PRÉPARATIONS CONCERNANT LES VAISSEAUX
La préparation la plus importante que l’on fasse sur les vaisseaux, c’est leur injection; sans elle, en effet, la dissection de ces parties serait très-difficile, et les recherches sur leur dernière distribution même impossibles. On entend par injection, la réplétion d’un vaisseau (même d’une cavité quelconque) par un liquide appelé masse ou matière à injection. Les matières à injection sont les unes susceptibles de se figer par le refroidissement , de se coaguler par des réactifs chimiques ou de se dessécher par l’évaporation du véhicule; les autres restent liquides. Le plus souvent on donne aux matières à injection des couleure qui servent à faire distinguer jusqu’aux dernières ramifications vasculaires dans lesquelle ce liquide a pénétré.
Suivant le but dans lequel on fait les injections , on les divise en deux espèces ; les injections évacuatives se font ordinairement à l’eau tiède, afin d’entraîner le sang dont les vaisseaux sont gorgés ; 2° les injections ré/jîéli't'es sont celles dont nous nous occuperons plus spécialement , parce que c’est par leur moyen qu’on obtient les résultats que nous avons indiqués plus haut. Les injections réplétives sont de différentes sortes : 1) injections communes .-parleur moyen on ne propose ordinairement que de remplir
les principales branches vasculaires; 2) injections fines .- elles doivent pénétrer jusque dans le réseau capillaire des organes; ÿ) mjectiotis à corrosion : ïiovls en parlerons plus bas; 4) injections conservatrices : elles servent à introduire dans les vaisseaux des liqueurs destinées à s’opposer à la décomposition putride du corps ; il en sera question en parlant de la conservation des parties.
Les injections se font en général suivant deux méthodes différentes; l’une est plus spécialement appliquée aux vaisseaux sanguins; l’autre l’est ordinairement aux vaisseaux lymphathiques ; c’est sous ce double point de vue que nous en parlerons.
Art. l''*'. De l’injection et de la préparation des vaisseaux sanguins.
Les vaisseaux sanguins, la plupart des canaux excréteurs , certaines cavités du corps et même quelquefois les gros troncs lymphatiques , seront injectés par les procédés que nous allons décrire.
lo. Instruments.
Les seringues que l’on emploie sont ordinairement
en laiton ; leur capacité varie suivant les circonstances : pour l’injection du système artériel d’un adulte on se sert de seringues qui contiennent un litre de liquide ; pour les injections partielles on en emploie dont la capacité varie depuis un demi jusqu’à un seizième de litre. On conseille de munir le canon de la seringue d’un robinet; mais je ne vois pas à quoi il peut servir, parce que le piston devant être exactement calibré, il fait office de robinet , rien ne pouvant sortir de la seringue, à moins qu’il ne soit poussé. Pour ne pas se brûler en saisissant la seringue , on la garnit souvent d’un cercle en fer , auquel sont fixés deux manches en bois; mais cette addition est incommode, et l’on obtient les mêmes résultats , si l’on enveloppe la seringue de linges avant de s’en servir. Les canons de toutes les seringues doivent avoir le même calibre à leur extrémité , afin de pouvoir indistinctement s’adapter à tous les tubes, ainsi qu’aux tubes d’ajustage. Pour les petites injections on se sert avec avantage de petites seringues ordinaires en étain , dont on entoure le canon d’un bourrelet de fil ciré , afin de l’adapter aux tubes.
Les tuhes d’ajustage , en laiton et munis d’un robinet , servent à empêcher le reflux de*la matière à injection que l’oa a poussée dans les vaisseaux ; il faut en avoir plusieurs , un pour chaque vaisseau que l’on injecte : on n’en a pas besoin pour les veines des extrémités , dont les valvules s’opposent en grande partie à la sortie de l’injection , en sorte qu’il suffit alors de fermer le tube avec un bouchon. Une des extréihités des tubes d’ajustage, conique intérieurement , doit s’adapter aux canons des seringues ; l’autre extrémité , conique extérieurement , s’adapte de même à tous les tubes.
Il est indispensable d’avoir une grande quantité de tubes, dont les plus gros sont garnis de robinets. Tous seront exactement calibrés par l’une de leurs extrémités , qui doit recevoir indistinctement tantôt le canon des seringues , tantôt l’extrémité des tubes d’ajustage. Deux anses saillantes , placées à cette extrémité , servent à arrêter les ligatures. L’autre extrémité des tubes variera eu diamètre; mais nous croyons devoir surtout insister à ce qu’il y en ait un grand nombre du diamètre d’une ligne et au-dessous. Le bout des tubes sera terminé par une vive arête , destinée à mieux fixer la ligature qui les retient dans les vaisseaux ; les gros tubes doivent avoir deux vives arêtes; les tubes très-fins pourront ne pas en avoir; mais alors il faut d’autant mieux fixer les ligatures contre les anses de l’autre extrémité. Quelques-uns des gros tubes seront un peu recourbés pour permettre d’injecter plus facilement dans la profondeur. Les tubes bifurqués dont on se servait pour l’injection des veines, sont inutiles et incommodes.
Les tubes à -injecter ordinaires, en laiton, sont très-pesants , en sorte qu’ils déchirent souvent les vaisseaux , surtout si ceux-ci sont fins. Pour remédier à cet inconvénient , Ddméril a proposé de se servir de tubes formés , comme les sondes élastiques, d’une chaîne de soie ou de laine , et imprégnés d’une huile grasse et siccative : on peut s’en procurer de tous les calibres. Pour leur donner plus de solidité , on arme chacune de leurs extrémités d’une virole métallique; l’une marquée d’un anneau en creux pour arrêter dessus le vaisseau ; l’autre , intérieument conique , pour recevoir le tuyau d’ajustage. Je
me suis plusieurs fois servi de fragments de tubes à baromètre , tirés à la lampe , quand j’avais besoin de tubes très-fins.
Il n’est pas inutile peut-être de recommander de nettoyer l’appareil à injection chaque fois qu’on s’en est servi, afin qu’il soit prêt dès qu’on en aura de nouveau besoin. La plupart des matières à injection qui les obstruent, s’enlèvent facilement dans l’eau chauffée à quarante degrés; les injections résineuses seront enlevées avec de l’essence de térébenthine.
2». Matières a injection.
On a divisé les matières à injection en communes et en fines : cette division n’est peut-être pas bien exacte; car on verra, d’après les recettes que nous donnerons , que le passage des unes aux autres se fait d’une manière insensible , et qu’il suffit souvent d’augmenter les proportions d’un des ingrédients , par exemple de l’essence de térébenthine, pour faire une injection fine d’une injection commune.
Injections communes. Les substances qu’on emploie ordinairement , sont la cire , le blanc de baleine , le suif, les résines , les vernis, l’essence de térébenthine, les huiles fixes , etc. Une bonne matière à injection doit fondre aisément (à la température de 35 à 40» R.), et devenir solide par le refroidissement sans être cassante. Le suif sans addition de cire, que l’on emploie fréquemment dans les amphithéâtres de Paris , est la plus mauvaise injection de toutes : quand la température est basse , le suif est très-fragile ; quand elle est élevée , il devient presque liquide , et il laisse déposer la matière colorante au point qu’on est obligé de retourner sur leur face antérieure les sujets qui ont été injectés, pour que lés vaisseaux soient au moins colorés sur cette face.
Les matières à injection peuvent varier à l’infini ; voici quelques-unes des refcettes les plus généralement employées.
1) Suif en branche, 5 onces ; poix de Bourgogne . 2 onces ; huile d’olives ou de noix , 2 onces ; essence de térébenthine , 1 once.
2) Suif, 3 onces ; résine blanche, 2 onces; térébenthine de Venise, 1 once.
3) Suif et résine blanche, de chacun 16 onces; cire 3 onces; térébenthine de Venise, 2 onces; essence de térébenthine , 1 once.
4) Cire blanche ou jaune, 8 onces; colophane 4 onces; vernis de térébenthine, 3 onces.
5) Cire blanche ou jaune , 5onces;suif, 12onces; huile d’olives , 3 onces.
6) Suif purifié, 2 livres; cire, 1 once; térébenthine de Venise, 4 onces. C’est là la matière à injection dont nons nous sommes servis ordinairement pendant longues années ; elle pénètre très -loin, mais elle a l’inconvénient de laisser un peu déposer la matière colorante. Je suis parvenu à diminuer cet inconvénient en ajoutant aux substances ci-dessus indiquées 4 onces de blanc de baleine.
7) Cire blanche, 6 onces; suif, 3 onces; térébenthine de Venise, 2 onces.
8) Cire, 12 onces; térébenthine de Venise , G onces ; suif, 3 onces; essence de térébenthine , 1 once.
9) Cire, 3 à 6 onces; suif, 12 onces; blanc de baleine , 4 onces.
1 0) Blanc de baleine , 2 onces ; cire , 1 once ; téré-
Uenthine de Venise , 1 once. Cette injection est trèspénétrante.
Nous allons indiquer les matières colorantes que l’on emploie communément, et la quantité qu’il en faut ajouter à 30 onces de matière à injection.
1) Rouge. Cinabre, 2 à 3 onces; ou bien, carmin broyé avec un peu d’alcool , deux gros ; cependant le carmin a l’inconvénient d’être très-cher et de perdre peu à peu sa couleur brillante; peut-être pourrait-on le remplacer par de la laqtie de qualité supérieure.
2) Bleu clair. Céruse (ou bien oxide de zinc) et smalt, de chacun 3 1/2 onces; il faut les broyer exactement ensemble avant de les employer. Un beau bleu, un peu plus foncé, est obtenu par un mélange de 4 gros et un scrupule d’indigo avec autant d’oxide de zinc.
3) Bleu foncé. Indigo, 1 1/2 à 3 onces; ou bien, bleu de Prusse , 3 à 4 onces. On pourra donner à ce bleu foncé différents degrés d’intensité , non pas en diminuant la quantité de matière colorante, mais en choisissant dilférentes nuances de bleu de Prusse, qui résultent des quantités variables d’alumine qui y sont mêlées,
4) Jaime. Orpiment ,2 1/2 onces; ou bien jaune deCassel, 3 à 5 onces; ou bien encore, gomme-gutte, 2 onces; si l’on veut employer la gomme-gutte, on choisira de préférence celle qui se dissout difficilement dans l’eau ; elle sera broyée à l’huile ou à l’alcool.
5) ert. Vert-de-gris cristallisé, 41/2 onces ; céruse 1 1 /2 once , et gomme-gutte , 1 once : on broie à l’alcool. La matière à injection ne doit pas être trop chauffée et le mélange n’y sera ajouté que peu à peu, sans quoi le liquide monte et sort du vase. La matière verte colorée avec le vert-de-gris est très-belle, mais elle A l’inconvénient délaisser transsuder la couleur au point de teindre en vert toutes les parties voisines. Les injections de ce genre que l’on conserve dans l’alcool, colorent le liquide et finissent par devenir entièrement blanches ; il vaudrait donc mieux, peut-être, de composer une matière verte avec l’orpiment ou le jaune de Cassel et le bleu de Prusse ou l’indigo ; il est vrai que le vert est alors un peu terne.
6) Noir. Noir d’ivoire , 1 once , broyé avec de l’essence ou du vernis de térébenthine.
7) Blanc. Céruse, oxide de zinc ou blanc d’E.spagne, 5 1/2 onces.
On est convenu de choisir la couleur rouge de préférence pour l’injection des artères ; la bleue, la verte et quelquefois la jaune ou la noire, pour celle des veines ; la jaune, la noire ou la blanche, pour celle des différents canaux excréteurs.
Les matières à injection seront préparées de la manière suivante : on fait fondre au bain-marie et dans un vase en terre vernissée la cire, le suif, le blanc de baleine, la résine et la térébenthine de Venise , en n’ajoutant le vernis de térébenthine ou l’essence que quand la masse est fondue, afin d’en prévenir l’évaporation. Les matières colorantes, de même , ne seront ajoutées que quand la masse est fondue; elles doivent d’abord être exactement broyées avec de l’essence de térébenthine, de l’huile d’olives ou de noix , ou avec de l’alcool ; puis on les mélange intimement avec une très-petite quantité de matière à injection chauffée , ce n’est qu’après qu’on les ajoute à la masse, en remuant continuellement le
liquide avec une spatule en bois. Avant d’employer la matière à injection on s’assure de son degré de consistance et de coloration, en en laissaht tomber quelques gouttes sur une pierre ; selon qu’elle est trop molle ou trop dure , on y ajoute un peu de cire ou d’essencq de térébenthine. Le blanc de baleine rend la matière à injection plus souple.
Shaw parle d’une matière à injection commune, qui présente l’avantage de pouvoir être poussée dans les vaisseafix sans que le cadavre ait été chauffé ; mais d’une part les proportions des substances n’avaient pas été indiquées, et d’autre part Shaw désigne la térébenthine de Venise sous le nom de vernis de térébenthine , en sorte que le passage de son ouvrage relatif à cet objet , était resté inintelligible jusqu’à ce que Nitzsch , après de longs tâtonnements , fût parvenu à trouver la composition réelle de cette masse. Elle est formée d’un mélange intime d’huile de lin , de térébenthine de Venise et d’une préparation de plomb ; ces trois substances réagissent l’une sur l’autre , de manière à former , quelquefois déjà au bout d’une demi-heure , ordinairement au bout de trois à quatre heures et tout au plus au bout de douze heures , une masse emplastique. Pour plus de commodité, il convient d’avoir toujours à l’avance dans les amphithéâtres une provision de sept parties en poids d’huile de lin et de cinq parties de térébenthine, que l’on mêle exactement ensemble dans un mortier. On obtient mieux encore un mélange exact de ces deux substances , en faisant chauffer l’huile .de lin dans un chaudron et en y ajoutant alors la térébenthine. Ce mélange peut se conserver indéfiniment dans une cruche de grès bien bouchée. Les sels de plomb doivent être bien purs et réduits en poudre impalpable. Pour faire les injections, o.n broie douze parties en poids du mélange précité , avec douze parties de minium, si l’on veut faire une injection rouge : avec dix parties de jaune de Cassel, pour obtenir une superbe masse jaune ; avec douze parties de céruse, pour l’injection blanche. On peut en outre ajouter d’autres matières colorantes, par exemple du bleu de Prusse, que l’on broie avec la quantité indiquée de céruse pour obtenir une injection d’un beau bleu clair. 11 importe de n’ajouter le sel de plomb au mélange d’huile et de térébenthine qu’au moment même del’injection, et de n’en préparer que juste la quantité nécessaire, le surplus étant perdu , parce qu’il se prend en masse. Cette injection pénètre dans tous les petits vaisseaux artériels , mais elle ne passe pas jusque dans les veines : si l’on voulait obtenir une injection très-pénétrante , il faudrait d’abord pousser dans les vaisseaux un peu de matière à injection fine. Suivant Shaw , l’huile de lin que l’on emploie doit d’abord avoir été cuite, ce qui, d’après les expériences de Nitzsch et les miennes, n’est pas nécessaire, pourvu que l’huile ne soit pas falsifiée. D’après les expériences que j’ai faites , la matière rouge préparée avec de l’huile cuite pendant une demi-heure, et où le minium a été ajouté au mélange encore chaud, était dure au bout d’une demi-heure ; la matière rouge faite avec de l’huile non cuite, mais seulement chauffée pour obtenir un mélange plus intime avec la térébenthine, et où le minium a été ajouté pendant que le mélange était encore chaud, s’était durcie au bout d’une heure; la même matière où le minium a été ajouté au mélange bien refroidi , était prise en masse au bout de trois heures; mais même au bout de vingt-
quatre heures sa consistance n’égalait pas celle de la matière à injection ordinaire et elle ne m’a pas semblé augmenter depuis. En ajoutant deux gros d’eau à douze onces de matière ainsi préparée , la masse était déjà devenue trop épaisse au bout de huit minutes pour être injectée. D’après cela il y aurait toujours de l’avantage à chauffer le mélange d’huile et de térébenthine avant que d’y ajouter le minium ; car alors la matière ne durcit ni trop vite ni trop lentement, bien entendu que le cadavre n’a pas besoin d’être chauffé. Les mêmes expériences , faites avec la céruse , m’ont fait voir que la masse durcit moins bien et plus lentement, en sorte que le mélange devrait toujours être fait à chaud. L’eau fait aussi durcir cette masse presque instantanément, en sorte qu’il ne convient pas d’en ajouter ', d’autant plus que les vaisseaux contiennent du sang qui pourrait favoriser la solidification, laquelle a moins bien eu lieu dans mes essais, ceux-ci ayant été faits dans des vases. La matière jaune présente le plus d’avantages, tant par rapport à sa consistance que par rapport au temps (1/2 à 1 heure) que la masse a misa se durêir, le mélange ayant été fait à froid. En employant cette masse de Shaw, on a l’avantage de pouvoir lier les vaisseaux qui se seraient rompus, sans courir le risque de voir la masse se figer , et en outre , celte injection n’étant pas susceptible de se fondre dans l’eau chaude à la température ordinaire des bains dans lesquels on plonge les cadavres , on peut injecter plus tard avec de la matière ordinaire , les vaisseaux qui n’auraient pas été remplis la première fois.
Le plâtre délayé dans l’eau est une autre matière à injection , grossière, il est vrai , qui se recommande par son bon marché pour l’usage des salles de dissection ; il pénètre assez loin pour remplir toutes les artères qui ont reçu des noms , et comme on l’injecte à froid, toute l’opération est achevée au bout de quelques minutes. 11 importe d’avoir du plâtre fin et récemment calciné; on y ajoute assez d’eau pour lui donner la consistance d’une crème épaisse, sans trop remuer le mélange. L’injection doit se faire rapidement , pour ne pas laisser au plâtre le temps de se durcir avant que d’avoir pénétré assez loin. Le tube et la seringue seront préalablement bien graissés pour permettre d’en détacher plus tard le plâtre quand il se sera figé. Si l’on veut colorer le plâtre en rouge, on prendra pour cela quatre onces de vermillon par cadavre. Ce vermillon sera réduit en bouillie épaisse avec de l’alcool , avant que d’être ajouté au plâtre : sans cette précaution le mélange ne se ferait pas.
Injections fines. Elles sont en grand nombre.
1) L’eau et l’alcool colorés par le bois de Campèche, la cochenille, la gomme-gutte, ainsi que les encres de diverses couleurs , ne sont que rarement employés , et ne peuvent servir à la préparation de pièces que l’on veut conserver , parce que la plupart de ces injections transsudent , si l’on plonge les parties dans l’alcool , ou bien le véhicule s’évapore , lorsqu’on les dessèche, et la matière colorante se réduit à presque rien. Néanmoins on emploie avec avantage ces injections pour les dissections de mollusques et d’insectes.
2) L’essence de térébenthine est extrêmement pénétrante; elle s’unit très-bien à toutes les couleurs, si on les a préalablement broyées à l’huile fixe ; ces
couleurs doivent être ajoutées dans de fortes proportions , afin que les vaisseaux les plus déliés soient colorés d’une manière intense. Le point important est d’obtenir une matière colorante réduite en poudre impalpable. On verse à cet effet la couleur pulvérisée dans une écuelle d’eau et l’on remue bien exactement, puis on laisse reposer le mélange pendant une ou deux secondes , et l’on déeante immédiatement pour laisser déposer dans un autre vase les particules les plus ténues qui étaient restées en suspension , et qui serviront aux injections fines. On peut répéter l’opération sur la matière colorante qui est restée dans le premier vase; le résidu de la couleur sert aux injections communes. Les autres huiles volatiles, telles que l’huile d’aspic, de citron , etc. , n’ont aucun avantage sur celle de térébenthine. On donne quelquefois un peu plus de corps à l’essence de térébenthine, en y dissolvant des résines , de manière à obtenir un vernis. D’autres anatomistes aiment mieux y mêler de la cire râpée en quantité suffisante pour lui donner la consistance d’une huile épaisse , ou bien du blanc de baleine ; mais alors il convient d’injecter à chaud.
3) On fait de très-belles injections fines, en combinant différents vernis, par exemple : vernis à l’esprit de vin, huit parties, et vernis à l’essence, une partie , auxquels on ajoute une partie de vermillon , d’orpiment, de céruse, de noir d’ivoire, d’indigo ou quatre parties de bleu de Prusse, selon la couleur que l’on veut donner à l’injection.
4) Une injection très-pénétrante se prépare avec du blanc d’œuf, que l’on liquéfie en y ajoutant une petite quantité d’eau, et auquel on ajoute une matière colorante réduite en poudre bien fine. Cette injection se coagule très-bien dès que la pièce préparée est plongée dans l’alcool.
5) On se sert quelquefois , pour l’injection des vaisseaux lymphatiques , et pour celle de mollusques et d’insectes , de lait, que l’on fait ensuite coaguler , en aspergeant la pièce avec du fort vinaigre ou avec un acide minéral affaibli.
6) L’injection la plus pénétrante que je connais.se et dont je me sers habituellement , c’est la colle de Flandre dissoute dans l’eau. On fait ramollir une livre de colle de Flandre concassée , la plus claire que l’on puisse trouver, en la laissant macérer pendant vingt-quatre heures avec trois livres d’eau; on place ensuite la terrine sur un feu léger pendant une demi-heure environ , jusqu’à ce que la colle soit parfaitement dissoute; on filtre à travers une flanelle et l’on ajoute la matière colorante. Pour une livre de matière à injection déjà préparée, on prend, selon la couleur que l’on choisira, 3 1/2 onces de vermillon , 2 à 3 onces d’indigo , 4 onces de bleu de Prusse, 2 1/2 onces de gomme-gutte ou d’orpiment, 1 once de noir d’ivoire ou 3 1/2 onces de céruse ou d’oxide de zinc. L’indigo, le bleu de Prusse, la gomme-gutte et le noir d’ivoire doivent avoir été broyésavecune très-petite quantité d’alcool, sans quoi ils se déposeraient sous forme de grumeaux; mais si la quantité d’alcool était trop considérable, il coagulerait la gélatine. Au lieu de colle on emploie quelquefois des rognures de parchemin ou de la colle de poisson ; mais ces substances ne présentent aucun avantage réel , et la colle de poisson est infiniment plus chère; cependant on pourrait choisir cette dernière , si l’on tenait à préparer une matière à injection qui fût d’une couleur blanche éclatante. — Si ,
après avoir fait une injection à la colle en été , toute la matière préparée n’avait pas été employée , il faudrait , pour la conserver en la préservant de la putréfaction . la couper par morceaux et la faire dessécher promptement.
7) Le mercure , dont nous parlerons plus bas en indiquant la méthode d’injecter les vaisseaux lymphatiques, peut être rangé parmi les injections fines.
3«. Préparation des sujets et des parties à injecter.
Dans les injections le choix du sujet est de la plus haute importance ; à cet égard l’expérience nous apprend que les sujets jeunes (depuis la première enfance jusque vers la trentième année) , émaciés, et morts à la suite d’une maladie chronique , réunissent les conditions les plus favorables à la réussite de l’opération. En effet, le système capillaire est d’autant plus développé et les vaisseaux en général sont d’autant plus élastiques, que le sujet est plus jeune; la préparation et la conservation sont d’autant plus faciles , que le tissu cellulaire renferme moins de graisse. Cependant on prend ordinairement des fœtus et même des embryons pour faire des injections fines, quoique ces sujets soient communément chargés de graisse , mais alors on n’a le plus souvent en vue que de conserver des organes isolés ou des fragments d’organes , que Ton plonge de suite dans des liqueurs conservatrices , en sorte que l’on se débarrasse aisément de la graisse surabondante. Enfin , on conçoit que le cadavre que l’on veut injecter doit être frais , sans quoi l’on risque de voir les vaisseaux se rompre pendant l’opération.
Pour l’injection des veines on choisit cependant de préférence des sujets âgés , parce que chez eux le système veineux est plus développé.
La prompte décompo.sition des sujets morts d’apoplexie, d’asphyxie, de scorbut, de typhus, d’anasarque , et l’embonpoint de la plupart de ceux qui ont succombé à une maladie aiguë , les rendent peu propres aux injections.
Le sujet étant choisi , on s’occupe de suite d’y placer les tubes, dont la disposition variera selon le genre d’injection que l’on aura à faire. Les artères n’étant pas garnies de valvules étayant entre elles un grand nombre de communications , on remplit aisément tout le système par un seul tronc. La plupart des anatomistes conseillent alors d’introduire le tube dans l’aorte; mais par là le tronc principal du système artériel se trouve altéré dans sa forme et dans ses rapports avec les parties environnantes ; on arrive difficilement jusqu’à lui , et le cœur, ainsi que les veines pulmonaires, ne s’injectent pas. Pour remédier à ce triple inconvénient, il est infiniment préférable d’injecter par une des carotides , comme on le pratique communément dans notre amphithéâtre. Nous choisissons ordinairement la carotide gauche, parce qu’il est plus commode d’injecter de ce côté que de l’autre. Ainsi , après avoir légèrement renversé la tête en arrière, on fait à la partie latérale gauche du cou une incision d’un pouce et demi de long , et correspondant au bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien vers le milieu de sa longueur. On divise avec précaution le tissu cellulaire sous-jacent, pour ne pas couper les veines qui le traversent; puis, en repliant le muscle un peu en arrière , on pénètre peu à peu dans la profondeur , en travaillant avec le manche du scalpel. On ren-
contre bientôt la veine jugulaire interne , que l’on reconnaît à son peu d’épaisseur et au sang qu’elle contient ; on la tire un peu en dehors , en évitant de déchirer les petites veines qui se portent en avant. L’artère carotide , entourée de sa gaine , est alors visible ; on la met à découvert en fendant cette gaine, et on l’isole un peu des parties voisines , afin de pouvoir passer au-dessous d’elle trois anses de ligatures faites avec de la ficelle mince et cirée. On fait alors avec précaution une ouverture dans l’artère, qui permette d’y introduire un tube proportionné à son calibre , garni de deux vives arêtes à l’une de ses extrémités et d’un robinet à l’autre. Le tube sera introduit de manière à ce que l’injection se fasse dans la direction de la tête vers le cœur; on fixe ensuite deux des ligatures sur les vives arêtes du tube, et l’on attache l’extrémité des fils aux anses dont il est garni , afin de s’opposer plus sûrement à sa sortie du vaisseau , au cas qu’on y fît des tractions trop fortes. La troisième ligature est destinée à fermer l’artère un peu au-dessus du point où l’on y a fait l’ouverture, afin d’empêcher le reflux de la matière à injection , qui pénètre aisément dans le bout supérieur de l’artère par les nombreuses anastomoses qui se font entre les vaisseaux de la tête.
Pour injecter le système veineux aussi complètement que possible, il faut placer un assez grand nombre de tubes , parce que les valvules des veines ne permettent pas le plus souvent de les injecter dans la direction des troncs vers les extrémités. Les tubes que l’on emploie à cet effet doivent avoir une ligne de diamètre à leur extrémité; on en placera un au bord interne et un autre au bord externe du dos de chaque pied, dans une des nombreuses veines sous-cutanées, qui s’y trouvent, ayant soin de choisir la plus forte. Si ces veines étaient assez développées sur le sujet que l’on a devant soi , on pourrait se rapprocher davantage des orteils , et au cas que ces veines fussent très-petites , il faudrait se rapprocher des malléoles , où elles sont toujours assez fortes pour permettre aisément l’introduction du tube. On introduit également à chacune des deux extrémités supérieures un tube dans une des veines du dos de la main , et un autre à la partie antérieure du poignet près du bord cubital ; ce dernier tube est souvent difficile à placer, parce que les veines y sont petites. Tous ces tubes seront placés d’une manière analogue ; on voit les veines à travers la peau, que l’on incise sur leur trajet dans une petite étendue ; on passe deux ligatures sous les veines , que l’on ouvre avec précaution et l’on y introduit le tube dans la direction des extrémités vers le cœur. Avant de serrer les ligatures, on s’assure si le tube est réellement dans la cavité de la veine, en faisant glisser dans cette dernière, à travers le tube, un stylet fin ou une soie de porc. Cette précaution ne doit jamais être omise , parce qu’il arrive très-souvent que le tube glisse entre la tunique celluleuse et la tunique interne de la veine. La ligature sera d’abord serrée derrière la vive arête de l’extrémité de tube, et les bouts de fil seront en outre fixés à chacune des anses de l’autre extrémité. L’autre ligature sert à fermer la veine au-dessous du point où l’on y a fait une ouverture , pour prévenir la sortie de la matière à injection qui pourrait y pénétrer contre les valvules. Si l’on désirait injecter les veines des mains et des pieds plus prèsdes doigts et (’es orteils, il faudrait en outre tâcher d’introduire
(les tubes plus fins dans les veines que l’on pourrait découvrir sur ces parties ; mais .si l’on remplit sur ce sujet les artères , on trouvera le plus souvent toutes les radicules veineuses des mains et des pieds, et quelquefois même les grosses veines des extrémités, remplies de matière à injection artérielle, en sorte qu’il est facile alors d’en faire la dissection, quoique leur couleur diffère de celle des autres veines. Si l’in jection n’avait pas assez bien pénétré dans les veinesde la tête, dont les valvules rudimentaires cèdent ordinairement à l’impulsion de la matière à injection, on pourrait y revenir après coup, en plaçant des tubes dans la veine temporale , dans la veine angulaire ou dans une des veines préparâtes. Un dernier tube doit être introduit dans une des branches du système de la veine porte , qui , étant placé entre le système artériel et veineux , ne s’injecterait ni par l’un ni par l’autre. On fait à cet effet dans la ligne blanche, au-dessous de l’ombilic , une ouverture de deux à trois pouces, et ne pénétrant dans l’abdomen qu’avec précaution, pour ne pas couper les viscères qui s’y trouvent. On replie l’épiploon, et l’on tire au dehors une anse d’intestin, sur le mésentère de laquelle on choisit une veine susceptible de recevoir un tube d’une ligne environ de diamètre ; on y place ce tube dans la direction des branches vers le tronc; on s’assure par l’introduction d’un stylet s’il est réellement placé dans la veine, et on le fixe comme nous l’avons indiqué pour les autres veines.
Tous les tubes étant disposés, on en assujettit l’extrémité libre aux parties voisines avec des bouts déficelle, afin qu’ils ne puissent pas déchirer les vaisseaux par leur poids en se déplaçant. On ferme le robinet du tube introduit dans la carotide, et l’on met dans ceux placés dans les veines, des bouchons de liège ou de bois tendre , pour s’opposer à l’entrée de l’eau du bain , dans lequel le cadavre doit être plongé maintenant.
Selon la température de l’atmosphère , la durée de l’immersion sera de quatre à six heures ; elle sera naturellement moindre pour les enfants en bas âge ou pour les fœtus. Pendant ce temps on entretiendra la température du bain à 30 ou à 32» R. Une température plus élevée crisperait les vaisseaux et les rendrait plus fragiles. Le cadavre étant spécifiquement plus léger que l’eau , on le tient submergé , soit en le chargeant de poids , soit en fixant des pièces de bois transversalement dans la cuve. L’immersion du sujet dans l’eau chaude est indispensable toutes les fois qu’on se sert d’une masse à injection liquéfiée par la chaleur ; nous n’ignorons pas que l’on réussit quelquefois sans cette précaution ; mais si l’on considère qu’on risque d’y perdre et le temps employé et la matière à injection , on restera persuadé de la nécessité de l’immersion.
La plupart des auteurs conseillent de vider les veines du sang qu’elles contiennent, avant de les injecter. Celle déplétion s’obtient facilement quand il s’agit de faire une injection partielle, et elle est certainement d’un grand avantage : on n’a qu’à ouvrir le tronc veineux qui reçoit les vaisseaux qui sortent de la partie , et à donner à cette dernière une position déclive, en aidant à l’écoulement du sang au moyen de frictions faites suivant son cours naturel. On peut même faciliter la sortie par des injections d’eau tiède dans les veines quand les tubes y . sont placés. Mais dans les injections générales , il
faudrait , pour donner issue au sang , ouvrir le cœur, ce qui obligerait de lier les veines caves à leur entrée dans ce viscère, de manière à détruire les rapports des organes centraux de la circtilation. De nombreux exemples nous ont d’ailleurs convaincu que les injections générales n’en réussissent pas moins bien pour avoir négligé de faire cette opération. Cependant, comme l’action du bain tiède liquéfie une partie du sang contenu dans les vaisseaux, on parvient quelquefois à en faire sortir un peu par les tubes qui ont été placés pour l’injection , et spécialement par celui fixé dans une des branches de la veine porte. Nous nous abstenons de recommander avec quelques anatomistes les pompes aspirantes destinées à retirer le sang des vaisseaux, parce qu’il suffit d’un moment de réflexion pour concevoir que leur application ne peut pas être faite sur des canaux à parois molles et flexibles.
Quant aux injections partielles, le choix des sujets variera suivant le but que l’on se propose ; il est donc convenable de faire observer qu’ordinairement dans les jeunes sujets les parties contenues dans les cavités splanchniques sont peu chargées de graisse, tandis que l’inverse a lieu chez les vieillards. 11 faut, en général , choisir pour les injections partielles des organes dont les propriétés vitales étaient surexcitées , ou qui étaient le siège d’une congestion ou même d’un léger degré d’inflammation : ainsi, p'àr exemple, l’injection des viscères du bas-ventre, et spécialement celle du canal intestinal , ne réussit jamais mieux que chez les femmes enceintes ou récemment accouchées, comme l’a observé le professeur Fohmann; les mêmes su jets sont aussi très-propres à l’injection des mamelles et de la matrice ; on choisira pour l’injection de la peau des sujets affectés d’érysipèle, etc.
Dans le but d’obtenir des injections capillaires très-pénétrantes, surtout dans les muscles, et pour conserver la couleur rouge de ces derniers, Pockels plonge les parties à injecter pendant douze à vingtquatre heures dans une solution aqueuse d’arsénic blanc.
Pour injecter les vaisseaux de la tête , on sépare le cou à son union avec le tronc, et l’on introduit le tube dans une artère carotide et dans une ou deux veines jugulaires; on lie l’autre artère carotide, les deux vertébrales et les veines jugulaires, dans lesquelles on n’a pas placé le tube.
L’injection de l’extrémité supérieure se fera par l’artère axillaire; à cet effet on détache l’épaule et le bras du tronc, en y laissant attaché le lambeau de peau et de muscles larges de toute la moitié correspondante du cou , de la poitrine et du dos , et en cou-
pantl’artère sous-clavière à sa sortie de la poitrine : il sera convenable de lier l’artère scapulaire transversc pour prévenir l’issue de la matière à injection.
Les extrémités inférieures seront injectées par l’aorte ventrale au-dessous de la naissance de la mésentérique inférieure. Si les deux extrémités doivent être injectées à la fois , on divise en travers les parois de l’abdomen au-dessous de l’ombilic, et l’on enlève les viscères de la digestion, à l’exception du colon descendant, autour duquel on serre une ligature qui embrasse en même temps I artère mésentérique inférieure; ou bien on incline seulement les viscères de coté sans les eouper. Il faut lier les rameaux de l’artère épigastrique qui ont été divisés. Si l’on ne veut injecter qu’une seule extrémité inle-
vieure , on place égaleinenl le tube dans l’aorte au-dessus de sa bifurcation, et on lie l’artère iliaque primitive du côté que l’on ne veut pas injecter j on divise ensuite de haut en bas les parois du basventre de ce côté jusque vers le pubis , et l’on scie cet os à un pouce en dehors de sa symphyse, on désarticule le bassin dans la symphyse sacro-iliaque tlu même côté, et l’on sépare enfin du reste du corps l’extrémité que l’on veut injecter, en divisant la colonne lombaire vers le milieu de sa hauteur. Tous les viscères renfermés dans l’excavation pelvienne, ainsi que les organes génitaux externes, doivent rester en rapport avec la partie que l’on veut injecter.
En parlant du pénis , nous avons déjà dit comment on en remplit les corps caverneux et les corps spongieux; ce dernier peut aussi être injecté par la veine dorsale de la verge , qui se trouve sur la ligne médiane, et qui ne doit pas être confondue avec une veine qui se distribue dans les téguments : la veine dorsale n’est pas mobile avec ces derniers, et elle est située plus profondément. On introduit dans cette veine un stylet boutonné , que l’on fait avancer jusque vers le gland , afin de détruire les valvules qui en hérissent l’intérieur , et qui empêcheraient le passage de la matière à injection. On fait ensuite par cette veine plusieurs injections d’eau tiède , de manière à entraîner le plus de sang possible. L’injection elle-même se fait d’après les procédés ordinaires.
Pour injecter la matrice enceinte , il est convenable de laisser cet organe en rapport avec le reste du corps. Comme la matrice reçoit ses artères des spermatiques et des hypogastriques , il faut injecter par l’aorte , à la hauteur des artères rénales. Pour s’opposer à une trop grande perte de matière à injection , il faut lier les artères rénales , les lombaires , si cela est possible, la mésentérique inférieure et les iliaques externes ; on jette en outre une ligature serrée sur le rectum.
L’injection du placenta est très-facile par ellemême; mais l’introduction des tubes dans les artères offre beaucoup de difficultés , tant par rapport à leur petitesse qu’à cause de la matière gélatineuse qui les entoure et qui les lubrifie. Pour placer plus facilement les tubes dans ces artères. Pôle conseille de les ouvrir dans l’espace d’un demi-pouce , au moyen de ciseaux dont on fait glisser la branche pointue dans leur intérieur ; il recommande ensuite de passer l’artère sur l’index de la main gauche et de l’y fixer avec le pouce , ce qui permet alors d’y glisser facilement le tube, que l’on relient de suite par une ligature passée au moyen d’une aiguille courbe à travers le cordon , sans s’inquiéter de la veine qui est ordinairement placée entre les deux artères ; on fixe de la même manière le tube dans l’autre artère, et l’on injecte de suite ces vaisseaux. Alors on introduit dans la veine un tube que l’on fixe par une ligature au-dessous de l’endroit où ce vaisseau a probablement été lacéré par les aiguilles en liant les artères , et l’on injecte. Quoique les communications qui existent entre les artères du placenta rendent ordinairement l’injection des deux inutile, il est néanmoins prudent d’introduire un tube dans chacune , parce que , s’il arrivait quelque accident avec l’une d’elles, l’autre permettrait de continuer l’injection. Il est convenable de placer des tubes d’ajustage à chacun des vaisseaux ombili-
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eaux, pour s’opposer au reflux de la matière à injection.
Pour démontrer le mode de circulation du fœtus dans l’utérus, l’injection doit se faire sur un mortné ou sur un enfant mort très-peu de temps après la naissance. Il serait à désirer que le cordon ombilical ne fût pas divisé, ou qu’au moins on lui eût conservé le plus de longueur possible. S’il est coupé , on injecte par les vaisseaux du cordon ; mais si le placenta tient encore au fœtus, il faut injecter par l’artère earotide et la veine jugulaire interne, ou bien par les vaisseaux cruraux : on trouve aisément ces derniers en incisant la peau de la partie supérieure de la cuisse vers le milieu de l’arcade crurale. Dans les cas où l’on injecte par le cordon ombilical , quelques anatomistes recommandent d’expulser le sang contenu dans les vaisseaux, en poussant par la veine de l’eau tiède, et de continuer jusqu’à ce que ce liquide revienne limpide par les artères.
Les différents viscères seront injectés par les troncs vasculaires qui viennent s’y rendre ; il est donc inutile de nous arrêter plus longtemps aux injections partielles, que l’anatomiste pourra varier suivant le but qu’il se propose de remplir. Cependant il convient encore de rappeler que, si l’on veut faire une injection d’une partie détachée du corps, il faut toujours y laisser adhérer le plus de parties environnantes possible , et conserver un bout assez long du vaisseau par lequel on veut injecter, parce qu’il se fait ordinairement des épanchements dans le voisinage du point où l’on injecte; épanchements qui gâteraient la partie que l’on veut conserver , si le tube avait été placé trop près d’elle.
4». De la manière d'injecter.
Il est convenable de faire la plupart des injections dans le bain même, afin de prévenir le refroidissement du sujet; cependant si l’on se proposait d’injecter de préférence les parties profondes , comme par exemple les organes contenus dans les cavités splanchniques , les os des membres , il y aurait de l’avantage à injecter hors du bain , parce que la matière à injection pénétrerait alors moins facilement dans le réseau capillaire de la peau. On emploie quelquefois même des moyens mécaniques pour refouler l’injection dans la profondeur : c’est ainsi que, pour l’injection du tissu osseux, on conseille d’envelopper lés membres de tours de bandes appliquées d’une manière bien égale.
Avant que de procéder à l’injection , on s’assure de nouveau si les tubes introduits dans les vaisseaux ne se sont pas dérangés, et l’on place des tubes d’ajustage dans ceux où l’on a à craindre le reflux de la matière à injection. On attache ensuite aux anses des tubes une corde que l’on puisse tirer à soi lors de l’injection, afin d’empêcher qu’en poussant le piston, le tube ne quitte le canon de la seringue qui y a été introduit. On place sur une table voisine de l’endroit où l’on injecte , des vases remplis d’eau chaude et d’eau froide , des pinces à disséquer, des scalpels, des ciseaux, des aiguilles courbes enfilées de fils cirés, des bouts de ficelle, etc., afin d’avoir sous la main tous ces objets, si quelque accident obligeait d’y recourir.
On ne doit procéder à l’injection que quand toutes les matières à injection sont prêtes; on les fait fou-
dre, soit sur un feu léger, soit, mieux, au bainmarie. Nous plaçons ordinairement les vases qui les contiennent dans la chaudière dans laquelle nous faisons chauffer l’eau pour le bain ; il est nécessaire d’agiter le liquide avec une spatule, afin d’empêcher la matière colorante de se déposer au fond du vase. Le degré de température cle la matière à injection doit être tel , qu’en y plongeant le bout du doigt, on puisse en supporter la chaleur pendant quelques instants seulement, ou qu’elle devienne écumeuse lorsqu’on y laisse tomber une goutte d’eau. Les seringues à injection doivent également être chauffées , en les plongeant dans l’eau chaude ou en les remplissant de ce liquide à diverses reprises.
La seringue sera remplie en plongeant profondément le canon dans le liquide à injecter et en tirant lentement le piston. Il est convenable de remplir et de vider la seringue plusieurs fois de suite, afin de s’assurer qu’il ne s’y trouve plus d’air atmosphérique J par la même raison on fait bien , avant de s’en servir, de faire sortir quelques gouttes d’injection en poussant le piston, après avoir dirigé le canon de la seringue en haut.
Afin de remplir la totalité du système vasculaire , il faut commencer par injecter la veine porte , puis les artères, ensuite les veines des extrémités inférieures , et terminer par celles des extrémités supérieures.
Si l’on veut bien remplir le système capillaire, il convient de pousser d’abord une injection fine ; on en emploie ordinairement un tiers ou un quart , et le reste se fait avec l’injection commune. Cependant, si l’on choisit la matière à injection dont nous avons donné la recette sous le n“ C, on trouvera qu’elle passe à elle seule presque constamment des artères dans les veines. Selon la taille du sujet , il faut , pour la réplétion du système artériel d’un adulte, de quatre à six livres de matière à injection; il est donc convenable d’en préparer environ huit livres , pour être sûr d’en avoir de reste. Pour le système veineux il en faut quatre à cinq livres : on en préparera donc six. Cette différence provient de ce que les valvules empêchent que les veines d’un petit calibre ne se remplissent, et qu’en outre il y a ordinairement beaucoup de matière à injection qui des artères passe dans les veines. On ne poussera de l’injection fine que dans la veine porte et dans les artères , parce que ce n’est que là qu’elle peut pénétrer dans le réseau capillaire. Il est convenable de chauffer aussi la matière fine dont on se sert , afin qu’elle ne refroidisse pas les vaisseaux qui devront plus tard recevoir de la matière à injection commune.
On procède à l’injection de la manière suivante : un aide retient hors de l’eau la partie par laquelle on veut commencer l’opération , et de l’autre main il fixe le tube dans la direction du vaisseau à remplir, et dans la position la plus commode à celui qui injecte. La seringue étant remplie , on en introduit le canon dans le bout évasé du tube , puis on prend la corde qui est fixée aux anses de ce dernier, on l’entortille autour de la main gauche, on la tire fortement à soi. et l’on saisit le corps de la seringue avec la même main, en poussant le piston avec la main droite. Au commencement, tant qu’on n’épi’oiive (|ue peu ou point de résistance, on peut faire avancer le piston rapidement ; mais dès que la
moindre résistance se fait sentir, il est essentiel de ne pas se hâter et de le pousser avec beaucoup de modération. On regarde alors ordinairement comme un signe de réussite, un bruit de frémissement qui se fait entendre pendant l’entrée du liquide. Si la résistance devient trop forte , on s’assure si elle ne dépend pas du simple frottement du piston , en faisant avancer celui-ci par un mouvement de rotation sur .son axe. D’autres fois la résistance provient de ce que le tube est obstrué par de la matière à injection coagulée ou par quelque obstacle mécanique, ce dont on s’assure en discontinuant un instant la pression et en observant si le piston est chassé en arrière ou non ; dans ce dernier cas il faut tâcher de désobstruer le tube, en y introduisant un stylet que l’on fait avancer jusque dans le vaisseau par lequel on injecte. Souvent, en discontinuant un moment l’injection, on peut de nouveau la reprendre avec facilité, parce que les vaisseaux ont peu à peu cédé à la distension. Cependant il ne faut jamais perdre de vue que la résistance est en rapport inverse avec le diamètre du tube , en sorte que si celui-ci est petit, il faudra pousser fortement pour réussir dans l’opération. Ce n’est qu’après avoir acquis une certaine expérience dans l’art des injections , qu’on pourra essayer d’appliquer la poignée du piston au creux de l’estomac, en saisissant le corps de la seringue par les deux mains, de manière à pouvoir pousser avec plus de force. En injectant, la seringue ne doit jamais être exactement vidée , parce qu’il se trouve presque toujours de l’air dans son fond; on la retire donc, pour la remplir de nouveau , avant qu’elle ait été entièrement achevée, et après avoir fermé le robinet du tube ou du tube d’ajustage. Dès que l’injection est terminée, on laisse couler le bain chaud et on lui substitue un bain d’eau froide pour faire figer plus promptement le liquide injecté, et pour empêcher par là que la matière colorante ne se dépose.
Si , pendant l’opération , il se faisait une rupture d’un vaisseau, ce dont on serait averti par la cessation subite de la résistance , qui l’instant avant avait été très-grande, il serait inutile de poursuivre l’injection, parce que toute la matière qu’on continuerait à pousser dans les vaisseaux, en ressortirait par l’endroit dilacéré. La seule chose à faire alors , c’est de rechercher promptement la source de l’épanchement et de la faire tarir, soit en appliquant une ligature sur le vaisseau , soit en le faisant comprimer par un aide , soit enfin en versant dessus de l’eau froide si le vaisseau est petit. On pourra alors reprendre l’injection , en ayant soin de la conduire avec plus de ménagements.
On avait proposé de faire avancer le piston au moyen d’un cric adapté à un pivot mobile sur lequel on place la seringue, et nous avons vu une pareille machine en pleine activité dans un laboratoire de Paris ; mais il suffit de songer combien il importe que l’anatomiste soit averti de la moindre résistance qui s’oppose à l’entrée du liquide, pour faire rejeter une machine dont l’usage est d’ailleurs incommode par la lenteur et la difficulté avec laquelle on lui imprime des mouvements.
Quelques anatomistes vantent la machine pneumatique pour faire avancer la matière à injection ; la partie à injecter est placée sous le récipient de la machine, et l’on fait entrer le liquide au moyen d’une canule, dont une extrémité s’adapte au tube
introduit dans l’artère qui traverse ensuite une ouverture pratiquée à la partie supérieure du récipient, et dont l’autre extrémité plonge dans la matière à injection. Il faut que l’ouverture du récipient par où passe la canule soit hermétiquement fermée. A mesure que le vide se fait, l’injection pénètre. Je ne sais si ce moyen , qui ne peut être employé que pour les petites pièces, est bien supérieur aux procédés ordinaires; je n’en ai fait l’essai que pour les injections mercurielles , sans avoir pu lui reconnaître les avantages qu’on lui avait attribués.
5o. Préparations de cabinet.
Comme nous avons traité séparément de la dissection des artères et des veines dans les différentes régions du corps , on trouvera par là même l’indication de la plupart des pièces de cabinet que l’on pourra exécuter, et que chaque anatomi.ste variera comme il le jugera à propos. Nous nous bornerons donc à indiquer brièvement un petit nombre de ces préparations , en remarquant qu’il serait à désirer que ces pièces représentassent en même temps les artères et les principales veines de la région.
Pour faire une pièce sur Vensemble du système vasculaire, on choisit de préférence le cadavre d’un enfant, parce que la dissection y est moins longue, et qu’il est plus facile de le préserver de la décomposition pendant qu’on en fait la dissection. On injecte les artères de tout le corps , mais les veines ne le seront que sur l’extrémité supérieure et inférieure d’un seul côté : ce côté servira à la préparation des vaisseaux superficiels , tandis que le côté opposé sera plus spécialement destiné à celle des vaisseaux profonds. Le crâne sera ouvert en enlevant la moitié de la calotte du côté où l’on préparera les vaisseaux profonds; il faut avoir soin de ne pas diviser avec la scie la dure-mère , dont il faudra conserver un lambeau dans lequel se ramifie l’artère méningée moyenne. Le cerveau sera peu à peu extrait , en tâchant de conserver les principales artères qui rampent à sa base et que l’on maintiendra plus tard en position au moyen de fils métalliques. On ouvre ordinairement les cavités pectorale et abdominale , en enlevant complètement leur paroi antérieure. Si l’on sépare d’une seule pièce cette partie antérieure du tronc , en sciant le sternum en travers au-dessous de son union avec la première côte, et en divisant les côtes en arrière de la moitié de leur longueur , on peut faire sur cette partie une préparation instructive , représentant la distribution des artères mammaires internes, épigastriques, intercostales, lombaires et circonflexes iliaques. Sur une moitié de la pièce on pourra disséquer ces artères par la face antérieure, et du côté opposé par la face postérieure; mais en détachant ce plastron, il faut avoir soin d’emporter en même temps une portion du diaphragme où se ramifient les branches musculophréniques des artères mammaires internes. On pourrait encore ouvrir les cavités de la poitrine et du bas-ventre par les deux côtés , de manière à conserver au milieu le sternum avec un bout des cartilages costaux, et la ligne blanche avec les muscles droits, afin de laisser en rapport avec le reste du corps, les artères épigastriques et mammaires internes avec leurs principales branches. On enlève ensuite en entier la substance des poumons, en ne conservant que des bouts des vaisseaux pulmonaires.
et l’on prépare de même les vaisseaux de l’abdomen , en emportant peu à peu le foie et le canal intestinal. Les vaisseaux du mésentère seront plus tard fixés sur un fil métallique, dont les courbures imiteront celles du canal intestinal. Si la rate est petite, on pourra la conserver en poursuivant un peu les vaisseaux dans son intérieur ; si elle est grande, au contraire, on l’enlève, en ne conservant que les vaisseaux spléniques avec leurs principales divisions ; les reins seront conservés. On complète ordinairement la préparation par l’injection du canal thoracique. Le reste de la dissection se fait comme nous l’avons indiqué dans l’angiotomie, mais en conservartit d’un côté de la face, du cou et des extrémités , les veines en rapport avec les artères, tandis que de l’autre côté on ne disséquera que les artères profondes , en conservant toutefois les artères superficielles , si cela peut se faire. D’ailleurs , comme ces pièces ne sont pas destinées à étudier en détail la distribution des vaisseaux , mais seulement à en donner une idée générale , il n’est pas rigoureusement nécessaire de les poursuivre jusqu’à leurs dernières ramifications. Ces pièces seront le plus souvent conservées par dessiccation.
Les artères de la tète et du cou présentant un grand nombre de variétés dans leur distribution , il serait à désirer qu’il y eût dans chaque musée une suite de pièces sur lesquelles on en eût fait la dissection. Il est convenable de préparer d’un côté les vaisseaux superficiels et de l’autre les vaisseaux profonds. D’autres fois on disséquera les vaisseaux , tant superficiels que profonds, sur une moitié de tête seulement.
Quant au système veineux, il est indispensable d’avoir une suite aussi complète que possible de préparations représentant les veines de la tête et du cou, tant superficielles que profondes , les veines qui rampent à l’extérieur de la colonne vertébrale , les sinus veineux de la dure-mère et les veines du rachis. Les sinus de la dure-mère seront préparés par des coupes analogues à celles que nous avons indiquées pour la préparation des replis de cette membrane. Les veines du rachis seront découvertes, soit en enlevant avec le ciseau les branches des apophyses épineuses de toutes les vertèbres, soit en sciant la colonne vertébrale de manière à faire passer l’instrument de haut en bas par le milieu du canal vertébral, afin de le diviser en une moitié antérieure et une postérieure, soit enfin en séparant ce canal en deux moitiés latérales en le sciant sur la ligne médiane.
Enfin on fera une préparation représentant la circulation du sang dans le fœtus , en tâchant surtout de bien mettre en évidence l’union de la veine ombilicale avec la veine porte et avec la veine cave inférieure, le canal artériel qui fait communiquer l’aorte avec l’artère pulmonaire, et la naissance des artères ombilicales, ainsi que leur trajet jusque dans le cordon. La plupart des autres vaisseaux n’étant qu’accessoircs , on enlèvera tous ceux qui embarrassent le trajet des premiers, en sorte que la dissection est aisée à faire, et qu’il serait superflu de donner des préceptes spéciaux sur la manière d’exécuter la préparation.
6". Préparations corrodées.
Ces préparations sont destinées à représenter lu;
dislribution des vaisseaux dans l’intérieur des orîîanes, dont le tissu a été détruit par divers proeédés. En se .servant d’acides minéraux plus ou moins étendus , on obtient des préparations corrodées proprement dites; au contraire, si l’on abandonne les organes à la putréFaction , on obtient des préparations dites macérées. Quoi qu’il en soit, les résultats de ces différents procédés sont les mêmes, seulement le premier est-il plus expéditiF, tandis que le second présente l’avantage de Fournir des pièces plus complètes ; mais on l’emploie moins souvent, à cause de la mauvaise odeur qui s’exhale pendant l’opération : cependant il est le seul qui puisse être mis eu usage si l’on .s’est servi d’une injection attaquable par les acides, comme le sont par exemple les injections métalliques.
Les matières dont on se sert pour les préparations corrodées ou macérées doivent être dures, mais ductiles, afin que l’arbre vasculaire ne s’affaisse pas sous son propre poids quand il n’est plus soutenu par des parties molles , et que d’un autre côté il ne se brise pas trop Facilement par les moindres violences extérieures. La matière à corrosion qui réunit le mieux ces conditions , m’a été indiquée par Feu Bogros.
On Fait bouillir, pendant quatre à cinq heures, une partie de térébenthine de Venise dans trois parties d’eau ; on verse ensuite le tout dans de l’eau Froide , en ayant soin de malaxer la térébenthine cuite à mesure qu’elle se reFroidit, et en ajoutant de nouvelles quantités d’eau , jusqu’à ce que le re- Froidisseraent soit parFait. Dans cet état , la térébenthine contient une certaine quantité d’eau, dont il Faut la purger ; à cet effet on la met dans un vase que l’on expose à un Feu modéré; il s’en dégage bientôt une écume très-abondante , produite par l’eau qui tend à s’évaporer. On continue cette opération jusqu’à ce que l’écume ait entièrement disparu, ayant soin de remuer continuellement la masse à l’aide d’une spatule.
Pour Former la matière à injection, on Fait Fondre au bain-marie, huit onces de térébenthine cuite avec deux onces de cire blanche ou jaune. Lorsque le mélange est dissous, on y ajoute trois onces de vermillon ou une once de bleu de Prusse broyé à l’huile; après quoi on passe l’injection à travers un tamis pour s’en servir.
La préparation de cette matière à injection étant très-longue et très-difficile , j’ai trouvé qu’on peut la remplacer avec avantage par le mélange suivant : colophane, trois parties; cire blanche et térébenthine de Strasbourg, de chacune une partie; blanc de baleine , un tiers ou une demi-partie, selon que l’on veut avoir une masse plus ou moins cassante.
Le plâtre délayé simplement dans l’eau , ou , mieux, dans de l’eau gélatineuse pour en diminuer la Fragilité , pedt aussi être employé pour des préparations macérées ; mais il convient beaucoup moins que la masse que nous veïions de Faire connaître.
En parlant des injections à corrosion, nous Ferons enfin mention des alliages métalliques Fusibles que l’on employait autreFois à cet usage, mais qui sont beaucoup moins avantageux que les autres masses, en sorte qu’on pourrait sans inconvénient les rayer de la liste des matières à injection. Quoi qu’il en soit , on peut les composer de la manière suivante : bismuth, 8 parties; étain et plomb, de chacun 4 parties ; ou bien, bismuth, 5 parties; étain.
3 parties ; plomb , 2 parties : ou bien encore , bismuth , 8 parties; plomb, 5 parties; étain , 3 parties. Ces alliages deviennent beaucoup plus Fusibles en y ajoutant un peu de mercure ; cependant ils ne peuvent guère être employés que pour l’injection de la trachée-artère et des bronches ; les tuniques des vaisseaux ne résistent pas au degré de chaleur nécessaire pour les Fondre. On conçoit que ces pièces doivent être préparées par macération et non pas par corrosion.
Les organes sur lesquels on Fait le plus ordinairement des préparations corrodées, sont la glande thyroïde, les poumons, le cœur, le Foie, la rate, les reins, le pénis et le placenta. On injecte sur ces organes les vaisseaux sanguins des différentes espèces et le conduit excréteur, s’il y en a un. La réplétion de ces vaisseaux se Fait d’après les règles que nous avons établies en parlant des injections en général ; seulement Faut-il chauffer un peu davantage l’eau , ainsi que la matière à injection , parce que la matière à corrosion exige un plus haut degré de chaleur.
L’injection étant Faite , on dépose la pièce à corroder dans un vase en verre ou en porcelaine , et l’on y verse un mélange de trois parties d’acide hydrochlorique ou nitrique et d’une partie d’eau ; on laisse ainsi reposer la pièce pendant trois à quatre semaines et plus, selon son volume et selon le degré de température de l’air. Quand les parties molles sont en grande partie converties en une substance pultacée, on lai.sse écouler la liqueur par une ouverture dont le vase doit être percé dans son bas, et sans déplacer la pièce; on Fait ensuite tomber sur elle un très-petit filet d’eau, afin d’entraîner toutes les parties molles qui ont déjà été détruites par l’acide. S’il reste encore des parties adhérentes , on verse une nouvelle portion d’acide sur la pièce , jusqu’à ce que les tuniques des vaisseaux soient entièrement détruites. On lave enfin la préparation à différentes reprises pour en enlever tout l’acide, et on la Fait sécher en la plaçant sur une couche épaisse de laine, recouverte d’un linge fin. La préparation étant desséchée , on la suspend au moyen d’un ruban assez large, dont on entoure les principales branches vasculaires à leur naissance du tronc; le ruban doit être large, afin qu’il ne coupe pas la matière à injection. On vernit ensuite la pièce avec soin, en laissant couler sur elle une nappe de vernis. Quand celui-ci est desséché, on place la préparation sur un pied à large base, percé d’un trou dans son milieu pour y recevoir les troncs vasculaires.
Les préparations macérées se Font d’après la même méthode, excepté qu’on ne les recouvre que d’eau de pluie et qu’on les abandonne ainsi à la putréFaction.
Art. 2. De l’injection et de la préparation des vaisseaux lymphatiques (1).
Outre les vaisseaux lymphatiques, on injecte sou-
(1) Voyez mon mémoire sur les vaisseaux lymphaliques des oiseaux et sur la manière de les préparer. Annales des scienucs naturelles , 1824, tom. III, pag. 381, avec fig.
V, Fohm\s:t , Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques do la peau, des membranes muqueuses , séreuses du tissu nerveux et
musculaire. Liège, 1833, în-4°. avec fig.
Consultez en outre les Traités de Uxase, Webnbb et Fkmbb» CEiriKSUANK, MàSC&C.Xl, ctc.
vent aussi , par les procédés que nous allons décrire, divers conduits excréteurs, et surtout celui du testicule, comme nous l’avons indiqué en parlant de cet organe.
lo. Instruments.
Ils sont en général de deux sortes : au moyen des uns ( par exemple des seringues en aeier ou en verre, des réservoirs en gomme élastique qu’on comprime avec la main , etc. ) on fait avancer le mercure dans les vaisseaux par une pression extérieure; au moyen des autres, le mercure avance uniquement en vertu de son propre poids. Ceux-ci ont sur les premiers l’avantage de donner, par la hauteur de la colonne, l’exacte mesure de la force avec laquelle entre le mercure, en sorte que c’est cette espèce d’appareil qui est la plus généralement répandue , et que nous décrirons plus spécialement.
Depuis quelque temps on a proposé de se servir du vide produit par la machine pneumatique pour faire avancer le mercure , comme nous l’avons indiqué à la page 302. Bien que ce procédé ne nous ait pas présenté d’avantages signalés dans les essais que nous en avons faits , nous ne voulons pas encore le rejeter, attendu que ce n’est que par ce moyen que l’on parvient, dit-on, à remplir les conduits sécréteurs du rein. Mais à coup sûr la machine pneumatique ne sera jamais employée que dans quelques cas particuliers , parce qu’elle est plus difficile à manier que les appareils ordinaires.
L’appareil le plus simple se compose d’un petit tube horizontal effilé , adapté à un tube en verre vertical, long de vingt-quatre à trente pouces et évasé à sa partie supérieure. A ces deux pièces essentielles on interpose, pour faciliter les manœuvres , tin robinet en acier , et quelquefois une canule flexible.
Les tubes effilés sont en verre ou en acier ; les premiers sont ceux que l’on employait de préférence en France, jusqu’à l’époque où j’y ai fait connaître les tubes fabriqués à Heidelberg , par GœKCR. En se servant des tubes en verre, on a l’avantage de pouvoir leur donner le degré de ténuité qu’on désire, parce qu’on parvient aisément à les Hier soi-même à la flamme d’une bougie; mais leur extrême fragilité fait qu’ils ne peuvent jamais être d’un usage général, et qu’ils ne doivent être employés que quand on veut injecter des vaisseaux très-fins; encore verrons-nous que ces tubes pourraient être remplacés par ceux confectionnés d’après le procédé de Straus-Dckckiif.im.
Haase se servait de tubes en verre garnis à leur extrémité d’une pointe en acier taillée en bec de flûte, qu’il introduisait dans les vaisseaux sans les avoir prélablement ouverts avec la lancette ; mais ces tubes ont l’inconvénient de défoncer le vaisseau au moindre mouvement qu’on leur imprime.
Les tubes en acier dont je me sers habituellement, sont très-déliés à leur extrémité, et recourbés à angle droit; ils augmentent un peu en épaisseur vers le haut, où ils sont soudés à un petit montant qui se visse à un robinet . le tout en acier. Depuis quelque temps Goerck, à Heidelberg, fait aussi des tubes en platine , qui ont l’avantage de ne pas être sujets à s’oxider comme les autres. Les tubes de Goerck sont parfaitement bien travaillés, et plu-
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sieurs anatomistes de Paris s’en servent aujourd’hui.
Mascacni fabriquait lui-même ses tubes en acier , et Stratjs-Durckueim a perfectionné le procédé de cet anatomiste en faisant les tubes coniques et en les rendant presque aussi fins que les tubes en verre : un ressort de montre (1) , long de douze à quinze lignes , parfaitement détrempé , est retenu suivant sa longueur par un étau , de manière à laisser dépa'sser la moitié de la largeur. Il est avantageux de placer le ressort entre deux cartes , parce qu’on court moins de risques de le casser que s’il se trouve en contact immédiat avec l’étau. Moyennant de légers coups de marteau donnés sur la partie du ressort qui dépasse , on la replie à angle droit sur celle qui est retenue. Dans la gouttière qu’on obtient ainsi , on place un mandrin en fer ou en acier détrempé, conique, et aussi acéré que possible. A petits coups de marteau on recourbe de plus en plus les bords sur le mandrin, de manière à ce que, ceuxci venant à se toucher , on obtienne un canal complet. On diminue avec une petite lime la trop grande largeur du ressort à l’endroit qui doit correspondre à l’extrémité acérée du tube, et l’on finit ensuite de rapprocher les deux boi'ds. Le tube étant achevé , on diminue l’épaisseur de ses parois au moyen de la lime, et l’on retire le mandrin. Ainsi préparé, il est reçu dans un petit montant en ivoire , percé d’une ouverture en forme de cône tronqué. Cette ouverture se trouve par là parfaitement en rapport avec le tube qu’on veut y fixer. Le tube , dont la grosse extrémité entourée d’un peu de papier à lettre, est introduit dans le montant par son extrémité effilée; quelques légers coups de marteau le retiennent comme un coin. Si l’on désire avoir des tubes courbés , on n’a qu’à placer dans l’intérieur un fil de fer, pour empêcher le canal de s’effacer, et au moyen d’une pince dont les extrémités sont garnies de papier , on le courbe à volonté , ayant soin de placer la fente du tube à la partie convexe.
Brescuet a imaginé de faire confectionner des tubes métalliques d’après un procédé différent, peu dispendieux, et qui permet de leur donner toute la ténuité désirable ; un mandrin extrêmement délié est placé au centre d’une lame très-mince de tôle bien décapée et recourbée en gouttière , qu’on tire successivement par des ouvertures de plus en plus petites; le tube s’allonge, et le canal intérieur conserve toujours le même calibre, qu’il doit au mandrin qui le remplit. On obtient de cette manière un tube d’une certaine longueur , parfaitement cylindrique, et qu’on découpe alors pour l’usage en fragments d’un pouce environ, que l’on fixe avec de la cire d’Espagne dans de petits montants en ivoire. Ces tubes sont encore plus fins que ceux de Heidelberg, mais comme ils sont également minces à leurs deux extrémités , ils ont l’inconvénient d’offrir bien moins de résistance que les autres, qui sont légèrement coniques, et qui en outre peuvent être plus solidement fixés au montant destiné à les recevoir. Cependant je crois qu’il ne serait pas diffi-
(t) La principale difRoiiîlé dans la ronfectîon de ces tnbes c*ej»t que, quelque bien dclrempe que soit Tocier. il durcit de nouveau après les premiers coups de marteau, et se rompt .«u l'on n'a pas le soin de le détremper de temps en temps. On remédierait n tous ces inconvénients en cmplo-jant une lame de platine au lieu d'un ressort de montre ; le mode de fabrîcnlîou serait le meme.
cile de donner une forme conique aux tubes obtenus par ce procédé : après avoir allongé le tube de manière à ce qu’il ait partout l’épaisseur qu’on voudrait lui voir conserver à la base , il faudrait le découper en autant de morceaux qu’on voudrait faire de tubes ; puis on n’aurait plus qu’à limer ces fragments de tube pour les effiler vers leur extrémité libre.
La manière d’après laquelle les robinets avaient été construits jusqu’à ce jour, exigeait qu’ils fussent tournés avec la main gauche ( le tube étant soutenu par la main droite ) ou bien par un aide, .si cette main était employée ailleurs. Pour remédier à cet inconvénient, un jeune Grec , Maurocoroato, vient d’en faire construire qui peuvent être tournés moyennant une petite roue, placée verticalement, ce qui permet de les mouvoir facilement avec un des doigts de la main qui tient le tube.
Les canules flexibles que l’on place entre le robinet et le tube vertical, sont communément faites avec une sonde ordinaire de gomme élastique, longue de douze à quinze pouces; ces canules facilitent beaucoup les mouvements , et elles sont indispensables si l’on veut suspendre le tube pendant l’injection par des moyens autres que le fixateur. Il importe de choisir des cathéters de bonne qualité , à parois assez épaisses , faute de quoi ils auraient l’inconvénient de laisser transsuder le mercure. On avait essayé , pour s’opposer à la sortie du métal , d’entourer ces sondes de peau de chamois que l’on avait collée dessus; procédé qui a dû être abandonné , parce que les canules sont devenues trop roides. Mais une bonne sonde est parfaitement imperméable et elle dure trois à quatre ans avant de se crevasser. Dans le cas où l’on ne pourrait pas se procurer des sondes de bonne <[ualité , il vaudrait mieux de faire comme Bogros , qui choisissait pour cet usage un morceau de veine saphène qui ne recevait pas de branches, ou de prendre un uretère, qui est également imperméable tant qu’il est frais. On fixe alors soi-même ces parties à l’appareil toutes les fois qu’on en a besoin ; dans ce cas-là on pourrait se passer de robinet, car il n’y a qu’à comprimer l’uretère avec deux doigts si l’on veut intercepter le cours du mercure.
Le tube rempli de mercure devenant très-incommode par son poids, toutes les fois que l’injection dure longtemps , il est convenable de se servir d’un appareil de suspension approprié. En injectant avec la canule flexible , je me sers de l’appareil suivant : deux fils de fer, longs de dix à quinze pieds, sont tendus horizontalement à la partie supérieure de deux murs parallèles; un autre fil de fer est fixé par ses extrémités à la partie moyenne des deux précédents. Du milieu de ce troisième fil descend une ficelle, au moyen de laquelle on suspend le tube en verre , de manière à ce que , celui-ci étant rempli de mercure, son extrémité inférieure ne soit élevée que de trois à quatre pouces au-dessus du niveau de l’endroit où l’on injecte, et qu’une partie de la canule , qui porte à son bout le robinet avec le tube en acier, soit courbée sur la table. On conçoit que le jeu des diverses pièces qui composent cet appareil , doit produire toute l’élasticité désirable, et qu’en même temps le poids du mercure se trouve parfaitement soutenu sans fatiguer la main de l’anatomiste. Pour introduire le tube dans un lymphatique , on saisit le robinet comme une plume
à écrire , en laissant passer la canule flexible sur le dos de la main , de manière à lui faire décrire une courbe semblable à un
En injectant sans canule flexible , je me sers du fixateur du professeur Ehrmann , qui permet aisément tous les mouvements , et qui retient ensuite le tube dans une position fixe et déterminée .sans qu’il soit nécessaire d’y toucher. Ce fixateur se compose d’une colonne de fer de trente pouces de hauteur et de sept lignes de diamètre, bien écrouie au marteau, afin de pouvoir résister au poids qu’elle doit supporter. Elle est montée à son pied sur une agrafe dormante , ayant à sa partie inférieure une vis de pression, qui permet de la fixer à une table. A cette colonne se trouve un bras à potence de huit pouces de longueur, pouvant tourner horizontalement autour de la colonne qui lui sert d’axe, et être monté et descendu à volonté ; il est arrêté par une vis de pression. Une pince terminée par deux demi-cylindres concaves , servant par leur rapprochement à maintenir le tube en verre , s’articule en genou avec l’extrémité du bras à potence. Une première vis maintient les deux bras de la pince rapprochés , et une deuxième arrête les mouvements de l’articulation en genou. Pour .se servir de cet instrument, on procède de la manière suivante : la vis qui retenait la boule étant relâchée, on place le tube en verre entre les branches destinées à le recevoir , sans trop le serrer , de manière à ce qu’on puisse encore lui imprimer quelques mouvements. De celte façon on laisse pendre le tube dans une direction qui ne s’éloigne de l’horizontale qu’autant qu’il le faut pour que le mercure ne coule pas par le bout évasé. En laissant ainsi le tube parfaitement mobile, on a l’avantage de le tenir toujours prêt à être introduit dans le vaisseau que l’on veut injecter. Le tube étant placé dans un vaisseau, on l’y maintient avec une main, et avec l’autre on resserre d’abord la vis qui rapproche les branches de la pince; mais il faut avoir soin d’établir le parallélisme entre le tube et la pince qui le retient , sans quoi l’on risque de le voir sortir du vaisseau ou le soulever. C’est là la partie de la manipulation qui exige le plus de soin, car après il n’y a plus qu’à serrer la vis qui retient la boule, pour maintenic tout l’appareil en parfaite immobilité. Maintes fois, après avoir introduit le tube dans un vaisseau du pied , je me suis absenté pendant des heures , et j’ai trouvé à mon retour le système lymphatique rempli jusqu’à son entrée dans la veine sous-clavière, un aide ayant eu soin , pendant mon absence , de verser du mercure dans le tube toutes les fois que la colonne n’était plus assez haute.
Bogros employait un appareil très -ingénieux pour l’injection des vaisseaux lymphatiques. Il se compose d’un tube vertical en verre , que l’on suspend à une hauteur voulue; d’une canule flexible, et d’un robinet en acier, terminé en bas par un tube en acier, recourbé à angle droit et garni d’une vis à son extrémité. Un autre petit tube en acier , garni d’un écrou à l’une de ses extrémités, est destiné à être vissé au premier. Les tubes que l’on introduit dans les vaisseaux sont en verre, longs d’un pouce et demi, épais d’une ligne et demie, non courbés sur leur longueur et effilés à l’une de leurs extrémités. On entoure ces tubes, à trois lignes de distance de leur extrémité non effilée , d’un bourrelet fait au moyen de quelques tours de fil ciré. Cette extrémité
doit être introduite dans le tube en acier coudé , et le bout effilé du tube en verre doit l’être dans le second tube en acier, qu’on visse alors sur le tube coudé , de manière que la pointe du tube en verre ressorte par l’extrémité du tube en acier et la dépasse de quelques lignes. En vissant ces tubes l’un sur l’autre, le bourrelet de fil qui entoure le tube en verre est fortement comprimé entre eux, et l’appareil se trouve par là hermétiquement fermé. La promptitude avec laquelle on peut remplacer les tubes en verre cassés , fait qu’on éprouve moins les inconvénients de leur fragilité , si l’on a soin d’en avoir toujours plusieurs prêts à être employés. Au reste, ces tubes sont beaucoup moins cassants qu’on ne pourrait le croire , si l’on choisit pour les confectionner des tubes à parois assez épaisses. Je me sers avec avantage de cet appareil toutes les fois que j’ai à faire des recherches délicates.
Pii. Ph(*büs emploie une modification de l’appareil à injection de Bogros , soutenu par un fixateur qui a l’avantage d’être très-peu cher et d’être d’une facile application. La colonne de mercure est renfermée dans une série de quatre cylindres creux en verre,, articulés entre eux d’une manière mobile, surmontés en haut d’un entonnoir, et se continuant en bas avec un robinet. Chacun de ces cylindres a une longueur de six pouces et demi 5 il est fait au moyen d’un fragment de tube à baromètre , à parois épaisses, et dont chaque extrémité offre un petit bourrelet circulaire saillant à l’extérieur. Les cylindres sont unis entre eux par un bout de canule en gomme élastique que l’on obtient de la manière suivante ; les extrémités de deux cylindres qui doivent être articulés , étant rapprochées l’une de l’autre à 3 lignes de distance environ, on les entoure d’une lame de gomme élastique que l’on tend pardessus ; puis on coupe avec des ciseaux l’excédant de largeur de la lame aux deu,x bords , de manière à ce que les deux lèvres rafraîchies se touchent tout juste. En pressant pendant quelque temps l’une contre l’autre ces deux lèvres , elles finissent par adhérer entre elles d’une manière tellement intime, que l’on n’a plus, à craindre de les voir se séparer (le nouveau; mais il importe, pour obtenir cette adhésion, de réunir immédiatement les hords coupés et de se garder surtout de les toucher avec les doigts. Après cela on fixe la canule flexible au moyen de tours de ficelle que l’on place les uns au-dessus, les autres au-dessous des bourrelets qui entourent les extrémités des tubes en verre. Les lames de gomme élastique des articulations supérieures , celle surtout entre l’entonnoir et le tube supérieur , pourront être minces, parce qu’elles n’ont pas à supporter une pression bien considérable; mais aux deux articulations inférieures , il faut qu’elles soient plus épaisses , et le plus souvent il conviendra de renforcer les quatre articulations inférieures au moyen de viroles en gomme élastique larges de 2 à 3 lignes, et que l’on obtient en suivant la méthode déjà employée pour faire les canules. Au reste , l’articulation mobile placée entre le tube inférieur et le robinet, pourrait sans inconvénient être supprimée, parce que la force que l’on est obligé de donner ici à la gomme élastique rend la mobilité presque nulle. On conçoit que le tube ainsi construit, joint une flexibilité suffisante à une grande solidité. Il serait d’ailleurs facile d’ajouter au tube un cylindre de plus, au moyen duquel on obtiendrait une colonne
de plus de trente-six pouces. L’entonnoir est surmonté par une anse munie d’un crochet qui .sert à accrocher tout le tube à une ficelle descendant du plafond, où elle contourne une petite poulie, pour redeseendre par son autre extrémité vers l’endroit où l’on opère, et où on la fixe contre un clou; il est facile alors, en tirant sur ce dernier bout, de monter ou de descendre le tube à injection , et de le soutenir à toute hauteur voulue. La partie inférieure de l’appareil est le tube à injection de Bogros, mais dont la courbure forme un angle obtus , au lieu d’être à angle droit, et muni du robinet de Maurocordato. Pour donner de la fixité à cet appareil, Ph(kbüs emploie un fixateur en bois monté sur une agrafe dormante. La partie de la colonne cylindrique qui surmonte cette dernière a douze à quinze pouces de hauteur, sur 10 lignes de diamètre; elle est retenue dans l’agrafe par un pivot eylindrique qui entre dans cette dernière à frottement dur, mais qui permet néanmoins de la tourner sur son axe. A celte colonne se trouve un bras à potence horizontal , mobile, comme dans le fixateur que nous avons décrit en premier lieu ; il est formé par un prisme quadrangulaire , épais de 20 lignes environ ; à partir de son extrémité libre, l’intérieur de ce bras est creusé d’un canal cylindrique de 10 lignes de diamètre, dans lequel entre avec facilité un cylindre surmonté de la pince, et qui s’y prolonge dans l’étendue de sept pouces. On voit que ce cylindre peut tourner sur son axe , qui est horizontal , et de plus être plus ou moins tiré au dehors, de manière à allonger le bras à potence. Une vis (le pression, qui traverse le bras à potence , retient le cylindre dans la position voulue. La pince elle-même doit être en fer ; ses deux branches , parallèles entre elles , auront à leur base un écartement à peu près équivalent à l’épaisseur du tube , et elles se composent chacune d’une lame métallique droite , plane , large d’un pouce environ sur cinq pouces de longueur , et garnies chacune intérieurement à leur extrémité d’un coussinet assez mou pour retenir solidement le tube dans la direction verticale ou oblique voulue. Les branches sont maintenues rapprochées par une vis ou par un coulant. Le haut du tube étant suspendu comme nous l’avons dit plus haut , on saisit avec le fixateur l’extrémité tout inférieure du tube , immédiatement au-dessus du robinet.
Straus-Durckheim a imaginé un appareil qui peut servir non-seulement aux injections mercurielles, mais encore à celles de tout autre liquide. On se procure un flacon ayant à sa partie supérieure trois tubulures; dans l’une des tubulures, on lute un tube en verre de vingtà vingt-ejuatre pouces de longueur, dont l’extrémité inférieure touche le fond du flacon, sans cependant s’y adapter assez hermétiquement pour empêcher le passage du mercure du tube dans l’intérieur du flacon ; on lute dans une autre tubulure un petit tube en acier évasé en entonnoir et muni d’un robinet; dans la troisième tubulure on lute un tube en acier coudé, auquel s’adapte une canule flexible avec un robinet, et terminée par un tube effilé en verre ou en acier : ces dernière.s pièces de l’appareil sont les mêmes que celles que nous avons décrites précédemment. Le flacon a une quatrième tubulure à sa partie inférieure pour y recevoir un tube en acier avec un robinet, qui permette d’évacuer le liquide contenu dans le flacon. Pour se servir de cet appareil , on remplit en entier
le flacon du liquide que l’on veul injecter, en le versant par l’entonnoir en acier. Tous les robinets de l’appareil étant Fermés, on verse dans le tube du milieu la quantité de mercure nécessaire pour obtenir la pression voulue; la colonne du métal agit ensuite sur la masse du liquide contenu dans le flacon , et le fait sortir dès que le robinet du tube etfilé est ouvert. Si la colonne de mercure était trop haute , on la fait ai.sément baisser en ouvrant le robinet de la tubulure inférieure.
Un appareil beaucoup plus facile à construire , mais un peu moins commode , se compose simplement d’un flacon à large ouverture que l’on peut fermer exactement au moyen d’un bouchon en liège; on fait passer à travers ce bouchon le tube qui contiendra la colonne de mercure , et un autre tube auquel on adapte la canule flexible. Le liquide à injecter sera versé dans le flacon avant qu’on ait placé le bouchon.
L’injection des lymphatiques doit se faire sur une table dont le plateau , formé d’une seule pièce, est creusé de manière à avoir des bords saillants , afin «le pouvoir recueillir le mercure qui s’échappe pendant la préparation. La table sera légèrement inclinée , de manière à ce que la partie vers laquelle se dirigent les troncs des lymphatiques soit plus déclive, afin de Faciliter la progression du mercure.
2". Matières à injection.
La substance dont on se sert le plus communément , c’est le mercure , parce que son poids le fait aisément avancer, et que son éclat permet de distinguer parfaitement les vaisseaux qui ont été injectés. N’étant du reste pas susceptible de s’évaporer comme la plupart des liquides qu’on pourrait lui substituer, les vaisseaux qu’il remplit restent toujours apparents après leur dessiccation. On range encore parmi les avantages du mei’cure , sa grande divisibilité, qui lui permet de pénétrer jusqu’aux plus petits vaisseaux; cependant il ne faut pas perdre de vue que, pour obtenir cet effet, il faut employer une pression très-forte , a. cause de la grande force de cohésion du mercure , en sorte que ce métal occasionne très-souvent la rupture des parties. Quoi qu’il en soit, il faut employer le mercure aussi pur que possible et exempt de tout alliage d’éiain ou de plomb; on prendra donc de préférence celui qui, étant versé sur une assiette en porcelaine, s’écoulera en entier si l’on donne au vase une position légèrement oblique, tandis que l’on rejettera eelui qui coule en nappe et qui laisse sur l’assiette des traces métalliques. Avant de s’en servir on le Fait passer à travers une peau de chamois , pour en enlever tous les corps étrangers et surtout la pellicule d’oxide qui en recouvre la surface. On conserve le mercure dans un flacon en verre fermé au moyen d’un bouchon en verre usé à l’émeri. Nous ne saurions assez recommander d’avoir soin de n’employer que du mercure parfaitement sec; «;g métal , en se mouillant , étant susceptible de retenir entre ses mollécules une grande quantité d’eau, qui le renil beaucoup moins coulant , comme le ferait un métal qu’il tient en dissolution. Le meilleur moyen de sécher le mercure, consiste à l’exposer dans une assiette large à une température de 40 à üO", «;n le remuant de temps en temps.
L’appareil de Straus-Durckheui, dont nous avons parlé plus haut, permet de remplacer avec avantage le mercure par d’auties substances, telles que les huiles fixes et essentielles, l’eau, l’alcool, coloriés d’une manière convenable ; mais surtout par le lait , comme l’a proposé Duméril. Le lait a sur tous les autres liquides de ce genre l’avantage de pouvoir se coaguler après l’injection, si l’on plonge la pièce dans un acide étendu d’eau. Mais on conçoit que tous ces liquides ne peuvent pas servir , si l’on se propose de conserver les pièces par dessiccation.
Pour l’injection des gros troncs lymphatiques, tels que le canal thoracique ou la grande veine lymphatique droite, on emploie quelquefois une matière grasse ou du plâtre. Cette injection, qui est assez convenable pour cet objet-là , parce que son poids est bien moindre que celui du mercure, se fait comme celle des vaisseaux sanguins, en procédant naturellement dans la direction des branches vers les troncs. Il est vrai que l’on cite quelques cas où les valvules du système lymphatique ont été assez faibles pour que la plupart des vaisseaux de cet ordre aient pu être insufflés par l’extrémité supérieure du canal thoracique; mais ce sont là des cas exceptionnels extrêmement rares, sur lesquels on ne peut pas compter.
3°. Choix des sujets.
Les sujets les plus propres à l’injection des lymphatiques, sont ceux légèrement infiltrés. Mais il convient de faire observer que, si l’infiltration dépend de l’obstruction des glandes lymphatiques , le mercure éprouvera beaucoup de peine à traverser ces organes, quoique les vaisseaux soient alors trèsapparents, étant distendus par une grande quantité de lymphe. Cependant toutes les glandes tuméfiées ne sont pas imperméables : il nous est souvent arrivé dans nos dissections d’en trouver d’un volume très-considérable, donnant néanmoins aisément passage au mercure. Dans ces cas l’augmentation «le volume dépendait d’une accumulation de graisse dans le tissu des glandes. Les sujets scrophuleux ou phthisiques , dont les glandes sont ordinairement engorgées, devront le plus souvent être rejetés.
Les injections réussissent très-bien sur les cadavres des sujets jeunes et robustes , morts à la suite de maladies aiguës : seulement faut-il observer que, si le sujet est gras , les Ij^mphatiques sont eommunément vides et difficiles à trouver. On parvient souvent à remédier à cet inconvénient, en injectant de l’eau tiède dans une artère, au point de produire une infiltration artificielle. Par ce moyen le liquide passe des artères dans le tissu cellulaire ,' et de ce tissu dans les lymphatiques, les distend , et l’injection devient alors aussi Facile que si le cadavre était infiltré naturellement.
Une bonne méthode aussi pour découvrir ces vaisseaux, c’est d’injecter préalablement de cire les artères et les veines, puis «le faire macérer la partie pendant quelques jours. C’est de cette manière que Crdikshanr a d’abor«l trouvé les lymphatiques du cœur et de l’utérus, et qneWERXER et Eei.ler ont «lécouvert les lactés. Mais il ne faut pas peialre «h; vue que l’apparition de ces vaisseaux par la macération est due à un développement «le gaz dans leur intérieur, dépendant d’un commencement de «lé-
foniposilioii , et que par conséquent les tuniques des lymphatiques perdent en force. L’injection des vaisseaux sanguins ne sert qu’à empêcher qu’on ne prenne pour un lymphatique une artère vide. BiciiAT rendait apparents les lymphatiques du eœur du bœuf, par son immersion dans l’eau pendant cinq à six heures ; les lymphatiques se remplissaient d’eau. Au surplus, les lymphatiques du eœur de cet animal sont assez nombreux et assez volumineux , pour que je n’aie jamais eu besoin d’employer un procédé artificiel pour les rendre visibles.
Souvent, quandonne trouve pas de lymphatiques, on peut les rendre visibles en comprimant l’extrémité inférieure de la partie suivant le cours de la lymphe. Par ce moyen la petite quantité de fluide qui était encore contenue dans les radicules de ces vaisseaux , est poussée dans les branches et les distend ; mais il faut avoir soin d’appliquer une ligature vers la partie supérieure , afin d’empêcher que la lymphe n’avance trop.
De même que les vaisseaux sanguins, les lymphatiques deviennent plus visibles sur les organes tuméfiés, hypertrophiés : on aperçoit aisément ceux d’un cœur anévrisraatique , d’un estomac squirrheux , d’une matrice à l’état de gestation, etc. ; ces derniers sont alors extrêmement nombreux , et ils dépassent le diamètre d’une plume de corbeau.
4". Manière d’injecter les lymphatiques.
Tout étant disposé pour l’injection , on suspend le tube, ou on le donne à tenir à un aide, après y avoir versé du mei'cure. La hauteur de la colonne de ce métal doit varier- suivant la résistance que la finesse du tube opposera à sa sortie; ainsi elle sera de dix à douze pouces pour les tubes d’un gros calibre. et de dix-huit à vingt-quatre pour les plus fins. On conçoit d’ailleurs que la hauteur de la colonne se mesure par la perpendiculaire, abaissée du niyeau du mercure sur le vaisseau que l’on injecte , ou sur une ligne horizontale prolongée de ce vaisseau, à quoi il est important de songer , à cause de l’inclinaison que l’on est quelquefois obligé de donner au tube.
Les valvules des lymphatiques empêchant leur réplétion dans la direction des troncs vers les branches, c’est donc dans ces dernières qu’il faut introduire le tube. Ainsi, si l’on veut injecter les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés, on enlève avec précaution une petite portion de peau au moyen d’un scalpel bien tranchant , afin de tirailler le moins possible les parties, de crainte de vider les vaisseaux. On trouve alors sous le derme les lymphatiques sous la forme de lignes plus ou moins droites, transparentes, incolores, ou ayant une légère nuance de bleu et quelquefois de jaune, présentant par intervalles très-rapprochés de petites nodosités. Les commençants sont souvent induits en erreur , en prenant pour des vaisseaux lymphatiques, des vaisseaux sanguins, des nerfs, ou l’intervalle des lames du tissu cellulaire graisseux. Mais l’habitude de voir ces vaisseaux les fera bientôt distinguer , en ce que les artères vides de sang sont opaques et jaunâtres, sans nodosités, n’affectant presque jamais la direction rectiligne. Les veinules sont opaques, blanchâtres, sans nodosités. Dans les jiiembres , elles affectent souvent une direction semblable à celle des lymphatiques, sans donner de bran-
ches dans l’espace de cinq à six pouces; mais si l’on vient à en injecter une, on peut de suite se douter de l’erreur , lorsqu’on voit descendre le mercure trop promptement dans le tube, ce qui n’arrive point en injectant un lymphatique, à moins qu’il ne soit trèsvolumineux. D’ailleurs les petites veines remplies de mercure ont un aspect régulièrement cylindrique , que n’ont jamais les lymphatiques, disposition qu’il suffit d’avoir remarquée une seule fois pour ne plus jamais confondre ces deux ordres de vaisseaux. Les nerfs se reconnaîtront à leur plus grande résistance quand on les tiraille; à leur aspect strié, blanchâtre, opaque. Rien ne ressemble mieux au.x lymphatiques, que ces espaces qui résultent de l’adossement des lames de tissu cellulaire graisseux , surtout au côté interne des membres ; même transparence , mêmes renflements , même direction rectiligne ; souvent il n’y a que les tentatives infructueuses pour introduire le tube , et la disparition de cet aspect en séparant les lames , qui puissent faire reconnaître l’erreur.
Ayant donc distingué un lymphatique, on enlève avec précaution le tissu cellulaire qui pourrait le recouvrir, et l’on tâche de le distendre par de la lymphe, en comprimant la partie au-dessous de l’endroit où l’on veut injecter le vaisseau; si l’on n’y réussit pas , on saisit ce dernier avec des pinces , cl l’on y fait une petite incision , au moyen d’un scalpel effilé et bien pointu, en évitant toutefois de le percer d’outre en outre. On peut alors distendre le vaisseau en y introduisant un peu djair au moyen d’un syphon ; la quantité d’air doit être Irès-pciitc, sans quoi ce fluide mettrait obstacle au passage du mercure à travers les glandes. Alors , sans détourner la vue du point où le vaisseau est incisé, on saisit le tube à injecter comme une plume à écrire, on appuyé l’avant-bras et le poignet, et l’on glisse le tube dans le vaisseau. Si ce dernier est très-fin , on réussit quelquefois mieux en y enfonçant le tube sans avoir pratiqué l’incision , surtout si l’on injecte avec un tube en verre bien effilé.
On éprouve quelquefois beaucoup de difficulté à placer le tube dans un lymphatique. Siiaw conseille dans ce cas d’introduire avec la main gauche un mandrin en acier très-délié , à travers l’ouverture qui a été faite dans le vaisseau , et d’y glisser ensuite le tube le long du mandrin , qqe l’on ne retire que quand celui-ci est introduit. Ce moyen, contre lequel j’ai eu longtemps de la prévention, réussit parfaitement.
Si, après avoir ouvert le robinet, le mercure ne passe pas, et que l’on soit néanmoins en droit de croire que le tube est réellement introduit dans le vaisseau , on tâche de s’en assurer en le retirant un tant soit peu ; alors , s’il est bien placé , le métal entrera dans le lymphatique, et dans le cas contraire il s’infiltrera dans le tissu cellulaire. Il arrive souvent que le tube se trouve obstrué par les tentatives que l’on a faites pour l’introduire : on tâchera d’abord d’y remédier en lui imprimant de petites secousses, mais en évitant de le sortir du vaisseau. Si ce moyen est insuffisant, on renforce la colonne de mercure; mais, dès qu’un peu de métal sera entré dans le vaisseau , il sera convenable d’en retirer le tube, et de diminuer la colonne si l’on juge que les parois du lymphatique ne puissent pas résister à la trop forte pression. Enfin, si par tous ces moyens on n’a pas pu ilésobstrucr le tube, il faut le retirer
et le nettoyer avec le fil d’acier qui lui sert de mandrin , ou exercer quelques succions sur son extrémité. On réussit souvent à désobstruer les tubes , en approchant leur extrémité de la flamme d’une bouyie, le tube étant resté rempli de mercure. Ce moyen est surtout employé pour les tubes en verre; mais il faut se garder de trop les approcher de la flamme , de crainte de les fondre.
Il n’est pas difficile de rentrer dans un vaisseau injecté , parce qu’un globule de mercure écarte les bords de l’incision , et facilite la réintroduction du tube. Celui-ci étant placé, on fixe le vaisseau sur lui , au moyen d’une ligature composée d’un nœud simple , pour maintenir l’appareil en position et empêcher la sortie du mercure. Le nœud doit être simple, afin qu’on puisse le serrer au moment où l’on retire le tube à injecter , de crainte que le vaisseau ne se vide par voie rétrograde.
Pendant le cours de l’injection il convient d’observer souvent la colonne de mercure pour voir si elle descend , ce dont on peut s’assurer, soit en plaçant une anse de fil au niveau du métal, soit en regardant attentivement le haut de la colonne, qui doit être concave si elle baisse. Le mercure doit descendre d’une manière lente et graduée. Si , après avoir été lente , la descente s’en fait tout à coup rapidement , il y a probablement rupture d’un vaisseau ; il faut alors disséquer avec soin la partie injectée , en suivant le trajet des lymphatiques , de manière cependant à les laisser toujours recouverts d’un peu de tissu cellulaire. Quand on est parvenu à l’endroit de l’épanchement, on le vide avec soin , et l’on fait avancer un peu de mercure contenu dans les vaisseaux qui se rendent dans ce point, en les frictionnant avec le manche du scalpel, pour tâcher de découvrir le lymphatique qui s’est rompu , qu’on lie de suite après l’avoir trouvé : on peut alors reprendre l’injection si le vaisseau rompu n’avait pas été celui-là même par lequel on injecte.
Si, pendant l’opération, la colonne de mercure se trouve n’être plus assez forte, on ajoutera une nouvelle quantité de métal, mais toujours après avoir fermé le robinet, afin que la secousse ne fasse pas éclater les vaisseaux. Si le mercure éprouve trop de résistance de la part des vaisseaux, on peut quelquefois la surmonter et faire avancer le métal en exerçant sur les lymphatiques des frictions avec le manche du scalpel , dans le sens du cours de la lymphe ; mais cette manœuvre exige beaucoup de précaution : car, en y mettant trop de force, on risque de faire crever un vaisseau, ou de produire un épanchement dans une glande.
Les nombreuses divisions et anastomoses des lymphatiques font que , pour les extrémités inférieures , il suffit ordinairement d’en injecter un sur le gros orteil , un autre sur le petit et un troisième derrière la malléole interne; trois ou quatre vaisseaux, que l’on injecte sur la main , suffisent aussi pour remplir ceux des extrémités supérieures. Mais si l’on ne commence l’injection qu’à la cuisse ou au bras, il faut injecter le plus de vaisseaux possible ; parce qu’à la partie supérieure des membres ces anastomoses sont moins multipliées.
Pour injecter les lymphatiques profonds des membres, il faut mettre à découvert le paquet des vaisseaux sanguins profonds qu’ils accompagnent en plus ou moins grand nombre; ordinairement ces vaisseaux sont assez volumineux, de sorte que leur
injection ne présente pas beaucoup de difficultés.
Dans les grandes injections, où l’on veut démontrer tout le trajet du système lymphatique, le mercure est quelquefois arrêté dans les glandes. Si l’on ne réussit pas à faire avancer le métal au moyen de légères frictions exercées, soit sur les vaisseaux , soit sur les glandes , on remédie à cet inconvénient en faisant dans ces dernières une piqûre avec un scalpel effilé et en y introduisant le tube. On comprime alors la glande sur le tube, afin d’empêcher le mercure de ressortir par l’ouverture que l’on y a faite. Les lymphatiques efférents se remplissent ordinairement par ce moyen , et en suivant ainsi le trajet des vaisseaux de glande en glande , on parvient souvent à préparer tout le système lymphatique , quelque mauvais que soit d’ailleurs le cadavre. On conçoit que ces sortes de préparations ne peuvent pas servir alors à étudier la structure des glandes.
Les lymphatiques des viscères s’injectent à peu près comme ceux des membres : il convient cependant de faire observer qu’en général les valvules y sont moins résistantes , en sorte qu’on peut presque toujours faire passer le mercure par voie rétrograde des troncs dans les branches, au moyen de légères frictions exercées avec le manche du scalpel. Cela a lieu , par exemple , pour le foie , dont on parvient souvent à couvrir une grande surface d’un réseau admirable de lymphatiques, en n’introduisant le tube que dans deux vaisseaux, un pour chaque lobe. Ce peu de résistance des valvules a cependant un inconvénient; c’est que, comme le réseau des vaisseaux superficiels communique avec le réseau profond , le premier se vide avec la plus grande facilité à mesure qu’on l’injecte. Mascagni a remédié à cet inconvénient , en poussant d’abord dans les artères appartenant à l’organe , une injection de colle qui, ayant la propriété de transsuder en abandonnant la matière colorante, remplit toute la substance de l’organe et jusqu’aux vaisseaux lymphatiques ; alors , après avoir laissé refroidir le viscère, il injectait ces vaisseaux en chauffant la superficie de la partie , à mesure qu’il faisait avancer le mercure ; par là il dissolvait de nouveau la colle qui remplissait les lymphatiques superficiels, en sorte qu’elle se laissait refouler par le mercure; tandis que ce métal ne pouvait plus pénétrer dans la profondeur, parce que la colle était figée dans les vaisseaux qui s’y trouvaient.
Fohmann, qui, de tous les anatomistes, est sans contredit celui qui a fait les recherches les plus multipliées et les plus heureuses sur le système lymphatique , est parvenu à injecter ces vaisseaux jusqu’à leurs dernières extrémités dans le tissu d’une foule d’organes, mais plus particulièrement dans la peau , dans les membranes muqueuses et dans les membranes séreuses. Le procédé par lequel cet anatomiste a obtenu des résultats si brillants , et qu’il a bien voulu me faire connaître avant que de les iivoir rendus publics, est à la fois simple et expéditif. 11 fait dans la partie qu’il veut injecter une piqûre , en y glissant superficiellement la pointe d’un scalpel très-fin , de manière à y labourer dans l’espace de deux à trois lignes, et sans s’appliquer à découvrir un vaisseau. Il introduit ensuite le tube dans l’ouverture qui vient d’être faite, et il le maintient en place en serrant les parties sur lui au moyen de deux doigts de la main gauche. Le robinet étant
ouvert, on voit de suite si le mercure pénètre dans les lymphatiques, ou bien s’il s’épanche dans le tissu cellulaire : dans le dernier cas on recommence l’opération , et après avoir tâtonné ainsi deux ou trois fois , on vient aisément à bout d’injecter une portion du tissu capillaire lymphatique, en favorisant l’entrée du mercure au moyen de frictions ou de pressions que l’on exerce sur la partie que l’on injecte. Quoiqu’un anatomiste exercé distingue à la première vue un réseau lymphatique d’un réseau sanguin , il est néanmoins convenable de suivre l’exemple de Fohmann qui , pour convaincre les plus incrédules , a toujours commencé par remplir tout le système sanguin de la partie par une injection très-pénétrante.
5o. Préparations de cabinet.
Afin de rendre plus instruetives les préparations de lymphatiques que l’on veut conserver, il convient d’injecter les principaux vaisseaux sanguins de la région ; ainsi l’on injectera de préférence les veines sous-cutanées dans les préparations des lymphatiques de la couche superficielle; on remplira au contraire les artères et, si l’on veut, les veines concomitantes, si ce sont les lymphatiques profonds que l’on prépare. Les préparations de lymphatiques , si la pièce est volumineuse , devront le plus souvent être desséchées ; le mercure conserve alors son éclat métallique , tandis que les parties molles deviennent brunâtres , et ajoutent beaucoup au bon effet de ces pièces. Ce mode de conservation a d’ailleurs l’avantage de faire parfaitement ressortir le trajet des vaisseaux, quand même on les a laissés recouverts d’un peu de tissu cellulaire ; ce tissu devient transparent par la dessiccation , et en restant appliqué sur les vaisseaux , il rend la pièce plus durable en l’abritant' contre les lésions extérieures. Une excellente méthode pour donner de la solidité aux pièces injectées de mercure , consiste à les recouvrir d’une couche de solution de colle de poisson, avant qu’elles se soient desséchées. Si , après la dessiccation , un vaisseau s’était rompu et laissait constamment échap-
per des globules de mercure , on fermerait aisément l’ouverture en la ramollissant d’abord avec un peu d’eau , et en y appliquant ensuite une forte solution de colle de poisson. On pourra plonger ces pièces pendant quelque temps dans un mélange d’alcool et d’essence de térébenthine, afin de les préserver contre l’attaque des insectes; mais il faut bien se garder de les mettre dans une dissolution de sublimé, qui, se combinant avec le mercure métallique, le noircit, et fait perdre aux préparations toute leur beauté. Ces pièces seront exactement vernissées après la dessiccation.
Le mercure restant toujours liquide dans les vaisseaux , il convient de manier ces sortes de préparations avec beaucoup de précautions, parce que le métal s’échapperait par la moindre ouverture. Il est surtout important de ne pas perdre de vue cette particularité , en déplaçant de grandes préparations desséchées, par exemple tout le trajet des lymphatiques depuis le pied jusqu’à l’insertion du canal thoracique dans la veine .sous-elavière : alors il faut toujours tenir la pièce dans une position bien horizontale , ou bien relever plutôt la partie de la pièce qui correspond à l’extrémité supérieure du canal thoracique; car, dans le cas contraire, le mercure contenu dans les vaisseaux faisant colonne, pourrait faire éclater le canal thoracique , et s’échapper au dehors.
Si les préparations sont petites , on peut les conserver dans l’alcool; mais alors, comme la différence de couleur du métal et des parties molles n’est plus aussi tranchée que dans les préparations sèches, il convient d’enlever exactement tout le tissu cellulaire qui pourrait recouvrir les vaisseaux , et qui deviendrait opaque par l’immersion dans l’alcool.
Une très-bonne méthode, enfin, pour conserver les préparations lymphatiques, mais qui n’est également applicable qu’à des pièces peu volumineuses, c’est de les suspendre dans l’essence de térébenthine après les avoir fait sécher. L’essence rend alors toutes les parties translucides, et l’on peut de cette manière suivre à l’œil la distribution des vaisseaux dans l’intérieur des organes.