CHAPITRE IV
fréparations concernant les nerfs.
La plupart des préparations destinées à faire voir la structure des nerfs , devront être plongées dans l’alcool; cependant on pourra également bien conserver par dessiccation les nerfs sur lesquels on veut faire voir la distribution vasculaire, et ceux dont les gaines que forme le névrilème ont été injectées au mercure.
Les préparations de névrologie destinées à ne faire voir que la distribution topographique des nerfs, seront conservées soit dans l’alcool , soit par dessiccation. Il est convenable d’ajouter un peu d’acide nitrique à l’alcool, afin d’augmenter la blancheur des nerfs et de les rendre plus fermes. En conservant les nerfs dans l’alcool , on a l’avantage de n’en pas changer l’aspect et de ne pas déranger leurs rapports avec les autres parties ; mais ce mode de conservation a l’inconvénient de ne pas permettre d’étudier les préparations dans tous leurs détails quand on les laisse dans les bocaux, ou bien
d’exposer ces pièces à être peu à peu détruites quand on les sort de la liqueur toutes les fois qu’on veut les examiner. Cependant on conçoit qu’il est indispensable de conserver dans l’alcool une série de préparations de nerfs dans les amphithéâtres , où l’on ne dissèque pas, comme chez nous, tous les ans des pièces fraîches pour démontrer chaque partie de l’anatomie. Mais on conviendra également du fait, qu’il est infiniment préférable de faire les démonstrations sur une préparation fraîche , parce que les objets de détail y sont beaucoup plus visibles , et qu’en outre on a de cette manière l’occasion de se noter chaque année les particularités qui se sont offertes dans l’examen des pièces.
Les pièces sèches , quoique présentant souvent les objets un peu déplacés , sont plus que suffisantes quand on les fait servir , non à l’étude , mais à la répétition , ou bien quand on les emploie comme points de comparaison. Ces préparations sont d’ailleurs.
d’autant plus instructives qu’elles ont été disséquées et disposées avec plus de soin, et elles ont l’immense avantage de ne pas se dégrader, si l’on a pris les précautions convenables pour prévenir les attaques des insectes.
Si une préparation de nerfs exige plusieurs jours ou même des semaines de travail , il est convenable de plonger la pièce dans l’alcool hors le temps de la dissection ; de cette manière elle se conservera bien, et les nerfs augmenteront en consistance. Quand la préparation est terminée, on la plonge pendant deux on trois mois dans un mélange d’alcool et d’essence de térébenthine avant de la faire sécher.
Les préparations de nerfs gagnent beaucoup en beauté , si les principales artères de la région ont été injectées et disséquées. Celles sur lesquelles on prépare simultanément jusqu’aux dernières divisions des nerfs et des vaisseaux, présentent beaucoup de difficultés , non-seulement pendant la dissection , mais aussi pour la dessication, parce qu’il faut alors exposer dans un espace quelquefois très-rétréci (par exemple la cavité orbitaire) une foule d’objets qui doivent être tous également bien vus , et qui ne doivent pas se toucher les uns les autres.
Dans les préparations où l’on vent disséquer les nerfs superficiels , ces nerfs resteront couchés sur les parties profondes , en conservant le tissu cellulaire sous-cutané et en enlevant la peau aussi mince que possible; ou bien on détache la peau, le tissu cellulaire sous-cutané et même les aponévroses d’enveloppe , en ménageant les filets nerveux qui s’y rendent, et l’on fixe ensuite ces téguments dans un petit cadre pour les faire sécher, en les maintenant dans une position convenable , relativement au reste de la préparation.
Il est presque inutile de dire que les muscles, les glandes, et en général les parties dans lesquelles les nerfs viennent se ramifier , doivent être conservées , parce que sans cela la préparation perdrait tout son intérêt.
Quand on a obtenu la dessiccation d’une préparation de nerfs, ces derniers sont devenus jaunâtres, translucides , semblables à des cordes à boyaux , en sorte que leur couleur ne tranche pas assez sur celle des tissus environnants ; pour remédier à cet inconvénient , on les peint en blanc avec de la couleur à l’huile, et quand celle-ci est desséchée, on vernit la pièce avec le plus grand soin. On devra éviter de toucher avec le pinceau à couleur les parties voisines , telles que vaisseaux, muscles, etc., ce qui nuirait naturellement à la beauté de la préparation. Un morceau de papier placé entre la partie que l’on peint et celle qui ne doit pas être touchée, facilitera beaucoup l’opération. Si cependant quelque tache avait été faite , il faudrait l’enlever de suite avec un petit pinceau humecté d’essence de térébenthine; ou bien il faudrait plus tard, quand la tache est sèche, la recouvrir d’une couleur analogue à celle de la partie, ainsi de couleur rouge pour les artères, de couleur brune pour les muscles , etc.
Les préparations, telles que nous les avons indiquées dans la névrotomie , peuvent servir à faire des pièces de cabinet , soit à elles seules . soit en les combinant entre elles : c’est ainsi que l’on peut exposer tous les nerfs cérébraux d’un seul côté de la tête , comme cela a été fait sur deux préparations déposées au musée de Strasbourg, et sur une troisième, la plus complète de toutes, que j’ai envoyée au cabinet
d’anatomie du Jardin des plantes de Paris. On commence à cet effet par séparer le cou à son union avec le tronc , afin de pouvoir manier plus facilement la pièce; puis , après avoir préparé les nerfs de la face , on fait sur les téguments de la tête une incision longitudinale , afin d’en rabattre les lambeaux des deux côtés pour pouvoir scier le crâne horizontalement et en extraire le cerveau. On dissèque ensuite le nerf maxillaire inférieur et les nerfs de l’orbite , en évitant de couper les rameaux du facial, qui ont déjà été préparés; puis on dissèque le nerf maxillaire su- ' périeur à peu près comme nous l’avons indiqué en parlant de ce nerf en particulier ; mais sans emporter la mâchoire inférieure, ni la plupart des parties qui viennent s’y attacher. Cependant , comme la branche montante de la mâchoire empêcherait de travailler dans la profondeur , il faut la diviser vers son union avec le corps de l’os , après avoir suffisamment agrandi en arrière le canal dentaire inférieur, afin d’éviter de blesser le nerf qui le traverse; puis on sépare le muscle temporal de son attache à la mâchoire, et on ne le laisse plus attaché qu’aux nerfs qui viennent s’y rendre. Quand on fera plus lard dessécher la pièce, il faudra maintenir ce muscle en position au moyen de fils métalliques que l’on fixe aux os voisins. On enlève ensuite en entier la branche montante de la mâchoire. Quand la préparation du nerf maxillaire supérieur est terminée ( à l’exception de ses rameaux nasaux , qui ne seront disséqués que plus tard ) , on poursuit dans le rocher le nerf facial , la corde du tympan et le rameau anastomotique de Jacobson. On dissèque ensuite les derniers nerfs cérébraux, et ce n’est qu’après avoir achevé toutes les autres coupes du crâne, que l’on va à la recherche des nerfs nasaux fournis par le maxillaire supérieur et le ganglion sphéno-palatin , en emportant la moitié de la tête, qui n’a pas été préparée , au moyen d’une coupe verticale antéro-postérieure. Cette partie de la préparation doit être faite en dernier lieu pour éviter la rupture de la pièce vers le centre de la tête , où les os ont été peu à peu enlevés.
Si l’on veut préparer sur une seule pièce la totalité du système nerveux, il faut choisir le cadavre d’un enfant maigre , parce que la préparation y sera moins longue, et qu’il sera plus facile de plonger la pièce dans un liquide conservateur pendant les intervalles des dissections. On injecte le système artériel, afin de conserver en rapport avec les nerfs les principaux troncs vasculaires. On se hâte de disséquer les nerfs qui rampent sur les parois des cavités crânienne , thoracique et abdominale . afin d’ouvrir ensuite ces cavités et d’extraire en totalité ou en partie les viscères qu’elles renferment. C’est ainsi qu’on emporte le cerveau en totalité; on enlève les deux poumons, en n’en conservant que les racines; on coupe toutes les portions du foie qui ne sont pas très-voisines du sillon transversal , et l’on détache le tube intestinal depuis le commencement du jéjunum jusqu’à la fin du colon , en divisant les épiploons et en séparant le mésentère tout près de son insertion auxintestins. On pourra le plus souvent enlever une des extrémités supérieures et inférieures. On continue ensuite la dissection de manière à préparer d’un côté du tronc et de la tête les nerfs superficiels et de l’autre les nerfs profonds. Mais on conçoit qu’il est presque impossible de disséquer sur une pareille pièce tous les nerfs jusque dans leurs moindres distributions.
On peut faire une préparation très-instructive sur i’ensemble du nerf grand .sympathique et ses communications avec les autres nerfs. On commence pour cela par injecter le système artériel , en poussant l’injection par une des crurales; puis on enlève les extrémités supérieures, et l’on ouvre la poitrine et l’abdomen en emportant les parois antérieure et latérales de ces cavités; on détache ensuite la majeure partie des viscères , comme nous l’avons indiqué dans la précédente préparation. On désarticule l’extrémité inférieure gauche à son union avec l’os innominé, et l’on emporte du côté droit cette extrémité avec l’os coxal correspondant. On dissèque ensuite les nerfs comme nous l’avons indiqué dans notre quatrième section, en enlevant peu à peu toutes les parties qui n’ont pas spécialement rapport à la préparation.
Il serait facile d’indiquer encore un grand nombre de préparations de névrologie; mais les anatomistes trouveront aisément d’eux-mêmes celles qui leur paraîtront les plus instructives ; nous nous bornerons donc à en indiquer une dernière, relative aux nerfs superficiels du tronc , qui ne devrait manquer dans aucun musée, parce que la dissection de ces nerfs se fait rarement avec les soins convenables. Il faut choisir pour cette préparation un cadavre très-émacié, parce que le tissu cellulaire sous-cutané devra être en grande partie conservé. On coupe les bras et les cuisses à peu de distance de leur union avec le tronc, et l’on enlève le cerveau. Puis on dissèque les nerfs sou S-cutanés du cou, en enlevant une couche très-mince de peau , et en laissant les nerfs et le tissu cellulaire sous-cutané couchés sur les parties profondes. On divise le sternum et les parois abdominales sur la ligne médiane ; on incise la symphyse des
pubis , et l’on scie ensuite toute la colonne vertébrale suivant une coupe verticale et antéro-postérieure , de manière à séparer le tronc en deux moitiés latérales. Les viscères de la poitrine et du basventre seront enlevés en entier ; ceux du cou , au contraire, resteront en rapport avec lamoitiédu tronc sur laquelle on prépare les nerfs superficiels. Sur celte dernière moitié on enlève peu à peu, et par couches très-minces, toute la peau de la poitrine, du basventre, du dos, des lombes et des fesses, en laissant toujours le tissu cellulaire sous-cutané couché sur les parties profondes , et en disséquant ensuite dans ce tissu les nerfs cutanés. On mettra à découvert, sur la partie interne de cette pièce, les troncs des nerfs , en divisant sur leur trajet les muscles intercostaux internes , le transverse du bas-ventre et le psoas. Sur l’autre moitié du tronc on prépare les nerfs cutanés, en laissant leurs dernières ramifications dans la peau , que l’on replie de côté , comme nous l’avons indiqué dans notre quatrième section; puis on dissèque du dehors en dedans les nerfs qui se distribuent aux muscles larges du tronc, en évitant de couper ces muscles en travers sur le trajet de chacun des nerfs , mais en les divisant d’une manière plus régulière et en les écartant les uns des autres, afin de faire voir les rameaux nerveux qui rampent dans leurs interstices ; c’est ainsi que les muscles grand et petit pectoral seront divisés à l’une de leurs attaches , n’importe laquelle ; l’oblique externe et l’oblique interne le seront à leurs attaches postérieures; la gaine du muscle droit sera fendue en long dans son milieu; le muscle trapèze sera séparé de l’omoplate ; le grand dorsal , le rhomboïde et lej grand dentelé seront divisés dans leur milieu, etc.