‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 280 sur 297 · CONSERVATION PAU DESSICCATION · texte numérisé non relu

CONSERVATION PAU DESSICCATION

de vernis bien coulant» et Fon retourne ensuite la pièce dans différens sens, afin de permettre au liquide de s'étendre sur toute sa surface interne; on renverse ensuite la préparation de manière à laisser écouler le vernis surabondant dans un vase destiné à le recevoir.

Les préparations très-délicates et fragiles, telles que les pièces corrodées, ne doivent pas être vernies au pinceau: il convient de les suspendre, puis de laisser couler sur toutes les parties un filet mince de venus, dont l'excédant est reçu dans un vase placé sous la préparation. Il faut avoir soin d'enlever, avec un pinceau très-doux, toutes les gouttes de vernis qui restent sus* pendues à F extrémité des rameaux vascutàires, et qui, en se des* séchant dans ces points, rendraient la préparation informe.

Les pièces récemment vernies seront placées à l'abri de la poussière et des insectes, qui, venant à y adhérer , en terniraient l'éclat.

Quand le vernis est desséché, il faut disposer les préparations de (nanière à ce qu'elles puissent être facilement maniées sans courir le risque d'être dégradées. A cet effet, et selon leur nature, on les monte sur des pieds, ou on les fixe sur des planchettes, sur des plaques en verre, en mica (verre de Russie), etc. Ces deiix derniers moyens sont surtout employés pour les préparations membraniformes qui doivent être regardées contre le jour ; le mica a sur le verre l'avantage de pouvoir être aisément perforé dans tous les points où il peut paraître nécessaire de fixer une ligature pour retenir la pièce; j'ai vu assez souvent cette substance employée dans les Musées de la Grande-Bretagne.

Pour préserver de la poussière les pièces desséchées, il faut les conserver dans des armoires vitrées. Celles qui sont très-délicates f devront en outre être placées sous des cases en verre ou spus des cloches, de manière à ce que les préparations puissent être retournées et examinées dans toutes les directions, sans qu'on soit obligé de les découvrir.

4*° De la manière de conserver la souplesse aux préparations desséchées*

Toutes les parties devenant raides et dures par les procédés ordinaires par lesquels on en obtient la dessiccation, on devait désirer de trouver les moyens de les dessécher tout en conservant leur souplesse. Cela était surtout important pour la préparation des squelettes naturels, les mouvemens des os pouvant alors être parfaitement étudiés, J. Qloquet, en appliquant i la

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préparation des ligamens les procédés employés par les bongroyeurs, a résolu ce problème «Tune manière heureuse. II propose de se servir d'une dissolution de quatre parties de muriate de soude et dune partie d'alun dans vingt parties d'eau, et <Ty laisser macérer pendant quinze à vingt jours l'articulation qui a été disséquée avec soin. Il faut souvent mouvoir la pièce dans la dissolution, presser les ligamens, les tordre, et les frapper légèrement avec une petite masse en bois léger. On fait alors sécher l'articulation pendant quatre i cinq jours, en ayant sain de la mouvoir de temps à autre et de la frapper encore avec la petite masse. Puis on plonge la pièce dans une dissolution trèsconcentrée de savon (une partie sur six parties d'eau); afin de dessaler plus facilement la préparation et de favoriser l'introduction du savon entre les „ fibres des ligamens, on fait chauffer la lessive de vingt- cinq à trente degrés, ayant soin de remuer et de frapper l'articulation pendant sept à huit jours. Au bout de ce temps on lave la pièce dans une lessive composée d'une once de carbonate de soude dissoute dans deux livres d'eau , après quoi on la fait sécher.

J'ai fait préparer une articulation d'après ce procédé, et eUe est effectivement restée parfaitement souple. Les ligamens sont d'un jaune grisâtre; mais on ne reconnaît plus bien la direction de leurs fibres, parce qu'ils se sont recouverts de filamens irréguliers. Je suppose que ces filamens proviennent des ligamens qui auraient été par trop massés. Quoi qu'il en soit, je ne pense pas que ces sortes de pièces puissent servir à l'étude des ligamens; mais elles sont de la plus haute importance pour celle des meuvemens du squelette. L'articulation que fai fait préparer, présente l'inconvénient d'être restée très-graisseuse, en sorte que la poussière s'y attache aisément, et d'attirer l'humidité de l'air» ce qui l'expose à se recouvrir de moisi ; mais cela tient probableblement à ce qu'elle retient encore une trop grande quantité de sels et de savon, dont il ne serait pas difficile de la priver. Mes occupations ne m'ont pas permis depuis de répéter cet essai.

Suivant Bheschet et Cloquet , on pourrait espérer d'obtenir des résultats analogues en imitant les procédés que mettent en usage les tanneurs, les corroyeurs et les chamoiseurs; mais je ne sais s'ils ont fait l'essai de ces divers procédés.

On obtient, dit-on, des pièces flexibles en les tenant plongées dans un mélange de parties égales d'huile d'olives et d'essence de térébenthine, ou de cette essence et d'alcool. Il faut avoir soin de manier souvent les parties que l'on veut conserver avec

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leur souplesse pendant qu'elles se dessèchent J'ai essayé souyent le dernier mélange, mais il n'a pas répondu à mon attente. Les tiganens ont toujours beaucoup souffert quand f ai vouln conserver les articulations mobiles 1 et les muscles, qui devaient également conserver leur souplesse, sont devenus friables au point qu'ils sont peu à peu tombés en fragmens.

Art. i. Conservation dans les liqueurs. \

S'il est nécessaire de disséquer proprement les pièces que l'on veut faire sécher, de les macérer dans l'eau, de les dégraisser, etc., ces préparations préliminaires sont encore plus indispensables pour celles que l'on veut conserver dans les liquides; parce que, d'un côté, le tissu cellulaire, la poussière, la graisse, deviennent beaucoup plus appareils quand les pièces sont plongées dans l'alcool, et a un autre côté, le sang, la bile, etc., troubleraient les liqueurs dans lesquelles ces préparations seront déposées, et en provoqueraient même la décomposition.

Dans certains cas il est en outre nécessaire de pousser dans les vaisseaux des injections conservatrices, surtout si les organes sont très-volumineux, comme le sont, par exemple, des viscères hypertrophiés, des tumeurs , etc. ; parce qu'alors la liqueur dans laquelle la pièce devra être plongée, ne saurait pénétrer facilement jusque dans l'intérieur de la partie.

Il convient, enfin, de faire remarquer, qu'après avoir fait dégorger les pièces dans l'eau, il ne faut jamais les placer de suite d'une manière définitive dans la liqueur conservatrice, à moins que ce ne soient des parties très-peu volumineuses ; car les pièces contiennent alors une grande quantité d'eau, qui, venant à se mêler à la liqueur conservatrice, l'affaiblit d'autant. En conséquence je les place toujours d'abord pendant quelques mois dans des grands bocaux, espèces de magasins renfermant la liqueur conservatrice et contenant ordinairement plusieurs préparations à la fois, que j'en retire plus tard pour les conserver d'une manière définitive.

i.° Des tiquçurs appropriées à la conservation.

De toutes les liqueurs, la plus généralement employée et la plus convenable, c'est l'alcool à divers degrés de concentration. En France on prend ordinairement de l'esprit de vin; dans d'autres pays on eipploie celui de grains ou de cerises. L'essentiel c'est d'avoir un alcool bien incolore, et à cet effet il faut éviter de le conserver dans des tonneaux en bois de chêne, qui lui

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donnent une couleur jaunâtre; il vaut mieux le mettre dans ces grands vases en verre qni servent à conserver l'acide sulfarique. L'alcool 5/# du commerce a ordinairement 3a à 33° de l'aréomètre de Baume : dans cet état il est beaucoup trop concentré pour la conservation de la plupart des préparations anatomiques; il fut donc l'étendre avec de l'eau distillée, de manière à lui donner 18 à 24°. L'alcool ayant a 4° sera employé pour conserver les pièces Volumineuses, tandis qne celui de i8° le sera pour les préparations minces et membraniformes, et l'on graduera ainsi la force de l'alcool d'après la nature de la pièce que l'on veut y plonger. Comme la plnpart des préparations demandent un alcool de ao', il est donc convenable de donner de suite ce degré à la majeure partie de la provision, et, selon le besoin, on ajoute à cetakool un peu d'alcool % , ou un peu d'eau distillée.

Il convient de n'employer que de l'eau distillée pour le nélange avec l'alcool, parce que l'eau de puits contient le plos souvent des sels calcaires en dissolution, qui, venant à être précipités par l'alcool, le troublent, en sorte qu'on est alors obligé de filtrer la liqueur, ce qui fait éprouver bien des retards.

Monro conseille d'ajouter à l'alcool un peu d'acide nttriqie eu hydrocblorique, dans la proportion d'un ou deux gros d'acide pour un kilogramme d'alcool. On ne prendra qu'un gros d'acide, si c'est pour conserver une préparation d'os; on en prendra ai contraire deux, si l'on veut y plonger une pièce d'angiologie, dont la liqueur finit par faire apercevoir jusqu'aux dernières ramifications vasculaires. Ce mélange a l'avantage de rendre les parties bien blancbes et leurs fibres parfaitement distinctes, fl convient surtout ppur les préparations de nerfs , ces cordons angmentant en blancheur et en fermeté par leur immersion dans cette liqueur.

Ruysch prétendait posséder une liqueur qui conservait an tissus qui y étaient plongés tous leurs caractères propres; il annonça que cette liqueur n'était autre chose que de l'eau-de-viede grains, dans laquelle il faisait macérer du poivre blanc; mais les essais qui ont été tentés depuis avec ce mélange n'ont pas répondu à l'attente des anatomistes, en sorte qu'il est à présumer qne Ruysch est mort en gardant son secret, ou bien les vertus de sa liqueur ont été singulièrement exagérées.

J'ai plusieurs fois employé avec avantage l'alun et le salpêtre dissous dans l'alcool à ao°, pour conserver, en partie du moins, la couleur des organes enflammés. Ce mélange présente en outre l'avantage de prendre moins facilement cette teinte jaune qui

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oblige si souvent de changer l'alcool dans les Musées. Pu. Pœhbus, est également parvenu à conserver en partie les couleurs des préparations en les plaçant dans une solution alcoolique concentrée de sel de cuisine.

L'alcool ne suffit pas pour conserver les parties d'une texture très-délicate, par exemple l'hyaloïde, ou bien certains zoophytes, tels que les méduses. Il faut alors les laisser séjourner préalablement dans une décoction concentrée de noix de galle.

On peut encore conserver les préparations anatomiquerdans des dissolutions aqueuses de sel de cuisine, d'alun, de persùUate de fer, de sublimé corrosif, dans l'eau de chaux, dans un mélange d'eau et d'acide pyroligneux, dans une solution de créosote , ,dans de l'eau chargée de gaz acide sulfureux ou d'un excès de camphre en grumeaux; mais tous ces moyens conviennent moins bien que l'alcool dans nos climats, parce qu'ils sont sujetè à la congélation, de sorte qu'on ne les emploie communément qu'à la conservation provisoire des parties. Le sel de cuisine, les acides sulfureux et pyroligneux et la créosote sont encore les meilleurs de tous ces moyens , parce qu'ils ne changent pas l'as-

1>ect des parties, l'acide sulfureux surtout, qui en conserve la coueur pendant des années. Nous avons vu à Oxford de fort belles préparations de nerfs conservées dans des caisses remplies d'une dissolution de sel de cuisine ; mais il faut avoir soin de changer de temps en temps le liquide, et de conserver toujours la solution à un parfait état de saturation. Les acides minéraux, que Ton a quelquefois recommandés, ont l'inconvénient de rendre à la longue les parties transparentes et comme gélatineuses, de manière qu'on ne distingue plus les différens tissus. Nous avons déjà indiqué les inconvéniens du sublimé corrosif, qui sont de racornir les parties, et de leur donner une couleur terne désagréable, ainsi que ceux du persulfate de fer, qui laisse précipiter une couche d'oxide.

Les huiles volatiles, et surtout l'essence de térébenthine, sont fréquemment employées pour la conservation des parties auxquelles on veut donner de la transparence, après les avoir fait dessécher. C'est ainsi qu'on y plonge des organes injectés de colle colorée avec du vermillon, des os privés de leur phosphate calcaire, les corps caverneux de la verge, etc. Il faut éviter de conserver dans cette essence des parties injectées avec de la matière grasse, car elle en serait dissoute. L'essence de térébenthine a cependant un inconvénient; c'est de s'épaissir à la longue et de prendre une couleur faune; it faut donc la renouveler de temps en temps.

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2.* Des vases propres à ta conservation des pièces cTanatomie*

On se sert à cet effet de bocaux en verre blanc on en cristal, dont la forme et les dimensions, sont appropriées à la nature des pièces. Ces bocaux doivent être les uns cylindriques, et les autres fortement aplatis sur deux côtés. Ces derniers bocaux sont surtout utiles pour les préparations larges, qui exigeraient ua bocal cylindrique très -grand, en même temps que de cette manière on économise beaucoup d'esprit de vin. Il est à regrette* que l'importation de ces vases ne soit pas permise en France: ceux qu'on fabrique en Allemagne sont de toute beauté, et nous n'avons jamais pu nous en procurer de semblables dans nos verreries. L'ouverture des bocaux doit être aussi large que possible, et, s'il se peut, aussi large que le bocal lui-même, parce qu'il serait inutile d'avoir un vase très-large, dont l'ouverture ne laisserait passer qu'une préparation peu volumineuse.

Pour les pièces de grande dimension, on se sert avec avantage de caisses en verre à glace, dont les carreaux sont reçus dans les rainures d'un châssis en étain bien solide. Il faut luter exactement les glaces, soit avec le mastic des vitriers, soit mieux encore avec le lut imaginé par Péron et Lesueur, et qui se compose de résine ordinaire , d'ocre rouge, de cire jaune et d'essence de térébenthine, dont on fait le mélange à chaud. Mais il convient de ne verser l'alcool dans ces caisses que quand le lut est parfaitement sec, sans quoi il serait ramolli par la liqueur,

Îui filtrerait ensuite i travers. Le verre ordinaire et même le verre ouble ne peuvent pas servir , pour peu que la caisse doive être grande, parce que le poids du liquide en déterminerait la rupture. Nous avons vu au Musée de Berlin des cadavres entiers d'adultes, sur lesquels tous les nerfs et les vaisseaux avaient été préparés, exposés dans ces caisses, de manière à ce que tontes les parties pussent être constamment étudiées. Tous les mastics qui servent. à luter les glaces composant ces caisses, finissent toutefois à la longue par se laisser pénétrer par l'alcool : il serait donc intéressant d'essayer un lut nouvellement indiqué et qui se compose de gomme élastique fondue au bain de sable, à laquelle on ajoute du suif, et plus tard de la terre de pipe ou de la craie réduite en poudre, ou bien une couleur terreuse qui donne plus de consistance à la masse : œ mastic ne durcit jamais entièrement, mais il est assez tenace pour s'opposer à la sortie de l'alcool, qui d'ailleurs ne le dissout pas.

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On voit encore dam quelques Musées des caisses eu fine, eu for-blanc ou en plomb, recouvertes de glaces et renfermant des préparations destinées à être étudiées dans cette position. Mais cette méthode est vicieuse, parce que, le couvercle étant la seule partie de la caisse qui permette de voir ce qui y est contenu, l'alcool, par son évaporation continuelle, s'y dépose constamment sous forme de gouttes, et empêche de distinguer ce qui s'y trouve. Peut-être pourrait-on remédier à cet inconvénient, en donnant au couvercle une position oblique, de manière à permettre aux gouttes d'alcool de s'écouler. Les caisses en fer-blanc et en plomb doivent être proscrites, parce qu'elles s'oxident trop facilement

La plupart des amphithéâtres d'anatomie ne sont pas, comme celui de Strasbourg, pourvus en hiver d'un nombre suffisant de cadavres, tandis que les sujets qui y arrivent en été ne sont que peu ou pptnt utilisés du tout On tâche, dans quelques universités d'Allemagne, de remédier à cet inconvénient, en déposant, en été, des portions de cadavres dans de grandes caisses remplies d'alcool, pour s'en servir en hiver. Mais on conçoit que ces sortes de magasins ne sauraient être établis sur une grande échelle, comme le réclament par exemple les besoins de la faculté 4e Paris. C'est pour utiliser, dans cette dernière faculté, les cadavres qui restent sans emploi pendant la saison chaude, que Ganhal vient de proposer d'établir de grands bassins remplis d'une dissolution saline, et où l'on plongerait les cadavres. La solution proposée se compose de sel de cuisine, un kilogramme; d'alun, un kilogramme; de nitrate de potasse, cinq cents grammes, et d'eau, vingt litres. En hiver, le liquide doit marquer sept degrés an pèsesel de Baume, et douze degrés en été. Ce procédé vient d'être mis en essai à la faculté de Paris ; mais le rapport de la commission nommée à cet effet n'étant pas encore prêt, nou» me saurions en faire connaître dès à présent les résultats.

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