ANATOMIE GÉNÉRALE DES ARTÈRES
Les artères sont des canaux membraneux, élasti ques , de forme cylindrique , et composés de trois tuniques. La tunique externe est appelée fibreuse ou celluleuse ; elle est blanchâtre , et composée de fibrilles aponévrotiques , obliques et enlacées les unes avec les autres; cette tunique est très-résistante et très -élastique. La tunique moyenne , musculeuse {fibreuse de quelques auteurs) , est épaisse , jaunâtre, élastique, cassante, divisible en plusieurs couches composées de fibres presque circulaires ; la couche la plus interne de la tuniquemoyenue se compose défibrés longitudinales ou très-peu obliques. L’aspect extérieur de cette tunique ne diffère guère de celui des ligaments jaunes élastiques des vertèbres ; mais examinées au miscroscope , les fibres élémentaires qui la composent ont la plus grande analogie avec les fibres rugueuses de la substance intervertébrale; quelques-unes cependant sont lisses et ressemblent à
(1) C. A. Meveb, Anatomische Beschreihung der Slutge fasse des metischliclien Korpers i 2e édit. Berlin , 1788 , in-8'*, avec fig.
F. A. Walteb, Angiologisches Ilandhuch. Berlin, 1789, in-8o.
(2) C. H. EHoman.r , Sur la structure des artères , etc. Slrashourg 1823, in-8o.
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celles des tendons ; les fibres s’entrecroisent entre elles sans régularité. Nous nous sommes assuré que ces fibres diffèrent totalement de celles des muscles ou de la matrice. C’est par suite de l’élasticité de cette tunique moyenne que les artères restent béantes, quoique vides de sang. La tunique interne des artères , toute mince qu’elle est , peut être divisée en deux lames très-ténues : elle est transparente, lisse, semblable aux membranes séreuses; elle se continue évidemment de la tunique interne que tapisse les cavités du cœur.
Outre ces tuniques propres , les artères sont entourées au dehors par une qaine fibreuse, qui est unie à la tunique externe par du tissu cellulaire très-lâche, et qui renferme souvent des cordons nerveux considérables.
Les artères reçoivent dans leurs tuniques un grand nombre de vaisseaux { vasa vasorum ) , fournis par les vaisseaux voisins, et qui deviennent très-apparents par l’injection.
Les artères sont très-riches en nerfs qui leur sont fournis par les nerfs cérébraux et rachidiens, et surtout parle grand sympathique; ees nerfs forment autour des artères des réseaux qui les aceompaguent jusque dans leurs dernières divisions.
Le système artériel se compose d’une série de cylindres juxta-posés et successivement décroissants. Mais comme la capacité des deux cylindres , résultant de la bifurcation d’une artère , est constamment plu.s grande que celle du tronc , il s’ensuit que la capacité de tout le système artériel est infiniment plus
grande vers ses extrémités que vers son origine au cœur ; de là, la comparaison du système artériel à un cône dont la base correspondrait à tout le corps et le sommet au cœur. 11 résulte encore de cet élargissement progressif du système artériel , que la circulation sanguine doit se faire beaucoup plus rapidement dans les troncs que dans les branches, et qu’aux dernières extrémités des artères (au système capillaire), l’impulsion du cœur doit être presque imperceptible, tout comme on ne distingue pas de courant dans l’eau d’un lac traversé par un fleuve.
Les divisions des artères se font ordinairement à angleaigu; quelques-unes partentàangle droit : rarement elles se séparent d’un tronc dans une direction rétrograde. Quoi qu’il en soit , on remarque constamment dans l’angle de séparation des artères, une crête saillante dans l’intérieur du vaisseau et dirigée vers le cœur; cette .saillie, appelée est formée
par un repli de la tunique interne de l’artère ; elle sert à favoriser la séparation de la colonne du sang et à diriger ce liquide dans les vaisseaux.
Les artères forment entre elles des réunions ou anastomoses d’autant plus fréquentes , en général , que les artères sont plœs petites. Ces anastomoses sont ou bien angulaires j ou bien transversales ou par arcades ; les premières ont lieu si deux artères s’unissent à angle plus ou moins aigu , de manière à former un tronc unique parleur réunion; les autres , quand deux branches artérielles viennent directement à la rencontre l’une de l’autre.
Rigoureusement parlant , il n’y a que deux artères ; l’artère pulmonaire et l’artère aorte. Celles que l’on décrit dans l’angiologie comme autant d’artères spéciales, ne sont que des divisions en deux artères principales , auxquelles on a donné des noms particuliers pour faciliter les descriptions.
L’artère pulmonaire naît du ventricule droit du cœur ; l’artère aorte , du ventricule gauche. Chacune d’elles s’insère sur un anneau ligamenteux qui entoure l’orifice du ventricule ; c’est spécialement la tunique moyenne de l’artère qui vient s’y «ttacher , en se divisant en trois festons. La membraneinterne passe du cœur dans l’artère, après avoir formé trois valvules considérables , appelées sigmoïdes , et qui sont destinées à empêcher le reflux du sang de l’artère dans le ventricule. La membrane externe de l’artère passe en partie par-dessus les fibres charnues du ventricule, tandis que ces dernières semblent s’implanter sur l’autre partie de la tunique externe comme un muscle sur son tendon.
Quand les artères sont parvenues à leur dernier degré de division , elles se continuent directement avec les veines, après avoir formé entre elles de nombreuses anastomoses, en sorte qu’il est presque impossible de bien préciser l’endroit où finit Tarière et où commence la veine. Ce réseau anastomotique , placé sur la limite des deux systèmes vasculaires, fait partie du tissu de nos organes ; mais c’est à tort que l’on a admis que c’est principalement au mode d’arrangement de ces petits vaisseaux qu’est due la diversité des tissus ; car , examinés au miscroscope , les réseaux vasculaires forment des mailles dont les interstices , entièrement dépourvus de vaisseaux , sont remplis par les fibres élémentaires , qui ont dans chaque organe une apparence caractéristique. C’est cette portion du système sanguin que quelques anatomistes décrivent à part sous le nom de système capillaire. Néanmoins ce système ne nous
paraît avoir rien de spécial; il n’est, comme nous l’avons dit, que la continuation des dernières artérioles dans les radicules veineuses , enlacées et unies par un grand nombre de ramuscules anastomotiques.
Préparation. On étudie la conformation extérieure des artères en les isolant des parties voisines : pendant ce premier temps de la préparation on remarquera la gaine qui entoure ces vaisseaux; cette gaine est surtout bien visible autour de l’artère carotide, de l’artère crurale, etc. On enlève ensuite plusieurs bouts d’artères, on les lave et on les place sur une planchette pour en continuer l’examen.
Pour disséquer les tuniqiies des artères , on choisit un morceau d’artère aorte, dont on a soigneusement enlevé le tissu cellulaire ambiant, et que l’on maintient distendu au moyen d’un cylindre en bois , ou dans laquelle un aide a placé son doigt ; on sépare ensuite un lambeau de la tunique externe, afin de mettre à découvert la tunique moyenne , que l’on reconnaît à ses libres jaunâtres et transversales : celle tunique peut être séparée en plusieurs lames ; c’est après avoir détaché la lame interne (fibres longitudinales ) de la tunique moyenne , que la tunique interne est mise à découvert ; comme cette dernière tunique est très-mince, il faut y procéder avec beaucoup de précaution. On peut encore voir la tunique interne sur une artère fendue en long, et dans laquelle on fait uneincision superficielle; on cherche ensuite à arracher avec des pinces un lambeau de cette membrane.
On voit les éperons des artères après avoir fendu , suivant sa longueur, une artère près du point de sa division , par exemple l’extrémité inférieure de l’aorte abdominale.
\j' origine de. l’artère aorte ou de l’artère pulmonaire sera étudiée en enlevant le péricarde et en préparant alors couche par couche les tuniques de l’artère vers le cœur. La disposition des valvules sigmoïdes se voit après avoir fendu une de ces artères jusqu’à peu de distance de son origine du cœur , et après avoir ouvert le ventricule correspondant.
Les terminaisons des artères dans les veines seront étudiées au microscope , soit sur des parties parfaitement injectées, soit, mieux encore, sur des animaux vivants , par exemple sur le mésentère ou la membrane inter-digitale des grenouilles; il faut ensuite suivre la marche des globules sanguins, pour voir comment ils passent d’un ordre de vaisseaux dans l’autre.
11 n’est pas rare de trouver des vasa vasorum gorgés de sang sur des portions d’artère aorte; d’ailleurs ces petits vaisseaux se voient sur tous les cadavres injectés. Les «cr/s des artères seront étudiés sur la carotide primitive et sur les branches qui en partent , ou sur des artères des membres; toutes ces artères sont entourées par un réseau considérable de filets nerveux, souvent très-forts. On rend les nerfs des artères plus visibles , surtout dans les membres , en excisant sur un jeune sujet maigre et injecté un paquet de vaisseaux entourés de nerfs , que l’on plonge dans l’alcool pendant quelques jours : les filets destinés aux vaisseaux deviendront plus apparents si on laisse un peu dessécher le tissu cellulaire, les nerfs conservant plus longtemps leur humidité , en sorte qu’ils resteront opaques et blancs.
La dissection des artères se fait après avoir enlevé la peau de la partie sur laquelle on veut travailler ,
cette peau ne peut pas en {général être conservée, comme on l’a fait pour les nerfs , parce que les artères n’y entrent ordinairement que dans un certain état de division. En général , on doit commencer par la dissection des troncs et passer ensuite à celle des branches : mais si les troncs sont profondément situés . c’est par ces dernières qu’il faut commencer. Dans cette dissection il faut en même temps avoir égard aux parties voisines, et se garder de couper une branche artérielle pendant qu’on en dissèque une autre. Si l’on ne dissèque pas l’angiologie pour la première fois , on fera bien de conserver en rapport les principaux nerfs; les muscles ne seront coupés en travers qu’autant que cela est absolument in-
dispensable , comme nous l’indiquerons dans la suite. En disséquant des artères dans des espaces remplis de beaucoup de tissu cellulaire , on a quelquefois de la peine à trouver toutes les branches qui se détachent d’un tronc , avant que celui-ci n’ait été complètement isolé ; il faut alors tâcher de les reconnaître d’avance par le tact ; on les sentira facilement à travers le tissu cellulaire. La préparation des vaisseaux exige beaucoup plus de précaution que celle des nerfs, parce qu’ils se déchirent plus facilement ; c’est pour cela qu’il faut éviter de saisir les vaisseaux avec les pinces , qui pourraient les endommager ; si l’on veut tendre un vaisseau, il vaut mieux employer à cet effet l’érigne à anneau.