DE L\ CONSERVATION DES PARTIES
Les pièces d’analonne sont conservées soit desséchées, soit dans une liqueur appropriée; c’est donc sous ce double rapport que nous aurons à envisager cet objet.
Art. !«■■. Conservation 2)ar dessiccation.
Avant de dessécher les parties, on leur fait subir quelques préparations préliminaires , destinées soit à en favoriser la dessiccation , soit à en prévenir la putréfaction , soit à les préserver des attaques des insectes. Après en avoir obtenu la dessiccation , il convient encore de veillera ce que ni les insectes, ni la poussière ne les dégradent; enfin, il faut les disposer de manière à ce qu’elles puissent être maniées aisément sans qu’on ait à craindre leur destruction.
1°. Préparations préliminaires à la dessiccation.
La pièce étant disséquée avec soin, on la fait dégorger pendant un ou plusieurs jours , suivant la saison , dans de l’eau pure souvent renouvelée. Cette opération a pour but de faire sortir le sang et la sérosité contenus dans les parties . et qui d’un côté les disposeraient à la décomposition , et d’un autre côté leur donneraient une couleur trop foncée quand elles sont desséchées. En faisant dégorger les pièces dans l’eau , on a encore l’avantage d’extraire les sels déliquescents contenus dans le corps et qui en rendent quelquefois la dessiccation pins difficile. Quand l’eau dans laquelle la pièce a été plongée ne rougit plus guère, il est temps de retirer celle-ci; alors on la met sécher de suite , après l’avoir bien essuyée et exprimée , ou bien on lui fait subir «l’autres préparations qui en favorisent la dessiccation.
Les pièces ainsi dégorgées étant imprégnées de beaucoup d’eau, on peut en favoriser la dessiccation en substituant à cette eau de l’alcool , dont l’évaporation est beaucoup plus facile, et qui prévient en même temps la décomposition. On fait donc séjourner la préparation dans de l’alcool, qu’on renouvelle même au besoin une ou plusieurs fois , jusqu’à ce qu’il ne soutire plus à la pièce des quantités considérables d’eau.
On fait bien d’ajouter à cet alcool diverses substances capables de préserver dans la suite les pièces contre les attaques des insectes; tels que l’arsénic, le sublimé corrosif, l’essence de térébenthine , ou la térébenthine de Strasbourg, etc.
La préparation arsénicale que l’on emploiera avec le plus d’avantage, c’est l’arséniate acide de potasse , <|ui est très-soluble et nullement déliquescent. Les pièces préparées de cette manière ne sont que rarement attaquées par les insectes.
Le sublimé corrosif présente le double avantage de préserver les pièces de la putréfaction et d’éloi-
Q) G. Rrcschkt, Du Iji (IpHsiccattnii et des aiilres innyotiR du i oiisrivation tirs picccs anatomiques. P.iris, 1819, in-4'^.
gner les insectes, qui pourraient les dégrader quand elles sont desséchées; sous ce dernier rapport, cependant, le sel en question n’est pas un préservatif complet, car j’ai plusieurs fois trouvé des insectes dans des pièces qui avaient été préparées par ce moyen ; quoiqu’il soit vrai de dire que cela n’arrive pas en général. Le principal reproche que l’on puisse faire à l’emploi du sublimé , c’est qu’il racornit les préparations, et qu’il donne aux parties molles desséchées une couleur noire désagréable. Quoiqu’il soit toujours préférable d’employer une dissolution alcoolique de sublimé, ce sel peut encore l’être avec avantage en dissolution aqueuse , surtout si l’on a un certain nombre de grandes préparations à conserver. C’est ainsi que nous avons presque constamment une cuve remplie de pièces , que l’on laisse plongées dans cette dissolution pendant plusieurs mois de suite, jusqu’à ce qu’on ait le temps de les faire sécher. Chaüssier, qui le premier a fait connaitre le sublimé comme moyen conservateur , recommande de l’employer en dissolution concentrée , et il veut même que l’on dépose an fond du vase plusieurs nouets de linge fin , contenant une certaine quantité de ce sel, afin que la solution reste toujours au même degré de concentration. Mais cette dissolution concentrée racornit les tissus au point que l’on n’y peut plus rien reconnaitre, et il devient difficile d’y faire de nouvelles dissections , parce que les instruments sont attaqués dès qu’ils sont mis en contact avec les pièces. La quantité de sel à ajouter à l’eau qui m’a semblé la plus convenable, est celle où une goutte de di.ssolution prise dans la bouehe , y cause une forte astriction , sans y déterminer cependant une sensation caustique.
L’essence de térébenthine avec partie égale d’alcool 3/6, ou bien une solution alcoolique et saturée de térébenthine de Strasbourg , sont deux excellents moyens pour favoriser la dessiccation et pour éloigner les insectes. Mais il convient de ne plonger les pièces dans ces mélanges qu’après les avoir laissées séjourner pendant quelque temps dans l’alcool ; sans quoi , l’eau contenue dans les tissus, venant à se combiner avec l’alcool mêlé à la térébenthine ou à l’essence , déterminerait la séparation de ces deux substances , en sorte que leur action serait de beaucoup affaiblie. Le tissu des organes plongés dans ces deux mélanges reste parfaitement distinct, même après la dessiccation, en ce que les fibres sont comme écartées les unes des autres. Cependant la solution de térébenthine de Strasbourg a sur l’autre l’avantage de donner plus de corps aux parties desséchées; celles-ci, en effet, ne perdent qu’environ un quart de leur volume par la dessiccation , tandis qu’après l’immersion dans le mélange d’essence et d’alcool , elles perdent plus du tiers, et quelquefois jusqu’à la moitié. Il paraît que la liqueur dont Bogros faisait un si fréquent usage, et qui lui offrait des résultats si avantageux dans la confection des préparations desséchées, n’était autre chose que le mélange d’essence et d’alcool ; au moins l’ai-je sou-
vent, employé avec des résultats analogues à ceux ((u’en obtenait Bogros. L’espèce de vernis formé par la solution de la térébenthine de Strasbourg dans l’alcool , m’a été conseillé par A. Cau-uot, chef des travaux chimiques près notre faculté, et, comme j’en ai déjà fait la remarque, je m’en suis mieux encore trouvé que du mélange de Bogros. On conçoit que toutes les liqueurs dans lesquelles entrent l’alcool ou les huiles essentielles, doivent être déposées dans des vases exactement fermés , pour s’opposer à l’évaporation. Pour les grandes pièces on emploiera avec avantage des caisses en bois de chêne , doublées en zinc. Les préparations dont les vaisseaux ont été injectés de matière grasse, ne doivent cependant pas être plongées dans ces mélanges , parce que l’injection en serait dissoute , et qu’elle s’écoulerait des vaisseaux.
Dans ces derniers temps, Braconnot a proposé , pour préserver les pièces de la putréfaction , de les plonger pendant quelque temps dans une solution aqueuse de persulfale de fer, marquant 3° Baumé. Ce moyen , peu dispendieux , réussit parfaitement , d’après les expériences de ce chimiste , en sorte qu’il pourrait, suivant lui, remplacer le sublimé. On peut aussi l’employer avec avantage pour préparer les peaux des animaux que l’on veut empailler, en l’appliquant avec une brosse. Il est possible que le persulfate de fer offre des avantages dans certaines circonstances; mais je lui ai trouvé l’inconvénient de laisser déposer sur les pièces une grande quantité d’oxide de fer, qui les salit, et dont on ne parvient pas le plus souvent à les débarrasser.
Si les préparations que l’on veut dessécher sont volumineuses et épaisses, toutes ces opérations préliminaires seraient insuffisantes, si l’on ne faisait pénétrer dans leur intérieur des injections évacuatives , après les avoir fait dégorger dans l’eau pure. Ces injections seront faites par les principales artères qui se rendent dans l’organe (ou bien par les veines , si les artères ne pouvaient pas être trouvées). On commence par y pousser lentement de l’eau tiède, jusqu’à ce qu’elle ressorte par les veines ; quand cette eau n’est plus guère colorée par le sang qu'elle entraîne, on y pousse un peu d’alcool, et plus lard on y fait pénétrer une injection conservatrice, composée d’une dissolution alcoolique d’arséniate de potasse, de sublimé, ou de térébenthine; après cela , si l’on veut , on peut remplir les vaisseaux d’une injection réplétive, comme nous l’avons indiqué en parlant de ce genre de préparation. On emploiera encore les injections évacuatives pour vider la cavité de certains viscères creux, tels que le cœur, les organes de la digestion, les organes génito-urinaires, etc.
En parlant ici des injections conservatrices, nous devons ajouter que ces injections sont en outre fort utiles toutes les fois que Ton veut préserver pendant longtemps de la décomposition un cadavre que l’on dissèque. Ce point est surtout important dans les pays où les cadavres sont fort difficiles à se procurer, comme par exemple en Angleterre. Shaw employait pour cela une dissolution concentrée flans l’eau chaude de sel marin gris, qui donnait en même temps une belle couleur rouge aux muscles. On emploie avec plus d’avantage encore en Ecosse , une solution concentrée dans l’eau chaude d’une livre de salpêtre et de deux gros de sublimé corrosif. On peut , après cela , faire dans le système arté-
riel une injection réplétive qui pousse dans les veines la solution saline. Au reste, si l’on avait mis un intervalle de vingt-quatre heures entre les deux injections, la première aurait probablement pénétré par imbibition dans les tissus ambiants.
Les parties chargées de beaucoup de graisse ne peuvent pas toujours en être privées complètement parla dissection, et desséchées, elles laissent écouler cette huile qui en rend la surface gluante en restant exposée à l’air et en se mêlant à la poussière qui vient s’y déposer. Pour remédier à cet inconvénient, il faut plonger la pièce dans l’essence de térébenthine , soit pure , soit mêlée à de l’alcool , qui extrait très-bien la graisse, si l’on continue cette macération pendant assez longtemps. Je suis même parvenu à conserver par dessiccation une portion de peau avec une épaisse couche de tissu graisseux sous-jacent, en laissant plonger la pièce pendant quelques mois dans une solution alcoolique de térébenthine de Strasbourg; la pièce a conservé son aspect naturel, et la graisse s’est durcie sans suinter à l’extérieur. Si c’est une partie membraneuse que l’on veut dégrais.ser , par exemple l’épiploon, on y parvient très-bien , comme l’indique Breschet, en la plaçant entre deux feuillets de gaze ou de marli , et en mettant par-dessus du papier joseph non eollé ; on soumet le tout à une pression légère, et l’on répète plusieurs fois la même opération. DuméniL conseille, pour enlever la graisse qui suinte des pièces pendant qu’elles se dessèchent, de les barbouiller d’une couche d’alumine marneuse étendue d’eau. Cette couche tombe d’elle-méme par écailles quand elle est séchée , et l’on répète l’opération si cela parait nécessaire. Ce moyen m’a parfaitement réussi ; quand la pièce est dégraissée , on est quel-' quefois obligé de la laver pour en enlever toutes les traces de marne. On trouvera le plus souvent que l’immersion des préparations dans les lessives alcalines, pour les dégraisser, ne fournit pas de résultats satisfaisants : si la lessive est faible, la graisse ne se dissout pas , et si elle est forle, elle attaque aussi les tissus. Swan recommande de dégraisser les préparations desséchées en les frottant au moyen d’une brosse, avec une solution d’acétate de plomb. Ce procédé n’a pas entièrement répondu à mon attente.
2”. De la manière de dessécher les parties.
Pour obtenir aisément la dessiccation , et pour que les pièces soient bien instructives , il faut légèrement distendre et séparer les parties , afin de pouvoir facilement les apercevoir toutes. Dans les pièces desséchées , les parties ne peuvent donc pas conserver leur position naturelle, sans quoi il n’y aurait qu’à les laisser appliquées les unes sur les autres, ce qui empêcherait de voir celles qui sont placées flans la profondeur; mais il ne faut pas trop les écarter non plus de leur position naturelle, et il faut tâcher surtout de les maintenir dans leurs positions relatives, afin que les rapports ne soient pas complètement dérangés. Celte disposition des pièces est bien longue et bien difficile; mais il importe d’y mettre tout le soin possible, si l’on veut tirer quelque avantage d’une pi-éparation ; voilà, je crois, une des raisons qui ont tant fait négliger dans les derniers temps les préparations sèches.
Il est de toute impossibilité d’indiquer la manière
de disposer toutes les pièces à la dessiccation ; c’est là un des nombreux objets qu’il faut trouver par soi-même. S’agit-il de dessécher une préparation de muscles, de vaisseaux ou de nerfs, on la suspend dans un cadre en bois , formé d’une planche carrée qui sert de base , et de quatre lattes verticales , unies par plusieurs traverses. Il faut que l’on ait dans un laboratoire bien monté , plusieurs de ces cadres de diverse forme et de diverse grandeur , selon la nature des pièces que l’on veut y dessécher ; suivant l’exigence des cas , on modifie la forme de ces appareils , en y clouant de nouvelles traverses à des hauteurs voulues, en y plaçant des baguettes transversales, retenues au moyen de trous forés d’avance sur divers points de la hauteur des lattes verticales; ou bien en remplaçant ces dernières par de .simples ficelles que l’on tend toutes les fois que cela parait nécessaire. On fixe la pièce en haut, en bas et de côté , au moyen de ficelles bien tendues , en ayant soin d’attacher ces dernières aux os. On écarte ensuite les muscles les uns des autres, en les fixant au moyen de ficelles auxquelles on fait décrire une anse autour de leur corps , et dont on attache ensuite les deux bouts , soit aux lattes verticales, soit aux traverses , soit à des ficelles que l’on tend dans toutes les directions qui paraîtront convenables. Afin d’éviter que les muscles, en se desséchant, ne forment un angle aux endroits où ils sont embrassés par l’anse de fil, il faut placer entre celle-ci et le muscle une plaque mince en bois , dont la largeur égale celle du muscle et dont la longueur varie depuis quatre lignes jusqu’à deux pouces. Si le muscle est très-long , il convient de le maintenir au moyen de plusieurs anses de fil , tendues de manière à lui tlonner une direction naturelle. Au lieu de placer ces anses de fil, qui finissent par devenir extrêmement multipliées, on préférera quelquefois d’écarter les muscles des os qu’ils recouvrent , en interposant une boulette de crin, ou mieux encore de baleine râpée, que l’on se procure chez les faiseurs de parapluies ; ou bien on soulève les muscles au moyen de petits morceaux de bois , en ayant soin alors de leur interposer des plaques en bois sur lesquelles les muscles puissent reposer sans se dessécher dans une direction vicieuse. Quant aux muscles larges qui ont été séparés d’une de leurs attaches, on en fixe le bord qui a été coupé , sur une baguette , au moyen de plusieurs points de suture , et l’on exerce ensuite la traction sur cette baguette , afin de dessécher le muscle dans la pose qu’on voudra lui ilonner.
Si la pièce à des.sécher est petite, par exemple l’œil , la face , avec leurs muscles et leurs nerfs , on écartera toutes les parties au moyen de petits fragments en bois disposés suivant l’exigence des cas. Mais il faut surtout éviter de laisser des nerfs ou des vaisseaux appliqués , soit entre eux , soit sur des muscles, parce que ces parties se colleraient en se <lesséchant; il faut que le trajet des vaisseaux, et surtout des nerfs, soit exposé à jour, et parfaitement visible. Pour avoir une idée de la difficulté de monter ces sortes de pièces, il suffit de faire observer qu’il nous a fallu deux journées entières pour disposer une moitié de tête sur laquelle les douze paires cérébrales étaient disséquées. Il n’est pas nécessaire de suspendre ces petites préparations dans un cadre; on trouvera ordinairement plus commode de les fixer sur une planchette dans laquelle on en-
fonce des tiges métalliques aux points où l’on voudra tendre des fils destinés à exercer les tractions.
Dcmérii, conseille de dessécher les préparations de muscles , en appliquant sur la longueur de ehacun de ces organes des lames de verre à vitres , que l’on maintient rapprochées au moyen de petits rur bans, de manière à mouler le muscle à mesure qu’il se dessèche. Nous ne pensons pas que ce procédé soit généralement applicable, parce que par là les muscles perdent leur aspect fibreux, et qu’ils acquièrent des formes roides, qu’il faut toujours éviter de leur donner.
Pour obtenir la dessiccation des organes creux , le meilleur moyen, sans contredit, c’est l’insufflation ; mais elle n’est pas toujours applicable. Si l’organe a plusieurs petites ouvertures, on peut les fermer après en avoir traversé les bords d’une ou de deux épingles autour desquelles on jette une ligature , comme nous l’avons indiqué en parlant de la préparation du péricarde; mais -si les ouvertures sont grandes et nombreuses , il faut rembourrer la cavité de l’organe de crin crépu , de baleine râpée , ou de coton , imprégnés de solution alcoolique de savon , afin de les empêcher de se coller aux parois de l’organe. Cependant la dessiccation des organes ereux n’est jamais aussi égale si l’on emploie ees derniers moyens , que si l’on en remplit la cavité d’air, qui les distend d’une manière bien uniforme : mais il faut avoir soin alors de ne pas exposer les pièces insufflées à une trop forte chaleur, qui, raréfiant l’air , pourrait déterminer une rupture.
Si les pièces que l’on veut dessécher sont trèsminces et qu’elles offrent quelques solutions de continuité, leur réplétion par l’air est impossible, et celle par le crin ou le coton leur donnerait un aspect irrégulier , parce que ces substances ne les remplissent pas assez exactement. Dans ces cas , Pôle conseille de se servir du plâtre, qui se moule exactement dans tous les contours des pièces , et qui ne ressort pas si facilement que l’air par les moindres ouvertures. Cette substance doit aussi être employée pour remplir les canaux tortueux dans lesquels il serait difficile d’introduire du crin. Enfin , on distend encore quelquefois avec du plâtre des viscères creux, bien injectés, afin de mieux faire ressortir les distributions vasculaires sur ce fond blanc. Le plâtre que l’on emploie doit être récemment calciné, et bien tamisé, afin de l’avoir au.ssi pur que possible. Il faut le mêler très-exactement à beaucoup d’eau , de manière à former un liquide assez ténu , qui pénètre d’autant mieux dans toutes les anfractuosités des cavités. Après avoir vidé avec soin la cavité à remplir, de l’air ou des liquides qu’elle pourrait contenir, on coule la masse au moyen d’un entonnoir en papier , parce que les entonnoirs de métal seraient trop aisément obstrués par le plâtre et attaqués par l’acide sulfureux qu’il contient. Si la cavité est grande, il faut plusieurs fois retourner l’organe dans divers sens, afin de faire parvenir le plâtre dans tout son contour; en même temps il faut apporter dans cette opération beaucoup de célérité, parce que la masse se durcit très-promptement. Si l’on voulait remplir de plâtre des canaux fins et nombreux, on les injecterait après l’avoir introduit dans une vessie qui s’adapte à un tube fixé d’après les règles que nous avons indiquées en parlant des injections. On pourrait aussi se servir d’une seringue; mais il faudrait être très-
prompt à la nettoyer, en y introduisant de l’eau à plusieurs reprises , sans quoi le plâtre se figerait , et abîmerait l’instrument. Au reste, on parvient à détacher plus facilement le plâtre des seringues , si l’on a pris la précaution d’en huiler l’intérieur avant que d’y introduire la substance à injecter.
Enfin, on remplit quelquefois des organes creux, de mercure, pour les maintenir distendus pendant qu’on les fait sécher ; c’est ainsi qu’on se sert de ce moyen pour sécher les organes génitaux de la femme. On conseille d’employer aussi ce métal pour distendre d’autres parties , par exemple les corps caverneux , sauf à les faire ressortir par des incisions quand la pièce est desséchée; mais on trouvera le plus souvent que cela est assez difficile, et qu’il reste toujours quelques globules métalliques dans les cellules les plus reculées, en sorte que ces préparations ne font pas un bon effet.
Les parties minces et membraneuses que l’on veut dessécher, seront étalées sur une planchette recouverte d’une feiiille de papier huilé qui les empêche d’adhérer après la dessiccation. On fixe la membrane au moyen de plusieurs épingles enfoncées dans la planchette. D’autres fois on préfère de placer ces parties sur des plaques en verre, sur lesquelles elles devront rester fixées après la dessiccation. L’adhérence s’établit facilement si la pièce n’a pas séjourné dans l’alcool ; dans ce dernier cas on l’obtient en imbibant la préparation d’une solution de colle de poisson.
La meilleure manière d’obtenir la dessiccation des parties , c’est de les exposer à un courant d’air bien sec , et à une température de 15 à 25“ R. Si la chaleur était plus élevée , la graisse qui est déposée entre les mailles des tissus, ou bien la matière à injection dont les vaisseaux ont été remplis, suinteraient sur toute la surface de la préparation et la rendraient gluante. C’est par cette raison qu’il faut éviter d’exposer les pièces que l’on veut faire sécher, à l’action des rayons solaires. Pendant la saison froide, il faut placer les préparations à dessécher dans une chambre chauffée; mais en évitant de trop les rapprocher du poêle. Comme il serait difficile d’obtenir un courant d’air assez considérable dans une chambre chauffée , l’évaporation y est plus lente; mais il faut tâcher au moins de faire dessécher les pièces d’une manière bien égale , en changeant tous les Jours leur position.
La dessiccation dans une étuve dont on élèverait la température de 36 à 45“ R. ne peut être que rarement employée; cette chaleur est beaucoup trop élevée pour la plupart des préparations, elle n’est applicable qu’à celles qui ne contiennent pas de graisse, et qui n’ont pas été injectées. Sans doute que l’étuve à lampe de D’Arcet serait préférable à toute autre, surtout en y adaptant les perfectionnements indiqués par Breschet ; mais cet appareil est compliqué, et d’ailleurs nous obtenons tous les Jours la dessiccation de nos pièces par les procédés que nous avons indiqués plus haut.
La dessiccation dans le vide de la machine pneumatique, celle dans un bain de sable, de cendres chaudes, de poudres absorbantes, sont autant de moyens par lesquels on peut à la vérité obtenir la dessiccation , mais qui ne présentent aucun avantage sur l’exposition à l’air, et qui en outre sont tous d’une application plus difficile.
Pendant que la dessiccation s’opère, il convient
d’humecter tous les Jours les préparations avec de l’essence de térébenthine, en ayant soin de la faire pénétrer dans toutes les anfractuosités. On écarte par là les insectes qui pourraient y déposer leurs larves, et l’on donne plus de transparence aux tissus. Quand la pièce est complètement desséchée , on peut ajouter à l’essence un peu de térébenthine de Strasbourg, de manière à obtenir un vernis trèspénétrant qui s’infiltre dans l’intérieur des parties. Ces aspersions d’essence sont surtout indispensables pour les pièces injectées que l’on n’a pas pu laisser séjourner pendant quelque temps dans le mélange d’essence et d’alcool.
Si les parties que l’on veut faire dessécher sont épaisses, il arrive souvent qu’elles commencent à se putréfier, surtout si l’on a négligé de les placer préalablement dans quelque liquide conservateur , ou d’y faire des injections avec ces liquides. On s’aperçoit de ce commencement de décomposition , en ce que les parties se recouvrent d’un enduit grisâtre et gluant ; il faut alors les laver avec une solution alcoolique et concentrée de sublimé corrosif, et y faire au besoin de petites incisions pour permettre à cette liqueur de pénétrer dans leur intérieur; quelquefois on est même obligé d’y appliquer du sublimé en poudre.
Si l’on a commencé par exposer les parties à une chaleur trop élevée , elles se dessèchent souvent à la surface , tandis que dans la profondeur elles se putréfient, parce que la couche superficielle desséchée empêche l’évaporation. On reconnaît cet état à la facilité qu’on a de comprimer la pièce , qui offre alors une élasticité toute particulière, due au putrilage renfermé dans l’espèce de capsule formée par les parties desséchées. Le meilleur moyen de remédier à cet inconvénient , c’est de faire au point le moins apparent de la pièce une petite ouverture , par laquelle on extrait avec des pinces ou une curette toutes les parties décomposées; de faire, dans la cavité que l’on vient de former, des injections avec la dissolution alcoolique de sublimé, et de la rembourrer ensuite de baleine râpée , trempée dans une solution alcoolique de savon. Quand on a obtenu ainsi la dessiccation, on sort le remplissage, on injecte dans la cavité de la cire à laquelle on a donné une couleur analogue à la pièce desséchée, et on la modèle à l’endroit qui correspond à l’ouverture , de manière à faire disparaître la trace de cette dernière.
3“. Des moyens de préservation des pièces desséchées.
Quand les préparations sont parfaitement desséchées , ce qui s’opère d’autant plus lentement que les pièces sont plus volumineuses, on les recouvre d’un vernis, qui, rendant leur surface polie, empêche la poussière d’y adhérer , en éloigne les insectes , et s’oppose à ce que l’humidité de l’air ne les attaque et ne les fasse moisir. Le vernis a en outre l’avantage de rendre les parties translucides , et de permettre d’apercevoir dans leur intérieur la distribution des vaisseaux qui ont été injectés.
Les vernis que l’on emploie le plus fréquemment , sont le vernis à l’alcool , le vernis à l’essence , l’huile de lin ou de noix cuite avec de la litharge, et le vernis de copal. On peut se procurer tous ces vernis dans le commerce.
Le vernis à l’alcool sèche très-promptement , et il
est très-brillant ; mais comme il est extrêmement friable , on ne peut pas l’employer pour les parties minces et flexibles, telles que la vessie, les membranes, etc.; parce que dès qu’on touche ces parties, le vernis tombe en poussière. On ne devrait donc l’employer qu’à recouvrir les os ou d’autres pièces dures. Peut-être pourrait-on remédier à cet inconvénient en y ajoutant un peu de térébenthine.
Le vernis à l’essence sèche plus lentement que celui à l’alcool ; mais il convient mieux pour les parties membraneuses, parce qu’il est plus souple. On choisira encore de préférence ce vernis pour en recouvrir des pièces que l’on n’a pu priver entièrement de leur graisse.
L’huile de lin ou de noix bouillie , formant en se desséchant un vernis très-souple et élastique, convient parfaitement pour enduire des parties membraneuses ; mais elle sèche difficilement , en sorte qu’il faut placer les pièces dans une étuve. On ne l’emploira donc pas pour recouvrir des préparations injectées.
De tous les vernis, celui de copal est sans contredit le plus beau et le plus durable : il a beaucoup d’éclat, il est très-dur, et il reste flexible; mais il sèche assez lentement , cependant sans qu’on ait besoin pour cela de placer les pièces dans l’étuve. On a dans les boutiques plusieurs qualités de ce vernis ; il convient de le prendre de première qualité, parce que les autres sont trop brunes, à moins qu’on n’ait à vernir des préparations d’une couleur foncée. Encore cette première qualité ne peut-elle pas servir pour les préparations qui doivent rester blanches , de manière qu’on emploîra alors de préférence le vernis à l’essence, que l’on peut se procurer tout à fait limpide.
Quelques anatomistes conseillent, pour écarter plus sûrement les insectes , de recouvrir les pièces d’un vernis tenant en suspension du sublimé corrosif ou un sel arsénical réduit en poudre impalpable, dans la proportion d’un gros par livre de vernis. Mais il vaut mieux laisser les pièces plongées dans quelque liquide préservatif, ou y faire une injection de ce genre, comme nous l’avons indiqué plus haut.
Si l’on veut vernir une pièce , on commence par appliquer une première couche , très-mince , au moyen d’un pinceau de poil de chameau ou de blaireau , de la grosseur du doigt , ou plus petit , selon les circonstances. Afin de permettre à cette première couche de vernis de s’insinuer dans tous les enfoncements des parties, il convient de le délayer un peu avec de l’alcool ou avec de l’essence de térébenthine, selon l’espèce de vernis que l’on emploie. Il faut promener le pinceau à grands traits sur la préparation, et le mouvoir toujours dans le même sens, afin de rendre la couche bien égale. Si l’on a choisi le vernis à l’alcool, il faut éviter de laisser passer l’haleine sur la préparation, sans quoi l’eau, venant à se combiner avec l’alcool du vernis, ferait précipiter les résines , en sorte que ce dernier deviendrait blanc et opaque. Le même inconvénient résulterait de l’application d’une couche de vernis à l’alcool sur une préparation déjà vernie à l’essence, quand ce dernier vernis n’est pas complètement desséché. En général, il faut éviter d’appliquer une deuxième couche de vernis quand la première n’est pas encore bien sèche; sans quoi la préparation resterait
gluante et poisseuse. Selon l’espèce de vernis que l’on emploie, il faut donner aux préparations deux ou plusieurs couches, jusqu’à ce qu’elles aient aequis un beau poli. Il sera même nécessaire de donner un plus grand nombre de couches de vernis aux parties des pièces qui, s’en imbibant trop facilement, restent d’abord ternes, tandis que tout le reste de la pièce est devenu brillant.
Pour vernir la cavité d’un organe creux , on y verse un peu de vernis bien coulant, et l’on retourne ensuite la pièce dans différents sens, afin de permettre au liquide de s’étendre sur toute sa surface interne ; on renverse ensuite la préparation de manière à laisser écouler le vernis surabondant dans un vase destiné à le recevoir.
Les préparations très-délicates et fragiles, telles que les pièces corrodées, ne doivent pas être vernies au pinceau : il convient de les suspendre , puis de laisser couler sur toutes les parties un filet mince de vernis, dont Uexcédant est reçu dans un vase placé sous la préparation. Il faut avoir soin d’enlever, avec un pinceau très-doux , toutes les gouttes de vernis qui restent suspendues à l’extrémité des rameaux vasculaires , et qui , en se desséchant dans ces points, rendraient la préparation informe.
Les pièces récemment vernies seront placées à l’abri de la poussière et des insectes , qui , venant à y adhérer, en terniraient l’éclat.
Quand le vernis est desséché , il faut disposer les préparations de manière à ce qu’elles puissent être facilement maniées sans courir le risque d’être dégradées. A cet effet , et selon leur nature , on les monte sur des pieds , ou on les fixe sur des planchettes, sur des plaques en verre, en mica (verre de Russie), etc. Ces deux derniers moyens sont surtout employés pour les préparations merabraniformes qui doivent être regardées contre le jour ; le mica a sur le verre l’avantage de pouvoir être aisément perforé dans tous les points où il peut paraître nécessaire de fixer une ligature pour retenir la pièce; j’ai vu assez souvent cette substance employée dans les Musées de la Grande-Bretagne.
Pour préserver de la poussière les pièces desséchées, il faut les conserver dans des armoires vitrées. Celles qui sont très-délicates, devront en outre être placées sous des cases en verre ou sous des cloches, de manière à ce que les préparations puissent être retournées et examinées dans toutes les directions , sans eju’on soit obligé de les découvrir.
4». De la manière de conserter la souplesse aux préparations desséchées.
Toutes les parties devenant raides et dures par les procédés ordinaires par lesquels on en obtient la dessiccation , on devait désirer de trouver les moyens de les dessécher tout en conservant leur souplesse. Cela était surtout important pour la préparation des squelettes naturels, lès mouvements des os pouvant alors être parfaitement étudiés. J. CtOQüET, en appliquant à la préparation des ligaments les procédés employés par les hongroyeurs , a résolu ce problème d’une manière heureuse. Il propose de se servir d’une dissolution de quatre parties de muriate de soude et d’une partie d’alun dans vingt parties d’eau, et d’y laisser macérer pendant quinze à vingt jours l’articulation qui a
été disséquée avec soin. Il faut souvent mouvoir la pièce dans la dissolution , presser les ligaments, les tordre, et les frapper légèrement avec une petite masse en bois léger. On fait alors sécher l’articulation pendant quatre à cinq jours , en ayant soin de la mouvoir de’ temps à autre et de la frapper encore avec la petite masse. Puis on plonge la pièce dans une dissolution très-concentrée de savon (une partie sur six parties d’eau); afin de dessaler plus facilement la préparation et de favoriser l’introduction du savon entre les fibres des ligaments , on fait chauffer la lessive de vingt-cinq à trente degrés , ayant soin de remuer et de frapper l’articulation pendant sept à,huit jours. Au bout de ce temps on lave la pièce dans une lessive composée d’une once de carbonate de soude dissoute dans deux livres d’eau , après quoi on la fait sécher.
J’ai fait préparer une articulation d’après ce procédé , et elle est effectivement restée parfaitement souple. Les ligaments sont d’un jaune grisâtre; mais on ne reconnaît plus bien la direction de leurs fibres, parce qu’ils se sont recouverts de filaments irréguliers. Je suppose que ces filaments proviennent des ligaments qui auraient été par trop massés. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ces sortes de pièces puissent servir à l’étude des ligaments ; mais elles sont de la plus haute importance pour celle des mouvements du squelette. L’articulation que j’ai fait préparer, présente l’inconvénient d’être restée très-graisseuse , en sorte que la poussière s’y attache aisément , et d’attirer l’humidité de l’air , ce qui l’expose à se recouvrir de moisi; mais cela tient probablement à ce qu’elle retient encore une trop grande quantité de sels et de savon , dont il ne serait pas difficile de la priver. Mes occupations ne m’ont pas permis depuis de répéter cet essai.
Suivant Bresciiet et Cloquet, on pourrait espérer d’obtenir des résultats analogues en imitant les procédés que mettent en usage les tanneurs, les corroyeurs et les chamoiseurs; mais je ne sais s’ils ont fait l’essai de ces divers procédés.
On obtient, dit-on, des pièces flexibles en les tenant plongées dans un mélange de parties égales d’huile d’olives et d’essence de térébenthine , ou de cette essence et d’alcool. Il faut avoir soin de manier souvent les parties que l’on veut conserver avec leur souplesse pendant qu’elles se dessèchent. J’ai essayé souvent le dernier mélange , mais il n’a pas répondu à mon attente. Les ligaments ont toujours beaucoup souffert quand j’ai voulu conserver les articulations mobiles , et les muscles , qui devaient également conserver leur souplesse , sont devenus friables au point qu’ils sont peu à peu tombés en fragments.
Art. 2. Conservation dans les liqueurs.
S’il est nécessaire de disséquer proprement les pièces que Ton veut faire sécher , de les macérer dans l’eau , de les dégraisser, etc. , ces préparations préliminaires sont encore plus indispensables pour celles que l’on veut conserver dans les liquides; parce que, d’un côté, le tissu cellulaire, la poussière, la graisse, deviennent beaucoup plus apparents quand les pièces sont plongées dans l’alcool , et d’un autre côté, le sang, labile, etc., troubleraient les liqueurs dans lesquelles ces préparations
seront déposées, et en provoqueraient même la décomposition.
Dans certains cas il est en outre nécessaire de pousser dans les vaisseaux des injections conservatrices , surtout si les organes sont très-volumineux , comme le sont, par exemple, des viscères hypertrophiés, des tumeurs, etc.; parce qu’alors la liqueur dans laquelle la pièce devra être plongée, ne saurait pénétrer facilement jusque dans l’intérieur de la partie.
Il convient, enfin . de faire remarquer , qu’après avoir fait dégorger les pièces dans l’eau, il ne faut jamais les placer de suite d’une manière définitive dans la liqueur conservatrice, à moins que ce ne soient des parties très-peu volumineuses; car les pièces contiennent alors une grande quantité d’eau, qui, venant à se mêler à la liqueur conservatrice, l’affaiblit d’autant. En conséquence je les place toujours d’abord pendant quelques mois dans des grands bocaux , espèces de magasins renfermant la liqueur conservatrice et contenant ordinairement plusieurs préparations à la fois , que j’en retire plus tard pour les conserver d’une manière définitive.
1». Des liqueurs appropriées à la conservation.
De toutes les liqueurs, la plus généralement employée et la plus convenable, c’est l’alcool à divers degrés de concentration. En France on prend ordinairement de l’esprit de vin; dans d’autres pays on emploie celui de grains ou de cerises. L’essentiel c’est d’avoir un alcool bien incolore, et à cet effet il faut éviter de le conserver dans des tonneaux en bois de chêne , qui lui donnent une couleur jaunâtre ; il vaut mieux le mettre dans ces grands vases en verre qui servent à conserver l’acide sulfurique. L’alcool 3/6 du commerce a ordinairement 32 à 33° de l’aréomètre de Baumé : dans cet état il est beaucoup trop concentré pour la conservation de la plupart des préparations anatomiques; il faut donc l’étendre avec de l’eau distillée, de manière à lui donner 18 à 24°. L’alcool ayant 24° sera employé pour conserver les pièces volumineuses , tandis que celui de 18o le sera pour les préparations minces et membraniformes , et l’on graduera ainsi la force de l’alcool d’après la nature de la pièce que l’on veut y plonger. Comme la plupart des préparations demandent un alcool de 20° il est donc convenable de donner de suite ce degré à la majeure partie de la provision , et , selon le besoin, on ajoute à cet alcool un peu d’aleool 3/6, ou un peu d’eau distillée.
Il convient de n’employer que de l’eau distillée pour le mélange avec l’alcool , parce que l’eau de puits contient le plus souvent des sels calcaires en dissolution , qui , venant à être précipités par l’alcool , le troublent , en sorte qu’on est alors obligé de filtrer la liqueur , ce qui fait éprouver bien des retards.
Monro conseille d’ajouter à l’alcool un peu d’acide nitrique ou hydrochlorique , dans la proportion d’un ou deux gros d’acide pour un kilogramme d’alcool. On ne prendra qu’un gros d’acide, si c’est pour conserver une préparation d’os; on en prendra au contraire deux, si l’on veut y plonger une pièce d’angiologie, dont la liqueur finit par faire apercevoir jusqu’aux dernières ramifications vasculaires. Ce mélange a l’avantage de rendre les par-
lies bien blanches et leurs libres parfaitement distinctes. 11 convient surtout pour les préparations de nerfs , ces cordons augmentant en blancheur et en fermeté par leur immersion dans cette liqueur.
Ruyscii prétendait posséder une liqueur qui conservait aux tissus qui y étaient plongés tous leurs caractères propres; il annonça que cette liqueur n’était autre chose que de l’eau-de-vie de grains , dans laquelle il faisait macérer du poivre blanc; mais les essais qui ont été tentés depuis avec ce mélange n’ont pas répondu à l’attente des anatomistes, en sorte qu’il est à présumer que Ruysch est mort en gardant son secret, ou bien les vertus de sa liqueur ont été singulièrement exagérées.
J’ai plusieurs fois employé avec avantage l’alun et le salpêtre dissous dans l’alcool à 20o , pour conserver , en partie du moins , la couleur des organes enflammés. Ce mélange présente en outre l’avantage de prendre moins facilement cette teinte Jaune qui oblige si souvent de changer l’alcool dans les Musées. Ph. Piicebds, est également parvenu à conserver en partie les couleurs des préparations en les plaçant dans une solution alcoolique concentrée de sel de cuisine.
L’alcool ne suffit pas pour conserver les parties d’une texture très-délicate, par exemple l’hyaloïde , ou bien certains zoophytes , tels que les méduses. Il faut alors les laisser séjourner préalablement dans une décoction concentrée de noix de galle.
On peut encore conserver les préparations anatomiques dans des dissolutions aqueuses de sel de cuisine, d’alun, de persulfate de fer, de sublimé corrosif, dans l’eau de chaux, dans un mélange d’eau et d’acide pyroligneux, dans une solution de créo- •sote, dans de l’eau chargée de gaz acide sulfureux ou d’un excès de camphre en grumeaux; mais tous ces moyens conviennent moins bien que l’alcool dans nos climats , parce qu’ils sont sujets à la congélation, de sorte qu’on ne les emploie eommunément qu’à la conservation provisoire des parties. Le sel de cuisine, les acides sulfureux et pyroligneux et la créosote sont eneore les meilleurs de tous ces moyens, parce qu’ils ne changent pas l’aspect des parties , l’acide sulfureux surtout , qui en conserve la couleur pendant des années. Nous avons vu à Oxford de fort belles préparations de nerfs conservées dans des caisses remplies d’une dissolution de sel de cuisine; mais il faut avoir soin de changer de temps en temps le liquide, et de conserver toujours la solution à un parfait état de saturation. Les acides minéraux, que l’on a quelquefois recommandés , ont l’inconvénient de rendre à la longue les parties transparentes et comme gélatineuses, de manière qu’on ne distingue plus les différents tissus. Nous avons déjà indiqué les inconvénients du sublimé corrosif, qui sont de racornir les parties , et de leur donner une couleur terne désagréable , ainsi que ceux du persulfate de fer, qui laisse précipiter une couche d’oxide.
Les huiles volatiles, et surtout l’essence de térébenthine , sont fréquemment employées pour la conservation des parties auxquelles on veut donner de la transparence , après les avoir fait dessécher. C’est ainsi qu'on y plonge des organes injectés de colle colorée avec du vermillon, des os privés de leur phosphate calcaire , les corps caverneux de la verge, etc. Il faut éviter de conserver dans cette essence des parties injectées avec de la matière
grasse, car elle en serait dissoute. L’essence de térébenthine a cependant un inconvénient; c’est de s’épaissir à la longue et de prendre une couleur jaune; il faut donc la renouveler de temps en temps.
2». Des vases jiropres à la conservation des pièces d’anatomie.
On se sert à cet effet de bocaux en verre blane ou en cristal , dont la forme et les dimensions sont appropriées à la nature des pièces. Ces bocaux doivent être les uns cylindriques, et les autres fortement aplatis sur deux côtés. Ces derniers bocaux sont surtout utiles pour les préparations larges, qui exigeraient un bocal cylindrique très-grand , en même temps que de cette manière on économise beaucoup d’esprit de vin. Il est à regretter que l’importation de ces vases ne soit pas permise en France ; ceux qu’on fabrique en Allemagne sont de toute beauté, et nous n’avons jamais pu nous en procurer de semblables dans nos verreries. L’ouverture des bocaux doit être aussi large que possible, et, s’il se peut, aussi large que le bocal luimême, parce qu’il serait inutile d’avoir un vase très-large, dont l’ouverture ne laisserait passer qu’une préparation peu volumineuse.
Pour les pièces de grande dimension, on se sert avec avantage de eaisses en verre à glace, dont les carreaux sont reçus dans les rainures d’un châssis en étain bien solide. 11 faut luter exactement les glaces, soit avec le mastic des vitriers, soit mieux encore avec le lut imaginé par Péron et Lksueur, et qui se compose de résine ordinaire, d’ocre rouge, de cire jaune et d’essence de térébenthine, dont on fait le mélange à chaud. Mais il convient de ne verser l’alcool dans ces caisses que quand le lut est parfaitement sec, sans quoi il serait ramolli par la liqueur, qui filtrerait ensuite à travers. Le verre ordinaire et même le verre double ne peuvent pas servir , pour peu que la caisse doive être grande , parce que le poids du liquide en déterminerait la rupture. Nous avons vu au Musée de Berlin des cadavres entiers d’adultes, sur lesquels tous les nerfs et les vaisseaux avaient été préparés , exposés dans ces caisses, de manière à ce que toutes les parties pussent être constamment étudiées. Tous les mastics qui servent à luter les glaces composant ces caisses, finissent toutefois à la longue par se laisser pénétrer par l’alcool ; il serait donc intéressant d’essayer un lut nouvellement indiqué et qui se compose de gomme élastique fondue au bain de sable, à laquelle on ajoute du suif, et plus tard de la terre de pipe ou de la craie réduite en poudre , ou bien une couleur terreuse qui donne plus de consistance à la masse : ce mastic ne durcit jamais entièrement, mais il est assez tenace pour s’opposer à la sortie de l’alcool, qui d’ailleurs ne le dissout pas.
On voit encore dans quelques Musées des caisses en zinc, en fer-blanc ou en plomb, recouvertes de glaces et renfermant des préparations destinées à être étudiées dans cette position. Mais cette méthode est vicieuse, parce q[ue, le couvercle étant la seule partie de la caisse qui permette de voir ce qui y est contenu, l’alcool , par son évaporation continuelle, s’y dépose constamment sous forme de gouttes , et empêche de distinguer ce qui s’y
trouve. Peut-être pourrait-on remédier à cet inconvénient, en donnant au couvercle une position oblique , de manière à permettre aux gouttes d’alcool de s’écouler. Les caisses en ferblanc et en plomb doivent être proscrites, parce qu’elles s’oxident trop facilement.
La plupart des amphithéâtres d’anatomie ne sont pas, comme celui de Strasbourg , pourvus en hiver d’un nombre suffisant de cadavres, tandis que les sujets qui y arrivent en été ne sont que peu ou point utilisés du tout. On tâche, dans quelques universités d’Allemagne, de remédier à cet inconvénient , en déposant , en été , des portions de cadavres dans de grandes caisses remplies d’alcool , pour s’en servir en hiver. Mais on conçoit que ces sortes de magasins ne sauraient être établis sur une grande échelle , comme le réclament par exemple les besoins de la faculté de Paris. C’est pour utiliser, dans cette dernière faculté, les cadavres qui restent sans emploi pendant la saison chaude, que Gannal vient de proposer d’établir de grands bassins remplis d’une dissolution saline, et où l’on plongerait les cadavres. La solution proposée se compose de sel de cuisine, un kilogramme; d’alun, un kilogramme; de nitrate de potasse, cinq cents grammes, et d’eau, vingt litres. En hiver, le liquide doit marquer sept degrés au pèse-sel de Baume, et douze degrés en été. Ce procédé vient d’être mis en essai à la faculté de Paris; mais le rapport delà commission nommée à cet effet n’étant pas encore prêt , nous ne saurions en faire connaître dès à présent les résultats.
3". De la manière de placer les objets.
Il ne suffit pas de disséquer avec soin les préparations , et de les mettre dans un bocal ; il faut encore les y placer d’une manière convenable ,afin qu’elles puissent être examinées dans tous leurs détails. Il est impossible de donner des règles spéciales à ce sujet; il suffira de faire observer qu’il faut tâcher de maintenir les préparations dans les positions voulues, en les suspendant dans l’alcool au moyen de crins blancs, ou de fils de soie trempés dans la cire fondue , auxquels on donne les degrés convenables de tension, en les fixant soit sur les bords du bocal au moyen d’une traînée de mastic , soit au moyen d’une ficelle qui entoure ce bord , et qui comprend en même temps les bouts des crins. Les fils de soie doivent être passés à la cire , parce que sans cela ils feraient office de tubes capillaires et permettraient à l’alcool de filtrer au dehors. Il conviendrait mieux peut-être de fixer les fils ou les crins, en les passant dans des ouvertures pratiquées dans une lame d’étain , dont la forme correspond à celle du bocal , sur l’ouverture duquel elle doit être placée. Dans les anciens Musées on voit encore quelquefois ces fils attachés à un crochet de verre pratiqué à la partie inférieure du couvercle dont on recouvre le bocal. Ce moyen est sans contredit le meilleur de tous : mais ces couvercles sont fort chers , et il est difficile d’y fixer plusieurs fils à des longueurs bien déterminées. Depuis quelques années nous employons, pour suspendre les pièces dans l’alcool, des boules en verre creuses et à parois très-minces, terminées par un petit anneau. Ce moyen de suspension n’est pas sans inconvénients, à cause de la fragilité de ces boules, et surtout parce
qu’on ne les obtient presque jamais herméliquement fermées. En effet, si l’espèce de pédicule recourbé en anneau n’a pas été bien fondu, l’ouverture capillaire qui subsiste permet à l’air de sortir de la boule dans les temps chauds, tandis que, si l’atmosphère refroidit,- l’air qui s’est échappé est remplacé par de l’alcool , en sorte que les boules se remplissent peu à peu de liquide et partant ne peuvent plus servir à soutenir les préparations.
Les préparations spécifiquement plus légères que l’alcool, par exemple celles qui sont chargées de beaucoup de graisse, doivent être empêchées de surnager , en les chargeant à leur partie inférieure d’un poids approprié.
Celles qui, par leur peu d’épaisseur, sont flottantes, au lieu de rester étalées, seront maintenues en position , soit en les fixant sur des lames minces de baleine blanche, soit en les assujettissant sur des plaques en cire fondue, auxquelles on donne différentes couleurs; selon la nature des pièces qu’elles sont destinées à faire ressortir. Il faut éviter de fixer les préparations sur ces tablettes en cire avec des épingles , qui se chargent bientôt de vert-degris, et colorent l’alcool en vert. On emploie alors avec avantage des piquants de hérisson , que l’on peut se procurer aisément. En général, il faut éviter d’employer le bois pour bien disposer les pièces dans l’alcool, parce qu’il colore l’esprit devin en jaune. La baleine noire est plus mauvaise encore; car elle teint non-seulement l’alcool , mais encore les pièces qui sont en contact avec elle. Si l’on peut se procurer des lames de verre de Russie, on les emploîra avec avantage pour y fixer des parties membraniformes qui doivent être vues sur leurs deux faces; cette substance peut être aisément perforée, afin d’y passer les fils nécessaires pour attacher la préparation. On pourrait aussi se servir de plaques de verre blanc ou de couleur , pour fixer dessus les préparations, comme cela est pratiqué, dit-on , au Musée de l’hôpital de la Charité de Berlin ; ce mode de suspension est sans contredit le plus expéditif et le plus économique , pouvu que l’on soit muni des instruments nécessaires pour perforer le verre de manière à pouvoir y fixer les pièces.
Un moyen trop négligé en France pour conserver les organes creux, c’est d’en distendre la cavité avec de l’alcool rectifié , et de les laisser plongés pendant une semaine environ dans la même liqueur. Tous les tissus acquièrent par cette immersion de la fermeté , et il est facile alors d’y faire différentes coupes, qui permettent d’en voir la cavité sans qu’on ait à risquer d’en voir les bords s’affaisser. On emploie ce procédé pour préparer les intestins, la vessie urinaire , la vésicule du fiel , les corps caverneux du pénis, l’épiderme des mains et des pieds, les enveloppes du fœtus, les poumons, et surtout les poumons vésiculeux des reptiles. Ces préparations doivent être conservées dans l’alcool rectifié, et pour éviter que les organes ne s’affaissent, il faut faire la coupe dans l’alcool même.
Le professeur Jacob de Dublin emploie pour la démonstration d’objets très-délicats, par exemple de l’œil , un moyen qtii, convenablement modifié, peut servir avec avantage à la conservation de ces préparations. 11 fixe l’objet sur une plaque de verre usée à l’émeri, et il place dessus, sous l’eau, un<! boule de verre creuse , coupée au quart cl usée à l’émeri , en soric que l’appareil se trouve hcrméli-
qiiement fermé. Le jour pénètre par tous les points, et l’objet est considérablement grossi. Ces boules en verre revenant fort cher, on peut les remplacer avec avantage, pour des pièces peu volumineuses, par des verres de montre que l’on applique sous l’alcool contre des plaques de verre transparentes dont on a entouré les bords d’une traînée de gomme élastique fondue, comme l’a fait E. H. Weber.
4». De la manière de fermer les bocaux.
II importe de fermer exactement les bocaux contenant de l’esprit de vin , parce que l’évaporation continuelle de ce liquide laisserait les préparations à sec, et occasionnerait des dépenses con.sidérables. Les procédés que l’on met en usage pour fermer les bocaux , varient suivant les moyens de suspension que l’on emploie ; si les fils ou les crins ont été réfléchis sur le bord du bocal, il faut appliquer sur toute la circonférence de ce bord une traînée de mastic des vitriers , et placer dessus un disque de verre épais , dont la forme correspond exactement à celle du bord; le disque doit reposer sur le bord du local , mais non le dépasser. On presse le couvercle sur le mastic , de manière à aplatir un peu ce dernier. 11 faut avoir soin que les parties du verre que l’on met en contact avec le mastic, soient bien sèches, sans quoi il n’adhérerait pas. On passe ensuite par-dessus le couvercle un morceau de vessie de cochon bien ramolli dans l’eau , et on le fixe au col du vase au moyen de plusieurs tours de ficelle, (jtiand la vessie est bien sèche , on la recouvre d’une couche de vernis coloré. Quelques anatomistes conseillent alors, pour mettre en équilibre l’air extérieur et celui qui est renfermé entre le couvercle et le niveau du liquide, de faire passer une épingle à travers la vessie et le mastic, entre le couvercle et le bord du bocal , de manière à y former une trèspetite ouverture. Sans cette précaution le couvercle se brise aux changements de température, s’il n’est pas très-épais.
Si l’on a fixé les fils destinés à suspendre la préparation , eu les passant à travers des trous dont on a percé une lame en étain, qui sert alors de couvercle, on peut encore appliquer dessus un disque en verre, que l’on recouvre d’une vessie; ou bien on ferme le bocal au moyen de deux vessies appliquées l’une après l’autre, et l’an vernit. Dans ce cas aussi il convient de faire à travers les vessies et, si l’on peut , à travers la lame en étain , une trèspetite ouverture au moyen d’une épingle.
Les bocaux renfermant des préparations qui n’ont pas besoin d’être suspendues , ou qui le sont au moyen de boules en verre , permettent d’employer un autre procédé. Le bord du bocal doit être exactement dépoli à l’émeri ; le couvercle en verre , dont il sera recouvert, doit l’être également sur l’une de ses faces. Ce couvercle , s’il est petit , peut être en verre double; mais s’il est grand, il doit être en verre à glace. Les surfaces dépolies du couvercle et du bord du bocal s’appliquent exactement l’iine sur l’autre, et ferment le vase hermétiquement, de manière à empêcher toute évaporation. 11 suffit alors de recouvrir le tout d’une vessie mouillée et ficelée autour du col du bocal, pour maintenir les pièces bien en contact. Quelques anatomistes allument même pendant un instant l’esprit de vin, avant de placer le couvercle , ou bien si le bocal ne renferme
que de l’eau-de-vie, qui ne brûlerait que difficilement, ils versent d’abord sur sa surface quelques gouttes d’alcool rectifié : ce genre d’appareil ferme si bien , qu’on a quelquefois beaucoup de peine à ouvrir de nouveau les bocaux , parce qu’il s’est formé un vide entre le couvercle et le niveau de l’alcool. Pour remédier à cet inconvénient, SœmmerniNG faisait perforer les couvercles d’une petite ouverture qu’il bouchait avec un peu de cire avant de fermer le bocal ; quand il voulait l’ouvrir de nouveau , il commençait par enlever la cire , ce qui permettait alors d’emporter facilement la plaque en verre. On a proposé de passer à travers ce trou , le fil au moyen duquel on suspend la préparation ; mais il nous semble qu’il devient plus difficile alors de fermer hermétiquement l’ouverture , de manière à obtenir le vide.
Le vernis dont on recouvre les vessies , ne sert pas seulement d’ornement , mais il contribue à empêcher l’évaporation , et il garantit les vessies contre les attaques des insectes. On se servait autrefois pour cet objet d’une dissolution alcoolique de eire d’Espagne; mais cette couleur est chère, et elle ne couvre pas bien : il vaut mieux employer de la couleur à l’huile ordinaire, à laquelle on ajoute un peu de vernis à l’essence pour lui donner plus d’éclat. Si l’on juge convenable de pratiquer une petite ouverture entre le bocal et le couvercle , pour empêcher celui-ci d’être brisé pendant les changements de température , il ne faut le faire que quand le vernis dont on recouvre la vessie est bien desséché , parce qu’il boucherait de nouveau l’ouverture, si on le faisait pendant qu’il est encore frais.
Dans les cas où fes bocaux ne doivent plus être rouverts , on peut employer le mastic suivant , dont la composition m’est indiquée par Ph. Phoebus : on met fondre six parties de colophane avec deux parties de cire jaune; puis on y ajoute une partie de térébenthine de Venise, et enfin quatre parties de sanguine pulvérisée, qu’on ajoute par petites portions. Cette préparation exige quelque précaution pour que la masse ne brûle pas ou ne monte pas. Pour se servir de cette composition , on la chauffe, et on l’applique dans cet état entre le rebord du bocal et le couvercle, en l’égalisant avec un fer chaud là oû cela paraît être nécessaire. Il faut avoir soin d’essuyer exactement les parties du verre où le mastic doit être appliqué , parce qu’il n’adhérerait pas aux endroits mouillés ou humides. On recouvre ensuite le tout d’une vessie.
On conserve toujours dans les laboratoires d’anatomie , et même dans les Musées , un certain nombre de pièces inachevées , ou que l’on est dû moins dans le cas de retirer souvent des bocaux qui les renferment ; on ne se donne pas alors la peine de fermer les bocaux d’après les règles que nous venons d’indiquer, mais on se contente le plus souvent de les recouvrir d’une plaque en verre , que l’on retient au moyen d’une feuille de papier. Si les préparations devaient rester longtemp^dans cet état-là, l’alcool ne tarderait pas à s’évaporer ou à perdre de sa force , et les pièces ainsi conservées étant quelquefois nombreuses , on néglige souvent de les visiter en temps opportun pour voir s’il ne convient pas d’y ajouter de nouveau de l’alcOol. 11 était donc important d’avoir un moyen qui tint les bocaux hermétiquement fermés, et qui permette en même temps de les rouvrir et de les refermer avec facilité.
Ce moyen <i été trouvé dans la gomme élastique fondue, qui forme une substance poisseuse , dont on entoure le bord d’une plaque de verre, qui s’applique sur le rebord du bocal à fermer 5 la gomme élastique fondue conservant toujours sa consistance poisseuse , on peut à volonté rouvrir et refermer le bocal. En faisant fondre deux parties de gomme élastique avec une partie de suif, et en ajoutant ensuite au mélange quantité suffisante de craie pulvérisée ou d’une couleur terreuse quelconque , pour donner au mélange la consistance d’une pâte molle, on obtient une masse qui présente les mêmes avantages et qu’il ést plus facile de manier. On conçoit que ces moyens seront employés avec avantage nonseulement pour la conservation temporaire des pièces, mais encore pour leur conservation défini-
tive, parce qu’il n’y aurait plus alors qu’à recouvrir le couvercle d’une vessie mouillée que l’on vernirait pour lui donner un meilleur aspect.
Pu. PiicEBus, m’indique une composition employée à Berlin , et présentant à peu près les mêmes avantages que la gomme élastique fondue. C’est un mélange de cire jaune, deux parties; résine de Bourgogne, une partie; suif de mouton et térébenthine, de chacun 1/2 partie. On en forme entre les doigts des cylindres, que l’on presse contre le rebord du bocal à fermer. Cette composition , qui se recommande par son prix peu élevé , ne saurait toutefois être employée dans les cas où l’alcool est en contact direct avec elle, parce qu’elle en est en partie dissoute.