidir le viscère, il injectait ces vaisseaux en chauffant la superficie de la partie, à mesure qu'il faisait avancer le mercure ; par là il dissolvait de nouveau la colle qui remplissait les lymphatiques superficiels, en sorte qu'elle se laissait refouler par le mercure; tandis que ce métal ne pouvait pins pénétrer dans la profondeur, parce que la colle était figée dans les vaisseaux qui sfj trouvaient.

Fohmann, qui, de tous les anatomistes, est sans contredit celui qui a fait les recherches les plus multipliées et les plus heureuses sur le système lymphatique, est parvenu à injecter ces vaisseaux jusqu'à leurs dernières extrémités dans le tissu d'une foule d'organes, mais plus particulièrement dans la peau, dans les mem-

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branes muqueuses et dans les membranes séreuses. Le procédé par lequel cet anatomiste a obtenu des résultats si brillans, et qu'il a. bien voulu me faire connaître avant que de les avoir rendus publics, est à la fois simple et expéditif. 11 fait dans la partie qu'il veut injecter une piqûre, en y glissant superficiellement la pointe d'un scalpel très-fin, de manière à y labourer dans l'espace de deux à trois lignes, et sans s'appliquer à découvrir un vaisseau. 11 introduit ensuite le tube dans l'ouverture qui vient d'être faite, et il le maintient en place en serrant les parties sur lui au moyen de deux doigts de la main gauche. Le robinet étant ouvert, on voit de suite si le mercure pénètre dans des Ijropha tiques, ou bien s'il s'épanche dans le tissu cellulaire: dans le dernier cas on recommence l'opération, et après avoir tâtonné ainsi deux ou trois fois, on vient aisément à bout d'injecter une portion du tissu capillaire lymphatique, en favorisant l'entrée du mercure au moyen de frictions on de pressions que l'on exerce sur la partie que l'on injecte. Quoiqu'un anatomiste exercé distingue à la première vue un réseau lymphatique d'un réseau sanguin, il est néanmoins convenable de suivre l'exemple de Fohmarn qui, pour convaincre les plus incrédules, a toujours commencé par remplir tout le système sanguin de la partie par une injection très-pénétrante.

Afin de rendre plus instructives les préparations de lymphatiques que l'on veut conserver, il convient d'injecter les principaux vaisseaux sanguins de la région; ainsi l'on injectera de préférence les veines sous- cutanées dans les préparations des lymphatiques de la couche superficielle; on remplira au contraire les artères et, si l'on veut, les veines concomitantes, si ce sont les lymphatiques profonds que l'on prépare. Les préparations de lymphatiques, si la pièce est volumineuse , devront le plus souvent être desséchées; le mercure conserve alors son éclat métallique, tandis que les parties molles deviennent brunâtres, et ajoutent beaucoup au bon effet de ces pièces. Ce mode de conservation a d'ailleurs l'avantage de faire parfaitement ressortir le trajet des vaisseaux, quand même on les a laissés recouverts d'un peu de tissu cellulaire : ce tissu devient transparent par la dessiccation, et en restant appliqué sur les vaisseaux, il rend la pièce plus durable en l'abritant contre les lésions extérieures. Une excellente méthode pour donner de la solidité aux pièces injectées de mercure, consiste â les recouvrir d'une couche de

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solution de colle de poisson, avant qu'elles se soient desséchées. Si 9 après la dessication, un vaisseau s'était rompu et laissait coistamment échapper des globules de mercure, on fermerait aisément l'ouverture en la ramollissant d'abord avec un peu d'en, et en y appliquant ensuite une forte solution de colle de poissoi. On pourra plonger ces pièces pendant quelque temps dais m mélange d'alcool et d'essence de térébenthine , afin de les préserver contre l'attaque des insectes; mais il faut bien se garder de les mettre dans une dissolution de sublimé, qui, se combinant avec le mercure métallique, le noircit, et fait perdreau préparations toute leur beauté. Ces pièces seront exactement rernissées après la dessiccation.

Le mercure restant toujours liquide dans les vaisseaux, il coivient de manier ces sortes de préparations avec beaucoup de précautions, parce que le métal s'échapperait par la moindre ouverture. 11 est surtout important de ne pas perdre de vue cette particularité, en déplaçant de grandes préparations desséchées, par exemple tout le trajet des lymphatiques depuis le pied jusqu'à l'insertion du canal thoracique dans la veine sous-da vièrt: alors il fant toujours tenir la pièce dans une position bien horizontale, ou bien relever plutôt un peu la partie de la piècequ correspond à l'extrémité supérieure du canal thoracique; car» dans le cas contraire, le mercure contenu dans les vaisseaux faisant colonne, pourrait faire éclater le canal thoracique, et s'échapper au dehors.

Si les préparations sont petites, on peut les conserver dais l'alcool; mais alors, comme la différence de couleur du métal et des parties molles n'est plus aussi tranchée que dans les préparations sèches, il convient d'enlever exactement tout le tissa cellulaire qui pourrait recouvrir les vaisseaux, et qui deviendrait opaque par l'immersion dans l'alcool

Une très-bonne méthode, enfin, pour conserver les préparations de lymphatiques, mais qui n'est également applicable <?à des pièces peu volumineuses, c'est de les suspendre dans l'essence de térébenthine après les avoir fait sécher. L'essence rend alors toutes les parties translucides, et Ton peut de cette manière sanrre à l'œil la distribution des vaisseaux dans l'intérieur des organes.

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