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COEUR

Le cœur est l’organe central de la circulation , et à cet égard nous aurions pu en placer la description en tête de l’angiotomie; mais nous avons préféré lui assigner cette place-là , parce que c’est plus ordinairement avec les viscères qu’on l’étudie.

-Art. Péricarde.

Le péricarde est un sac sans ouverture, de nature fibro-séreuse , servant d’enveloppe au cœur. Il est situé dans la partie inférieure de l’écartement antérieur de la cloison médiastine , un peu à la gauche de la ligne médiane , et faisant saillie dans la cavité gauche de la poitrine. Des deux côtés le péricarde est tapissé par les plèvres ; mais en avant il touche la face postérieure du sternum , auquel il est uni par du tissu cellulaire très-lâche; en bas le péricarde appuie sur le diaphragme auquel il est fortement adhérent.

Le péricarde se compose de deux portions continues ; l’une forme un sac libre et plus ample que n’est le cœur qui y est contenu; ce sac est fortifié en dehors par des fibres aponévrotiques , qui semblent partir du centre tendineux du diaphragme. A quelque distance de l’endroit où les gros troncs vasculaires s’unissent au cœur , le péricarde se porte sur eux , les embrasse et se réfléchit en dedans pour se continuer sur la surface externe du cœur, auquel il adhère d’une manière intime, de manière à lui tenir lieu de tunique propre. Cette seconde partie du péricarde est simplement séreuse, n’étant plus fortifiée par des fibres aponévrotiques.

La surface interne du péricarde, tant dans sa portion libre que dans celle qui adhère au cœur, est lisse et humectée , comme le sont toutes les membranes séreuses. Cette disposition du péricarde donne

(1) P. SÉ^Ac, Traité de la structure du cœur, ete. Paris, 1749.

C. F. WoLFP , Dissgrt. de ordinc fihr. muscuJ . cordis : Act. acad, Petrop. et JVov. act. Petrop. 1780 et suiv.

S. N. Gbrdv , Mém. sur Porg. du cœur. Journal compl. > tom. X , pag. 97.

au cœur une position fixe, tout en lui permettant de se mouvoir librement dans son enveloppe, sans qu’il y ait des frottements nuisibles.

Préparation. Dans l’ouverture de la poitrine , il faut user de précaution pour ne pas blesser le péricarde, au moment où l’on divise le tissu cellulaire qui l’unit à la face postérieure du sternum. Après avoir examiné le péricarde en position , on le détache avec le cœur, en emportant en même temps les poumons, les gros troncs vasculaires et la portion du diaphragme à laquelle il adhère en bas.

Pour préparer le péricarde, il faut d’abord l’insuffler : à cet effet on y fait une ouverture d’une ligne de diamètre ; on passe une épingle dans la cavité du péricarde à une ligne de l’ouverture , et l’on en fait repasser la pointe au dehors du côté opposé , à la même distance de l’ouverture ; une seconde épingle est placée d’une manière analogue , mais en croisant la direction de la première à angle droit ; on place un fil sous les quatre bouts des deux épingles , on y fait un nœud coulant, on introduit le tube dans l’ouverture, et l’on insuffle, en ayant soin de serrer la ligature, dès que le sac est tendu. Par ce moyen on peut à volonté faire entrer et sortir l’air du péricarde. On peut encore l’insuffler après l’avoir percé trèsobliquement avec une aiguille : les bords du canal que l’on forme de cette manière s’effacent assez bien , et Pair est retenu sans ligature ; mais l’autre procédé me semble préférable.

On enlève ensuite soigneusement les portions de plèvre qui recouvrent le péricarde , et l’on emporte toutes les glandes bronchiques qui entourent les racines des poumons et qui adhèrent au péricarde afin de pouvoir bien isoler chaque tronc vasculaire qui entre dans le sac ou qui en sort; mais aux endroits où cette membrane se réfléchit sur eux , il faut disséquer avec beaucoup de précaution, parce qu’on y fait bien facilement des trous dans ces points.

Après avoir étudié la conformation extérieure du péricarde, on l’incise, afin d’en voir l’intérieur et de bien observer la manière dont il enveloppe le

commencement de chaque tronc vasculaire , pour se réfléchir ensuite sur le cœur.

Art. 2. Cœur.

Le cœur est un muscle creux , enveloppé par le péricarde , dirigé obliquement de haut en bas , dd droite à gauche et d’arrière en avant. Il a une figure irrégulièrement conique; la èase du cône est placée à la hauteur de la cinquième vertèbre dorsale; c’est à la base que sont placées les oreillettes et leurs appendices , et c’est d’elle que partent les gros troncs vasculaires. Le sommet correspond au cartilage de la sixième côte : l’extrémité de ce sommet est légèrement bifurquée, ce qui indique la séparation du cœur en deux ventricules. La face antérieure ou supérieure est convexe ; elle est parcourue par un sillon longitudinal , dans lequel rampent les vaisseaux et qui correspond à la cloison des ventricules; la face postérieure ou inférieure est aplatie; on y remarque un sillon semblable. Le hord antérieur ou droit est mince et appuyé sur le diaphragme ; le hord postérieur ou (jauche est épais et plus court que le précédent.

A l’intérieur , le cœur est divisé en quatre cavités , dont deux droites et deux gauches; les premières contiennent du sang veineux , les autres du sang artériel ; les cavités d’un côté communiquent entre elles , mais non avec celles du côté opposé , en sorte qu’on est réellement fondé à admettre (1) qu’il y a deux cœurs adhérents l’un à l’autre. Les deux cavités du cœur de chaque côté sont une oreillette, située vers la base, et dans laquelle se rendent des veines, et un ventricule, qui , partant de l’oreillette, s’étend à la pointe , et qui donne naissance à une artère.

1°. \j' oreillette droite on antérieure est située à la partie antérieure droite de la base du cœur ; la veine cave supérieure vient s’y ouvrir en haut et en dehors; la veine cave inférieure s’y unit en bas et en dehors. L’orifice de cette dernière est garni d’une valvule incomplète, quelquefois très-mince, appelée valvule d'Eustache. La portion de l’oreillette où se trouve le confluent de ces veines , porte plus particulièrement le nom de sinus des veines caves. A la partie supérieure, et gauche de l’oreillette on remarque un appendice qui communique avec sa cavité , et qui porte le nom ^appendice auriculaire. La paroi gauche de cette oreillette forme la cloison inter-auriculaire, qui la sépare de celle du côté opposé. On remarque dans cette cloison une dépression ovalaire, appelée fosse ovale , dernière trace du trou de Botal et de sa valvule , qui dans le fœtus faisaient communiquer les deux oreillettes. Dans l’adulte, ce trou est fermé par une membrane assez mince, qui n’est autre chose que la valvule qui s’est soudée par ses bords. Quelquefois cependant le trou ovale n’est pas fermé en entier, et l’on y trouve alors des points où l’on peut faire passer un stylet fin d’une oreillette dans l’autre. La fosse ovale est entourée par le bourrelet ovale ou anneau de P^ieussens , qui est une portion (le la cloison , un peu plus épaisse. Entre la fosse ovale et la valvule d’Eustache on remarque plusieurs ouvertures, appelées trous de Thébésius , et qui,sont les orifices (les veines coronaires; l’une

(1) Nous n’entendons p.irlcr ici que du cœur à l’état parfait : plus tard nous traiterons des organes du fœtus.

de ces ouvertures , correspondant à la grande veine coronaire, est garnie d’une valvule , appelée valvule de Thébésius on petite valvule d’Eustache; elle est située à la gauche delà valvule d’Eustache. Immédiatement avant que de se continuer en bas avec le ventricule droit, l’oreillette se rétrécit un peti pour former Vanneau cftWettæ qui circonscrit Vorifice uurictdo-ve ntriculaire .

Les parois de l’oreillette droite varient beaucoup en épaisseur; à l’état normal , elle n’excèdent guère une ligne. Elles sont inégales à l’intérieur par le relief des paquets de fibres musculaires; ces inégalités portent le nom de colonnes charnues {musculi pectinati).

2°. ViO ventricule droit ou aiitérieur commence à la partie inférieure de l’oreillette droite ; il occupe la partie antérieure droite du cœur. Sa cavité a à peu près la forme d’une pyramide triangulaire, dont la base répond à l’orifice auriculo -ventriculaire. Deux de ses faces correspondent au bord droit du cœur , et au commencement des deux faces qui en partent ; la troisième est formée par la cloison inter-ventriculaire. Du côté de la cavité du ventricule , ces parois sont rendues inégales par une multitude de colonnes charnues ( trabeculæ carneœ ) , dont la direction varie dans les différents sujets; cependant en général elles sont disposées en réseau sur la cloison des ventricules , tandis qu’elles ont plutôt une direction longitudinale sur les autres parois. L’orifice auriculo-vcntriculaire est garni de la valvule tricuspidc ou frùjlochine , formée de trois lames membraneuses, placée dans l’intérieur du ventricule , et s’unissant aux colonnes charnues du cœur par des petits tendons , ces colonnes charnues sont plus volumineuses que les autres, et elles reçoivent plus spécialement le nom de muscles papillaires. Une des lames de la valvule, plus grande que les autres , est tournée vers l’origine de l’artère pulmonaire; une autre est dirigée v,ers la cloison ; la plus petite l’est vers le bord antérieur du cœur. Par sa partie supérieure et gauche , le ventricule droit donne naissance kV artère pulmonaire; l’orifice de cette artère est garni de trois valvules, en forme de nid d’hirondelle , dont le bord libre est dirigé vers l’artère; on les appelle valvules sigmoïdes ou semi-lunaires ; sur le milieu du bord flottant de chacune de ces valvules il y a un petit grain cartilagineux , appelé tubercule de Morgagni.

L’épaisseur normale du ventricule droit est d’environ deux lignes et demie à trois lignes.

3”. E oreillette gauche on postérieure csX placée à la partie supérieure postérieure et gauche du cœur, à côté de l’oreillette droite. C’est à la partie postérieure de l’oreillette gauche que les quatre veines pulmonaires viennent s’ouvrir par des orifices séparés ou bien par un orifice commun. Cette oreillette ressemble à la droite; on y remarque par conséquent la cloison inter -auriculaire avec une légère trace du trou de Botal, l’appendice auriculaire , quelques colonnes charnues et en bas Vorifice auriculo-ventriculuire gaucho. Les parois de cette oreillette n’ont guère cju’iine demi-ligne h une ligne d’épaisseur.

4". Le ventricule gauche ou^Josfcne«restplus long et plus étroit que le droit. Ses parois ont de cinq à sept lignes d’épaisseur ; sa capacité est moindre que celle du ventricule droit. L’orifice auriculo-ventriculaire est également garni d’une valvule, mais qui n’est partagée qu’en deux portions ; elle porte le nom de valvule mitrale : une de ses divisions est placée

«levant l’orifice «Je l’aorte; l’antre est tournée vers le bord postérieur du cœur. D’ailleurs la disposition intérieure de ce ventricule ressemble à celle du ventricule droit, seulement les colonnes charnues y sont plus fortes. L’artère aorte liait de la partie supérieure et postérieure du ventricule ; son orifice est garni de ralvules sigmoïdes , semblables à celle de l’artère pulmonaire , et sur lesquelles on remarque également des grains cartilagineux, appelés ici tubercules d’Iran tins.

Le cœur est recouvert par une tunique séreuse, fournie par le péricarde ; ses cavités sont tapissées par une membrane fine, transparente, lisse, tl’apparencc également séreuse, et qui, après avoir revêtu toutes les inégalités intérieures de l’organe, se continue dans les artères et les veines, qu’elle tapisse dans tout leur trajet. C’est cette membrane, qui, par ses dnplicatures , forme les valvules que l’on remar- <]ue dans l’intérieur du cœur. Entre ces deux membranes sont déposées les fibres musculaires , qui , au premier abord, semblent s’entre-croiser sans ordre , mais que l’on peut ramener à deux espèces : les unes, superficielles, communes aux deux moitiés du cœur et dirigées obliquement de la base du cœur vers le sommet, et revenant par la face opposée du c«Eur vers la base; les autres profondes, ayant une direction plus transversale , propres à chaque ventricule, autour duquel elles forment des anses diversement contournées en spirales et en huit de chiffre. Ces fibres, tant superficielles que profondes, prennent attache dans des cercles fibreux qui entourent les orifices auriculo-ventriculaires et les ouvertures artérielles des ventricules.

Les artères du cœur ou artères coronaires , au nombre de deux, naissent de l’aorte dès son origine; elles forment un cercle autour du cœur , entre les oreillettes et les ventricules, et rampent ensuite dans les sillons des deux faces du eœur jusqu’à sa pointe. Les veines coronaires ont une distribution analogue ; mais elles s’ouvrent directement dans l’oreillette droite par les trous de Thébésius. Les lymphatiqties sont fins et nombreux; ils se rendent dans les glandes situées à la base du cœur. Les nerfs cardiaques sont en grand nombre ; ils sont fournis par le grand sympathique, le pneumo-gastrique et le glosso-pharyngien; leurs principales branches rara-

peut entre l’artère aorte et l’artère pulmonaire.

Préparatiox. On conserve l’origine des gros troncs vasculaires en rapport avec le cœur , et on les isole exactement. Pour voir la conformation intérieure du cœur, on incise l’oreillette droite entre les deux veines caves et dans la direction de ces vaisseaux. L’oreillette gauche sera ouverte d’une manière analogue, en l’incisant entre les deux veines pulmonaires. On ouvre le ventricule droit par deux incisions réunis en V, dont la pointe est dirigée en bas et dont la base correspond à l’orifice auriculo-ventriculaire; pour faire ces incisions on introduit un doigt dans le ventricule à travers l’orifice auriculo-ventriculaire, et l’on incise le cœur le long de son bord aigu OH droit; puis on introduit deux doigts dans le ventricule à travers l’ouverture que l’on vient de faire, pour pratiquer la deuxième incision le long du côté droit de la cloison inter-ventriculaire, en se guidant d’après le sillon longitudinal supérieur, à la droite duquel on doit toujours rester. Le ventricule gauche sera de même ouvert par deux incisions en V. qui se joignent vers la pointe du cœur : la première incision se dirige le long du bord mousse ou gauche du cœur ; la seconde sera faite le long du côté gauche du sillon longitudinal supérieur, de manière à ouvrir également ce ventricule à côté de la cloison inter-ventriculaire.

Potir voir les valvules sigmoïdes , on incise Taortc et l’artère pulmonaire en long jusqu’à quelques lignes de leur origine.

.Sur un autre cœur on pourra faire une coupe transversale , qui ouvrira les deux ventricules , et fera bien voir la disposition de la cloison , ainsi que la diversité d’épaisseur des parois.

Pour démêler la direction des fibres musculaires du cœur , il faut en choisir un qui ne soit pas trop gras , puis le traiter avec de l’acide nitrique affaibli , ou bien le faire bouillir dans de l’eau , ou mieux dans du fort vinaigre , ou bien encore le laisser plongé pendant quelques mois dans un mélange d’alcool et d’essence de térébenthine. Tous ces moyens servent à durcir les fibres musculaires, et à les écarter les unes des autres , en sorte qu’alors on peut en poursuivre la direction après avoir enlevé le péricarde.

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